Six heures de tensions, puis le silence
Les pourparlers de Genève constituaient le troisième round de négociations trilatérales sous médiation américaine, après deux séries de discussions tenues aux Émirats arabes unis en janvier et début février. Le premier jour, mardi 17 février, les délégations se sont affrontées pendant plus de six heures autour d’une table en fer à cheval, avec les Américains au centre, les Ukrainiens d’un côté et les Russes de l’autre. Le conseiller fédéral suisse Ignazio Cassis a officiellement ouvert les discussions. Des sources russes ont qualifié ces échanges de « très tendus ». Le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, Rustem Umerov, chef de la délégation ukrainienne, a décrit les discussions comme « intensives et substantielles », tout en précisant que son équipe travaillait « sans attentes excessives ». Le deuxième jour, mercredi 18 février, les pourparlers n’ont duré que deux heures avant de se terminer abruptement. Un contraste saisissant avec la première journée. Le négociateur en chef russe, Vladimir Medinsky, a indiqué que de nouvelles discussions auraient lieu prochainement, sans préciser de date. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff a parlé de « progrès significatifs » et noté que les deux parties avaient accepté de continuer à travailler vers un accord.
Deux heures. Le deuxième jour n’a duré que deux heures. Je cherche dans ma mémoire un moment diplomatique où l’avenir de millions de personnes s’est joué en cent vingt minutes. On pourrait presque croire à une blague cruelle. Sauf que les vies en jeu, elles, ne sont pas une plaisanterie. La brièveté de cette deuxième session en dit plus long que tous les communiqués officiels réunis.
Des positions irréconciliables
Le cœur du problème reste le même depuis des mois : le territoire. La Russie exige que l’Ukraine cède officiellement et définitivement les régions occupées du Donbass oriental, incluant les portions de la région de Donetsk que les forces de Moscou n’ont pas encore réussi à conquérir militairement. Kyiv refuse catégoriquement toute concession territoriale, une position soutenue par de nombreux dirigeants européens et par le secrétaire général de l’OTAN. Le président Zelenskyy a qualifié l’idée de retirer ses troupes de son propre territoire d’« un peu folle ». L’Ukraine demande en retour des garanties de sécurité claires et contraignantes de la part des États-Unis et de l’Europe, des garanties que Zelenskyy veut voir gravées dans le marbre avant toute discussion sur les questions territoriales.
29 missiles et 400 drones : le cadeau de bienvenue de Moscou à Genève
Une frappe calculée pour maximiser la destruction
La Russie a un talent particulier pour la communication non verbale. Le matin même de l’ouverture des négociations de Genève, le 17 février, les forces russes ont lancé une frappe combinée massive contre l’Ukraine : 29 missiles de divers types — dont des missiles balistiques Iskander-M, des missiles de croisière Kh-101 et des missiles Iskander-K — ainsi que près de 400 drones d’attaque, incluant des Shahed, des Gerbera et des Italmas. L’armée de l’air ukrainienne a rapporté avoir intercepté ou neutralisé 392 de ces engins, un résultat remarquable de la défense aérienne ukrainienne, mais quatre missiles balistiques et 18 drones ont atteint leurs cibles sur 13 sites différents. Des débris d’engins interceptés sont retombés sur huit autres emplacements. Douze régions ont été touchées, neuf personnes ont été blessées, dont des enfants. Plus de dix immeubles résidentiels et des infrastructures ferroviaires ont été endommagés.
Il faut un sacré culot pour envoyer des missiles balistiques sur des civils le matin même où l’on prétend négocier la paix l’après-midi. Mais c’est précisément ce culot qui définit la stratégie russe depuis le premier jour. Frapper, détruire, affamer, puis s’asseoir à la table des discussions en prétendant vouloir la paix. C’est du terrorisme d’État habillé en diplomatie.
