Septembre 2022, le choc
L’épisode le plus sidérant de l’entretien de Zaloujny concerne un événement que le grand public ignorait jusqu’ici. En septembre 2022, alors que les forces ukrainiennes sont en pleine contre-offensive dans le nord-est du pays — une opération qui libérera la région de Kharkiv — le général rentre dans son bureau à Kyiv après une réunion qu’il qualifie de « tendue » au quartier général de Zelensky. Quelques heures plus tard, des dizaines d’agents du SBU — le Service de sécurité d’Ukraine — débarquent pour effectuer une perquisition. Le détail qui transforme l’incident en scandale : plus d’une douzaine d’officiers britanniques se trouvent dans les locaux au moment du raid. Les agents ne fournissent aucune explication à Zaloujny. Ils ne lui disent pas ce qu’ils cherchent. Le général refuse catégoriquement de leur donner accès aux documents et aux ordinateurs. Puis, devant les agents du SBU, il décroche son téléphone et appelle Andri Yermak, alors chef de cabinet du président Zelensky. Ce qu’il lui dit restera gravé dans les annales : « J’ai dit à Yermak que j’allais repousser cette attaque, parce que je sais comment me battre. » Il prévient qu’il est prêt à impliquer l’armée si nécessaire pour protéger le centre de commandement des forces armées.
Imaginez la scène. Le pays est en guerre. Les soldats meurent par centaines chaque jour sur la ligne de front. Et le service de sécurité du président envoie ses agents fouiller le bureau du commandant en chef. Devant des officiers alliés, en plus. Si ce n’est pas un acte d’intimidation, alors les mots n’ont plus de sens. Zaloujny a eu la lucidité et le courage de ne pas céder. Mais combien de généraux, dans d’autres circonstances, auraient simplement obtempéré ?
Le prétexte ahurissant du club privé
Zaloujny a ensuite contacté Vassyl Maliouk, alors chef du SBU, pour lui demander des explications. Maliouk a affirmé ne rien savoir de l’opération et a promis d’enquêter. Le général a appris par la suite que le SBU avait obtenu un mandat de perquisition auprès d’un tribunal de Kyiv deux jours avant le raid. Le motif invoqué ? La recherche d’un club privé prétendument géré par une organisation criminelle — à l’adresse même du centre de commandement principal des forces armées ukrainiennes. Sauf que, comme l’a révélé l’AP, l’établissement en question avait fermé ses portes avant le début de l’invasion russe à grande échelle. Deux anciens employés ont confirmé la fermeture. Pour Zaloujny, il est tout simplement impossible que le SBU ait ignoré ce fait. Le mandat n’était qu’un prétexte. Dans une déclaration publiée après l’entretien, le SBU a offert une version différente : ses agents menaient des opérations dans le cadre d’une enquête sur le crime organisé à de nombreuses adresses, et l’une d’elles coïncidait avec un poste de commandement de réserve utilisé par Zaloujny. Le SBU insiste : aucune perquisition n’a été effectuée à cet endroit, et le malentendu a été clarifié après une conversation directe entre Maliouk et Zaloujny.
La contre-offensive de 2023 : autopsie d'un désastre évitable
Le plan qui devait tout changer
Le deuxième volet dévastateur de l’entretien concerne la contre-offensive ukrainienne de l’été 2023, cette opération que le monde entier attendait comme le tournant de la guerre. Zaloujny révèle qu’il avait élaboré, avec le soutien de partenaires de l’OTAN, un plan ambitieux mais réaliste. La stratégie reposait sur la concentration massive des forces en un « point unique » — un « poing unique » — dans la région de Zaporijjia. L’objectif était clair : reprendre le contrôle de la zone où se situe la centrale nucléaire de Zaporijjia, puis progresser vers le sud jusqu’à la mer d’Azov. Une telle percée aurait coupé le corridor terrestre que la Russie utilise pour ravitailler la Crimée annexée. Le succès de l’opération reposait sur trois éléments fondamentaux : la concentration des forces, la puissance de frappe massive et l’effet de surprise tactique. Le plan avait été validé par les experts de l’OTAN. Il avait une logique stratégique imparable. Il pouvait fonctionner.
