L’abandon qui ne dit pas son nom
Il faut mesurer ce que signifie une chute de 99 % de l’aide militaire. Ce n’est pas une réduction. Ce n’est pas un ajustement budgétaire. C’est un abandon. Pendant que les missiles balistiques russes continuent de frapper les villes ukrainiennes, pendant que 2 500 frappes aériennes se sont abattues en une seule semaine sur le territoire ukrainien selon Zelenskyy lui-même, Washington a choisi le silence. Le silence des armes qu’on ne livre plus. Le silence des promesses qu’on ne tient plus. Le silence d’une superpuissance qui regarde ailleurs pendant qu’un peuple se bat pour sa survie.
Donald Trump n’a pas coupé l’aide par accident. Il l’a asséchée par calcul politique. Le Presidential Drawdown Authority, cet outil qui permettait à l’administration Biden d’envoyer rapidement des armes depuis les stocks américains, est resté dans le tiroir. Pas une seule utilisation en quatorze mois. Les entrepôts sont pleins. Les HIMARS sont là. Les Patriot sont là. Les munitions attendent dans des hangars climatisés pendant que des civils ukrainiens meurent sous les décombres.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette image. Des armes qui existent, qui sont prêtes, qui pourraient sauver des vies, mais qui restent sous clé parce qu’un homme a décidé que la politique intérieure américaine comptait plus que des vies ukrainiennes. Ce n’est pas de l’isolationnisme. C’est de l’indifférence calculée.
Le marchandage des concessions
Zelenskyy l’a dit à Munich, sans détour. Les États-Unis demandent trop souvent des concessions à l’Ukraine, pas à la Russie. Le président ukrainien a ressenti ce qu’il appelle un peu de pression de la part de Trump. Un euphémisme diplomatique pour décrire ce que tout le monde voit : Washington pousse Kiev à céder du territoire en échange d’une paix hypothétique. Zelenskyy a répondu par une leçon d’histoire. Il a comparé la situation aux accords de Munich de 1938, quand les démocraties européennes ont sacrifié la Tchécoslovaquie pour acheter une paix qui n’est jamais venue. Les concessions territoriales n’apporteront pas la paix, a-t-il martelé. Et l’histoire lui donne raison.
L'Allemagne : de la honte au leadership
La métamorphose de Berlin
Si quelqu’un avait dit, en février 2022, que l’Allemagne deviendrait le premier donateur militaire européen à l’Ukraine, on l’aurait pris pour un fou. L’Allemagne de Nord Stream 2. L’Allemagne qui envoyait 5 000 casques pendant que la Russie envoyait des colonnes blindées. L’Allemagne dont la ministre de la Défense de l’époque admettait que la Bundeswehr n’avait pas assez de munitions pour tenir deux jours de combat conventionnel. Cette Allemagne-là n’existe plus.
En 2025, Berlin a versé 9 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine. En 2026, ce chiffre devrait grimper à 11,55 milliards d’euros, soit 3 milliards de plus que ce que prévoyait le projet initial du gouvernement. Le pays qui, pendant 80 ans, a fait de la retenue militaire un dogme national est devenu le moteur de la défense européenne. Le Zeitenwende, le tournant historique annoncé par Olaf Scholz en février 2022, a mis du temps à se concrétiser. Mais il se concrétise. Et pourtant, dans les médias, on continue de parler de l’Allemagne comme du maillon faible.
Neuf milliards. Je veux qu’on s’arrête sur ce chiffre. Neuf milliards d’euros d’aide militaire en une seule année, d’un pays qui, il y a quatre ans, hésitait à envoyer des jumelles. La transformation est si profonde qu’on refuse de la voir. Parce qu’il est plus confortable de se moquer de la lenteur allemande que de reconnaître que Berlin a changé plus vite que la plupart des capitales occidentales.
Les autres piliers européens
L’Allemagne n’est pas seule. Le Royaume-Uni a fourni 5,4 milliards d’euros d’aide militaire en 2025. La Suède : 3,7 milliards. La Norvège : 3,6 milliards. Le Danemark : 2,6 milliards. Des pays dont la population combinée représente une fraction de celle des États-Unis, mais qui, proportionnellement à leur PIB, donnent infiniment plus. Le Danemark, 5,8 millions d’habitants, a engagé un pourcentage de son PIB pour l’Ukraine qui ferait rougir les 335 millions d’Américains. La Norvège, pays de 5,5 millions d’âmes, donne comme si sa propre survie en dépendait. Parce qu’elle en dépend peut-être.
