Des mots qui pèsent plus que des bombes
Ali Khamenei n’est pas homme à parler pour ne rien dire. Le 17 février 2026, il a choisi ses mots avec la précision d’un chirurgien. « Un navire de guerre est certainement une arme dangereuse », a-t-il déclaré. Pause. « Mais plus dangereux encore est l’arme capable de le couler. » La phrase ne dit pas « nous allons attaquer ». Elle dit « nous pouvons ». La nuance est fondamentale. Khamenei préfère la menace permanente, cette zone grise où l’adversaire ne sait jamais s’il doit tirer ou négocier. En une seule phrase, il rappelle aux États-Unis que leurs porte-avions à 13 milliards de dollars ne sont pas invulnérables dans un détroit où la géographie favorise le défenseur.
Ce qui frappe dans le discours de Khamenei, ce n’est pas la violence des mots. C’est leur calcul. Chaque phrase est un échiquier. Il ne menace pas par colère. Il menace par méthode. Et c’est infiniment plus redoutable.
Le défi lancé à Trump
Mais Khamenei ne s’est pas arrêté là. Il a directement ciblé Donald Trump, citant les propres mots du président américain pour les retourner contre lui. « Dans l’un de ses récents discours, le président américain a dit que pendant 47 ans, l’Amérique n’a pas réussi à détruire la République islamique », a rappelé le guide suprême. Puis, avec le ton d’un homme qui a vu passer neuf présidents américains depuis la Révolution de 1979 : « Je vous le dis : vous ne réussirez pas non plus. » La provocation est chirurgicale. Trump avait prévenu l’Iran d’un « résultat très traumatisant » si aucun accord n’est conclu dans les prochaines semaines. Khamenei répond : vous ne nous faites pas peur. Plus encore, il a ajouté que « l’armée la plus puissante du monde peut parfois recevoir une gifle dont elle ne se relève pas ». Le mot « gifle » n’est pas anodin dans le lexique iranien. Il fait écho à l’opération « Promesse sincère » d’avril 2024, quand l’Iran avait lancé 300 drones et missiles sur Israël. Dans la rhétorique théocratique iranienne, une « gifle » peut être un barrage de missiles.
L'énergie nucléaire : droit souverain ou menace existentielle
La ligne rouge de Téhéran
Au cœur de l’affrontement rhétorique se trouve une question fondamentale : l’enrichissement d’uranium. Khamenei a été limpide : « L’énergie nucléaire pacifique n’est pas pour la guerre. Elle sert à faire tourner le pays — l’agriculture, la santé, tout ce qui dépend de l’énergie. C’est un droit de la nation. Qu’est-ce que cela a à voir avec vous, Américains ? » La question est posée avec une sincérité feinte qui masque un calcul stratégique. Car l’Iran, avant la guerre de juin 2025, enrichissait de l’uranium à 60 % de pureté — un pas technique à peine perceptible avant le seuil des 90 % nécessaires pour une arme nucléaire. Et pourtant, Khamenei présente le programme comme une affaire d’agriculture et de santé. L’administration Trump ne l’entend pas de cette oreille. Le président américain a été catégorique : « Nous ne voulons aucun enrichissement. » Zéro. Pas de compromis. Pas de niveau résiduel. Pas de centrifugeuses qui tournent, même pour la recherche médicale. La position américaine est d’une intransigeance absolue qui laisse peu de place à la négociation. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Quand l’un dit « zéro enrichissement » et l’autre dit « c’est notre droit souverain », on n’est pas dans une négociation. On est dans un dialogue de sourds armés jusqu’aux dents. Et les dialogues de sourds, dans cette région du monde, finissent rarement par un compromis. Ils finissent par du feu.
