Quatre années. C’est déjà une génération de deuil.
Le 24 février 2022, la Russie a déclenché son offensive à grande échelle. Dans quelques jours, ce sera l’anniversaire du quatrième. Quatre années de combat total — pas un conflit gelé, pas une tension diplomatique. Une guerre.
« Thousands, dozens of thousands killed. » C’est l’énoncé de Zelensky — des chiffres qui étouffent. Son hésitation sur le nombre exact révèle une réalité : il y en a trop. On ne compte plus. Les chiffres officiels restent secrets, pour préserver le moral, pour ne pas avantager l’adversaire.
L’ampleur des pertes : des noms oubliés
Des dizaines de milliers. Probablement davantage. Combattants, bien sûr. Mais aussi civils. Enfants fauchés dans des immeubles résidentiels. Femmes décédées en quête de pain. Hommes exécutés dans les sous-sols de Bucha, Marioupol, Izioum.
Le Donbas concentre les pertes les plus massives. Bakhmut. Avdiivka. Vuhledar. Des agglomérations converties en charniers. Des soldats ukrainiens qui ont tenu des mois dans des tranchées inondées, sous des bombardements incessants, pour freiner l’avancée moscovite. Ces noms s’inscrivent dans la mémoire ukrainienne collective. Chacun symbolise des centaines de victimes. Chacun représente un rempart contre la progression russe.
Défendre, pas occuper
« Defending this part of Ukraine. » Zelensky choisit ce verbe avec soin. Défendre. Non contrôler. Non dominer. Défendre. Parce que c’est de cela qu’il s’agit : une protection existentielle. Une frontière tracée au prix du sang.
Chaque kilomètre carré du Donbas a été acquis par des vies. Par des foyers détruits. Par des corps qui ne rentreront jamais. Exiger le retrait ukrainien ? Demander à l’Ukraine d’abandonner ces terres ? C’est une requête qui heurte la conscience morale d’une nation entière.
Je pense à une mère — appelons-la Olena. 42 ans. Originaire de Marioupol. Son fils, Dmytro, 19 ans, a péri en défendant Bakhmut. Une mort qui s’est gravée dans ses cellules. Elle vit désormais à Lviv. Elle travaille. Elle persévère. Mais chaque aurore, elle réalise à nouveau que son enfant ne franchira plus sa porte. Chaque mention de « retrait du Donbas » ravive le visage de son fils. Sa voix. Et elle s’interroge : pourquoi ? Pourquoi a-t-il sacrifié sa vie ? Si l’Ukraine abandonne ce qu’il protégeait, que lui répond-on ? Que son sacrifice était stérile ? Cette pensée ne la quitte jamais. Des milliers d’Olena parcourent l’Ukraine. Des dizaines de milliers. Comment expliquer à ces mères qu’il faut renoncer à ce que leurs enfants ont défendu ? Comment réclamer leur acceptation ?
Au-delà de la géographie : l'identité nationale en jeu
« It’s not about the land. It’s about people. »
Cette formule centrale résume l’enjeu. Le Donbas n’est pas un espace abstrait. Ce n’est pas une région qu’on peut échanger contre des assurances sécuritaires ou un armistice. C’est une composante de l’identité ukrainienne.
Une part de l’indépendance nationale
Zelensky l’énonce explicitement : « Donbas is a part of our independence. It’s a part of our values. » Ce n’est pas de la rhétorique creuse. C’est une vérité historique. Le Donbas a vu naître l’industrie ukrainienne au XIXe siècle. C’est là que les mineurs ont édifié l’économie soviétique. C’est là que, en 1991, les Ukrainiens ont massivement voté pour l’indépendance.
Abandonner le Donbas, c’est amputer l’Ukraine d’une part d’elle-même. Non seulement géographiquement. Symboliquement. Ce serait valider que l’agression rémunère. Que la Russie peut envahir, occuper, annexer, et que le monde acceptera. Ce serait établir un précédent dévastateur pour l’ordre international.
Les habitants, pas les territoires
Mais au-delà du symbole, il y a les populations. Les millions d’Ukrainiens qui résidaient au Donbas avant 2014. Ceux qui ont fui. Ceux qui sont restés. Ceux qui ont disparu. Ceux qui attendent de rentrer.
Marioupol. 400 000 habitants avant la guerre. Assiégée pendant des mois en 2022. Détruite à 90 %. Quasi effacée. Des milliers de civils ont péri. Des survivants ont été déportés en Russie. Exiger que l’Ukraine reconnaisse Marioupol comme russe ? C’est une demande qui viole la conscience historique.
Bakhmut. Une agglomération sans importance stratégique majeure. Mais que l’Ukraine a défendue pendant des mois. Parce que la céder, c’était céder le principe. C’était signaler : « Vous pouvez conquérir ce que vous désirez. Nous finirons par abandonner. »
Le visage de la résistance
Revenons à Olena. 42 ans. Marioupol. Son fils Dmytro, 19 ans, s’est engagé en mars 2022. Il a péri à Bakhmut en janvier 2023. Une mine. On lui a dit qu’il n’avait pas souffert. Comme si cela changeait quelque chose.
Olena vit à Lviv à présent. Elle travaille dans une boulangerie. Elle envoie de l’argent à sa mère, restée à Zaporijjia. Elle dort mal. Elle pense à Dmytro quotidiennement. Et quand elle entend parler de « concessions territoriales », elle voit son visage.
Pour elle, le Donbas n’est pas une question diplomatique. C’est le lieu où son fils repose. C’est la terre qu’il a protégée. C’est la raison de son décès. Si l’Ukraine cède cette terre, alors Dmytro sera mort inutilement.