On le sait maintenant avec le recul impitoyable de l’histoire : cette contre-offensive aurait pu être le moment décisif. Le moment où l’Ukraine reprend l’initiative stratégique. Le moment où la Russie est coupée de la Crimée. Le moment où Poutine est forcé de négocier en position de faiblesse. Au lieu de cela, ce fut une hémorragie de soldats sur des champs de mines russes. Et la question que Zaloujny pose aujourd’hui mérite d’être entendue : pourquoi ?
Zelensky impose la dispersion des troupes
Selon Zaloujny, c’est la décision du président Zelensky et de son entourage politique qui a condamné l’opération à l’échec. Au lieu de concentrer les forces en un seul axe d’attaque comme le prévoyait le plan, Zelensky a ordonné la dispersion des troupes sur un front beaucoup plus large. Les unités ont été éparpillées sur un territoire trop vaste, réduisant considérablement leur capacité offensive et leur puissance de frappe. Les ressources nécessaires n’ont pas été allouées. Le plan élaboré avec l’OTAN est resté sur le papier. Deux responsables occidentaux ont confirmé à l’AP, sous couvert d’anonymat, que la version de Zaloujny est exacte : le plan militaire a été délibérément modifié par le Bureau du président. La contre-offensive a débuté le 4 juin 2023 et s’est enlisée dans les champs de mines russes tout au long de l’été, avant de s’achever en novembre sans avoir atteint aucun de ses objectifs stratégiques. Le 1er décembre 2023, Zelensky lui-même a admis que l’opération avait échoué. Les pertes ukrainiennes ont été considérables — la Russie les évalue à 159 000 soldats tués et blessés, un chiffre que Kyiv conteste mais qui donne la mesure du désastre.
La rivalité Zelensky-Zaloujny : chronique d'une fracture annoncée
Du héros national à l’ambassadeur exilé
Pour comprendre la portée de cet entretien, il faut remonter à la genèse du conflit entre les deux hommes. Lorsque la Russie lance son invasion à grande échelle le 24 février 2022, Zaloujny devient instantanément un héros national. C’est lui qui organise la défense de Kyiv, qui stoppe l’avance russe, qui planifie les contre-offensives de Kharkiv et de Kherson à l’automne 2022. Sa popularité explose. Les sondages du KIIS (Institut international de sociologie de Kyiv) de décembre 2023 lui accordent une cote de confiance de 88 %, contre 62 % pour Zelensky. Le « général de fer » est adulé par les soldats, respecté par les partenaires occidentaux, admiré par la population. Et c’est précisément cette popularité qui va devenir un problème. En novembre 2023, Zaloujny accorde un entretien à The Economist dans lequel il déclare que la guerre s’enlise dans une « impasse » et juge irréaliste l’objectif fixé par Zelensky de libérer rapidement les territoires occupés. Ces déclarations, en contradiction frontale avec le discours présidentiel, scellent son sort. Le 8 février 2024, Zelensky le limoge et le remplace par le général Oleksandre Syrsky. Zaloujny se voit offrir le poste d’ambassadeur au Royaume-Uni — un exil doré mais un exil quand même.
Il y a une ironie cruelle dans cette histoire. Le président comédien devenu chef de guerre a viré le général devenu icône nationale. Et deux ans plus tard, c’est le général exilé qui revient hanter le président depuis Londres, armé de ses vérités. Zelensky a cru neutraliser Zaloujny en l’envoyant à l’autre bout de l’Europe. Il a créé un rival politique plus dangereux que jamais.
Des tensions dès les premiers jours de l’invasion
Dans son entretien à l’AP, Zaloujny révèle que les tensions avec Zelensky sont apparues presque immédiatement après le début de l’invasion. Les deux hommes s’affrontaient régulièrement sur la meilleure façon de défendre le pays. Le général, formé à la stratégie militaire, préconisait des choix tactiques fondés sur les réalités du terrain. Le président, entouré de ses conseillers politiques — notamment le puissant chef de cabinet Andri Yermak — prenait des décisions motivées par des considérations politiques autant que militaires. Ce fossé entre la logique du champ de bataille et celle du palais présidentiel n’a cessé de se creuser. La question de la mobilisation a ajouté une couche de friction : Zaloujny réclamait jusqu’à 500 000 nouvelles recrues, une demande que Zelensky a longtemps résisté à accepter, la jugeant politiquement explosive. Le président savait que chaque soldat mobilisé de force représentait des familles mécontentes, des voix potentiellement perdues. La guerre exigeait du courage politique. Le calcul électoral exigeait de la prudence.
