Première thèse : la fragilité du monde moderne
La première thèse de Zhadan frappe là où ça fait mal. La vulnérabilité des humains dans le monde moderne est soudainement devenue insupportablement évidente — leur dépendance à l’infrastructure, aux services publics, à la température derrière la fenêtre, à la paix intérieure de l’esprit. Nous avons bâti des civilisations entières sur l’illusion que les murs tiennent, que le chauffage fonctionne, que l’eau coule. Il suffit d’un missile pour révéler que tout cela repose sur du verre.
Kharkiv. Ville d’un million d’habitants. Ville d’universités. Les frappes russes ont visé les infrastructures énergétiques. Les gens se sont retrouvés sans chauffage en plein hiver. Et Zhadan a écrit : La mort par hypothermie dans son propre lit, dans une ville de plus d’un million d’habitants en Europe de l’Est, ne devrait pas faire partie des plans de vie d’une personne. Un homme peut mourir de froid. Dans son lit. Au XXIe siècle. En Europe.
Je pense à ça quand je monte le thermostat chez moi à Québec sans y penser. Quand j’appuie sur un interrupteur et que la lumière s’allume. Chaque geste banal est un privilège que les habitants de Kharkiv ont perdu. Et nous, on débat du prix de l’essence comme si c’était la fin du monde.
Les humains ne sont pas faits pour ça
Les humains ne sont pas faits pour les frappes de missiles, écrit Zhadan. Pas pour des heures d’alertes aériennes. Pas pour suivre la trajectoire des drones d’attaque. Et pourtant, des millions d’Ukrainiens le font. Chaque jour. Depuis quatre ans. Depuis le début de l’invasion, la Russie a lancé plus de 12 000 missiles et 17 000 drones sur le territoire ukrainien. Des hôpitaux détruits. Des écoles rasées. Des centrales électriques bombardées méthodiquement pour que l’hiver devienne une arme.
Le temps brisé et le passé irrécupérable
Deuxième thèse : vivre sans lendemain garanti
La deuxième thèse touche au rapport au temps. Depuis le début de la guerre, la continuité du temps a été brisée pour beaucoup d’Ukrainiens. Trop compter sur le futur vous rend vulnérable et non fonctionnel, écrit Zhadan, parce que le futur peut vous trahir à tout moment. Des millions de personnes n’osent plus prendre de rendez-vous. Ne disent plus à la semaine prochaine. Ont appris que chaque conversation peut être la dernière.
Dans son livre Sky Above Kharkiv, publié chez Yale University Press, Zhadan avait documenté cette distorsion temporelle. Les nuits dans le métro de Kharkiv. Les listes de médicaments envoyées à l’Ouest. Les concerts de son groupe de ska joués dans les abris souterrains. Un enfant de huit ans sait identifier le type de missile à son sifflement. Un soldat de vingt-cinq ans a les yeux d’un homme de soixante.
On oublie trop facilement que la capacité de se projeter dans l’avenir est le fondement de toute existence humaine. On fait des plans. On dit à nos enfants qu’ils grandiront. En Ukraine, cette certitude a été mitraillée. Et nous, depuis nos bureaux, on ose parler de fatigue de la guerre.
Troisième thèse : ce qui a été détruit ne reviendra pas
Le passé de l’Ukraine a été irrémédiablement et catégoriquement détruit par cette guerre. Le mot irrémédiablement est un mur. Le mot catégoriquement est un verrou. L’Ukraine d’avant février 2022 n’existe plus. Les rues de Marioupol n’existent plus. Le théâtre où des centaines de civils s’étaient réfugiés — le mot enfants écrit en lettres géantes visible depuis le ciel — n’existe plus. Et ce passé continue d’être détruit parce que la guerre continue.
Zhadan met en garde contre ceux qui, consciemment ou inconsciemment, parlent du futur en termes de passé. C’est une erreur grave. La paix n’est pas un retour à la normalité. Le cessez-le-feu n’est pas une gomme. Le pays qui émerge de la guerre sera différent. Les gens qui en sortent seront différents. Prétendre le contraire, c’est mentir aux vivants autant qu’aux morts.