Odessa dans le noir et le froid
La ville portuaire d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, a été particulièrement touchée. Des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans chauffage ni eau courante en plein cœur d’un hiver exceptionnellement rigoureux. Les infrastructures énergétiques de la ville ont subi des dommages considérables, une dizaine de bâtiments résidentiels ont été endommagés. Le président Zelenskyy a dénoncé avec véhémence cette attaque, qualifiant la frappe de « délibérément calculée pour causer le maximum de dommages au secteur énergétique » ukrainien. Il a souligné que cette attaque massive révélait la « véritable intention » de Moscou. Les forces armées ukrainiennes ont également frappé la Russie la même nuit, ciblant la raffinerie de pétrole d’Ilsky dans le kraï de Krasnodar, l’une des plus grandes installations de l’industrie pétrolière du sud de la Russie, avec une capacité de 6,6 millions de tonnes par an.
Medinsky, l'homme qui donne des leçons d'histoire au lieu de négocier
Un changement de délégation qui en dit long
L’un des signaux les plus révélateurs des intentions réelles de Moscou est le changement de chef de délégation russe intervenu avant les pourparlers de Genève. Lors des deux rounds précédents à Abu Dhabi, c’est le chef du renseignement militaire, Igor Kostyukov, qui menait les discussions côté russe. Pour Genève, le Kremlin a décidé de le remplacer par Vladimir Medinsky, ancien ministre de la Culture devenu conseiller de Poutine. Kostyukov était toutefois toujours présent dans la délégation, qui comptait plus de 15 personnes. Le président Zelenskyy a exprimé sa surprise face à ce changement lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 14 février, suggérant qu’il s’agissait d’une manœuvre délibérée pour retarder les négociations. Les responsables ukrainiens n’ont pas mâché leurs mots : ils accusent Medinsky de transformer les sessions de négociation en conférences d’histoire, préférant les monologues sur le passé aux discussions concrètes sur l’avenir.
Imaginez la scène. Vous êtes assis à une table de négociation. En face de vous, un homme censé discuter de la fin d’une guerre qui a tué des centaines de milliers de personnes. Et cet homme vous fait un cours magistral sur l’histoire médiévale de la Rus’ de Kiev. C’est exactement ce que les Ukrainiens décrivent. Medinsky n’est pas un négociateur, c’est un provocateur déguisé en diplomate. Et son rôle est précisément de faire perdre du temps.
La stratégie du pourrissement
Le choix de Medinsky s’inscrit dans une stratégie plus large de temporisation que le Kremlin perfectionne depuis des mois. Selon un rapport du site d’information Axios, les discussions politiques du premier jour à Genève ont atteint une impasse précisément à cause des positions présentées par Medinsky. La Russie participe aux négociations pour donner l’illusion du dialogue, mais sans la moindre intention de faire des concessions substantielles. Pendant ce temps, ses forces continuent d’avancer sur le terrain, gagnant environ 182 kilomètres carrés de territoire ukrainien au cours des quatre dernières semaines. Moscou joue sur le temps parce que le temps joue en sa faveur : chaque jour qui passe sans accord, c’est un jour de plus de bombardements sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, un jour de plus d’usure pour la population et l’armée ukrainiennes, un jour de plus pour consolider les positions militaires russes sur le terrain.
La question territoriale : le gouffre infranchissable
Le Donbass, nœud gordien de la guerre
Toute la complexité des négociations se cristallise autour d’une seule réalité géographique : le Donbass. La Russie exige que l’Ukraine cède les 20 % restants de la région de Donetsk que les forces de Moscou n’ont pas encore réussi à conquérir par les armes. C’est-à-dire que la Russie demande à la diplomatie de lui offrir ce que son armée, malgré des pertes colossales, n’a pas été capable de prendre sur le champ de bataille. Le chef de la délégation ukrainienne, Rustem Umerov, a clairement posé les termes : il n’y a que deux options — soit l’Ukraine maintient les lignes de contrôle actuelles, soit une zone économique libre est établie dans le Donbass. Le président Zelenskyy a qualifié de « grande erreur » toute tentative de permettre à l’agresseur de s’emparer de quoi que ce soit. Il a aussi questionné la faisabilité d’une zone franche telle que proposée par les Américains, se demandant ce qui se passerait si des soldats étrangers patrouillaient la zone et que Poutine les provoquait, entraînant leur départ. Le résultat, selon Zelenskyy, serait une « grande occupation » de l’Ukraine.
