Quand l’électricité devient une arme
Une sous-station de 330 kV, ce n’est pas un transformateur de quartier. C’est un noeud névralgique. Celui-là acheminait l’électricité importée de Roumanie — un cordon ombilical entre l’Ukraine et l’Europe. En le coupant, la Russie ne frappe pas seulement Odessa. Elle frappe le lien avec les alliés. Elle isole. Elle étouffe. Elle transforme l’hiver en arme de siège.
Dizaines de milliers de personnes privées de chauffage et d’eau. Le chatbot de DTEK a prévenu : certains quartiers pourraient rester sans électricité pendant trois jours. Trois jours. Dans des appartements où les fenêtres sont colmatées au plastique, où les enfants dorment tout habillés. La Russie ne vise pas des cibles militaires. Elle vise la capacité d’un peuple à simplement survivre à l’hiver.
Il y a un mot que les conventions de Genève utilisent pour décrire ça : crime de guerre. Frapper délibérément des infrastructures civiles essentielles à la survie d’une population. Mais à Genève justement, ce 17 février, ce ne sont pas les crimes qu’on discute. Ce sont les concessions territoriales que l’Ukraine devrait accepter. L’ironie est si épaisse qu’elle pourrait chauffer un immeuble.
Le détail que personne ne mentionne
Pendant que les diplomates s’installent dans les salons feutrés de l’InterContinental de Genève, une femme à Odessa fait chauffer de l’eau sur un réchaud à gaz. Elle remplit des bouteilles en plastique, les glisse sous les couvertures de ses deux enfants. C’est sa technique. Depuis des mois. Elle ne sait pas que des hommes en costume discutent de son avenir à Genève. Elle sait juste que l’eau est froide et que la nuit sera longue.
Et pourtant, c’est elle, le sujet. C’est elle qui devrait être au centre de toute négociation. Pas les pourcentages de territoire. Pas les termes secrets de l’accord d’Alaska que Poutine et Trump ont signé sans consulter personne. Elle. Ses enfants. Les dizaines de milliers comme elle qui grelottent dans le noir pendant que Medinski serre des mains à Genève.
Le schéma qui ne change jamais : bombarder pendant qu'on négocie
Douze ans de cynisme documenté
Ce n’est pas la première fois. C’est un schéma documenté depuis 2014. Accords de Minsk? Offensive sur l’aéroport de Donetsk après la signature. Minsk II? Attaque sur Debaltseve. Accord céréalier de juillet 2022? Moscou bombarde le port d’Odessa le lendemain.
Sommet d’Alaska, août 2025? Frappe sur une usine américaine à Moukatchevo. Abu Dhabi, janvier 2026? Missile Orechnik à capacité nucléaire sur Lviv. 3 février 2026, malgré un engagement de geler les frappes énergétiques? Attaque directe sur les infrastructures électriques. Ce n’est pas un accident. C’est une doctrine. Chaque porte diplomatique ouverte, Moscou y répond par un missile.
À quel moment cesse-t-on d’appeler ça de la diplomatie et commence-t-on à appeler ça ce que c’est? Du chantage. La Russie ne négocie pas. Elle menace. Elle frappe, puis elle s’assied à la table avec le sang encore sous les ongles, et elle demande qu’on lui cède du territoire. Et le monde appelle ça un processus de paix.
La nuit du 17 février dans la chronologie de l’horreur
La frappe du 17 février s’inscrit dans cette séquence. 425 engins. 12 régions. Dnipropetrovsk pilonnée par missiles, drones, artillerie et bombes planantes. Kryvyi Rih touchée par des Iskander-M. Des maisons soufflées à Dnipro. Et Odessa, toujours Odessa, cible privilégiée parce qu’elle est le poumon économique du sud.
Zelensky a résumé en une phrase : une frappe combinée, spécifiquement calculée pour causer le maximum de dégâts au secteur énergétique. Spécifiquement calculée. Un calcul. Froid. Méthodique. Pendant que les valises diplomatiques se bouclaient pour Genève.