Paul Manafort : l'ombre sulfureuse d'une candidature future
Le consultant de Trump et de Ianoukovitch frappe à la porte
L’entretien de Zaloujny contenait une révélation supplémentaire qui a fait bondir les observateurs : au printemps 2025, un « consultant politique américain assez connu » l’a contacté pour lui proposer ses services. Selon une source informée citée par l’AP, ce consultant n’est autre que Paul Manafort. Le nom fait frémir. Manafort est l’ancien directeur de campagne de Donald Trump en 2016, condamné dans le cadre de l’enquête Mueller, puis gracié par Trump. Mais surtout, Manafort est l’homme qui a travaillé pendant des années comme stratège politique pour Viktor Ianoukovitch, l’ex-président ukrainien renversé par la révolution de Maïdan en 2014 et réfugié en Russie. Le fait qu’un homme aussi controversé tente de s’approcher de Zaloujny en dit long sur les manœuvres qui se jouent en coulisses. Zaloujny affirme avoir décliné l’offre avec courtoisie. Mais la simple existence de ce contact révèle que des forces puissantes commencent à se positionner pour l’après-guerre en Ukraine.
Paul Manafort. L’homme de Ianoukovitch qui appelle l’homme qui a défendu l’Ukraine contre l’invasion lancée en partie à cause de Ianoukovitch. On nage en plein surréalisme géopolitique. Que Zaloujny ait refusé ses services est tout à son honneur. Mais que Manafort ait eu l’audace de tendre la main montre à quel point la politique ukrainienne est devenue un terrain de jeu pour les faiseurs de rois internationaux.
L’ombre des élections
Le député ukrainien Oleksiy Hontcharenko, membre du parti Solidarité européenne de l’ex-président Petro Porochenko, affirme que l’entretien de Zaloujny a provoqué une « véritable panique » à Bankova, la rue où se situe le Bureau du président. Selon Hontcharenko, l’entretien avait été enregistré avant la Conférence de Munich sur la sécurité, et le Bureau présidentiel a tout fait pour empêcher sa publication. Pendant plusieurs jours, le téléphone de Zaloujny n’a cessé de sonner — des appels de ministres, de membres de l’entourage de Zelensky. Mais le président lui-même n’a jamais appelé le général, toujours selon Hontcharenko. Zaloujny, de son côté, refuse de parler de ses ambitions politiques, affirmant qu’il ne veut pas risquer de nuire à l’unité nationale pendant la guerre. Mais le fait même de donner un tel entretien — en détaillant publiquement ses griefs contre Zelensky — constitue en soi un acte politique de première magnitude. Des consultants de partis et des responsables politiques lui ont proposé de construire une infrastructure de campagne, selon l’AP. La machine se met en place, même si le candidat refuse de l’admettre.
Les sondages qui terrorisent Bankova
Zaloujny devant Zelensky dans toutes les projections
Les sondages d’opinion ukrainiens dessinent un tableau limpide qui explique en grande partie pourquoi le Bureau du président a tenté de bloquer la publication de l’entretien. Un sondage Ipsos de janvier 2026, commandé pour le Washington Post, donne Zaloujny en tête avec 23 % des intentions de vote, devant Zelensky à 20 %. Un sondage du Centre de monitoring social de novembre 2025 est encore plus brutal : 27 % pour Zaloujny, 16 % pour Zelensky. En combinant les premier et deuxième choix, Zaloujny atteint 42 % de soutien global contre 22 % pour le président. Et les projections de second tour sont dévastatrices pour Zelensky : selon un sondage de décembre 2025, Zaloujny l’emporterait avec 64,2 % des voix contre 35,8 %. La tendance est claire et constante : depuis son limogeage, la popularité de Zaloujny n’a cessé de grimper tandis que celle de Zelensky s’érode. Le président reste le dirigeant politique le plus populaire du pays, mais face à Zaloujny dans un duel direct, il n’a aucune chance.