On demande à l’Ukraine de céder ce que la Russie n’a pas pu conquérir. Relisez cette phrase. Laissez-la s’imprimer dans votre esprit. C’est comme si un cambrioleur qui n’a pas réussi à ouvrir votre coffre-fort demandait au juge de lui en remettre les clés. L’absurdité morale de cette exigence devrait suffire à disqualifier la Russie de toute table de négociation. Et pourtant, on continue de discuter.
Vingt pour cent d’un pays en otage
Pour bien comprendre l’ampleur de la situation, il faut rappeler que la Russie occupe actuellement environ 20 % du territoire national ukrainien, une superficie équivalente à celle de l’État américain de Pennsylvanie. Cela inclut la Crimée, annexée illégalement en 2014, ainsi que de vastes portions des régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson saisies avant et après l’invasion de février 2022. Depuis début 2024, les analystes estiment que Moscou a gagné environ 1,5 % supplémentaire du territoire ukrainien, progressant lentement mais constamment le long de la ligne de front. En 2025, le taux moyen mensuel des gains territoriaux russes était de 171 miles carrés. Chaque kilomètre conquis représente des villages détruits, des familles déplacées, des vies brisées. Et c’est sur ce champ de ruines que les diplomates tentent de dessiner les contours d’une paix que Poutine n’a aucune intention de respecter.
Les garanties de sécurité : le talon d'Achille des négociations
Quinze ou vingt ans de protection
Si le territoire constitue le point de blocage le plus visible, la question des garanties de sécurité représente l’enjeu le plus crucial pour l’avenir de l’Ukraine. Le président Zelenskyy a été catégorique : « La paix ne peut être construite que sur des garanties de sécurité claires. Là où il n’y a pas de système de sécurité clair, la guerre revient toujours. » Lors de la Conférence de Munich, Zelenskyy a révélé que les États-Unis avaient proposé une garantie de sécurité d’une durée de 15 ans après la fin du conflit, mais que l’Ukraine souhaite un accord de 20 ans ou plus. Ces garanties impliqueraient des engagements européens soutenus par les Américains, incluant potentiellement le déploiement de troupes étrangères sur le sol ukrainien pour dissuader toute future agression russe. Or, c’est précisément ce déploiement que Poutine refuse catégoriquement. Zelenskyy a suggéré que cette opposition révèle les véritables intentions du maître du Kremlin : il veut garder ouverte l’option d’attaquer à nouveau l’Ukraine.
Le refus de Poutine d’accepter la moindre présence militaire étrangère en Ukraine n’est pas une position diplomatique. C’est un aveu. C’est l’aveu que la guerre actuelle n’est qu’un épisode, pas le dénouement. Que dans l’esprit du Kremlin, l’Ukraine reste une proie permanente. Accepter des troupes de maintien de la paix, ce serait renoncer à la possibilité de frapper à nouveau. Et cette possibilité, Poutine la chérit plus que tout accord de paix.
L’ordre des priorités qui divise
Un désaccord fondamental persiste entre Washington et Kyiv sur la séquence des négociations. Les Américains veulent que tous les accords soient signés simultanément — questions territoriales et garanties de sécurité dans un même paquet. L’Ukraine, au contraire, insiste pour que les garanties de sécurité soient verrouillées en premier, avant toute concession sur le front territorial. La logique ukrainienne est imparable : à quoi bon discuter de frontières si rien ne garantit que la Russie ne franchira pas à nouveau ces mêmes frontières dans cinq, dix ou quinze ans ? Zelenskyy a aussi insisté sur le fait que Moscou doit accepter une mission de surveillance du cessez-le-feu et procéder à un échange de prisonniers de guerre — environ 7 000 prisonniers ukrainiens détenus en Russie contre plus de 4 000 prisonniers russes en Ukraine.