Le programme en ruines et la fierté intacte
Il faut comprendre le contexte pour mesurer l’ampleur du défi. En juin 2025, Israël et les États-Unis ont mené une campagne de frappes aériennes dévastatrice contre les installations nucléaires iraniennes. Natanz, Ispahan, Fordow — les trois piliers du programme d’enrichissement ont été frappés. Les États-Unis ont utilisé pour la première fois le GBU-57 Massive Ordnance Penetrator, la plus grosse bombe conventionnelle de leur arsenal, contre les installations souterraines de Fordow. Le résultat : l’Iran n’a pas fait tourner une seule centrifugeuse depuis huit mois. Pas un gramme d’uranium enrichi produit. Le programme nucléaire iranien est en ruines. Et pourtant — et c’est là que le génie stratégique iranien se révèle — Khamenei parle comme si rien ne s’était passé. La demande américaine de zéro enrichissement pose un problème fondamental de faisabilité diplomatique. L’Iran a signalé qu’il serait ouvert à un arrêt temporaire, mais qu’une interdiction permanente reste « inacceptable ». L’accord JCPOA de 2015 avait précisément été construit sur un compromis : un enrichissement limité en échange d’une levée des sanctions. Trump avait déchiré cet accord en 2018. Aujourd’hui, il demande plus en offrant moins. Téhéran négocie depuis une position de faiblesse matérielle tout en projetant une image de force rhétorique. Le décalage entre les deux est la clé de lecture de toute cette crise.
Genève : la diplomatie des miroirs
Des « principes directeurs » pour masquer le vide
Pendant que Khamenei tonnait depuis Téhéran, ses diplomates jouaient une toute autre partition à Genève. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, chef de la délégation iranienne, a annoncé que les deux parties avaient atteint « une compréhension générale sur un ensemble de principes directeurs ». Les mots sont choisis pour donner l’impression d’une avancée sans rien concrètement promettre. « Je crois que nous avons fait de bons progrès », a ajouté Araghchi. Puis la nuance, glissée comme un scalpel : « Le chemin vers un accord a commencé, mais nous ne l’atteindrons pas rapidement. » Traduction : nous avons gagné du temps. Le médiateur omanais, le ministre des Affaires étrangères Badr Albusaidi, a confirmé que le deuxième round s’était terminé « avec de bons progrès vers l’identification d’objectifs communs ». Il a ajouté que « l’esprit des réunions était constructif ». Dans le langage diplomatique, « constructif » signifie que personne n’a quitté la table. C’est le strict minimum. Et pourtant, c’est présenté comme une victoire.
La diplomatie a son propre vocabulaire. « Progrès » signifie « on n’a pas reculé ». « Constructif » signifie « on ne s’est pas insultés ». « Principes directeurs » signifie « on s’est mis d’accord pour se reparler ». Dans le monde réel, cela s’appelle tourner en rond. Avec élégance.
Les prochaines étapes : un calendrier dans le brouillard
Araghchi a indiqué que les deux parties travailleraient séparément sur des projets de texte, échangeraient leurs propositions, puis fixeraient la date d’un troisième round. L’Iran devrait revenir avec des propositions détaillées dans les deux prochaines semaines. Deux semaines. Dans un contexte où Trump parle en termes de « quelques semaines » pour conclure un accord complet, et où le Pentagone continue de déployer des avions de chasse et des destroyers lance-missiles dans la région. La fenêtre diplomatique est ouverte. Mais elle se rétrécit à chaque déclaration belliqueuse, à chaque missile tiré, à chaque menace murmurée. Et les deux côtés le savent. L’envoyé américain Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Trump, mènent les discussions côté américain. L’Iran refuse toujours les négociations directes. Tout passe par Oman. Tout est indirect. Comme si se regarder dans les yeux rendait la vérité trop insoutenable.
Le détroit d'Ormuz : l'arme économique ultime
Vingt pour cent du pétrole mondial sous la menace
Le détroit d’Ormuz. Trente-neuf kilomètres de large à son point le plus étroit. Vingt millions de barils de pétrole y transitent chaque jour. C’est le goulot d’étranglement énergétique de la planète. Et le 17 février 2026, l’Iran l’a fermé. Temporairement, certes. Pour des « exercices de tir réel », officiellement. Mais le message est d’une clarté aveuglante : nous pouvons éteindre la lumière. Les Gardiens de la Révolution ont nommé leur exercice « Contrôle intelligent du détroit d’Ormuz ». Le nom seul est un programme. « Contrôle » — pas « défense », pas « surveillance ». Contrôle. L’Iran ne prétend plus seulement défendre ses eaux territoriales. Il revendique le contrôle d’une voie navigable internationale. L’agence semi-officielle Tasnim a rapporté des tirs de missiles depuis le territoire iranien et le long de ses côtes, les projectiles atteignant leurs cibles dans le détroit. Des missiles réels. Des cibles réelles. À quelques kilomètres des pétroliers qui alimentent l’économie mondiale.