La confiance en ruines : ce qui ne se reconstruit pas
Quatrième thèse : les fissures invisibles entre les peuples
Beaucoup de choses dans les relations entre les États — et surtout entre les peuples — ne seront pas restaurées automatiquement après un cessez-le-feu. Zhadan énumère avec une précision chirurgicale : le sentiment d’ouverture ne sera pas restauré. Le sentiment de confiance ne sera pas restauré. L’autorité de nombreuses institutions et dirigeants ne sera pas restaurée. Et surtout : le sentiment de sécurité ne sera pas restauré.
Chaque personne dans la salle sait de quoi il parle. Les promesses non tenues. Les livraisons retardées. Les débats interminables pendant que les bombes tombent. Et pourtant, malgré tout cela, les Ukrainiens continuent. De tenir. De résister. Pas parce qu’ils ont confiance dans le système international. Mais parce qu’ils n’ont pas le choix.
Quand un homme qui dort dans une tranchée vous dit que la confiance est morte, il faut l’écouter. Pas avec condescendance. Pas avec des promesses. Avec le silence que mérite une vérité aussi lourde. Et puis il faut se demander : qu’est-ce que nous avons fait, nous, pour que cette confiance s’effrite?
Le prix de l’indifférence
Le mot automatiquement dans la thèse de Zhadan est délibéré. Rien ne reviendra automatiquement. La confiance devra être reconstruite. Lentement. Douloureusement. Acte par acte. Et si elle n’est pas reconstruite, alors quelque chose de pire que la guerre nous attend : un monde où les nations ne croient plus en rien. Un monde de solitudes armées. Un monde où chacun construit son mur parce que les ponts ont tous été minés.
Toutes les guerres finissent : la thèse dangereuse
Cinquième thèse : l’évidence empoisonnée
Toutes les guerres finissent par se terminer. Zhadan reconnaît cette évidence. La guerre que la Russie a déclenchée contre l’Ukraine finira. Mais cette thèse, malgré son évidence, n’est pas sans danger. L’idée que toutes les guerres finissent peut devenir une anesthésie morale. Un prétexte pour l’inaction. Un coussin pour ceux qui préfèrent attendre que ça passé plutôt qu’agir.
La guerre ne finit généralement pas vraiment. Il faudra composer avec ses fantômes et ses ombres pendant très longtemps. Cette phrase contient toute l’expérience d’un homme né dans l’oblast de Louhansk, une région en conflit depuis 2014. Il a vu les conséquences du Donbas avant l’invasion totale. Les familles brisées. Les villes divisées. Les traumatismes transmis comme un héritage empoisonné.
Dire que toutes les guerres finissent est vrai. Mais c’est aussi la phrase la plus dangereuse qu’on puisse prononcer devant des dirigeants qui cherchent une porte de sortie. Parce qu’elle leur permet de retourner à leurs affaires en se disant que le temps réglera tout. Le temps ne règle rien. Les hommes règlent. Ou ne règlent pas.
Les fantômes qui restent
L’après-guerre est un mot trompeur. Il suggère une fin. Une coupure nette. Zhadan dit : non. Il y aura les cauchemars. Les sursauts au moindre bruit. Les enfants qui dessinent des missiles au lieu de maisons. Les vétérans qui ne retrouveront pas leur place. Les veuves. Les orphelins. L’Ukraine comptera ses morts pendant des décennies. Retrouvera des corps dans des fosses communes pendant des années.
L'avenir marqué par l'obscurité et la justice exigée
Sixième thèse : les cicatrices sur le futur
L’avenir, même le plus radieux, portera les marques de cette obscurité, de sa présence dans notre expérience. Cette phrase est d’une beauté terrible. L’avenir peut être radieux. Zhadan le croit. Mais il portera des cicatrices. Les enfants qui naîtront après la guerre grandiront dans les récits de ceux qui l’ont vécue. Les villes reconstruites garderont, dans leurs fondations, la mémoire des villes détruites.