Je rejette la réduction de cette guerre à des pourcentages de territoire occupé. À des discussions sur le « gel du conflit » comme solution technique. Car derrière chaque kilomètre carré, il y a des Olena. Des mères qui ont perdu leurs fils. Des pères qui ont perdu leurs filles. Des enfants qui ont perdu leurs parents. Et on leur demande maintenant d’accepter que tout cela n’avait aucun sens ? Cette exigence me met en rage. Une rage silencieuse. Qui observe. Qui enregistre. Parce que c’est injuste. C’est cruel. C’est une violence qu’on inflige à des êtres qui ont déjà tout sacrifié.
Le paradoxe russe : l'agresseur qui impose ses conditions
La Russie occupe. Puis elle exige le retrait ukrainien.
C’est l’absurdité fondamentale. Moscou contrôle environ 20 % du territoire ukrainien. Elle a envahi. Elle a annexé. Elle a rasé. Et maintenant, dans les négociations, elle impose que l’Ukraine abandonne les portions du Donbas qu’elle tient encore.
La réaction de Zelensky : l’incrédulité
Zelensky a employé ce terme : « Unbelievable ». Incroyable. Non au sens de « incompréhensible ». Au sens de « tellement dénué de logique qu’on ne peut y adhérer ».
La rationalité russe est élémentaire : nous avons annexé ces territoires en septembre 2022. Donc ils sont nôtres. Donc l’Ukraine doit partir. Peu importe l’illégalité de l’annexion. Peu importe le refus international de la reconnaître. Peu importe que des dizaines de milliers d’Ukrainiens aient péri pour la contrecarrer.
L’inversion des rôles
L’agresseur impose des conditions à la victime. Celui qui a violé le droit international exige des concessions. Celui qui a envahi dicte les termes.
Et le monde observe. Se demandant si l’Ukraine ne devrait pas être « raisonnable ». Si elle ne devrait pas « négocier ». Si elle ne devrait pas « accepter la réalité ».
Mais quelle réalité ? Celle où la force paie ? Où les frontières se redessinent par la violence ? Où un État peut en conquérir un autre, massacrer des dizaines de milliers de civils, et obtenir gain de cause ?
Le refus ukrainien : sans équivoque
L’Ukraine répond non. Clairement. Sans détour. Pas de retrait. Pas de reconnaissance de l’annexion. Pas de légitimation de l’occupation.
Ce n’est pas de l’intransigeance. C’est une question de principe. Parce que céder maintenant enverrait un message : vous pouvez nous envahir, nous bombarder, nous occuper, et nous accepterons finalement.
Et ce message s’adresse au monde entier. À tous les États qui observent et s’interrogent : l’ordre international tient-il ? Les frontières comptent-elles ? Le droit international a-t-il une substance ?
J’ai lu des analyses affirmant que l’Ukraine devait « être pragmatique ». Qu’elle devait « accepter la perte territoriale pour sauver des vies ». Comme si cette équation était possible. Mais qui détient vraiment le droit de faire ce calcul ? Qui peut dire à une mère : « Oui, votre fils a péri. Mais au moins, on a préservé d’autres existences en cédant. » ? Cette logique me répugne. Elle transforme les décédés en variables. En chiffres. Et ce qui m’exaspère, c’est que personne n’impose ce calcul aux autres nations. Quand les États-Unis défendent leurs alliés, on ne leur demande pas de « faire des compromis ». On ne les somme pas d’être « pragmatiques ». Mais pour l’Ukraine, c’est différent. Comme si elle était moins digne de protection. Comme si ses morts pesaient moins.
Les négociations de Genève : le blocage politique qui perdure
Les pourparlers continuent. À Genève. Deux journées en février 2026. Sous médiation américaine. Des délégations ukrainiennes et russes qui échangent techniquement, mais ne s’écoutent politiquement.
Deux trajectoires parallèles
Deux axes de négociation structurent les discussions. Le technique et le politique. Et c’est là que l’intérêt réside. Sur le plan technique, il y a du mouvement. Sur le plan politique, c’est l’impasse totale.
Le volet technique concerne la mise en œuvre d’un cessez-le-feu hypothétique. Surveillance ? Par qui ? Avec quels moyens ? Quelles règles d’engagement ? Quels protocoles de vérification ? Sur ces questions, les échanges progressent. Lentement. Mais ils progressent.
Le monitoring du cessez-le-feu
Zelensky l’a confirmé : « We agreed to continue and move forward » sur les aspects techniques. Les discussions portent sur une mission de surveillance internationale. Sur le déploiement de forces de maintien de la paix. Sur les technologies de monitoring par satellite et drone.
C’est du concret. C’est du détail. C’est crucial. Car sans mécanisme de vérification robuste, un armistice ne vaut rien. La Russie a transgressé tous les accords qu’elle a signés. Le Mémorandum de Budapest en 1994. Les accords de Minsk en 2015. Chaque engagement qu’elle a pris. Ces violations répétées ont engendré une méfiance structurelle.
Donc l’Ukraine réclame des garanties. Des mécanismes de contrôle. Des sanctions automatiques en cas de violation. Et sur ces aspects techniques, il y a du progrès.
Mais le politique demeure bloqué
Sauf que tout cela s’effondre si on ne s’accorde pas sur le politique. Et sur le politique, c’est l’impasse. Totale.
La question centrale : où tracer la ligne ? Où s’arrête l’Ukraine ? Où commence la Russie ? Et c’est là que tout s’arrête.
Moscou exige que l’Ukraine reconnaisse l’annexion. Que Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, Kherson sont russes. Que l’Ukraine retire ses troupes. Que les frontières sont celles que le Kremlin a tracées en septembre 2022.