Fermer le détroit d’Ormuz, même pour quelques heures, c’est poser la main sur la gorge de l’économie mondiale et serrer. Juste assez pour rappeler qu’on peut serrer plus fort. C’est un geste d’une brutalité stratégique remarquable. Et personne ne devrait faire semblant de ne pas comprendre.
L’impact sur les marchés et le monde
Les analystes estiment qu’une prime de risque de 4 à 7 dollars par baril est déjà intégrée dans les cours du brut. Sans la menace d’un affrontement militaire, les prix seraient dans les 50 dollars élevés, compte tenu d’un excédent prévu de 3,7 millions de barils par jour pour le reste de 2026. En d’autres termes, la rhétorique belliqueuse de Téhéran coûte à chaque automobiliste, à chaque industrie, à chaque économie dépendante du pétrole. La menace est aussi une arme économique. Et Khamenei le sait parfaitement. Un détroit fermé pendant ne serait-ce qu’une semaine déclencherait une crise énergétique planétaire. Les réserves stratégiques ne suffiraient pas. Les routes alternatives — le pipeline Est-Ouest saoudien, le port émiratis de Fujaira — ne pourraient absorber qu’une fraction du volume. Le détroit d’Ormuz est le talon d’Achille de la civilisation pétro-dépendante. Et l’Iran y habite.
Russie-Chine-Iran : la coalition du défi
L’exercice « Ceinture de sécurité maritime 2026 »
La provocation iranienne ne serait qu’un épisode de plus si elle restait un acte solitaire. Mais elle ne l’est pas. Le même jour, la Russie et la Chine ont déployé des navires de guerre dans le détroit d’Ormuz. Officiellement : « lutte contre la piraterie » et « recherche et sauvetage ». Personne n’est dupe. Quand trois puissances anti-occidentales alignent leurs navires à portée de tir des groupes aéronavals américains, c’est une démonstration de force. Un message en trois langues — persan, russe et mandarin — adressé à Washington : vous n’êtes pas seuls ici.
Il y a quelque chose de glaçant dans cette image : des navires russes, chinois et iraniens naviguant côte à côte face à deux porte-avions américains. On appelle ça un « exercice ». Moi, j’appelle ça une répétition générale.
Un nouvel ordre naval en formation
Depuis janvier 2026, Washington a renforcé sa présence au Moyen-Orient. Centaines d’avions, destroyers lance-missiles, l’USS Gerald Ford en renfort. Et pourtant, face à cette armada, l’Iran ne recule pas. Il avance. Avec la Russie et la Chine dans son sillage. C’est la cristallisation d’un bloc anti-américain qui utilise le golfe Persique comme scène. Le multipolaire n’est plus une théorie. Il navigue. Il tire des missiles. Il ferme des détroits.
Trump et la doctrine du « traumatisme »
La pression maximale version 2026
Donald Trump ne fait pas dans la subtilité. « Ce sera très traumatisant pour l’Iran » si aucun accord n’est conclu, a-t-il prévenu le 12 février. Le mot « traumatisant » est choisi à dessein. Il ne dit pas « décevant ». Il ne dit pas « regrettable ». Il dit « traumatisant ». Le sous-texte est militaire. Le président américain a également rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 15 février, et les deux dirigeants se sont mis d’accord pour continuer à exercer une pression maximale sur l’Iran, y compris sur les ventes de pétrole iranien à la Chine. La stratégie est claire : étrangler économiquement Téhéran tout en maintenant le spectre militaire en permanence visible. Les sanctions, les porte-avions, les avions de chasse — tout est mobilisé pour forcer l’Iran à accepter un accord aux conditions américaines. C’est la « pression maximale » de 2019, mais avec des centrifugeuses détruites et des bombes de 15 tonnes en arrière-plan.