Les chiffres ne mentent pas, et ceux-ci sont implacables. L’homme que Zelensky a viré pour le faire taire le battrait avec plus de 60 % des voix dans une élection. Le peuple ukrainien n’a pas oublié le général qui a défendu Kyiv, qui a libéré Kharkiv, qui a reconquis Kherson. Et il commence à se poser des questions sur les décisions qui ont mené à l’échec de la contre-offensive et aux pertes massives qui ont suivi.
Un électorat en mutation
Ce qui rend la situation encore plus explosive, c’est que la question des élections n’est plus hypothétique. Les États-Unis poussent Zelensky à organiser des scrutins avant l’été 2026. Le Financial Times rapporte que le président ukrainien prévoit d’annoncer son plan électoral le 24 février. Les responsables ukrainiens ont répété qu’un cessez-le-feu est nécessaire avant toute élection, et qu’un référendum devra valider tout accord de paix. Mais la pression de Washington est réelle, et Zelensky sait qu’il ne peut pas indéfiniment repousser l’échéance démocratique. Parallèlement, environ 74 % des Ukrainiens souhaitent voir de nouveaux partis émerger sur la scène politique. Un parti hypothétique dirigé par Zaloujny recueillerait 22 % des voix aux élections parlementaires, contre seulement 11,5 % pour le bloc de Zelensky. Le paysage politique ukrainien est en pleine recomposition, et le « général de fer » en est l’épicentre.
Ce que la contre-offensive ratée a changé dans le cours de la guerre
Les conséquences stratégiques irréversibles
L’échec de la contre-offensive de 2023 n’est pas qu’un épisode militaire malheureux. C’est le point de bascule qui a transformé la trajectoire de toute la guerre. Avant l’été 2023, l’Ukraine était dans une dynamique offensive — les victoires de Kharkiv et de Kherson à l’automne 2022 avaient démontré la capacité des forces ukrainiennes à reprendre du territoire. Après l’échec de la contre-offensive, la dynamique s’est inversée. La Russie a repris l’initiative. Ses forces ont commencé à avancer lentement mais régulièrement, gagnant 2 171 miles carrés de territoire ukrainien en 2025 — soit environ 0,93 % du territoire national. Les unités les plus aguerries de l’armée ukrainienne avaient été décimées durant la contre-offensive. Les réserves étaient épuisées. Le moral, entamé. C’est cette réalité que Zaloujny avait diagnostiquée lorsqu’il parlait d’« impasse » dans son entretien à The Economist. Et c’est cette vérité que Zelensky ne lui a jamais pardonnée.
On peut débattre à l’infini des responsabilités dans l’échec de la contre-offensive. Mais une chose est certaine : les décisions de l’été 2023 ont eu des conséquences qui se mesurent en milliers de vies perdues et en centaines de kilomètres carrés cédés à l’ennemi depuis. Si le plan de Zaloujny avait été suivi — concentrer les forces en un seul poing dans la direction de Zaporijjia — l’issue aurait-elle été différente ? Personne ne peut l’affirmer avec certitude. Mais la question mérite d’être posée, et les Ukrainiens ont le droit de connaître la réponse.
Le rôle controversé de Syrsky
Les sources proches du dossier ajoutent un élément supplémentaire au tableau : avant même la contre-offensive de Zaporijjia, le général Oleksandre Syrsky — celui-là même qui a remplacé Zaloujny — avait engagé les principales réserves et les unités les plus combatives dans la bataille de Bakhmout. Zaloujny aurait demandé à plusieurs reprises le retrait des forces ukrainiennes de Bakhmout pour les concentrer en vue de la contre-offensive. Mais Yermak et Zelensky ont maintenu la défense de la ville, qui est finalement tombée en mai 2023. Le résultat : Zaloujny s’est retrouvé avec « un quart des unités entraînées » initialement prévues pour la contre-offensive. Les meilleures brigades avaient été usées à Bakhmout dans un combat d’attrition que beaucoup d’analystes militaires considéraient comme stratégiquement injustifiable. Ce cumul de décisions politiques prises contre l’avis du commandant en chef a, selon Zaloujny et ses partisans, condamné la contre-offensive avant même qu’elle ne commence.