L’Ukraine répond non. Car reconnaître l’annexion, c’est légitimer l’agression. C’est affirmer que la force crée le droit. C’est accepter que les frontières internationales n’ont plus de valeur.
« Difficult but businesslike »
C’est la formulation des négociateurs russes. « Difficult but businesslike ». Difficiles mais professionnelles. Une tournure diplomatique qui ne dit rien. Qui dissimule l’impasse.
Zelensky rejette ce langage de bois. Les progrès sont insuffisants. Pathétiquement insuffisants. Les deux camps sont « far apart ». Et rien n’indique que cet écart se réduira.
Je contemple ces négociations et ressens une fatigue existentielle. Un simulacre se joue. On débat de comment surveiller un armistice. Mais personne ne s’accorde sur où tracer la ligne. On discute de mécanismes techniques. Mais on élude la question fondamentale : est-ce que l’agression rémunère ? Est-ce que la Russie peut envahir, occuper, et conserver ? Car si la réponse est affirmative, on peut cesser de prétendre que le droit international existe. On peut arrêter de feindre que les frontières comptent. On peut juste accepter que le monde obéit à la loi du plus fort. Et cette perspective me paralyse. Parce que je sais ce qu’elle signifie pour tous les États vulnérables. Pour tous ceux qui dépendent d’un voisin plus puissant.
Genève : deux jours, aucune avancée décisive
Deux journées de pourparlers à Genève. Les deux camps restent « far apart ». Toujours.
C’est dérisoire, deux jours. Comme si on pouvait résoudre l’irrésoluble en 48 heures. Pour un conflit qui dure depuis quatre ans. Pour une catastrophe qui a tué des dizaines de milliers. Pour une crise qui menace l’ordre international. Deux jours, c’est une insulte au temps qu’il a fallu pour détruire.
Le déroulement des discussions
Les délégations se sont rencontrées. Elles ont parlé. Techniquement, les échanges étaient « professionnels ». Politiquement, rien n’a bougé.
Les Russes ont réitéré leurs exigences. Reconnaissance de l’annexion. Retrait des forces ukrainiennes. Neutralité de l’Ukraine. Pas d’adhésion à l’OTAN. Pas d’adhésion à l’Union européenne. En substance : l’Ukraine doit devenir un État tampon, sans souveraineté véritable, sans défense réelle, à la merci d’une future agression russe.
Les Ukrainiens ont répliqué. Non. Sur tous les points. Pas de reconnaissance de l’annexion. Pas de retrait. Pas de neutralité imposée. Et surtout : des garanties de sécurité fortes, institutionnelles, avec l’engagement de l’Europe et des États-Unis.
« Far apart »
C’est le terme qu’emploie Zelensky. « Far apart ». Séparés par un abîme. Ce n’est pas un écart qu’on peut combler par des compromis techniques. C’est un gouffre infranchissable.
Parce que les deux camps défendent des visions incompatibles. La Russie veut légitimer son agression. L’Ukraine refuse. La Russie veut conserver ce qu’elle a conquis. L’Ukraine veut récupérer ce qui lui a été volé. La Russie veut une Ukraine affaiblie, neutre, sans défense. L’Ukraine veut des assurances qui préviennent une nouvelle invasion.
L’échec était prévisible
Personne n’attendait une percée à Genève. Les observateurs le savaient. Les diplomates le savaient. Zelensky le savait. Mais il fallait essayer. Car refuser de négocier, c’est permettre à Moscou de proclamer : « Nous voulons la paix, mais l’Ukraine refuse. »
Donc l’Ukraine négocie. Elle envoie des délégations. Elle discute. Elle formule des propositions. Mais elle ne cède pas sur l’essentiel. Car céder sur l’essentiel, ce n’est pas négocier. C’est se rendre.
Je m’interroge sur ce que ressentent les négociateurs ukrainiens pendant ces deux journées. Une détresse sourde, certainement. Assis face à des représentants d’une nation qui a envahi la leur. Qui a massacré des dizaines de milliers de leurs compatriotes. Qui bombarde leurs villes chaque nuit. Et qui les somme maintenant de « faire des compromis ». Je me demande comment ils maintiennent leur calme. Comment ils ne crient pas. Comment ils continuent à parler, à discuter, à chercher une issue. Alors qu’au fond, ils savent que l’issue n’existe pas. Pas tant que la Russie exige l’impossible. Et cette connaissance doit être écrasante. Chaque parole qu’ils prononcent, ils savent qu’elle ne mènera nulle part. Chaque proposition qu’ils formulent, ils savent qu’elle sera rejetée. Et pourtant, ils continuent. Parce qu’il le faut. Parce qu’on ne peut pas renoncer. Même quand on sait que c’est sans espoir.
L'épuisement ukrainien : une réalité qui ne justifie pas la capitulation
« Exhausted after nearly four years. »
Zelensky le reconnaît. Les Ukrainiens sont épuisés. Quatre années de combat total. Quatre hivers sous les frappes. Quatre années de mobilisation générale. Quatre ans à vivre dans l’incertitude, la peur, le deuil.
La fatigue collective
C’est une lassitude qu’on ne peut vraiment saisir sans l’avoir endurée. Une fatigue qui s’enracine dans les cellules. Dans l’esprit. Dans l’âme.
Les sirènes d’alerte aérienne. Chaque nuit. Parfois plusieurs fois. Les descentes aux abris. Les enfants qui apprennent à identifier le bruit d’un missile. Les adultes qui ne dorment plus vraiment. Qui restent en alerte. Toujours.
Les coupures d’électricité. Les coupures de chauffage. L’hiver 2022-2023 a été dévastateur. La Russie a ciblé systématiquement les infrastructures énergétiques. Des millions d’Ukrainiens ont traversé des semaines dans le froid et l’obscurité. L’hiver 2023-2024 a été similaire. L’hiver 2024-2025 aussi.