Le pire, au point de la plus grande obscurité, c’est de parler de lumière. Zhadan connaît la tentation de croire que la présence de l’obscurité n’est pas temporaire, qu’elle doit rester pour toujours. Mais il la refuse. Pas par naïveté. Par expérience. Il a vu des voisins partager le dernier générateur. Des artistes chanter dans les abris. Des professeurs donner cours dans les sous-sols. L’obscurité révèle ce que la lumière cachait : la solidarité brute, la ténacité nue.
C’est cette capacité à tenir les deux vérités en même temps — l’horreur et l’espoir, la blessure et la guérison — qui fait de Zhadan un penseur essentiel. Pas un optimiste. Pas un pessimiste. Un réaliste armé de poésie. Et ça, dans un monde saturé de propagande, ça vaut plus que toutes les analyses géopolitiques.
Septième thèse : la justice comme besoin indestructible
La justice n’est pas une composante inhérente de notre réalité. Mais notre besoin de justice est indestructible et naturel. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine. Et pourtant, il voyage. Il reçoit des chefs d’État. Il serre des mains. L’impunité est là. Visible. Tangible. Zhadan ne prononce pas le mot vengeance. Il prononce le mot justice. La vengeance est un cercle. La justice est une ligne vers l’avant.
L'écrivain devenu soldat : le corps et les mots
De la plume au fusil
En juin 2024, quand Zhadan a annoncé sur Facebook qu’il rejoignait la 13e brigade Khartia, le monde littéraire a retenu son souffle. Un homme qui remplit des salles de 4 000 personnes pour des soirées de poésie. Un homme traduit dans des dizaines de langues. Il pouvait vivre à Berlin, à New York, à Paris. Il a choisi Kharkiv. Il a choisi la tranchée.
Fier de servir le peuple ukrainien. Sept mots. Pas de grand discours. Dans ces sept mots, toute la cohérence d’une vie. Zhadan n’a jamais fait de distinction entre les mots et les actes. Son oeuvre est un engagement. Sa vie est un poème. Et désormais, son corps est là où ses mots l’ont toujours placé : au coeur de la résistance.
On peut écrire sur la guerre depuis un café parisien. On peut analyser la guerre depuis un think tank à Washington. Mais quand un homme prend les armes pour défendre ce qu’il a passé sa vie à écrire, ses mots changent de nature. Ils ne décrivent plus. Ils témoignent. Ils ne commentent plus. Ils saignent.
Khartia : la charte de la résistance
La brigade Khartia a été fondée en 2022 par des volontaires pour défendre la région de Kharkiv. En avril 2025, elle a été assignée à diriger le deuxième corps. Ce n’est pas une unité symbolique. C’est une brigade de combat. L’homme qui a écrit Voroshilovgrad, qui a reçu le prix de la Paix des libraires allemands, dort dans des tranchées. Porte un gilet pare-balles au-dessus d’un coeur de poète.
L'obscurité n'est pas éternelle : la thèse qui éclaire
Le refus du désespoir
L’obscurité n’est pas éternelle. Zhadan prononce cette phrase à Munich avec l’autorité de quelqu’un qui l’a vérifiée. Pas dans les livres. Dans les rues bombardées. Il a vu des gens reconstruire des murs pendant que les missiles tombaient à trois rues. Des enseignants donner des cours en ligne depuis des caves. Des boulangers reprendre le travail après chaque frappe pour que le quartier ait du pain. L’obscurité n’est pas éternelle parce que les humains refusent qu’elle le soit.
Et pourtant, Zhadan ne minimise pas l’obscurité. Il ne dit pas qu’elle est facile à traverser. Il dit qu’elle est réelle, qu’elle marque, qu’elle transforme. Mais qu’elle n’a pas le dernier mot. Ce n’est pas de l’optimisme. C’est de la résistance. La différence entre les deux se mesure en cicatrices.
L’espoir de Zhadan n’est pas un espoir de catalogue. Ce n’est pas un slogan. C’est un espoir forgé dans le feu. Un espoir qui a survécu aux bombes, aux tranchées, aux nuits sans électricité. Il ne vient pas d’un homme qui n’a rien perdu. Il vient d’un homme qui a tout risqué.
