Le paradoxe nucléaire post-guerre
Selon l’AIEA, l’Iran possède 408,6 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. Le seul État non nucléaire au monde à détenir un tel stock. Et 60 % représente plus de 90 % du travail nécessaire pour atteindre les 90 % requis pour une arme. En clair : l’Iran est à deux à trois jours de produire 25 kilogrammes d’uranium de qualité militaire. Assez pour une bombe. En trois semaines, assez pour neuf.
Les inspecteurs ont même trouvé des traces d’uranium enrichi à près de 84 %. Et pourtant, l’Iran a réduit sa coopération avec l’agence au point que celle-ci ne peut plus vérifier précisément l’état du stock. On négocie dans le brouillard.
Ironie cruelle. Israël a bombardé les sites nucléaires iraniens en juin 2025 pour empêcher Téhéran d’avoir la bombe. Résultat : les négociations ont été interrompues pendant des mois, l’Iran a accéléré son programme, et aujourd’hui le seuil nucléaire n’a jamais été aussi proche. La guerre préventive a rendu plus probable ce qu’elle était censée empêcher.
Ce que Téhéran met sur la table
Araghchi exige la levée complète des sanctions. Pas partielle. Complète. En échange, l’Iran accepte de discuter de limites à son programme nucléaire — mais refuse d’aborder ses missiles balistiques ou d’abandonner l’enrichissement. Téhéran a même préparé une offre : ouvrir ses champs pétroliers aux entreprises américaines, permettre des investissements dans les mines, acheter des avions de ligne américains. La carotte pendant que le bâton est toujours dans l’autre main.
Netanyahu, le fantôme à la table
Les lignes rouges d’un homme qui n’est pas invité
Benjamin Netanyahu n’est pas à Genève. Mais sa voix résonne dans chaque salle. Le 15 février, devant la Conférence des présidents des grandes organisations juives américaines, il a posé ses exigences. Premièrement : tout le matériel enrichi doit quitter l’Iran. Deuxièmement : démanteler les équipements et l’infrastructure d’enrichissement. Troisièmement : régler la question des missiles balistiques. Quatrièmement : des inspections réelles, sans délai de préparation.
Netanyahu et Trump sont d’accord sur la destination : un Iran sans capacité nucléaire militaire. Ils divergent sur le chemin. Netanyahu pense qu’un bon accord est impossible. Trump pense qu’il peut en obtenir un. L’un a mené une guerre de douze jours pour prouver son point. L’autre envoie son gendre pour prouver le sien.
Appelons les choses par leur nom. Netanyahu demande à Washington de négocier exactement ce que la guerre de juin 2025 n’a pas réussi à obtenir par la force. Le démantèlement complet. Si la diplomatie devait accomplir ce que 200 avions et des frappes américaines n’ont pas réussi, ce ne serait pas un accord. Ce serait une capitulation. Et l’Iran ne capitulera pas.
Le spectre d’une frappe préventive
Si les négociations échouent, la tentation d’une nouvelle frappe sera immense. La dernière a duré douze jours et n’a pas résolu le problème. Le renforcement militaire américain dans la région — le groupe aéronaval de l’Abraham Lincoln, les systèmes de défense antimissile — n’est pas seulement un outil de pression diplomatique. C’est un dispositif de guerre prêt à l’emploi.
Le détroit d'Ormuz : la carte que l'Iran n'a pas encore jouée
Exercice militaire ou message codé
Le détroit d’Ormuz — 39 kilomètres de large — voit transiter un cinquième du pétrole mondial. L’exercice « Contrôle intelligent », lancé le 16 février sous la supervision du général Mohammad Pakpour, teste drones, guerre électronique et missiles de précision. Ce n’est pas de la défense conventionnelle. C’est de la guerre asymétrique — des moyens petits, rapides, mortels, conçus pour neutraliser une marine infiniment supérieure.