Trump négocie comme il construit ses gratte-ciel : en écrasant. Le problème, c’est que l’Iran n’est pas un sous-traitant de l’immobilier. C’est un régime théocratique de 88 millions d’habitants qui a survivé à une guerre de huit ans, à des décennies de sanctions et à des frappes aériennes. La pression maximale ne fonctionne que si l’autre côté a peur. Et Khamenei n’a pas peur. Ou alors, il le cache remarquablement bien.
L’ombre d’Israël derrière chaque décision
Derrière les négociations de Genève, il y a un acteur qui ne s’assoit jamais à la table mais qui influence chaque décision : Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré Trump le 15 février, deux jours avant le round de Genève. Le communiqué conjoint parle de « pression maximale continue » sur l’Iran. Israël a déjà démontré, en juin 2025, qu’il est prêt à frapper les installations nucléaires iraniennes. Et il l’a fait avec une efficacité dévastatrice. Pour Tel-Aviv, un Iran nucléaire est une menace existentielle. La position israélienne est encore plus dure que celle de Washington : non seulement zéro enrichissement, mais zéro capacité. Démantèlement complet. Définitivement. La présence de Jared Kushner aux négociations n’est pas anodine. Le gendre du président, architecte des Accords d’Abraham, représente une vision du Moyen-Orient où l’Iran est contenu, affaibli, neutralisé.
Les ruines de juin 2025 : négocier depuis les décombres
Natanz, Ispahan, Fordow : les cicatrices
Pour comprendre la bravade de Khamenei, il faut se souvenir de ce qui s’est passé en juin 2025. Pendant douze jours, les forces aériennes israéliennes et américaines ont frappé systématiquement les installations nucléaires iraniennes. Natanz, le joyau du programme d’enrichissement, a subi des frappes dévastatrices qui ont détruit l’alimentation électrique des niveaux souterrains où les centrifugeuses étaient stockées. Fordow, la forteresse souterraine creusée dans la montagne, a été ciblée par la GBU-57 américaine, un monstre de 14 tonnes conçu spécifiquement pour percer les bunkers les plus profonds. La Commission israélienne de l’énergie atomique a déclaré Fordow « inopérable ». La CIA parle de « programme sévèrement endommagé ». La DIA estime que le retard infligé n’est que de « quelques mois ». Même dévasté, le savoir-faire iranien survit. Les scientifiques sont toujours là. La volonté politique aussi.
On peut bombarder des centrifugeuses. On ne peut pas bombarder une idée. Et l’idée que l’Iran a le « droit » au nucléaire est gravée dans le marbre de la fierté nationale iranienne. Quand Khamenei parle d’énergie nucléaire comme d’un « droit de la nation », il ne fait pas de la propagande. Il exprime un sentiment partagé par des millions d’Iraniens, y compris ceux qui détestent le régime.
La force dans la faiblesse
C’est la grande ironie de cette situation. L’Iran négocie alors que son programme nucléaire est techniquement neutralisé. Mais il négocie quand même. Et il pose des conditions. Et il menace de couler des porte-avions. Comment est-ce possible ? Parce que le rapport de force ne se mesure pas uniquement en centrifugeuses. Il se mesure aussi en géographie, en alliances, en résilience. L’Iran contrôle le détroit d’Ormuz. L’Iran a la Russie et la Chine comme partenaires stratégiques. L’Iran a 88 millions d’habitants et une profondeur stratégique immense. Bombarder ne suffit pas. Il faut convaincre. Ou envahir. Et personne à Washington n’a l’appétit pour une invasion terrestre de l’Iran. Personne. C’est le levier ultime de Téhéran : être trop gros pour être avalé.