Le programme PURL : l'Europe achète américain pour défendre l'Ukraine
L’ironie stratégique
Voici l’ironie que personne ne relève. Les alliés de l’OTAN ont acheté pour 3,7 milliards d’euros d’armes américaines pour l’Ukraine en 2025. Des systèmes HIMARS. Des batteries Patriot. Des missiles de défense aérienne. De la technologie américaine, payée par des contribuables européens, pour protéger des civils ukrainiens. Le programme PURL, mis en avant par Zelenskyy à Munich, permet à l’Ukraine d’acheter des missiles Patriot et d’autres armements auprès des États-Unis et de leurs partenaires pour protéger les civils des frappes russes.
L’industrie de défense américaine continue de profiter de la guerre, même si le gouvernement américain ne fournit plus d’aide directe. Les usines tournent. Les actionnaires de Lockheed Martin et de Raytheon encaissent. Mais c’est l’Europe qui signe les bons de commande. C’est l’Europe qui paie. Et c’est l’Europe qui assume la responsabilité morale de défendre un peuple agressé.
Il y a dans cette situation une absurdité qui confine au surréalisme. L’Amérique fabrique les armes. L’Europe les achète. L’Ukraine les utilise. Et Trump prétend que c’est l’Europe qui ne fait pas sa part. Le monde marche sur la tête, et personne ne semble le remarquer.
La défense aérienne comme priorité absolue
Zelenskyy a remercié spécifiquement l’Allemagne, la Norvège et les Pays-Bas pour leur leadership dans la fourniture de systèmes de défense aérienne. Ces systèmes, a-t-il dit, sauvent des vies. Avant la conférence de Munich, l’Ukraine avait reçu des missiles de défense aérienne juste avant une attaque massive russe. Des centaines de vies sauvées par des systèmes payés par des contribuables européens. La défense aérienne n’est pas un poste budgétaire abstrait. C’est la différence entre une famille qui se réveille le matin et un immeuble qui n’existe plus.
Zelenskyy à Munich : le discours de la rupture
Quarante minutes pour redessiner les alliances
Le discours de Zelenskyy à Munich a duré quarante minutes. Quarante minutes pour redistribuer les cartes de la géopolitique transatlantique. Il a accusé les États-Unis d’être trop lents dans la livraison d’aide. Il a dénoncé la pression injuste sur l’Ukraine pour qu’elle fasse des concessions. Il a rappelé que Poutine ne peut pas vivre sans la guerre. Mais surtout, il a réservé ses remerciements les plus appuyés à l’Europe.
Zelenskyy est un communicateur hors pair. Chaque mot est pesé. Quand il remercie l’Europe dans un discours où il critique l’Amérique, il envoie un message limpide : le centre de gravité du soutien à l’Ukraine a basculé. Ce n’est plus Washington qui tient le premier rôle. C’est Bruxelles, Berlin, Londres, Stockholm, Oslo et Copenhague. Et pourtant, combien de médias ont titré sur ce basculement historique?
Zelenskyy a fait quelque chose de remarquable à Munich. Il a cessé de supplier l’Amérique et il a commencé à célébrer l’Europe. C’est un pivot diplomatique d’une finesse redoutable. En remerciant publiquement ceux qui donnent, il expose ceux qui ne donnent plus. Sans les nommer directement, il les désigne. Le merci à l’Europe est, en creux, un reproche à l’Amérique.
La leçon de 1938 que personne ne veut entendre
Zelenskyy a choisi ses mots avec une précision chirurgicale. En comparant les pressions actuelles sur l’Ukraine aux accords de Munich de 1938, il a rappelé à son auditoire qu’ils se trouvaient dans la même ville où les démocraties avaient autrefois vendu un allié pour acheter du temps. Ce serait une illusion de croire qu’on peut mettre fin à cette guerre en divisant l’Ukraine, a-t-il dit, comme ce fut une illusion de croire que sacrifier la Tchécoslovaquie sauverait l’Europe d’une guerre plus grande. La salle savait. Tout le monde savait. L’histoire ne se répète pas, dit-on. Mais elle bégaie.