Le message : vous pouvez nous bombarder, mais nous pouvons fermer le robinet du monde. La fermeture d’Ormuz provoquerait un choc pétrolier dont les conséquences se mesureraient en récessions et en effondrements de marchés.
L’Iran ne négocie pas depuis une position de faiblesse, malgré les sanctions, malgré la guerre de juin, malgré l’isolement. Il négocie avec deux armes que personne ne peut lui retirer : la proximité du seuil nucléaire et le contrôle géographique du détroit d’Ormuz. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est un bras de fer entre une puissance qui a tout et une autre qui n’a plus rien à perdre.
L’économie comme champ de bataille
L’offre iranienne — ouvrir les champs pétroliers, les mines, permettre l’achat d’avions Boeing — vise directement l’instinct transactionnel de Donald Trump. Hamid Ghanbari, numéro deux de la diplomatie économique iranienne, l’a confirmé : Téhéran propose la coopération là où Washington exige la capitulation. La question est de savoir si Trump verra dans cette offre un triomphe à annoncer ou un piège à éviter.
Genève, acte II : l'Ukraine dans la même journée
Deux guerres, une seule paire de mains
L’après-midi, les mêmes Witkoff et Kushner changeront de dossier. L’Ukraine. Troisième round après les sessions aux Émirats arabes unis. Umerov et Boudanov face à Medinski, le négociateur russe qui avait déjà échoué à Istanbul en 2022. Au menu : la question la plus explosive — les territoires. Kiev veut un cessez-le-feu énergétique. Moscou l’a déjà refusé. Trump a augmenté la pression sur Zelensky, exigeant que l’Ukraine « entre rapidement en négociation ». Deux jours prévus — les 17 et 18 février. Deux jours pour des milliers de kilomètres carrés de territoire et des millions de vies.
Est-ce que les États-Unis ont encore la capacité — intellectuelle, diplomatique, stratégique — de gérer deux crises existentielles simultanément? Envoyer les mêmes hommes d’une table à l’autre, le matin pour empêcher une bombe atomique, l’après-midi pour redessiner les frontières de l’Europe — ce n’est pas de l’efficacité. C’est de l’hubris.
Le fil invisible entre les deux dossiers
Les deux dossiers sont liés. Un accord avec l’Iran libérerait des ressources américaines pour l’Ukraine. Un échec sur le nucléaire rendrait une solution ukrainienne encore plus urgente — Washington ne peut pas se permettre deux fronts ouverts indéfiniment. Et inversement : un compromis sur l’Ukraine renforcerait la position américaine face à l’Iran. Tout est imbriqué. Tout se joue en même temps.
Le vrai enjeu : qui dicte les règles du monde d'après
La fin du monopole américain
Il y a quelque chose de révélateur dans le choix de Genève. Pas Washington. Pas Camp David. Genève — terrain neutre, sous médiation omanaise pour l’Iran et supervision suisse pour l’Ukraine. Les États-Unis ne sont plus le lieu où le monde se réconcilie. Quand la première puissance mondiale a besoin d’un pays de cinq millions d’habitants pour transmettre ses messages, quelque chose a fondamentalement changé dans l’ordre mondial.
Et pourtant, l’alternative — pas d’accord, escalade militaire, possible frappe — est encore pire. Si l’Iran obtient des concessions après avoir résisté aux sanctions et aux bombardements, d’autres en tireront la conclusion : il suffit de tenir assez longtemps. C’est le piège parfait. Chaque option est mauvaise. La seule question : laquelle est la moins mauvaise?
Nous vivons un moment charnière. Les États-Unis ne peuvent plus imposer. Ils doivent convaincre. L’Iran ne peut plus être ignoré. Il doit être entendu. Et l’Ukraine ne peut plus choisir seule. Elle doit accepter que son sort se décide dans une ville suisse, entre des hommes qui ne parlent pas sa langue et ne connaissent pas ses morts.