La réaction de Munich : Zelensky tente de réécrire l'histoire
Un mensonge à Munich selon les critiques
L’entretien de Zaloujny a coïncidé avec la 62e Conférence de Munich sur la sécurité, où Zelensky s’est exprimé le 14 février. Selon le député Hontcharenko, le président ukrainien a tenté d’anticiper les révélations du général en le mentionnant dans son discours. Zelensky a raconté avoir envoyé Zaloujny rencontrer le général américain Mark Milley pour demander des armes, affirmant que Milley aurait refusé et conseillé de « creuser des tranchées ». Hontcharenko qualifie cette version de « mensonge ». La bataille des récits est lancée, et elle promet d’être féroce. D’un côté, le camp Zelensky qui insiste sur le fait que la contre-offensive a échoué par manque de soutien occidental — pas assez d’armes, pas assez vite. De l’autre, le camp Zaloujny qui affirme que le plan était bon mais que les décisions politiques l’ont saboté de l’intérieur. Les deux versions contiennent probablement une part de vérité. Mais l’accusation de Zaloujny frappe d’autant plus fort qu’elle est corroborée par des sources occidentales anonymes.
Il y a un proverbe qui dit que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Mais dans cette guerre où il n’y a pas encore de vainqueur, l’histoire est en train d’être écrite en temps réel, par des hommes qui se battent aussi sur le terrain de la vérité. Zelensky a sa version. Zaloujny a la sienne. Et le peuple ukrainien, lui, veut savoir pourquoi ses fils et ses filles sont morts sur des champs de mines qui auraient pu être évités.
Le silence assourdissant de Bankova
Face aux accusations de Zaloujny, le Bureau du président et le SBU ont refusé de commenter directement les déclarations sur la contre-offensive. Le SBU s’est contenté de publier une déclaration sur l’incident de 2022, niant toute perquisition ciblée. Quant à l’accusation centrale — que Zelensky a imposé la dispersion des forces contre l’avis militaire — le silence est total. Ce mutisme est en soi une réponse. Dans la politique ukrainienne comme ailleurs, ce que le pouvoir refuse de commenter est souvent ce qu’il ne peut pas nier. Le vice-secrétaire du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, n’a pas manqué de commenter l’affaire avec sa brutalité habituelle, se réjouissant de la fracture interne ukrainienne. La propagande russe exploitera cette division aussi longtemps qu’elle le pourra. C’est le risque inhérent à toute démocratie en guerre : la transparence nourrit la propagande ennemie, mais l’absence de transparence nourrit la défiance populaire.
Yermak, l'homme de l'ombre au cœur de la tempête
Le chef de cabinet qui décide à la place des généraux
Il y a un nom qui revient sans cesse dans le récit de Zaloujny, un nom que l’ancien commandant en chef prononce avec une amertume à peine contenue : Andri Yermak. Le chef du Bureau du président est considéré par de nombreux observateurs comme l’homme le plus puissant d’Ukraine après Zelensky lui-même — et certains diraient même avant lui. C’est Yermak que Zaloujny a appelé en premier lorsque le SBU a fait irruption dans son bureau. C’est Yermak qui, selon les sources proches du dossier, a piloté les décisions qui ont conduit à la dispersion des forces lors de la contre-offensive. C’est Yermak qui a insisté pour maintenir la défense de Bakhmout contre l’avis des stratèges militaires. Le rôle grandissant de ce conseiller dans les décisions militaires a été une source constante de friction avec l’état-major. Des analystes et des députés ukrainiens dénoncent depuis longtemps ce qu’ils considèrent comme une concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un homme qui n’a jamais porté l’uniforme. La « haine politique » d’Yermak, selon les termes utilisés par certaines sources, aurait coûté à l’Ukraine son opération offensive la plus importante de toute la guerre.