Les 90 milliards qui changent la donne
Un prêt qui n’est pas de la charité
En décembre 2025, le Conseil européen a approuvé un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Ce montant, formellement présenté par la Commission européenne le 14 janvier 2026, est destiné à couvrir les deux tiers des besoins financiers projetés de l’Ukraine pour la période 2026-2027. Quatre-vingt-dix milliards. C’est plus que le budget annuel de la défense française. C’est plus que le PIB de la Croatie. C’est un engagement financier d’une ampleur que l’Union européenne n’avait jamais pris pour un pays tiers en temps de guerre.
Ce n’est pas de l’aide humanitaire. C’est un investissement stratégique dans la sécurité du continent. Si l’Ukraine tombe, la ligne de front se déplace vers les frontières de l’OTAN. Si l’Ukraine tombe, les pays baltes sont les prochains. Si l’Ukraine tombe, la Pologne devient un État de première ligne. Le prêt de 90 milliards n’est pas un acte de générosité. C’est un acte de survie.
Quatre-vingt-dix milliards d’euros. Je veux que ce chiffre s’installe. Qu’il prenne racine. Parce qu’il dit quelque chose de fondamental sur ce qu’est devenue l’Europe en quatre ans. Un continent qui, en 2022, ne pouvait pas se mettre d’accord sur le type de casques à envoyer, vient de signer le plus grand engagement financier de son histoire pour la défense d’un pays qui ne fait même pas partie de l’Union. Ça, c’est un tournant.
L’adhésion européenne comme horizon
Zelenskyy a demandé à Munich que l’Union européenne fixe une date concrète pour l’adhésion de l’Ukraine, visant 2027. Ce n’est pas seulement une demande politique. C’est la suite logique de l’engagement financier. Quand vous investissez 90 milliards d’euros dans un pays, quand vos citoyens paient des taxes qui financent sa défense aérienne, quand vos soldats forment ses troupes et que vos usines produisent ses munitions, la question n’est plus de savoir si l’Ukraine rejoindra l’Europe. C’est de savoir quand. L’argent a déjà répondu. La politique doit suivre.
L'Europe absente de la table : le paradoxe qui fait mal
Payer sans décider
Voici le paradoxe le plus cruel de cette situation. L’Europe est le premier bailleur de fonds de l’Ukraine. L’Europe fournit l’essentiel de l’aide militaire. L’Europe accueille des millions de réfugiés ukrainiens. L’Europe supporte le coût économique des sanctions contre la Russie. Et pourtant, l’Europe est absente des négociations de paix. Zelenskyy l’a dit à Munich : l’absence de l’Europe à la table des négociations est une grande erreur.
Les discussions bilatérales entre l’Ukraine et la Russie sont orchestrées par les États-Unis, dans des lieux éloignés de l’Europe. Washington, qui ne paie plus, continue de diriger le processus. Bruxelles, qui paie pour tout, reste à la porte. C’est comme si quelqu’un d’autre négociait le prix de votre maison pendant que vous payez l’hypothèque. Le décalage entre la contribution financière de l’Europe et son poids diplomatique dans les négociations est une aberration stratégique qui ne peut pas durer.
C’est ici que ma colère monte. L’Europe paie. L’Europe arme. L’Europe accueille. L’Europe souffre économiquement. Et l’Europe est priée de rester dans le couloir pendant que d’autres décident de l’avenir du continent. Il y a dans cette situation une indignité qui devrait révolter chaque citoyen européen. Vous payez l’addition, mais vous n’avez pas de chaise à la table. Jusqu’à quand?
La sécurité européenne ne peut pas être sous-traitée
Les garanties de sécurité pour l’après-cessez-le-feu reposeront principalement sur les épaules européennes. Tout le monde le sait. Les États-Unis ne déploieront pas de troupes pour garantir une paix en Ukraine. Ce seront des soldats européens, des avions européens, des budgets européens. Et pourtant, ce sont les États-Unis qui négocient les termes de cette paix. Zelenskyy a raison : on ne peut pas sauver des vies en disant merci. Mais on ne peut pas non plus construire une paix durable en excluant ceux qui devront la garantir.