Radio Khartia : la lumière sur les ondes
Radio Khartia. Le nom de la station que Zhadan a créée depuis le front. Un hommage à sa brigade. Une radio pirate qui diffuse depuis un véhicule radio à travers les territoires dangereux de l’est. De la poésie. De la musique. De l’information. Depuis les lignes de front. Parce que même dans l’obscurité la plus totale, un homme a décidé de transmettre de la lumière sur les ondes.
Un avenir partagé : l'impossibilité de se détourner
Huitième thèse : le monde est trop connecté pour l’indifférence
Zhadan insiste : il est important de parler de notre avenir précisément comme d’un avenir partagé. Chaque grande guerre rappelle l’impossibilité de se distancer dans le monde d’aujourd’hui. Cette guerre — la première grande guerre du XXIe siècle — a montré que le monde est trop défini par son passé pour ne pas construire l’avenir en termes partagés de sécurité et de confiance. Ce n’est pas un appel à la pitié. C’est un constat géopolitique formulé par un homme en uniforme.
Les dirigeants dans la salle hochent la tête. Les mêmes dirigeants qui, trois ans plus tôt, débattaient pour savoir s’il fallait envoyer des casques à l’Ukraine. Les mêmes qui ont retardé les chars. Les mêmes qui ont hésité sur les missiles longue portée. Zhadan leur dit : votre avenir est le nôtre. Nos ruines sont votre miroir. Notre résistance est votre rempart.
Le concept d’avenir partagé sonne comme un slogan de conférence internationale. Mais dans la bouche de Zhadan, il a le poids du réel. Parce que l’homme qui le prononce sait que le partage, jusqu’ici, a été cruellement inégal. L’Ukraine partage ses morts. L’Occident partage ses hésitations.
Les voisins de Zhadan et leurs plans
Les plans immédiats de mes voisins sont de survivre à l’hiver, d’arriver au printemps, de ne pas geler dans leurs propres appartements. Cette phrase arrête le souffle. Pendant que les diplomates de Munich discutent d’architecture de sécurité et de partenariats stratégiques, les voisins de Zhadan à Kharkiv planifient de ne pas mourir de froid. L’écart entre ces deux réalités est un gouffre. Et c’est dans ce gouffre que la crédibilité de l’Occident disparaît.
La responsabilité : les dernières thèses
L’avenir comme choix délibéré
Les dernières thèses de Zhadan convergent vers un même point : la responsabilité. L’avenir n’arrivera pas tout seul. Il devra être construit. Délibérément. Avec une lucidité qui refuse les raccourcis. Zhadan parle de la nécessité de préserver la réalité — refuser le mensonge, la propagande, les récits de confort qui font de la guerre un événement lointain.
Il parle de la nécessité d’accepter la responsabilité. Pas seulement celle des Ukrainiens. Celle de l’Europe envers ses valeurs. Celle de l’Occident envers ses promesses. Celle de chaque individu envers la vérité. L’essentiel est de ne pas être un observateur passif et indifférent dans cette nuit, quand il est important et efficace pour chacun d’entre nous de résister à cette obscurité. La responsabilité n’est pas un concept. C’est un acte quotidien. Et Zhadan, par sa vie même, prouve qu’il est possible de la porter jusqu’au bout.
Zhadan ne termine pas son discours par un appel à l’aide. Il termine par un appel à la responsabilité. La différence est immense. L’aide soulage la conscience. La responsabilité la transforme. Et c’est cette transformation que Zhadan exige de nous — non par les mots, mais par l’exemple de sa propre vie.
Agir ou être complice
Il y a un silence à la fin du discours de Zhadan. Un silence qui pèse. Parce que chaque personne dans cette salle sait que les mots qu’elle vient d’entendre sont vrais. Et que la vérité exige une réponse. Pas des applaudissements. Pas un tweet. Des actes. Des décisions. Des engagements concrets. La neutralité face à l’agression n’est pas de l’objectivité. Un homme qui a quitté sa bibliothèque pour une tranchée est la preuve vivante qu’il n’est plus possible de détourner le regard.