Les attaques énergétiques : une stratégie délibérée
Zelensky mentionne « the most difficult situation in Kyiv after all these energy attacks ». Kyiv. La capitale. Trois millions d’habitants. Plongés régulièrement dans le noir.
Les Russes frappent les centrales électriques. Les transformateurs. Les lignes à haute tension. Ils ne visent pas les militaires. Ils visent les civils. Pour les briser psychologiquement. Pour les pousser à exiger de leur gouvernement qu’il capitule.
Mais cela ne fonctionne pas. Les Ukrainiens tiennent. Ils réparent. Ils s’adaptent. Ils persévèrent. C’est une démonstration de résilience qui fascine et horrifie.
« Remain united »
C’est ce que déclare Zelensky. « Remain united ». Rester unis. Malgré l’épuisement. Malgré les pertes. Malgré la fatigue.
Il donne un exemple. Les attaques énergétiques de l’hiver. À Kyiv. Les infrastructures critiques détruites. Et la réponse : « 240 brigades… came to Kyiv from all their regions » pour réparer.
240 brigades. Venues de toute l’Ukraine. Pour restaurer ce que les missiles russes ont anéanti. Dans le froid. Dans l’urgence. Et elles reviendront. La prochaine fois. Et la suivante. Parce que c’est la réalité de ce conflit. Une destruction permanente. Et une restauration permanente.
Épuisés, mais debout
Oui, les Ukrainiens sont exténués. Mais ils ne sont pas vaincus. Ils sont fatigués. Mais ils ne cèdent pas. Ils en ont assez. Mais ils continuent.
Parce qu’ils savent ce qui se produirait s’ils capitulaient. Ils savent que la Russie reviendrait. Que ce ne serait qu’une pause. Que Putin prendrait ce qu’on lui donne, et reviendrait chercher le reste ultérieurement.
Donc ils tiennent. Malgré tout. Parce qu’il n’y a pas d’alternative. Parce que la survie exige cette persistance.
Je contemple cette fatigue. Cet épuisement profond. Et j’éprouve une admiration douloureuse. Parce que je ne sais pas comment ils font. Comment ils trouvent la force de continuer. Comment ils se lèvent chaque matin, sachant que la journée sera difficile. Que les bombes tomberont. Que l’électricité sera coupée. Que les décès s’ajouteront aux décès. Et pourtant, ils continuent. Ils réparent. Ils reconstruisent. Ils refusent de se laisser briser. Et c’est quelque chose que je ne peux m’empêcher d’admirer. Même si cette admiration est douloureuse. Parce qu’ils ne devraient pas avoir à être si forts. Personne ne devrait endurer ça.
Les 240 brigades qui restaurent : le cœur de la résistance
240 brigades.
Venues de toute l’Ukraine.
Pour restaurer les infrastructures de Kyiv après les attaques énergétiques russes.
Dans le froid.
Dans le noir.
En plein hiver.
Un détail qui parle
Ce n’est pas un chiffre abstrait. Ce ne sont pas des « unités » ou des « équipes ». Ce sont 240 brigades. Des milliers d’hommes et de femmes. Des électriciens. Des techniciens. Des ingénieurs. Des ouvriers.
Ils sont venus de Lviv. De Kharkiv. De Dnipro. De Zaporijjia. D’Odessa. De toutes les régions d’Ukraine. Pour assister Kyiv. Pour restaurer ce que les missiles russes ont détruit. C’est une mobilisation qui témoigne d’une solidarité nationale face à l’adversité.
La guerre des restaurateurs
C’est ça, la réalité de ce conflit. Ce ne sont pas seulement des combattants au front. Ce ne sont pas seulement des batailles pour des villes. C’est aussi ça. Des restaurateurs. Qui travaillent sous les bombardements. Qui rétablissent l’électricité. Qui reconstruisent les transformateurs. Qui réparent les lignes à haute tension.
Et quand ils ont terminé, les Russes bombardent à nouveau. Et ils reviennent. Et ils restaurent à nouveau. Encore. Et encore. Et encore.
Le cycle infernal
Les bombes détruisent. Les brigades restaurent. Les bombes détruisent. Les brigades restaurent. C’est un cycle sans fin. Une guerre d’usure. Non seulement militaire. Psychologique.
La Russie veut briser la volonté ukrainienne. Elle veut que les Ukrainiens se disent : « Ça suffit. On ne peut plus continuer. Il faut que ça s’arrête. Peu importe le prix. »
Mais ça ne fonctionne pas. Parce que les Ukrainiens savent que céder ne ferait qu’encourager la Russie à continuer. Que la seule façon d’arrêter les bombardements, c’est de tenir. De résister. De refuser de plier.
Les mains gelées dans l’obscurité
Je pense à ces restaurateurs. En plein hiver. Les températures négatives. Le vent glacial. Les mains gelées. Les doigts engourdis. Travaillant sur des lignes à haute tension. Dans le noir. Avec des lampes frontales.
Je pense à eux qui savent que dans quelques jours, quelques semaines, les Russes bombarderont à nouveau. Que leur travail sera anéanti. Qu’ils devront revenir. Encore.
Et pourtant, ils le font. Parce qu’il le faut. Parce que sans électricité, les hôpitaux ne fonctionnent pas. Les écoles ferment. Les gens ont froid. Les enfants pleurent. Et ils ne peuvent pas accepter ça.
Et quand les bombes reviendront—
Ils reviendront aussi.