Le jeu des faux-semblants et la guerre des perceptions
Parler de paix en préparant la guerre
Ce qui se joue en ce février 2026 est un exercice classique de coercition diplomatique. Les États-Unis déploient deux groupes aéronavals. L’Iran tire des missiles dans le détroit. Les États-Unis envoient des bombardiers B-2. L’Iran invite la Russie et la Chine. Escalade symétrique. La spirale est en marche. Et la seule chose qui la retient, c’est que les deux parties préfèrent la menace à l’action. Parce que l’action signifie la guerre. Une guerre qui embraserait le Moyen-Orient et ferait exploser les prix du pétrole.
La vraie question n’est pas de savoir qui est le plus fort. Les États-Unis sont militairement supérieurs, c’est un fait mathématique. La vraie question est : à quel prix ? Et ce prix, ni Washington ni Téhéran ne veulent le payer. Pas encore. Alors on continue ce ballet macabre où chacun agite ses armes en espérant que l’autre cligne des yeux en premier.
Chacun joue pour son public
Dans ce théâtre d’ombres, la perception compte autant que la réalité. Khamenei doit paraître fort. Trump doit paraître intransigeant. Araghchi doit paraître raisonnable. Witkoff doit montrer des « progrès ». Chacun joue pour son public. Et aucun n’a intérêt à ce que la réalité nue apparaisse : deux pays au bord du conflit ouvert qui ne peuvent ni faire la paix ni se permettre la guerre totale. C’est un équilibre instable. Et les équilibres instables finissent par basculer.
La rhétorique contre la réalité : des menaces aux pieds d'argile
Couler un porte-avions : fanfaronnade ou capacité réelle
Revenons aux menaces de Khamenei. « Plus dangereux que le navire de guerre est l’arme capable de le couler. » La phrase est puissante. Mais est-elle crédible ? L’Iran possède des missiles anti-navires capables d’endommager un bâtiment américain dans les eaux confinées du détroit d’Ormuz. Le Pentagone le reconnaît. Mais entre endommager et « couler » un porte-avions de 100 000 tonnes protégé par destroyers, sous-marins et systèmes Aegis, il y a un gouffre. Khamenei le sait. Sa menace n’est pas une promesse d’action. C’est une déclaration de capacité. Le calcul de dissuasion le plus vieux du monde : rendre le coût de l’agression trop élevé pour l’agresseur.
La dissuasion ne repose pas sur la capacité de gagner. Elle repose sur la capacité de faire mal. Et sur ce terrain, même un Iran affaibli, bombardé, sanctionné, peut infliger des dommages que Washington préférerait éviter. C’est le paradoxe de la puissance : être le plus fort ne signifie pas être invulnérable.
Le précédent des Houthis
Et pourtant, il y a un précédent troublant. Les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, ont démontré avec des drones et des missiles bon marché qu’il était possible de perturber le trafic maritime dans la mer Rouge, de frapper des navires commerciaux et de défier la marine américaine. Si un groupe rebelle sous-équipé peut le faire, que pourrait accomplir l’Iran avec son arsenal complet de missiles balistiques, de drones kamikazes et de vedettes rapides dans les eaux exiguës du détroit d’Ormuz ? La question n’est pas rhétorique. Elle hante les planificateurs militaires du Pentagone. Et elle donne aux menaces de Khamenei une crédibilité que la pure analyse des rapports de force conventionnels ne leur accorderait pas.
Ce que personne ne dit à voix haute
L’hypocrisie des deux côtés
Parlons de ce qui reste non dit. L’Iran présente son programme nucléaire comme pacifique. Personne ne le croit. Pas même les alliés de Téhéran. Un programme qui enrichit à 60 % n’est pas un programme qui fabrique des isotopes médicaux. C’est un programme qui s’approche de la bombe. Délibérément. Méthodiquement. Mais de l’autre côté, les États-Unis exigent « zéro enrichissement » tout en possédant eux-mêmes 5 500 têtes nucléaires. Et en ayant aidé Israël, puissance nucléaire non déclarée, à détruire les installations d’un signataire du TNP. L’ironie est épaisse comme le brouillard sur le golfe Persique. Les États-Unis demandent à l’Iran de renoncer à ce qu’ils possèdent eux-mêmes en quantité apocalyptique. Et Israël, qui refuse de signer le TNP et ne confirme même pas l’existence de son arsenal nucléaire, sert de bras armé pour empêcher un autre pays d’accéder à la même technologie.