Genève : la mascarade du troisième round
Medinski, l’homme qui réécrit l’histoire
Vladimir Medinski a atterri à Genève avec 20 officiels. À ses côtés : Igor Kostyoukov, chef du renseignement militaire. Un espion à une table de paix. Medinski n’est pas un diplomate. C’est un historien propagandiste dont la carrière a consisté à réécrire le passé au bénéfice du Kremlin. Sa nomination n’est pas un signe d’ouverture. C’est un signe de contrôle narratif. Poutine n’envoie pas un négociateur. Il envoie un conteur.
En face, Umerov et Kyrylo Budanov, chef d’état-major de Zelensky, portent le poids d’une nation qui brûle. L’Ukraine a montré une flexibilité remarquable : zone démilitarisée, dispositions de sécurité, ouverture humanitaire. La Russie? Elle exige les 20 % restants du Donetsk qu’elle n’a pas réussi à prendre par la force. Elle parle de la formule d’Anchorage, un gel du front qui consacrerait ses conquêtes. Pas un millimètre de mouvement.
D’un côté, un pays qui accepte de discuter pendant qu’on le bombarde. De l’autre, un pays qui bombarde pendant qu’il prétend discuter. Et au milieu, Washington qui demande à l’Ukraine d’être plus flexible. C’est comme demander à quelqu’un de négocier calmement pendant qu’on lui casse les doigts un par un.
Trump, l’arbitre qui pousse
Donald Trump a lâché sa phrase comme on lâche un obus : l’Ukraine ferait mieux de venir à la table rapidement. Pas un mot sur les 425 missiles et drones lancés quelques heures plus tôt. Pas un mot sur les dizaines de milliers d’habitants d’Odessa dans le noir. Pas un mot sur le schéma documenté de bombardements russes pendant les négociations. Juste la pression. Sur l’Ukraine. Toujours sur l’Ukraine.
Witkoff et Kushner naviguent entre cette table et celle des négociations nucléaires avec l’Iran, même ville, même moment. Deux hommes dont l’expérience diplomatique combinée tient dans un tweet, chargés des deux crises les plus dangereuses de la planète. Le Carnegie Endowment a prévenu : Poutine ne négocie pas de bonne foi. Il attire les confidants inexpérimentés de Trump dans un processus sans fin, pendant que ses forces progressent.
Les 93 % et les 7 % : la ligne entre la vie et la mort
Le bouclier qui tient — mais jusqu’à quand
392 interceptions sur 425 cibles. 100 % des Kh-101 abattus. 100 % des Iskander-K. 367 drones sur 396 détruits. Derrière chaque interception, un opérateur radar qui n’a pas dormi, une batterie Patriot ou NASAMS ou IRIS-T qui a fait son travail, un soldat qui a pressé le bouton au bon moment. Chaque missile abattu : un immeuble debout. Une famille intacte. Un enfant qui se réveille.
Mais les 4 Iskander-M balistiques ont tous traversé. Mach 6, trajectoire terminale quasi verticale — pratiquement impossibles à intercepter. Et les 18 drones qui ont passé ont suffi à plonger Odessa dans le noir. La guerre d’attrition est là : un Shahed coûte 30 000 dollars. Le missile qui l’intercepte en coûte dix fois plus. L’Ukraine brûle des stocks de munitions que ses alliés peinent à réapprovisionner.
Les défenseurs aériens ukrainiens sont les héros les plus silencieux de cette guerre. Personne ne connaît leurs noms. Personne ne les filmera en train de serrer des mains à Genève. Mais cette nuit-là, ils ont sauvé des milliers de vies en interceptant 93 % de ce que Moscou leur a envoyé. Le problème, c’est que 7 % de 425, ça fait 33 engins de mort qui trouvent leur cible. Et 33, c’est assez pour plonger une ville dans le noir.
Le prix que les chiffres ne disent pas
Parmi les 9 blessés, des enfants. Des enfants blessés par des drones lancés depuis la Crimée occupée, fabriqués avec des composants iraniens, financés par des revenus pétroliers que l’Europe continue d’alimenter. La chaîne de responsabilité passe par Téhéran, par Moscou, par chaque pays qui achète encore du pétrole russe.
Zelensky a lancé un appel : les partenaires doivent répondre à toutes ces frappes contre la vie. Répondre. Pas condamner. Pas déplorer. Répondre. Par des systèmes de défense aérienne. Par des sanctions réelles. Par une pression qui s’exerce aussi sur l’agresseur, pas seulement sur la victime.