Les 240 brigades. Ou d’autres. De toute l’Ukraine. Pour restaurer. Encore. Parce que c’est ça, la résistance ukrainienne. Ce n’est pas que des combattants héroïques. C’est aussi des restaurateurs obstinés. Qui refusent de laisser la Russie gagner. Même par l’usure. Même par l’épuisement.
Je ne peux m’empêcher de penser à ces 240 brigades. Ces milliers de personnes dont on ignore les noms. Qui ne figureront jamais dans les photographies des journaux. Qui ne recevront jamais de décorations. Mais qui sont, à leur façon, des héros. Et ce qui me fascine et m’horrifie simultanément, c’est leur obstination tranquille. Ils ne crient pas. Ils ne prononcent pas de discours. Ils restaurent. C’est tout. Ils font ce qui doit être fait. Dans le froid. Dans le noir. Sous la menace des bombes. Et ils reviendront. Encore et encore. Jusqu’à ce que ça s’arrête. Ou jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus. Et je me demande combien de temps ils peuvent tenir. Combien de fois ils peuvent restaurer avant de craquer. Avant de se dire : « Je ne peux plus. » Mais pour l’instant, ils tiennent. Et c’est ça qui est à la fois admirable et insupportable. Parce que ça signifie que le conflit continuera. Que les restaurations continueront. Que ce cycle infernal continuera. Jusqu’à ce qu’il y ait une vraie fin. Pas juste une pause.
Putin reviendra : la certitude qui change tout
« When Putin returns with his aggression. »
Zelensky ne dit pas « si ». Il dit « quand ». C’est un détail. Mais c’est un détail qui transforme tout.
Pas « si ». « Quand ».
Parce que « si » implique une possibilité. Une incertitude. « Si Putin revient, alors… » Mais « quand » est une certitude. Une fatalité. « Quand Putin reviendra. » Aucun doute. Aucune hésitation.
C’est l’analyse ukrainienne. Froide. Lucide. Basée sur l’expérience. La Russie a envahi en 2014. Elle a annexé la Crimée. Elle a occupé une portion du Donbas. Et le monde a laissé faire. Les sanctions ont été molles. Les réactions diplomatiques ont été timides. Et Putin a compris qu’il pouvait continuer.
Donc en 2022, il est revenu. Avec une invasion à grande échelle. Pour conquérir toute l’Ukraine. Ça n’a pas fonctionné. Mais il n’a pas renoncé. Il a juste modifié sa stratégie. Guerre d’usure. Bombardements systématiques. Pression diplomatique. En attendant que l’Ukraine capitule. Ou que l’Occident se lasse.
Le précédent de 2014
2014. La Russie annexe la Crimée. Le monde condamne. Mais ne fait rien de vraiment efficace. Les sanctions sont limitées. Les réactions militaires sont inexistantes. Et l’Ukraine, affaiblie, ne peut pas reprendre la Crimée.
Résultat : Putin garde la Crimée. Et il en tire une leçon. L’agression rémunère. Si on est assez puissant, si on est assez déterminé, on peut prendre ce qu’on désire. Et le monde finira par s’y résigner.
Donc en 2022, il recommence. Plus vaste. Plus brutal. Plus ambitieux. Il veut toute l’Ukraine. Il veut renverser le gouvernement. Il veut installer un régime fantoche. Il veut effacer l’Ukraine de la carte.
Et après ?
Si l’Ukraine cède maintenant. Si elle accepte de perdre le Donbas. Si elle reconnaît l’annexion. Qu’est-ce qui empêchera Putin de revenir dans cinq ans ? Dans dix ans ?
Rien. Absolument rien. Parce qu’il aura appris que l’agression rémunère. Que l’Ukraine finit toujours par céder. Que l’Occident finit toujours par se lasser.
Donc il reviendra. Pour conquérir Kharkiv. Ou Odessa. Ou Kyiv. Et l’Ukraine devra à nouveau se défendre. Et à nouveau perdre des milliers de vies. Et à nouveau être confrontée au même dilemme : céder ou continuer ?
C’est pour ça que l’Ukraine ne peut pas céder
Parce que céder maintenant, ce n’est pas sauver des vies. C’est juste reporter le problème. C’est condamner la prochaine génération à revivre le même conflit. C’est accepter que l’Ukraine ne sera jamais en sécurité. Qu’elle sera toujours à la merci d’une nouvelle agression russe.
C’est pour ça que Zelensky parle de « strong security guarantees ». De garanties institutionnelles. De l’engagement de l’Europe et des États-Unis. Parce que sans ces garanties, un armistice ne vaut rien. Ce ne serait qu’une pause. Un répit avant la prochaine invasion.
Je contemple cette situation et éprouve une déréliction glacée. Une certitude sans espoir. Zelensky sait que Putin reviendra. Il le dit explicitement. « When », pas « if ». Et pourtant, le monde lui demande de négocier. De faire des compromis. De céder du territoire. Comme si cela allait arrêter Putin. Comme si l’agresseur, une fois satisfait, allait rentrer chez lui et ne plus jamais revenir. Mais nous savons tous que ce n’est pas vrai. Nous savons tous que céder ne fera qu’encourager Putin à continuer. Et pourtant, on continue à faire pression sur l’Ukraine. Pas sur la Russie. Sur l’Ukraine. Comme si c’était elle, le problème. Comme si c’était elle qui refusait la paix. Alors que c’est elle qui essaie de survivre. Et cette injustice me remplit d’une rage sourde. Parce qu’on demande aux victimes de faire des compromis avec leurs agresseurs. On demande aux faibles de négocier avec les forts. Et on appelle ça de la « diplomatie ». Mais c’est juste une autre forme de violence.