Witkoff et Kushner : la diplomatie selon Trump
Des amateurs dans la cour des grands
L’une des dimensions les plus surréalistes de ces négociations de Genève réside dans le choix des médiateurs américains. Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, le gendre du président, sont les deux hommes à qui incombe la responsabilité de mettre fin à la guerre la plus meurtrière en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le mardi 17 février, ils ont réalisé un exploit logistique douteux : le matin, ils négociaient avec les Iraniens sur le dossier nucléaire, et l’après-midi, ils arbitraient les discussions entre Ukraine et Russie. Deux crises majeures en une seule journée, menées par deux hommes d’affaires richissimes sans expérience diplomatique significative. Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui dirige le Département d’État et le Conseil de sécurité nationale, n’était pas impliqué dans cette diplomatie itinérante. Le secrétaire de l’Armée Daniel Driscoll et le général Alexus Grynkewich, commandant du Commandement européen des États-Unis, participaient également aux discussions militaires trilatérales.
Confier la résolution de deux des conflits les plus complexes de la planète à un promoteur immobilier et au gendre du président, c’est du Trump dans toute sa splendeur. On ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer. Probablement les deux. Le New York Times a raison de qualifier cette approche de « diplomatie sans diplomates ». Mais le problème, c’est que cette diplomatie amateur se joue sur le dos de millions de vies ukrainiennes.
Le « Board of Peace » et ses limites
Cette approche s’inscrit dans ce que Trump appelle son « Board of Peace » — un réseau diplomatique privé composé de milliardaires et de proches du président. Les experts en politique étrangère sont nombreux à exprimer leur scepticisme. Selon la Brookings Institution, certains pays accueillent favorablement cette structure informelle de diplomatie transactionnelle, mais personne n’est véritablement impressionné par les compétences diplomatiques de l’équipe actuelle. Le New York Times y voit un exemple frappant de la conviction de Trump que le Département d’État et le Conseil de sécurité nationale — les deux institutions qui coordonnent les négociations internationales depuis près de 80 ans — sont plus utiles en coulisses. Le démantèlement de l’expertise institutionnelle du Département d’État par l’administration Trump prive ses envoyés de la mémoire institutionnelle et de l’expertise qui auraient pu capitaliser sur d’éventuelles percées. Face à un Poutine machiavélique et des interlocuteurs russes chevronnés, Witkoff et Kushner naviguent en eaux troubles.
L'Europe en marge : la frustration des alliés de Kyiv
Présents mais pas invités à la table
L’un des aspects les plus révélateurs des pourparlers de Genève est la marginalisation des alliés européens de l’Ukraine. Des délégations de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Italie et de Suisse étaient présentes à Genève, mais elles n’ont pas participé directement aux discussions trilatérales. Le conseiller de sécurité du premier ministre britannique Keir Starmer, Jonathan Powell, a été aperçu à l’hôtel où se tenaient les pourparlers pour rencontrer les émissaires américains avant le début des négociations. Le conseiller en politique étrangère et de sécurité du chancelier allemand Friedrich Merz était également présent. Après les sessions trilatérales, Umerov a tenu une réunion séparée avec des représentants des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Suisse pour discuter des résultats et « synchroniser les approches ».
Il y a une photo qui résume tout. Sur cette image des discussions à Genève, on voit Witkoff et Kushner assis au centre de la table en fer à cheval, avec le conseiller fédéral suisse Cassis. Les Ukrainiens d’un côté, les Russes de l’autre. Et les Européens ? Nulle part dans le cadre. Exclus de la table, relégués au rang d’observateurs dans le couloir. C’est l’Europe qui se fait dicter son propre avenir sécuritaire par Washington et Moscou.
Zelenskyy réclame la présence européenne
Le président Zelenskyy n’a cessé de marteler l’importance de la participation européenne dans le processus de paix. « Nous considérons la participation de l’Europe au processus comme indispensable pour la mise en œuvre réussie d’accords entièrement réalisables », a-t-il déclaré. Cette position est stratégique : les garanties de sécurité que réclame l’Ukraine nécessiteront inévitablement des engagements européens concrets, qu’il s’agisse du déploiement de troupes, de la fourniture d’armements ou de soutien financier à long terme. L’Ukraine sait que compter uniquement sur Washington est risqué — la politique américaine change tous les quatre ans, et les priorités de Trump pourraient basculer du jour au lendemain. L’ancrage européen de toute solution de paix est donc vital pour la survie à long terme de l’Ukraine.