Le vrai coût de l'indifférence américaine
Ce que Trump a cassé
Donald Trump n’a pas seulement coupé l’aide militaire à l’Ukraine. Il a brisé quelque chose de plus profond. Il a brisé la confiance transatlantique. Pendant 75 ans, la relation entre les États-Unis et l’Europe reposait sur un pacte implicite : l’Amérique protège, l’Europe s’aligne. Ce pacte n’existe plus. Et la preuve la plus éloquente n’est pas un discours, n’est pas un traité, n’est pas une résolution des Nations unies. La preuve, c’est un tableau de chiffres de l’Institut Kiel qui montre que l’Europe a augmenté ses dépenses de 67 % pendant que l’Amérique réduisait les siennes de 99 %.
L’aide militaire totale à l’Ukraine en 2025 reste 13 % inférieure à la moyenne annuelle de la période 2022-2024. Malgré l’effort herculéen de l’Europe, le trou laissé par l’Amérique n’est pas entièrement comblé. Les allocations annuelles moyennes tournaient autour de 41,6 milliards d’euros entre 2022 et 2024. En 2025, seulement 32,5 milliards ont été alloués. Il manque 9,1 milliards d’euros. Neuf milliards. C’est l’écart entre ce que l’Europe peut donner et ce que l’Ukraine a besoin de recevoir. C’est le prix de l’abandon américain.
Neuf milliards d’euros manquants. Ce chiffre a un visage. Il a le visage de chaque famille ukrainienne qui attend un système de défense aérienne qui ne viendra pas. De chaque soldat sur la ligne de front qui manque de munitions. De chaque enfant qui dort dans un abri parce que le ciel n’est pas assez protégé. L’abandon américain ne se mesure pas en pourcentages. Il se mesure en vies perdues.
Les pertes russes comme preuve de résistance
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré à Munich que les Russes subissent des pertes folles en Ukraine. C’est un fait que les chiffres confirment. L’armée russe continue de saigner sur le terrain ukrainien. Et cette résistance, cet acharnement à tenir chaque position, chaque village, chaque ligne de tranchée, est rendu possible par les armes européennes. Les canons Caesar français. Les chars Leopard allemands. Les missiles NLAW britanniques. Les Archer suédois. L’Ukraine se bat avec des armes européennes, financées par des contribuables européens, contre une armée qui menace la sécurité européenne. Le lien est direct. Le lien est vital.
Orbán, le catalyseur involontaire
Le remerciement le plus grinçant de Munich
Zelenskyy a fait quelque chose de remarquable à Munich. Il a remercié Viktor Orbán. Oui, Orbán. Le premier ministre hongrois qui a bloqué des paquets d’aide européens. Qui a rencontré Poutine en pleine guerre. Qui a qualifié le soutien à l’Ukraine de gaspillage. Zelenskyy l’a remercié pour avoir motivé l’Europe. L’ironie est dévastatrice. Parce que c’est vrai. Chaque fois qu’Orbán a tenté de bloquer l’aide, il a poussé les autres dirigeants européens à se coordonner davantage, à trouver des mécanismes alternatifs, à contourner le veto hongrois.
C’est l’un des paradoxes les plus savoureux de cette guerre. L’obstruction hongroise a renforcé la solidarité européenne. Chaque tentative de blocage est devenue un catalyseur. Chaque veto, un accélérateur. L’Europe a appris que l’unanimité n’est pas nécessaire quand la volonté politique est suffisamment forte. Et pourtant, combien de commentateurs continuent de présenter l’Europe comme paralysée?
Le merci à Orbán est un coup de génie diplomatique. En une phrase, Zelenskyy a transformé l’obstructeur en faire-valoir. Il a montré que même les saboteurs finissent par servir la cause qu’ils combattent. C’est la plus belle des ironies : Orbán, en essayant d’affaiblir le soutien à l’Ukraine, l’a rendu plus fort.
L’unité européenne forgée dans l’adversité
Cette unité européenne est fragile. Elle est imparfaite. Elle est lente, comme tout ce qui implique 27 pays avec 27 histoires, 27 langues et 27 définitions du mot urgence. Mais elle existe. Et elle produit des résultats concrets. L’aide européenne a enregistré un record de 26,9 milliards d’euros au premier trimestre 2025 seul. Les livraisons d’armes ont augmenté. La production de munitions s’accélère. Les formations militaires se multiplient. L’Europe ne fait pas semblant. Elle agit. Pas assez vite, peut-être. Pas assez fort, certainement. Mais elle agit. Et cela, en soi, est une révolution.