Les garanties de sécurité : l'unique condition viable
« Strong security guarantees. »
C’est la condition sine qua non. L’Ukraine ne cédera pas sans garanties. Et pas n’importe quelles garanties. Des garanties fortes. Institutionnelles. Crédibles.
Qu’est-ce qu’une garantie de sécurité ?
Une garantie de sécurité, c’est un engagement d’autres États à défendre l’Ukraine en cas de nouvelle agression. Ce n’est pas de la confiance personnelle. Ce n’est pas une promesse verbale. C’est un traité. Un engagement légal. Avec des obligations explicites.
Si la Russie attaque à nouveau, les pays garants doivent intervenir. Militairement. Immédiatement. Sans équivoque. C’est ça, une vraie garantie de sécurité.
Pourquoi l’Ukraine les exige
Parce que sans ces garanties, un armistice ne vaut rien. Parce que la Russie a transgressé tous les accords qu’elle a signés. Le Mémorandum de Budapest en 1994. Les accords de Minsk en 2015. Chaque engagement qu’elle a pris.
Donc l’Ukraine ne peut pas se fier à la parole de la Russie. Elle ne peut pas se fier à un simple armistice. Elle a besoin de garanties. De l’engagement de puissances majeures. Les États-Unis. L’Europe. Le Royaume-Uni. La France. L’Allemagne.
Des États qui possèdent les capacités militaires d’intervenir. Des États qui ont l’intérêt stratégique de défendre l’Ukraine. Des États qui ne laisseront pas la Russie revenir.
Le rôle de l’Europe et des États-Unis
Zelensky insiste sur l’importance de l’Europe. Parce que l’Europe est directement concernée. Si l’Ukraine tombe, la Russie sera aux portes de la Pologne. De la Roumanie. De la Slovaquie. Et ces États sont membres de l’OTAN.
Donc l’Europe a intérêt à ce que l’Ukraine tienne. À ce qu’elle soit forte. À ce qu’elle ait des garanties de sécurité qui dissuadent la Russie d’attaquer à nouveau.
Les États-Unis aussi. Parce que si la Russie gagne en Ukraine, elle enverra un message au monde entier. La Chine regardera. L’Iran regardera. La Corée du Nord regardera. Et ils en tireront des leçons. Que l’agression rémunère. Que l’Occident n’assure pas ses alliés. Que l’ordre international est mort.
« Institutional » guarantees
Zelensky emploie ce terme. « Institutional ». Pas personnel. Pas fondé sur la confiance. Fondé sur des institutions. Des traités. Des obligations légales. Des mécanismes automatiques.
Parce que la confiance ne suffit pas. Parce que les promesses verbales ne suffisent pas. Parce que l’Ukraine a déjà été trahie. En 1994, quand elle a renoncé à ses armes nucléaires en échange de garanties de sécurité qui n’ont jamais été honorées.
Donc cette fois, il faut du concret. Des traités ratifiés. Des engagements contraignants. Des mécanismes de réponse automatique en cas d’agression. C’est ça, des garanties institutionnelles.
Mais ces garanties existent-elles vraiment ?
C’est la question. Est-ce que les États-Unis sont prêts à s’engager formellement à défendre l’Ukraine ? Est-ce que l’Europe est prête à le faire ? Est-ce que ces États sont prêts à risquer une confrontation directe avec la Russie pour assurer l’Ukraine ?
Pour l’instant, la réponse n’est pas claire. Il y a du soutien. Des armes. De l’argent. De la formation. Mais pas d’engagement formel. Pas de traité de défense mutuelle. Pas de garanties automatiques.
Et sans ces garanties, l’Ukraine ne peut pas accepter un armistice. Parce que ce serait un piège. Une pause qui permettrait à la Russie de se réarmer. De se préparer. Et de revenir plus forte.
Je pense à ces garanties de sécurité et ressens une appréhension viscérale. Parce que je me demande si elles existeront un jour. Si l’Occident est vraiment prêt à s’engager. À mettre sa crédibilité en jeu. À déclarer : « Si la Russie attaque l’Ukraine, nous interviendrons. » Parce que c’est ça, le vrai test. Pas les discours. Pas les promesses. Les engagements concrets. Et pour l’instant, je ne les vois pas. Je vois du soutien. Mais pas d’engagement. Je vois de la sympathie. Mais pas de garanties. Et je me demande ce que ça dit de nous. De l’Occident. De notre volonté de défendre l’ordre international. Ou de notre absence de volonté. Et cette question me hante.
Le double standard olympique : l'humiliation symbolique qui blesse
Un casque pour honorer les décédés. Disqualifié.
Les athlètes russes, eux, peuvent concourir sous leur drapeau.
C’est l’histoire de Vladyslav Heraskevych. Lugeur ukrainien. Aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina. Il portait un casque. Un « helmet of memory ». Pour honorer les Ukrainiens tués dans le conflit.
Le casque de la mémoire
Ce n’était pas un casque politique. Ce n’était pas un message de propagande. C’était un hommage. Aux décédés. Aux soldats tombés au combat. Aux civils tués dans les bombardements. Aux enfants disparus. Aux familles détruites.
Un casque pour ne pas oublier. Pour affirmer : « Ils sont morts. Et nous nous souvenons. »
Mais le Comité international olympique a décidé que c’était inacceptable. Que c’était une violation des règles. Que le sport doit rester « neutre ». Que les athlètes ne doivent pas formuler de déclarations politiques.
Résultat : Heraskevych a été disqualifié. Son casque a été interdit. Et il n’a pas pu concourir.
Les athlètes russes aux Paralympiques
Et pendant ce temps, le Comité paralympique international a décidé d’autoriser les athlètes russes et bélarusses à concourir aux Jeux paralympiques de mars. Sous leur propre drapeau. Avec leurs couleurs nationales.