Trump et la pression sur Kyiv : quand l'allié devient le problème
L’ultimatum voilé de Washington
Depuis des semaines, Donald Trump accentue la pression sur l’Ukraine pour qu’elle accepte un accord, même au prix de concessions territoriales douloureuses. La veille des pourparlers, depuis Air Force One, le président américain a lancé un avertissement à peine voilé : « L’Ukraine ferait mieux de venir à la table rapidement. C’est tout ce que je vous dis. » Les États-Unis ont fixé un délai en juin 2026 pour la finalisation d’un accord, afin que Trump puisse se concentrer sur les élections de mi-mandat américaines. Cette pression est d’autant plus frustrante pour Kyiv que, comme Zelenskyy l’a souligné à Munich, c’est « trop souvent » l’Ukraine — et non la Russie — à qui l’on demande de faire des concessions. Le président ukrainien a admis ressentir « un petit peu » de pression de la part de Trump, qui l’avait précédemment exhorté à ne pas manquer « l’opportunité » de faire la paix.
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans le spectacle d’un président américain qui met plus de pression sur la victime que sur l’agresseur. « Venez à la table vite », dit Trump à l’Ukraine. Mais quand a-t-il dit à Poutine d’arrêter de bombarder des civils ? Quand a-t-il exigé que la Russie cesse ses frappes sur les infrastructures énergétiques en plein hiver ? Le déséquilibre de cette pression est non seulement injuste, il est dangereux.
Le plan controversé et la date butoir
En novembre 2025, un plan en 28 points élaboré par l’administration Trump avait fuité dans la presse, provoquant une onde de choc. Ce plan controversé, prétendument co-rédigé par Witkoff et l’émissaire russe Kirill Dmitriev, prévoyait un plafonnement des capacités militaires ukrainiennes, un gel de l’adhésion à l’OTAN et des concessions territoriales à la Russie. Des accusations de « capitulation » avaient fusé de toutes parts. Le plan a depuis été révisé, mais l’ombre de ces propositions plane toujours sur les négociations. L’Ukraine a accepté toutes les « propositions réalistes » des États-Unis, selon Zelenskyy, incluant une proposition de cessez-le-feu inconditionnel et de longue durée. Mais la Russie continue de poser des conditions inacceptables, transformant chaque round de négociations en exercice de frustration. Selon le Financial Times, sous la pression américaine, Zelenskyy prévoit d’annoncer le 24 février son plan pour des élections présidentielles en temps de guerre et un référendum sur tout accord de paix.
La vraie stratégie de Poutine : gagner du temps pour gagner la guerre
Le cynisme élevé au rang de doctrine
Pour comprendre ce qui se passe réellement à Genève, il faut regarder au-delà des communiqués diplomatiques et examiner les actions de Moscou sur le terrain. L’Institut pour l’étude de la guerre a documenté un schéma récurrent : les forces russes lancent systématiquement des frappes massives — des salves de 400 à 700 drones et missiles — dans les jours précédant et suivant chaque round de négociations bilatérales et trilatérales. Ce schéma s’est reproduit lors du sommet Alaska d’août 2025, des pourparlers de Genève de novembre 2025, des discussions de Moscou de novembre 2025, des rounds de décembre 2025, et des deux séries de pourparlers d’Abu Dhabi. Selon les analystes, la Russie calibre toutefois ses frappes juste en dessous du seuil qui irriterait Trump, maintenant la destruction à un niveau « acceptable » pour Washington tout en maximisant les dégâts pour l’Ukraine.
La Russie a transformé le bombardement de civils en outil de négociation. Chaque missile sur une centrale électrique ukrainienne est un argument sur la table de Genève. Chaque famille plongée dans le froid et l’obscurité est un levier de pression. C’est du sadisme géopolitique à l’état pur. Et le fait que cette stratégie fonctionne — que le monde s’y habitue, que les médias passent à autre chose — est peut-être la chose la plus terrifiante de toute cette guerre.