Ce que la poésie fait à la guerre
Les mots comme armes de précision
À quoi sert la poésie en temps de guerre? La réponse est dans le discours lui-même. La poésie ne sauve pas des vies. Les missiles ne lisent pas de vers. Mais la poésie fait ce que la diplomatie ne peut pas faire : elle dit la vérité sans détour. Quand Zhadan dit que la vie en temps de guerre est une vie sans garanties, ce n’est pas une analyse politique. C’est un vers. Et c’est précisément parce que c’est un vers que ça touche. La prose diplomatique s’évapore. La poésie s’incruste.
Son livre Sky Above Kharkiv reste le document le plus poignant de cette guerre. Écrit au jour le jour. Des textes postés sur Facebook. Des coordinations d’aide humanitaire. Des descriptions de concerts joués dans le métro. Des réflexions sur la destruction du musée Skovoroda. Partout, cette voix qui refuse de se taire. Le livre a été finaliste du prix Witold Pilecki. Son auteur n’est pas dans une résidence d’artiste. Il est sur le front.
Zhadan prouve que la littérature n’est pas un luxe de temps de paix. Elle est un outil de survie. Un moyen de préserver ce qui fait de nous des êtres humains quand tout conspire à nous réduire à des statistiques. Chaque poème écrit sous les bombes est un acte de défi contre la barbarie.
Ce qu’on voit quand on accepte le noir
Le titre de l’article d’Euromaidan Press — Ce qu’on peut voir dans cette obscurité — résume le projet de Zhadan. Il ne s’agit pas de nier l’obscurité. Ni de la traverser en fermant les yeux. Il s’agit de regarder dedans. D’y chercher ce qui est encore vivant. Ce qui résiste. Ce que Zhadan voit dans l’obscurité, c’est un peuple. Debout. Blessé. Fatigué. Mais debout.
L'avenir n'est pas un retour : neuvième et dixième thèses
Neuvième thèse : entrer dans l’avenir en portant la guerre
La société devra entrer dans l’avenir en portant l’expérience de la guerre, dont les conséquences resteront longtemps. Cette thèse est la plus lucide de toutes. Zhadan ne promet pas de guérison rapide. Il ne vend pas de reconstruction miracle. Il dit simplement que l’avenir sera marqué. Que les cicatrices feront partie du paysage. Que le pays qui se relèvera portera dans ses fondations la mémoire de ce qu’il a traversé.
Les vétérans qui reviendront. Les familles qui devront se reconstruire. Les villes qui porteront les traces des frappes dans leur architecture. Les enfants qui grandiront avec des récits de sous-sols et de sirènes. L’Ukraine d’après sera une Ukraine de mémoire. Et cette mémoire sera à la fois son fardeau et sa force.
On voudrait pouvoir tourner la page. Passer à autre chose. Mais Zhadan nous rappelle une vérité inconfortable : les pages arrachées par la guerre ne se tournent pas. Elles se portent. Elles pèsent. Et c’est avec ce poids que l’Ukraine devra marcher vers demain. La moindre des choses serait de ne pas marcher à côté d’elle les mains vides.
Dixième thèse : la fin de la guerre exige effort, foi et endurance
Les guerres ne finissent pas automatiquement; leur conclusion exige effort, foi et endurance. C’est la dernière thèse. La plus exigeante. Zhadan rejette l’idée que la paix arrive comme une saison. La paix se construit. Se mérite. Se défend. Et elle exige de ceux qui la veulent une foi qui ne fléchit pas et une endurance qui ne se négocie pas. Percevoir la fin d’une guerre comme un fait inévitable est éthiquement discutable, prévient Zhadan.
Car derrière l’inévitabilité se cache souvent l’indifférence. Dire que ça finira bien par finir, c’est autoriser le statu quo. C’est laisser les bombes tomber en attendant que l’histoire fasse son travail. Zhadan dit : non. L’histoire ne fait pas son travail toute seule. Ce sont les hommes qui le font. Ou qui ne le font pas.