Pas comme athlètes neutres. Pas sous bannière olympique. Non. Comme représentants de la Russie et de la Biélorussie. Les deux États qui ont envahi l’Ukraine. Qui bombardent ses villes. Qui tuent ses civils.
« Double standards »
C’est le terme qu’utilise Zelensky. « Double standards ». Deux poids, deux mesures. L’Ukraine est punie pour avoir honoré ses décédés. La Russie est autorisée à concourir sous son drapeau.
Zelensky qualifie cette décision de « dirty » et « awful ». Sale et horrible. Et il a raison. Parce que c’est exactement ça. Une humiliation. Une gifle symbolique.
L’Ukraine se bat pour sa survie. Elle enterre ses décédés par milliers. Et on lui dit qu’elle ne peut pas les honorer dans le sport. Parce que ce serait « politique ».
Mais la Russie, qui les tue, peut concourir sous son drapeau. Parce que le sport doit être « inclusif ».
L’Ordre de la Liberté
Zelensky a réagi. Il a décerné à Heraskevych l’Ordre de la Liberté. Une décoration ukrainienne. Pour affirmer : « Ton pays te reconnaît. Même si les instances sportives internationales ne le font pas. »
C’est un geste symbolique. Mais c’est un geste important. Parce qu’il affirme : « Nous n’oublions pas. Nous honorons ceux qui se souviennent. Même si le monde préfère détourner les yeux. »
Je ressens une indignation glacée face à cette histoire. Une colère qui ne crie pas, qui observe. Un athlète ukrainien disqualifié pour avoir honoré les morts de son pays. Pendant que les athlètes russes peuvent concourir sous leur drapeau. Le drapeau du pays qui tue ces décédés. C’est d’une absurdité tellement grotesque que ça en devient obscène. Et ce qui m’exaspère encore plus, c’est que ce n’est pas un accident. Ce n’est pas une erreur. C’est une décision. Prise par des gens qui ont pesé le pour et le contre. Et qui ont décidé que la neutralité sportive était plus importante que la justice. Que l’inclusion était plus importante que la décence. Et je me demande comment ils dorment la nuit. Comment ils peuvent vivre avec cette hypocrisie. Parce que c’est ça, au final. Une hypocrisie. Un refus de voir ce qui se passe vraiment. Un refus de prendre parti. Et ce refus, c’est une prise de parti. C’est un soutien au statu quo. Au mensonge. À l’injustice.
La dignité comme dernière ligne de défense inviolable
« We won’t lose dignity. »
C’est la phrase centrale. Celle qui synthétise tout. L’Ukraine ne perdra pas son intégrité morale. Peu importe le prix. Peu importe les pressions. Peu importe l’épuisement.
Qu’est-ce que la dignité ?
La dignité, ce n’est pas un concept abstrait. Ce n’est pas une valeur morale vague. C’est quelque chose de concret. C’est le refus de l’humiliation. Le refus de se soumettre. Le refus d’accepter l’inacceptable.
Pour l’Ukraine, l’intégrité morale, c’est refuser de reconnaître l’annexion. C’est refuser de céder le territoire que des dizaines de milliers d’Ukrainiens ont défendu. C’est refuser de dire aux familles des décédés : « Finalement, c’était stérile. »
L’intégrité morale, c’est tenir debout. Même quand on est épuisé. Même quand on est isolé. Même quand le monde entier vous somme de céder.
Pourquoi c’est la ligne rouge absolue
Parce que si l’Ukraine perd son intégrité morale, elle perd tout. Elle peut perdre du territoire. Elle peut perdre des vies. Elle peut perdre des infrastructures. Mais si elle perd son intégrité morale, si elle accepte l’humiliation, alors elle cesse d’exister en tant que nation.
Céder le Donbas sous la pression, ce serait accepter que la force crée le droit. Ce serait accepter que l’Ukraine n’a pas le droit de défendre son territoire. Ce serait accepter que les décédés sont morts inutilement.
Et ça, l’Ukraine ne peut pas l’accepter. Parce que ce serait une trahison. Envers les décédés. Envers les vivants. Envers les générations futures.
Le lien avec les décédés
Revenons à Olena. 42 ans. Marioupol. Son fils Dmytro, 19 ans, a péri à Bakhmut. Pour elle, l’intégrité morale, ce n’est pas un mot. C’est une obligation. Envers son fils. Envers tous les décédés.
Si l’Ukraine cède le Donbas, qu’est-ce qu’elle dira à Olena ? « Désolé, votre fils a péri inutilement. » On a décidé d’abandonner ce qu’il protégeait. ?
Non. Impossible. Inacceptable. Parce que ça, ce serait perdre l’intégrité morale. Ce serait trahir les décédés. Ce serait affirmer que leur sacrifice n’avait aucun sens.
L’intégrité morale est tout ce qui reste
Quand tout le reste est détruit, il reste l’intégrité morale. Quand les villes sont en ruines, quand les infrastructures sont anéanties, quand l’économie est en lambeaux, quand les gens sont épuisés, il reste l’intégrité morale.
C’est la dernière chose qu’on ne peut pas vous prendre. À moins que vous ne la donniez. Et l’Ukraine refuse de la donner.
« We won’t lose dignity. » C’est ce que Zelensky oppose aux pressions. Aux demandes de concessions. Aux appels à être « raisonnable ». Parce que l’intégrité morale, ce n’est pas négociable. Ce n’est pas un compromis possible. C’est la ligne rouge absolue.