Ce que ce basculement signifie pour l'avenir
La fin du parapluie américain
Le basculement n’est pas un épisode temporaire. C’est le symptôme d’un changement structurel. L’idée que les États-Unis seront toujours là pour défendre l’Europe est morte. Elle agonisait depuis le pivot vers l’Asie d’Obama, depuis les reproches sur les 2 % du PIB. Trump n’a fait que débrancher le respirateur. L’Europe doit maintenant respirer seule. Les chiffres de l’aide à l’Ukraine montrent qu’elle commence à le faire.
L’Allemagne prévoit 11,55 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine en 2026. La France augmente ses livraisons. Le Royaume-Uni maintient son engagement. Les pays nordiques et baltes donnent comme si leur existence en dépendait. La Pologne consacre plus de 4 % de son PIB à la défense, un record au sein de l’OTAN. L’industrie de défense européenne se restructure, se consolide, accélère sa production. Ce n’est pas encore suffisant. Mais la direction est claire.
Ce qui est en train de naître, dans la douleur et l’urgence, c’est une Europe de la défense. Pas celle dont on parle dans les colloques depuis trente ans. Pas celle des livres blancs et des déclarations de sommet. Une Europe de la défense réelle, avec de vrais budgets, de vraies armes et de vrais soldats prêts à se battre. La guerre en Ukraine a fait en quatre ans ce que soixante ans de diplomatie n’avaient pas réussi : forcer l’Europe à se défendre elle-même.
L’industrie de défense européenne en mutation
Les alliés de l’OTAN ont acheté pour 3,7 milliards d’euros d’armes américaines pour l’Ukraine en 2025. Ce chiffre, aussi impressionnant soit-il, révèle aussi une dépendance que l’Europe ne peut plus se permettre. Si Washington décidait demain de bloquer les exportations d’armes vers l’Europe, des pans entiers de la défense ukrainienne seraient compromis. C’est pourquoi la montée en puissance de l’industrie de défense européenne n’est pas un luxe. C’est une nécessité existentielle. L’Europe doit pouvoir produire ce dont elle a besoin, quand elle en a besoin, sans demander la permission à personne.
La diplomatie du merci : ce que Zelenskyy comprend mieux que les Européens
Un leader qui sait lire la carte
Zelenskyy n’est pas seulement un président en guerre. C’est un stratège qui comprend les dynamiques de pouvoir mieux que la plupart des dirigeants occidentaux. En remerciant l’Europe, il fait trois choses. Il valorise ceux qui donnent, les encourageant à donner davantage. Il humilie ceux qui ne donnent plus, en rendant leur absence visible. Il repositionne l’Ukraine comme un partenaire de l’Europe, pas comme un client de l’Amérique.
Quand Zelenskyy dit à Munich que l’Ukraine vise l’adhésion à l’UE d’ici 2027, il dit aux Européens : votre investissement a un retour. Vous ne financez pas un trou noir. Vous financez un futur membre de l’Union, un pays de 44 millions d’habitants avec une armée expérimentée et des ressources naturelles considérables. L’Ukraine n’est pas une charge. L’Ukraine est un atout stratégique.
Ce qui me fascine chez Zelenskyy, c’est sa capacité à transformer la gratitude en stratégie. Le merci n’est pas une faiblesse. C’est une arme. Chaque remerciement public à l’Europe est un rappel au monde que quelqu’un fait le travail que l’Amérique a abandonné. Le merci est un miroir tendu à ceux qui ont tourné le dos. Et les miroirs, parfois, font plus mal que les accusations directes.
La construction d’une alliance de fait
Ce qui se construit, semaine après semaine, livraison après livraison, c’est une alliance de fait entre l’Europe et l’Ukraine. Pas une alliance de traité. Une alliance forgée par l’urgence, scellée par le sang et financée par la conviction que la chute de l’Ukraine serait la chute de l’Europe. Elle n’a pas de nom officiel. Mais elle est plus réelle que beaucoup de structures formelles sur le papier.