Conclusion : Ce qu'il reste quand les lumières se rallument
Le silence après le discours
Quand Serhiy Zhadan quitte la tribune de Munich, il retourne au front. Pas dans un hôtel. Au front. Ce détail est la thèse numéro onze. Celle qu’il n’a pas besoin de formuler. Celle que son corps écrit chaque jour : les mots ne suffisent pas. Il faut être là où ça fait mal.
Ses dix thèses ne sont pas un programme politique. Ce sont des vérités d’expérience. Forgées dans le feu. Trempées dans la douleur. Polies par la lucidité. Elles disent que l’avenir existe mais qu’il est blessé. Que la confiance est morte mais que le besoin de confiance survit. Que la guerre finira mais que ses fantômes resteront. Que la justice est absente mais que l’exigence de justice est indestructible. Que l’obscurité est réelle mais qu’on peut y voir quelque chose.
Je termine cette chronique avec une certitude et une question. La certitude : Serhiy Zhadan est l’une des voix les plus importantes de notre époque. Pas parce qu’il écrit bien. Parce qu’il vit ce qu’il écrit. La question : combien de temps encore allons-nous applaudir des discours comme le sien sans changer une seule de nos décisions? Les mots de Zhadan resteront. La question est de savoir si nous, nous resterons à la hauteur de ce qu’ils exigent de nous.
La lumière dans l’obscurité
L’obscurité, malgré toute son immensité et son désespoir, est finie. Elle peut véritablement être endurée. Ce sont les derniers mots qui comptent. Pas un slogan. Un témoignage. Prononcé par un homme qui a traversé cette obscurité avec un fusil dans une main et un poème dans l’autre. Ce que Zhadan voit dans l’obscurité, c’est un peuple qui refuse de mourir. Il a vu une langue qui refuse de se taire. Il a vu un avenir qui refuse de disparaître. Et il est monté sur une tribune à Munich pour nous dire : regardez.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique est écrite depuis une position claire : celle du soutien au peuple ukrainien face à l’agression russe. L’auteur considère que l’invasion de l’Ukraine par la Russie constitue une violation flagrante du droit international et un crime contre la paix. Cette position n’empêche pas la rigueur factuelle — elle l’exige. Les faits présentés sont vérifiables. Les citations sont sourcées. Les interprétations sont assumées et signalées par les passages en italique.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur le texte intégral du discours de Serhiy Zhadan à la Conférence de sécurité de Munich, publié par Radio Khartia et repris par Euromaidan Press et Inkorr. Les informations biographiques proviennent de sources multiples dont Wikipedia, Yale University Press, PEN Ukraine, The Poetry Foundation, TIME, Kyiv Independent et The New World. L’auteur n’a pas eu d’échange direct avec Serhiy Zhadan.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, genre qui combine information, analyse et perspective éditoriale. Les passages en italique signalent les opinions personnelles du chroniqueur. Le reste s’appuie sur des faits documentés et des citations directes. Le chroniqueur assume pleinement ses prises de position et invite le lecteur à consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Ten Theses on the Future: Serhiy Zhadan’s Speech at the Munich Security Conférence — Radio Khartia
Munich Security Conférence 2026 — Site officiel de la MSC
Ewald von Kleist Award 2026 — Munich Security Conférence
At Munich Security Conférence, Serhiy Zhadan Outlines Ten Visions for Ukraine’s Future — Inkorr
Sources secondaires
Sky Above Kharkiv: Dispatches from the Ukrainian Front — Yale University Press
13th Khartiia Brigade — Wikipedia
Serhiy Zhadan joins Défense Forces of Ukraine — Chytomo
Author Zhadan joins Ukraine’s National Guard — Kyiv Independent
Pirate radio from the frontlines with Ukraine’s rockstar poet — The New World
Poetry After Bucha: Serhiy Zhadan — Literary Hub
Poet Serhiy Zhadan on Fighting for Ukrainian Culture — TIME
Munich Security Conférence présents Ewald von Kleist Award to Ukraine — The Tribune India
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.