Il y a dans chaque guerre un moment où les politiques décident qu’ils en savent plus que les militaires. Ce moment arrive généralement quand l’ego prend le dessus sur la stratégie. L’histoire militaire est jonchée de ces désastres : des dirigeants civils qui ordonnent des attaques impossibles, qui dispersent des forces qui devaient rester concentrées, qui sacrifient des bataillons pour sauver des symboles. Si l’histoire de la contre-offensive ukrainienne confirme ce schéma, alors les responsables devront un jour en répondre devant leur peuple.
Le système Bankova en question
Ce que l’entretien de Zaloujny met en lumière, c’est un système de gouvernance dans lequel les décisions militaires les plus critiques étaient influencées — voire dictées — par un cercle restreint de conseillers politiques gravitant autour de Zelensky. Le Bureau du président, situé rue Bankova à Kyiv, est devenu le véritable centre de pouvoir en Ukraine, éclipsant parfois les institutions militaires traditionnelles. Cette centralisation a permis une prise de décision rapide dans les premiers mois chaotiques de l’invasion, lorsque la survie du pays se jouait en heures. Mais elle est devenue un handicap lorsque la guerre est entrée dans sa phase d’usure, nécessitant des décisions stratégiques fondées sur l’expertise militaire plutôt que sur le calcul politique. La question fondamentale que pose l’entretien de Zaloujny dépasse sa personne : quel équilibre entre pouvoir civil et commandement militaire l’Ukraine doit-elle adopter pour survivre et gagner cette guerre ? C’est une question que toute démocratie en guerre doit affronter, et l’Ukraine n’y échappe pas.
La dimension géopolitique : pourquoi cet entretien tombe au pire moment
Des négociations en cours et une pression américaine maximale
Le timing de l’entretien est tout sauf anodin. L’Ukraine est engagée dans des négociations trilatérales cruciales avec la Russie sous médiation américaine. Les pourparlers de Genève des 17 et 18 février viennent de s’achever sans percée. Trump presse Kyiv de « venir à la table rapidement ». Les États-Unis ont fixé un délai de juin 2026 pour un accord. Dans ce contexte, une fracture publique entre le président ukrainien et son ancien chef militaire le plus populaire affaiblit dangereusement la position de négociation de l’Ukraine. Moscou peut désormais arguer que Zelensky ne représente plus la volonté du peuple ukrainien, un argument que la Russie utilise depuis longtemps pour contester sa légitimité. Les Américains, eux, peuvent interpréter la montée de Zaloujny comme le signe qu’un changement de direction politique en Ukraine est non seulement souhaitable mais inévitable. La fracture Zelensky-Zaloujny ne concerne pas uniquement la politique intérieure ukrainienne : elle a des ramifications sur la scène internationale qui pourraient affecter le dénouement même du conflit.
Le paradoxe est cruel : en révélant ses vérités, Zaloujny fragilise l’homme qui négocie la survie de l’Ukraine à Genève. Mais en gardant le silence, il aurait laissé une version mensongère de l’histoire s’installer dans les mémoires. C’est le dilemme impossible d’un patriote qui doit choisir entre la loyauté envers un président et la loyauté envers la vérité. Zaloujny a choisi la vérité. L’histoire dira s’il a eu raison.
L’Ukraine face au miroir de ses contradictions
Cette crise interne survient alors que l’Ukraine approche du quatrième anniversaire de l’invasion, le 24 février. Le pays est épuisé. Les pertes militaires se comptent en centaines de milliers. Les infrastructures énergétiques sont en ruines. Des millions de citoyens sont déplacés. Et maintenant, deux des figures les plus importantes de la résistance ukrainienne se déchirent publiquement. Pour les alliés occidentaux — qui ont investi des dizaines de milliards de dollars dans le soutien à l’Ukraine — ce spectacle est préoccupant. Pour les soldats ukrainiens sur la ligne de front, qui ont servi sous Zaloujny et continuent de se battre sous Syrsky, le message est déstabilisant. Et pour les citoyens ordinaires, qui endurent les bombardements quotidiens et l’hiver le plus rude depuis des années, la querelle entre le président et le général peut sembler obscène face à l’ampleur de la tragédie. Mais c’est aussi le prix de la démocratie — même en temps de guerre, le peuple a le droit de savoir.