L’offensive de printemps en préparation
Pendant que les diplomates discutent, les généraux russes préparent la suite. Selon l’ISW, les forces russes préparent une offensive susceptible de débuter dès la fin avril 2026, concentrée sur les axes Sloviansk-Kramatorsk et Orikhiv-Zaporijjia. En janvier 2026, le ministère britannique de la Défense estimait que les forces russes perdaient environ 1 023 hommes par jour — tués et blessés — un rythme légèrement inférieur à celui de décembre mais qui reste astronomique. Le total des pertes russes approche les 1,245 million depuis le début de l’invasion, avec environ 40 000 victimes depuis le début de 2026 seulement. En janvier 2026, la Russie a lancé 96 missiles balistiques contre l’Ukraine — le plus grand nombre jamais tiré au cours d’un seul mois de la guerre. Cette escalade militaire ne correspond pas au profil d’un pays qui cherche sincèrement la paix.
Le bilan humain : des chiffres qui glacent le sang
Une guerre de quatre ans en données
À l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion, le bilan humain de cette guerre défie l’imagination. Du côté russe, les estimations convergent vers 1,2 à 1,3 million de victimes militaires — tués, blessés et disparus confondus. L’ancien directeur de la CIA, William Burns, évoquait 1,1 million de victimes en janvier 2026. Le service de renseignement estonien parle d’un million de soldats tués ou blessés. Du côté ukrainien, les chiffres varient considérablement selon les sources : Zelenskyy a admis 55 000 soldats tués au combat en février 2026, après avoir cité 43 000 en décembre 2024 et 100 000 en avril 2025. Le CSIS estime les pertes militaires ukrainiennes entre 500 000 et 600 000 — tués, blessés et disparus — incluant entre 100 000 et 140 000 morts. Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a enregistré 55 600 victimes civiles — 2 514 tués et 12 142 blessés rien qu’en 2025, soit un tiers de plus qu’en 2024.
Ces chiffres sont tellement massifs qu’ils en deviennent abstraits. Mais chaque unité dans ces colonnes statistiques est un être humain. Un père, une mère, un fils, une fille. Quelqu’un qui avait des rêves, des projets, des gens qui l’attendaient chez lui. Plus d’un million de victimes russes. Des centaines de milliers de victimes ukrainiennes. Des dizaines de milliers de civils. Et nous sommes encore là, à discuter de « concessions territoriales » comme s’il s’agissait d’une partie de Monopoly.
Dix millions de déplacés
Au-delà des morts et des blessés, cette guerre a provoqué le plus grand déplacement de population en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Environ 10,6 millions d’Ukrainiens ont été déplacés — soit 24 % de la population d’avant l’invasion, qui comptait 44 millions d’habitants. Parmi eux, 6,9 millions sont des déplacés internes et 3,7 millions ont trouvé refuge à l’étranger. La Russie elle-même n’a pas été épargnée : environ un million de Russes ont quitté leur pays pour des raisons économiques ou politiques durant la première année de la guerre, et entre 550 000 et 850 000 ne sont jamais revenus. Le conflit a détruit des villes entières, dévasté des infrastructures énergétiques critiques et plongé des millions de personnes dans une précarité extrême, notamment durant les hivers où les bombardements russes ciblent systématiquement les réseaux de chauffage et d’électricité.
Conclusion : La paix est possible, mais Poutine n'en veut pas
Un espoir ténu mais réel
Malgré l’échec apparent des pourparlers de Genève, tout n’est pas perdu. Les discussions ont lieu, les canaux restent ouverts, et sur le volet militaire, Zelenskyy a noté des « progrès significatifs ». Umerov a confirmé que certaines questions ont été clarifiées et que la prochaine étape consiste à atteindre le niveau d’accord nécessaire pour soumettre les décisions élaborées aux présidents. La présence de hauts responsables militaires des trois côtés — incluant le secrétaire de l’Armée américain Driscoll et le chef du GRU russe Kostyukov — suggère que les discussions sur les paramètres de sécurité et les mécanismes de mise en œuvre progressent, même si les détails restent confidentiels. Les deux parties ont convenu de poursuivre les négociations. Mais la question fondamentale demeure : la Russie veut-elle vraiment la paix, ou utilise-t-elle la diplomatie comme couverture pour poursuivre sa guerre d’usure ?