Conclusion : Le continent qui s'est levé
Ce que l’histoire retiendra
L’histoire retiendra qu’en février 2026, à Munich, le monde a assisté à un basculement. L’Europe, ce continent que l’on disait mou, divisé, incapable de se défendre, a pris le relais quand la plus grande puissance militaire de l’histoire a tourné le dos. L’Allemagne a versé 9 milliards d’euros. Le Royaume-Uni a tenu parole. La Suède, la Norvège et le Danemark ont donné bien au-delà de leur taille. 90 milliards d’euros ont été engagés pour un pays qui n’est pas encore membre de l’Union.
Et l’histoire retiendra aussi ce que l’Amérique n’a pas fait. Le silence des HIMARS dans les hangars. Les Patriot qui attendent sous bâche. Les 99 % d’aide militaire qui ont disparu en un an. L’histoire retiendra que, pendant que l’Europe se levait, l’Amérique s’asseyait.
Zelenskyy a dit à Munich qu’on ne peut pas sauver des vies en disant merci. Il a raison. Mais on peut, en disant merci, rappeler au monde qui mérite d’être remercié. Et qui ne le mérite plus.
L’Europe n’est pas parfaite. Elle est lente. Elle est bureaucratique. Elle est parfois exaspérante. Mais elle est debout. Et dans un monde où les superpuissances abdiquent et où les autocrates avancent, être debout, c’est déjà être héroïque.
Ce matin, quelque part en Ukraine, un système de défense aérienne payé par des contribuables européens a intercepté un missile russe. Une famille s’est réveillée. Des enfants sont allés à l’école. Personne n’en parlera aux informations. Personne ne connaîtra leurs noms. Mais ils sont vivants. Et c’est l’Europe qui a payé pour ça. Pas l’Amérique. L’Europe.
Maintenant, vous savez
L’Europe dépense plus que l’Amérique pour l’Ukraine. L’Europe arme, finance, accueille et protège. L’Europe a changé, profondément, silencieusement, concrètement. Et Zelenskyy, à Munich, a simplement dit tout haut ce que les chiffres disent tout bas.
Maintenant, vous savez. La question est simple : qu’est-ce que vous allez en faire?
Quand un continent entier se lève pour défendre un pays qui n’est pas le sien, parce qu’il a compris que sa propre survie en dépend, cela s’appelle un réveil. L’Europe s’est réveillée. Tard. Trop tard pour certains. Mais elle s’est réveillée. Et ceux qui l’avaient enterrée devraient commencer à s’inquiéter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique est une opinion assumée. L’auteur considère que le soutien à l’Ukraine est un impératif moral et stratégique pour l’Europe. Cette position éditoriale est clairement identifiée et ne prétend pas à la neutralité. Le lecteur est invité à se forger sa propre opinion à partir des faits présentés et des sources citées.
Méthodologie et sources
Les données chiffrées proviennent principalement de l’Institut Kiel pour l’économie mondiale (Ukraine Support Tracker), référence académique reconnue pour le suivi de l’aide à l’Ukraine. Les citations de Zelenskyy sont issues de sa prise de parole à la Conférence de sécurité de Munich du 14 février 2026, rapportée par plusieurs médias internationaux. Les montants d’aide par pays proviennent des données officielles compilées par l’Institut Kiel et recoupées avec les déclarations gouvernementales.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion, pas un rapport factuel. Il combine des faits vérifiés avec une analyse éditoriale personnelle. Les interprétations, métaphores et jugements de valeur engagent uniquement l’auteur. Les faits et chiffres sont sourcés et vérifiables. L’objectif est d’éclairer un débat public en proposant une grille de lecture assumée, pas de se substituer au travail d’investigation.
Sources
Sources primaires
Euromaidanpress — Zelenskyy Munich: Thank You Strategy (16 février 2026)
Institut Kiel — Ukraine support after 4 years of war: Europe steps up (11 février 2026)
Kyiv Independent — US military aid to Ukraine dropped 99% in 2025, report finds (11 février 2026)
Sources secondaires
Euronews — Aid to Ukraine largely stable as Europe steps up after US withdrawal (11 février 2026)
Pravda Germany — Europe has replaced the US as the largest donor to Ukraine (12 février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.