Le précédent que personne ne veut créer
Si les États-Unis acceptent un accord laissant à l’Iran une capacité d’enrichissement, le message sera dévastateur. Chaque pays ambitionnant l’arme nucléaire y verra une validation. Mais refuser tout accord, c’est choisir l’escalade. La guerre de juin 2025 — 200 avions israéliens, 550 missiles balistiques iraniens, frappes américaines sur trois sites nucléaires, cessez-le-feu le 24 juin — n’a rien résolu. La prochaine pourrait être pire.
Conclusion : Le monde retient son souffle
L’heure de vérité
Cette journée n’est pas un sommet de plus. C’est un test. Un test pour la diplomatie américaine, qui doit prouver qu’elle peut être autre chose qu’un prolongement de la force militaire. Un test pour l’Iran, qui doit montrer qu’il veut autre chose que le temps de franchir le seuil nucléaire. Un test pour l’Ukraine, qui doit négocier sans savoir si elle sera défendue ou sacrifiée.
Ce qui restera après les communiqués
Genève, 17 février 2026. Deux tables. Deux guerres. Un seul monde. Quand Witkoff et Kushner quitteront cette ville, les centrifugeuses de Fordow continueront de tourner. Les obus continueront de tomber sur le Donbass. L’Abraham Lincoln continuera de patrouiller. Parce que la diplomatie, même quand elle fonctionne, est toujours plus lente que la guerre.
Maintenant, vous savez. Vous savez que le sort de la planète se joue aujourd’hui dans une ville suisse. Vous savez que les hommes chargés de l’empêcher de basculer sont les mêmes qui, il y a huit mois, n’ont pas empêché une guerre de douze jours. Le monde n’a jamais été aussi armé. Et jamais aussi impuissant. Des millions de vies suspendues aux conversations de quelques hommes dans des salons suisses. La question n’est pas de savoir si ces négociations sont importantes. La question est de savoir ce que nous ferons quand elles échoueront. Ou, plus improbable encore, quand elles réussiront.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce commentaire adopte une posture analytique-lucide avec une composante indignée-combative. L’auteur considère que la simultanéité des négociations iraniennes et ukrainiennes à Genève constitue un moment géopolitique dont la gravité est insuffisamment couverte. Le texte questionne la capacité réelle de la diplomatie américaine à gérer deux crises existentielles en parallèle.
Méthodologie et sources
L’analyse s’appuie sur des sources primaires (agences IRNA et Tasnim, rapports de l’AIEA) et des sources secondaires (NPR, NBC News, Al Jazeera, Bloomberg, CNN, France 24). Les données nucléaires proviennent des rapports de l’AIEA de mai 2025.
Nature de l’analyse
Ce texte est un commentaire, pas un reportage. Il contient des opinions assumées qui engagent uniquement leur auteur. Les faits sont séparés des analyses par la structure du texte. Le lecteur est invité à consulter les sources pour former son propre jugement.
Sources
Sources primaires
UNN — US-Iran talks begin in Geneva
NPR — U.S. and Iran to hold a second round of nuclear talks in Geneva
NBC News — U.S. and Iran hold high-stakes nuclear talks in Geneva as threat of war looms
CNN — Live updates: Nuclear talks between US and Iran set to begin in Geneva
Al Jazeera — US-Iran talks live: Second round of nuclear negotiations begin in Geneva
AIEA — Rapport de vérification et de surveillance en République islamique d’Iran
Sources secondaires
Al Jazeera — Netanyahu calls for dismantling Iran’s nuclear programme in any US deal
Bloomberg — Iran, US Set for Second Round of Nuclear Talks in Geneva
France 24 — Live: Ukraine, Russia set for trilateral talks in Geneva focused on land
Euronews — Peace talks round three: Ukraine-US-Russia Geneva meeting’s key topics
Al Jazeera — Iran FM in Geneva for US talks, as IRGC holds drills in Strait of Hormuz
The Washington Post — US and Iran to hold a second round of nuclear talks in Geneva
U.S. News — Netanyahu Says US Deal With Iran Must Dismantle Nuclear Infrastructure
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.