Je pense à cette phrase — « We won’t lose dignity » — et je réalise que c’est peut-être la phrase la plus cruciale de toute cette guerre. Parce qu’elle énonce quelque chose de fondamental. Que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour du territoire. Qu’elle ne se bat pas seulement pour sa survie physique. Elle se bat pour sa survie morale. Pour le droit d’affirmer : « Nous n’avons pas plié. Nous n’avons pas accepté l’humiliation. Nous avons tenu. » Et c’est une affirmation puissante. Radicale. Parce qu’elle place l’intégrité morale au-dessus de tout. Au-dessus du pragmatisme. Au-dessus du calcul. Au-dessus de la survie elle-même. Et je me demande si le monde comprend ça. Si on comprend que demander à l’Ukraine de céder, ce n’est pas lui demander d’être pragmatique. C’est lui demander de perdre son intégrité morale. Et qu’on n’a pas le droit de réclamer ça. Parce que l’intégrité morale, c’est ce qui nous rend humains. C’est ce qui nous permet de vivre avec nous-mêmes. Et sans elle, qu’est-ce qui reste ?
Conclusion : L'intégrité morale contre le temps qui s'écoule
Des dizaines de milliers ont péri.
L’Ukraine ne cédera pas.
On revient au début. Au refus catégorique de Zelensky. Au « nous ne nous retirerons pas du Donbas ». Au « nous ne perdrons pas notre intégrité morale ».
Maintenant, on comprend pourquoi
Parce que ce n’est pas de l’intransigeance. Ce n’est pas du nationalisme aveugle. Ce n’est pas de la rhétorique politique. C’est une question de survie. Morale. Nationale. Existentielle.
Céder le Donbas, ce serait affirmer aux dizaines de milliers de décédés : « Vous êtes morts inutilement. » Ce serait dire à Olena : « Votre fils a péri sans raison. » Ce serait déclarer au monde : « L’agression rémunère. La force crée le droit. Les frontières ne comptent plus. »
Et ça, l’Ukraine ne peut pas l’accepter. Pas parce qu’elle est têtue. Mais parce qu’elle sait ce qui se produirait ensuite. Putin reviendrait. Dans cinq ans. Dans dix ans. Pour conquérir le reste. Parce qu’il aurait appris que l’Ukraine finit toujours par céder.
Le coût de l’intégrité morale
Mais tenir a un coût. Un coût humain. Des dizaines de milliers de décédés. Des millions de déplacés. Des villes anéanties. Une économie en lambeaux. Une population exténuée.
Les 240 brigades qui restaurent les infrastructures dans le froid. Les combattants qui tiennent les lignes depuis quatre ans. Les familles qui enterrent leurs décédés. Les enfants qui grandissent dans le conflit. Tout ça, c’est le prix de l’intégrité morale.
Et la question, c’est : combien de temps peut-on payer ce prix ?
La question sans réponse
Combien de temps peut-on tenir quand la seule chose qui reste, c’est l’intégrité morale ?
Zelensky n’a pas la réponse. Les Ukrainiens non plus. Le monde non plus. Personne ne sait combien de temps ça peut durer. Combien de décédés supplémentaires. Combien d’hivers dans le froid. Combien de bombardements. Combien de restaurations.
Mais pour l’instant, l’Ukraine tient. Exténuée. Mais debout. Parce qu’elle refuse de perdre la seule chose qui lui reste. Son intégrité morale.
Et nous, on regarde
Et nous, on regarde. De loin. Confortablement installés. Pendant qu’ils meurent. Pendant qu’ils tiennent. Pendant qu’ils refusent de plier. On débat de « concessions territoriales ». De « compromis diplomatiques ». De « réalisme politique ». Comme si c’était un jeu d’échecs.
Mais ce n’est pas un jeu. Ce sont des vies. Des familles. Des décédés. Et une nation qui refuse de plier. Qui refuse d’accepter l’humiliation. Qui refuse de dire que tout ça, c’était stérile.
Des dizaines de milliers ont péri. L’Ukraine ne cédera pas.
Combien de temps peut-on tenir quand la seule chose qui reste, c’est l’intégrité morale ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Volodymyr Zelensky, rapports sur les négociations de Genève, communiqués des instances sportives internationales, données sur les attaques énergétiques russes.
Sources secondaires : publications spécialisées en affaires internationales, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies.
Les données citées sur les pertes humaines, la durée du conflit et les attaques sur les infrastructures proviennent de sources officielles ukrainiennes et d’organisations internationales de vérification des faits.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit de cette guerre. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit russo-ukrainien et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs impliqués.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Zelensky says Ukraine won’t withdraw from Donbas, ‘won’t lose dignity’ as peace talks stall on territory — The Kyiv Independent, interview avec le président Volodymyr Zelensky par Piers Morgan, 18 février 2026
Zelensky says Ukrainians won’t let him hand Donbas over to Russia — Ukrinform, déclarations officielles du président ukrainien, février 2026
Ordre de la Liberté décerné à Vladyslav Heraskevych — Site officiel du Président de l’Ukraine, février 2026
Sources secondaires
Zelensky says Ukrainian public won’t let him hand Russia territory — Axios, analyse des négociations russo-ukrainiennes, 17 février 2026
Zelensky says Ukraine won’t withdraw from Donbas, ‘won’t lose dignity’ — Yahoo News, couverture médiatique internationale, février 2026
Reuters — Rapports sur les négociations de Genève et les positions diplomatiques des parties, février 2026
Associated Press — Couverture du conflit russo-ukrainien et des développements diplomatiques, février 2026
The Washington Post — Analyses géopolitiques sur les enjeux territoriaux et les garanties de sécurité
Financial Times — Contexte économique du conflit et impact des sanctions internationales
International Olympic Committee — Décisions concernant les athlètes ukrainiens et russes aux compétitions sportives internationales, février-mars 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.