Quatre ans. Quatre ans de missiles, de drones, de tranchées, de sang et de larmes. Quatre ans pendant lesquels l’Ukraine se bat non seulement pour sa survie, mais pour l’idée même que le droit international a encore un sens. Si nous laissons Poutine dicter les termes de cette paix, nous n’aurons pas seulement abandonné l’Ukraine. Nous aurons abandonné le principe selon lequel un pays souverain ne peut pas être démantelé par la force. Et ce principe, une fois perdu, ne se récupère jamais.
L’heure des comptes approche
Le 24 février 2026 marquera quatre années complètes de cette guerre atroce. Quatre années durant lesquelles une nation entière a été bombardée, envahie, mutilée, mais jamais vaincue. Le monde regarde, parfois avec compassion, souvent avec lassitude. Les négociations continueront. Les missiles aussi. Mais quelque part entre les salons feutrés de Genève et les ruines fumantes d’Odessa, une vérité s’impose avec la force de l’évidence : la paix ne viendra que lorsque le prix de la guerre deviendra insupportable pour Moscou. Et ce moment n’est pas encore arrivé. L’Ukraine demande des garanties, pas des promesses. Des engagements contraignants, pas des poignées de main. Et surtout, elle demande que le monde cesse de traiter l’agresseur et la victime comme des partenaires égaux dans une négociation qui n’a rien d’équitable. Car au bout du compte, la seule question qui vaille est celle que Zelenskyy pose depuis le premier jour : que veulent vraiment les Russes ? La réponse, hélas, se lit dans le ciel ukrainien chaque nuit, dans la lueur des drones Shahed et le sifflement des missiles balistiques.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Cet article est le fruit d’une analyse approfondie des événements qui se sont déroulés à Genève les 17 et 18 février 2026. Je m’engage à présenter les faits avec rigueur tout en offrant une perspective analytique qui reflète ma compréhension des dynamiques géopolitiques en jeu. La transparence envers mes lecteurs est une valeur fondamentale de mon travail de chroniqueur.
Sources primaires
CBS News — U.S.-brokered Ukraine-Russia peace talks wrap up with little to show — 18 février 2026
The Hill — Zelensky says Russia stalling in peace talks — 19 février 2026
TIME — Ukraine-Russia Peace Talks End Abruptly — 19 février 2026
Kyiv Independent — Ukraine, Russia hold US-mediated Geneva talks — 17 février 2026
Al Jazeera — Zelenskyy says US ‘too often’ pushes Ukraine for concessions — 15 février 2026
Sources secondaires
CNN — Witkoff and Kushner: America’s outsider peace duo faces biggest test — 18 février 2026
The National — Zelenskyy accuses Russia of dragging out talks — 18 février 2026
Geneva Solutions — First day of Ukraine-Russia talks conclude in Geneva — 17 février 2026
PBS News — Zelenskyy says questions remain over security guarantees — 14 février 2026
Al Jazeera — Russia-Ukraine talks: All the mediation efforts — 18 février 2026
RBC-Ukraine — Umerov reveals next stage of talks with Russia — 18 février 2026
Kyiv Post — Russia Pounds Odesa Before Geneva Peace Talks — 17 février 2026
Russia Matters — The Russia-Ukraine War Report Card — 11 février 2026
The National Interest — Russia Is Slowing Down in Ukraine — 18 février 2026
Al Jazeera — Zelenskyy reveals 55,000 Ukrainian soldiers killed — 5 février 2026
Euronews — Ukraine urges allies to act as Russia launches mass attack — 17 février 2026
CBS News — Zelenskyy says attack shows Putin disregards peace efforts — 17 février 2026
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