Le mot « hypocrisie » est peut-être trop faible. Il y a dans cette situation une asymétrie morale qui devrait faire réfléchir. Dire à un pays « vous n’avez pas le droit au nucléaire » pendant qu’on possède de quoi détruire la planète dix fois, ce n’est pas de la diplomatie. C’est de la domination. Et la domination génère de la résistance. Toujours.
Le peuple iranien, grand absent
Dans toute cette partie d’échecs entre puissances, il y a un absent remarquable : le peuple iranien. 88 millions de personnes qui vivent sous des sanctions écrasantes, dont l’économie est stranglée, dont la monnaie a perdu une grande partie de sa valeur. Des Iraniens qui ont manifesté en 2022 pour la liberté après la mort de Mahsa Amini, et que le régime a réprimés dans le sang. Personne à Genève ne parle en leur nom. Ni Araghchi, qui représente un régime qu’ils n’ont pas choisi. Ni Witkoff, dont la « pression maximale » les affame plus qu’elle n’affame les ayatollahs. Les sanctions frappent les hôpitaux avant de frapper les missiles. Elles privent les familles de médicaments avant de priver les Gardiens de la Révolution de pièces détachées.
Conclusion : Le détroit de tous les dangers
L’avenir entre accord et abîme
Trois scénarios se dessinent. Le premier : un accord-cadre avec gel temporaire de l’enrichissement contre un allègement partiel des sanctions. Le plus optimiste, le moins probable. Le deuxième : un enlisement diplomatique où les rounds se succèdent pendant que la tension militaire monte. Le plus probable. Le troisième : un échec complet suivi d’une action militaire. Le plus redouté. L’histoire du détroit d’Ormuz est pavée d’incidents. En 1988, l’USS Vincennes a abattu le vol Iran Air 655, tuant 290 civils. En 2019, l’Iran a abattu un drone américain. Aujourd’hui, avec des navires de cinq pays dans un espace confiné, la marge d’erreur est microscopique.
Nous sommes à un de ces moments de l’histoire où le monde retient son souffle sans s’en rendre compte. Les manchettes défilent, les réseaux sociaux s’agitent, et pourtant la gravité de ce qui se joue dans le golfe Persique échappe à la conscience collective. Un faux pas. Un missile mal calibré. Un capitaine nerveux. Et tout s’embrase.
La question qui reste
Khamenei a dit que les États-Unis ne réussiront pas à détruire la République islamique. Trump a dit que le résultat sera « traumatisant » pour l’Iran. Araghchi parle de « progrès ». Albusaidi parle d’« esprit constructif ». Et les missiles tombent dans le détroit pendant que les diplomates échangent des brouillons. Qui ment ? Tout le monde. Qui dit la vérité ? Personne. Et c’est peut-être la leçon la plus ancienne de la géopolitique : la vérité est la première victime. Pas de la guerre. De la négociation.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je suis chroniqueur et analyste. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse et à la compréhension approfondie des enjeux qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles proviennent de sources primaires (communiqués officiels, déclarations publiques, dépêches d’agences reconnues) et secondaires (Al Jazeera, NBC News, PBS, CNN, The Times of Israel, South China Morning Post, Euronews).
Nature de l’analyse
Les analyses présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles et les tendances observées. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives proposées.
La rigueur analytique exige l’humilité de reconnaître les limites de toute interprétation. Les faits évoluent. Les contextes changent. Mais l’engagement envers la vérité documentable, lui, reste constant.
Sources
Sources primaires
Fiche d’information de la Maison-Blanche sur les menaces iraniennes — The White House — février 2026
Sources secondaires
L’Iran annonce de bons progrès dans les négociations nucléaires — Al Jazeera — 18 février 2026
Le guide suprême iranien menace de couler les navires américains — The Hill — 17 février 2026
Téhéran menace les États-Unis et ferme Ormuz pour des exercices — Euronews — 17 février 2026
Les États-Unis augmentent la pression militaire avant les négociations — CNN — 16 février 2026
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