Conclusion : L'Ukraine mérite la vérité, même quand elle fait mal
Un tournant politique inévitable
L’entretien de Valeri Zaloujny à l’Associated Press restera dans les annales comme le moment où la fracture politique ukrainienne est devenue impossible à ignorer. Pas parce que cette fracture n’existait pas avant — elle couvait depuis septembre 2022. Mais parce que pour la première fois, l’un des deux protagonistes a choisi de déposer ses vérités sur la table, devant le monde entier. Les accusations sont graves : intimidation par le SBU, sabotage stratégique de la contre-offensive, ingérence politique dans les décisions militaires. Si elles sont vraies — et deux sources occidentales les corroborent — elles remettent en question la manière dont cette guerre a été conduite à des moments critiques. L’Ukraine est une démocratie. Elle se bat pour le rester. Et dans une démocratie, le pouvoir doit rendre des comptes, même en temps de guerre. Surtout en temps de guerre.
Ce que Zaloujny a fait avec cet entretien, c’est offrir au peuple ukrainien quelque chose que peu de dirigeants en guerre osent donner : la vérité. Une vérité partielle, certainement — chaque homme voit l’histoire à travers son propre prisme. Mais une vérité nécessaire. Parce que les mères des soldats tombés lors de la contre-offensive de 2023 méritent de savoir pourquoi leurs enfants ne sont pas revenus. Parce qu’un peuple qui se bat pour la liberté mérite de connaître les erreurs de ses dirigeants. Et parce que l’avenir de l’Ukraine se construira sur la vérité, ou ne se construira pas du tout.
Le dernier mot appartient au peuple
Que Zaloujny devienne un jour président de l’Ukraine ou qu’il reste ambassadeur à Londres, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est que le débat est ouvert. Que les questions sont posées. Que la société ukrainienne, malgré la guerre, malgré les missiles, malgré le froid et l’obscurité, refuse de se taire. C’est cette résilience démocratique qui distingue l’Ukraine de son agresseur. En Russie, un général qui accuserait Poutine d’incompétence militaire finirait en prison — ou pire. En Ukraine, il donne une interview à l’Associated Press. C’est toute la différence entre une société libre et une dictature. Et c’est précisément cette liberté que les soldats ukrainiens défendent chaque jour sur la ligne de front, à 1 200 kilomètres des salons feutrés de Londres où Zaloujny a prononcé ses mots les plus courageux. Le peuple ukrainien, in fine, tranchera. Par les urnes, quand le moment sera venu. Et ce moment approche.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Cet article s’appuie sur l’entretien accordé par Valeri Zaloujny à l’Associated Press, publié le 18 février 2026, ainsi que sur les réactions et analyses qui ont suivi dans les médias ukrainiens et internationaux. Je m’engage à présenter les versions de toutes les parties — y compris la réponse du SBU et la position du Bureau du président — tout en offrant une analyse critique fondée sur les faits vérifiables.
Sources
Toutes les sources citées ci-dessous ont été vérifiées et croisées. L’entretien original de l’Associated Press constitue la source primaire fondamentale de cette analyse, complétée par les réactions des médias ukrainiens et internationaux. La version du SBU a été intégralement rapportée pour garantir l’équilibre du traitement.
Sources primaires
Kyiv Post — Zaluzhny Lifts Lid on Zelensky Rift, Failed Counteroffensive — 18 février 2026
Sources secondaires
Mezha — Valeriy Zaluzhny Details Disputes with President Zelensky — 18 février 2026
EADaily — Zaluzhny publicly voiced reasons for the conflict with Zelensky — 18 février 2026
Kyiv Independent — Zelensky’s presidential rating drops to 20% — 9 décembre 2025
bne IntelliNews — Zaluzhnyi leads Ukrainian presidential poll — 26 novembre 2025
Ukranews — Media releases rating of potential participants in presidential race — 4 janvier 2026
CNN — Ukraine: Zelensky fires General Valerii Zaluzhnyi — 8 février 2024
Ukraine Today — Zaluzhny names those responsible for the failed counteroffensive — 19 février 2026
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