Conclusion : La fumée d'Odessa sur les vitres de Genève
Ce que cette nuit raconte de nous
Quelque part dans un appartement d’Odessa, un radiateur est froid depuis des heures. Le robinet ne coule plus. Les enfants dorment sous trois couches de vêtements. Quelque part à Genève, des hommes en costume discutent de pourcentages de territoire, de formules d’Anchorage, de zones démilitarisées. Entre les deux, 1 800 kilomètres. Et un gouffre moral que toute la diplomatie du monde ne comblera pas.
La Russie a envoyé 425 missiles et drones sur 12 régions ukrainiennes quelques heures avant de s’asseoir à la table de la paix. Ce n’est pas un paradoxe. C’est un mode opératoire. Documenté depuis 2014. Répété à chaque négociation. Perfectionné à chaque round. Bombarder, puis négocier. Détruire, puis discuter. Geler une ville dans le noir, puis parler d’avenir commun.
Cette nuit du 17 février restera dans l’histoire comme tant d’autres nuits ukrainiennes : oubliée par ceux qui pouvaient agir, endurée par ceux qui n’avaient pas le choix. Et à Genève, on parlera de progrès. On parlera de momentum. On ne parlera pas de la femme qui chauffe des bouteilles d’eau pour ses enfants dans le noir d’Odessa. Parce que la diplomatie a ses priorités. Et les gens n’en font pas partie.
La question qui reste
Zelensky a demandé aux partenaires de répondre. La réponse, pour l’instant, c’est le silence des communiqués officiels et la pression sur Kyiv pour qu’elle accepte de céder ce que la Russie n’a pas réussi à prendre par la force. Pendant ce temps, les équipes de réparation de DTEK travaillent dans le froid à Odessa, les mains gelées sur les câbles, pour tenter de rendre un peu de lumière à une ville qui refuse de mourir.
À Genève, les pourparlers continueront demain. À Odessa, le froid aussi. Et quelque part entre les deux, la vérité que personne ne veut entendre : on ne négocie pas la paix avec quelqu’un qui vous bombarde entre deux poignées de main. On capitule. Ou on se bat. L’Ukraine a fait son choix depuis quatre ans. La question, c’est quand le reste du monde fera le sien.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique assume une position éditoriale claire : les frappes délibérées sur les infrastructures civiles d’un pays souverain, particulièrement à la veille de négociations de paix, constituent un cynisme stratégique qui mérite d’être nommé et dénoncé. L’auteur considère que le pattern documenté de bombardements russes pendant les processus diplomatiques relève d’une stratégie délibérée, non d’une coïncidence.
Méthodologie et sources
Les données factuelles proviennent des communiqués de l’armée de l’air ukrainienne, des déclarations de Zelensky, des rapports de DTEK, et des dépêches de Kyiv Post, Ukrinform, Al Jazeera, NBC News, France 24 et UNITED24 Media. Les chiffres d’interception sont ceux publiés par les forces ukrainiennes. La chronologie historique s’appuie sur des compilations journalistiques documentées.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, genre journalistique qui combine narration, faits vérifiés et perspective éditoriale. Il ne prétend pas à la neutralité mais à l’honnêteté. Les passages en italique sont des commentaires éditoriaux personnels, clairement identifiés comme tels. Les faits sont séparés des opinions. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour se forger sa propre conviction.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post — Russia attacks Odessa and multiple regions with missiles and drones before Geneva talks
Ukrinform — Russia damages energy facility in Odesa region, repairs expected to take a long time
UNITED24 Media — When Peace Talks Begin, Russia Bombs: A Pattern Timeline
Al Jazeera — Trump ups pressure on Kyiv as Russia, Ukraine hold peace talks in Geneva
Sources secondaires
NBC News — Land in focus at new Geneva peace talks between Russia and Ukraine
France 24 — Trump urges Ukraine to strike Russia deal fast before Geneva talks
RBC-Ukraine — Ukraine’s delegation arrives in Geneva for talks with Russia
UNN — Russia inflicted devastating strikes on Odesa’s energy infrastructure
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