Vingt-neuf assauts. En une seule journée.
Si un nom devait résumer ce 19 février 2026, ce serait Pokrovsk. L’axe Pokrovsk a concentré à lui seul 29 tentatives d’offensive russe. Vingt-neuf. Dans les localités de Rodynske, Kotlyne, Udachne, Molodetske, Novomykolaivka et Filiia. Les défenseurs ukrainiens en ont repoussé 22. Vingt-deux assauts stoppés net.
Imaginez ce que ça représente. Vingt-deux fois où une vague russe s’est écrasée contre une ligne ukrainienne. Vingt-deux fois où des soldats épuisés ont dit : pas encore. Pas là. Pas nous. Et pourtant, sept affrontements restaient actifs au moment de la mise à jour. La journée n’était pas finie. Elle ne l’est jamais vraiment.
Pokrovsk, une ville qui concentre tout
Pokrovsk n’est pas juste un point sur une carte. C’est un nœud logistique critique dans la région de Donetsk. Une ville qui, si elle tombait, ouvrirait des corridors que les forces russes cherchent désespérément à atteindre depuis des mois. C’est pour ça qu’on se bat là. C’est pour ça que 29 assauts en une journée, c’est un signal, pas un hasard.
La Russie sait ce qu’elle fait. Et l’Ukraine le sait aussi. C’est précisément pourquoi chaque défense réussie à Pokrovsk n’est pas juste une victoire tactique. C’est un message. Nous sommes encore là.
Vingt-neuf assauts sur un seul axe en moins de seize heures. Et quelque part, on continue de débattre si cette guerre mérite encore notre attention.
Le nord en feu : Slobozhanshchyna et la région de Soumy sous les bombes
Des noms qui ne disent rien. Des villages qui disent tout.
Bezsalivka. Rohizne. Volfyne. Boiaro-Lezhachi. Ulanove. Yastrubshchyna. Des noms qu’on ne sait pas prononcer. Des noms qu’on oubliera ce soir. Mais ce sont des endroits où des gens vivaient avant que les obus russes ne commencent à tomber ce matin. Des villages dans la région de Soumy, touchés par l’artillerie russe depuis le territoire de la Russie. Directement. Sans détour.
Sur l’axe nord de Slobozhanshchyna et l’axe de Koursk, on compte 11 affrontements, dont 5 encore en cours au moment du rapport. Deux frappes aériennes russes avec 4 bombes aériennes guidées. 41 bombardements. Trois d’entre eux avec des lance-roquettes multiples. Là. Ce matin. Pendant qu’on dormait.
Le sud de Slobozhanshchyna : neuf attaques, deux toujours en cours
Sur l’axe sud de Slobozhanshchyna, 9 attaques ont été enregistrées. Veterynarne, Zelene, Starytsia, Vovchansk, Vilcha. Les forces russes poussent vers Zarubynka et Chuhunivka. Deux affrontements restaient actifs. Ce n’est pas un front calme. Ce n’est pas un secteur secondaire. C’est une ligne de feu qui ne s’éteint pas.
Et pourtant, ces noms n’apparaîtront dans aucun grand titre de presse ce soir. Pas assez spectaculaires. Pas assez « viral ». Juste des villages qui résistent dans l’indifférence quasi générale de l’Occident fatigué de cette guerre.
On parle de « fatigue de la guerre ». Comme si c’était le problème des observateurs. Ceux qui vivent dedans, eux, n’ont pas le luxe de se fatiguer.
Koupiansk, Lyman, Sloviansk : trois axes, une même réalité
Koupiansk : quatre attaques, des noms qui reviennent
Sur l’axe de Koupiansk, quatre attaques ont été enregistrées près de Kindrashivka, Petropavlivka, Kurylivka et Novoosynove. Un affrontement restait en cours. Koupiansk, cette ville que la Russie a brièvement occupée puis perdue lors de la contre-offensive ukrainienne de 2022, reste un objectif obsessionnel pour Moscou. Elle représente à la fois une revanche symbolique et un accès stratégique vers le nord-est.
Chaque attaque repoussée ici est une page arrachée du scénario russe. Chaque mètre tenu est une preuve que 2022 n’était pas un accident. Que l’Ukraine peut reprendre et garder ce qu’elle reprend.
Lyman et Sloviansk : la pression continue
Sur l’axe de Lyman, les forces ukrainiennes ont repoussé 9 attaques russes près de Shandryholove, vers Stavky, Drobysheve et Lyman. Sur l’axe de Sloviansk, trois affrontements étaient encore en cours près d’Ozerne, Riznykivka et vers Rai-Oleksandrivka. Ces deux villes, Lyman et Sloviansk, forment une paire stratégique dans le nord du Donbass. Les prendre, pour la Russie, permettrait d’ouvrir une route vers Kramatorsk et Kostiantynivka. Les garder, pour l’Ukraine, c’est maintenir une façade qui a déjà coûté des milliers de vies.
Chaque rapport militaire ressemble au précédent. C’est peut-être ça, le plus éprouvant. Pas le choc. La répétition.
Kostiantynivka : dix offensives en une matinée
L’ennemi frappe là où ça fait mal
Sur l’axe de Kostiantynivka, les forces russes ont lancé 10 actions offensives. Près de Rusyn Yar et Sofiivka, vers Kostiantynivka, Illinivka et Berestok. Dix attaques. En moins de seize heures. Sur un seul axe.
Kostiantynivka est l’une des dernières grandes villes encore ukrainiennes dans la région de Donetsk. Elle abrite encore des civils. Elle fonctionne encore comme un centre de vie dans une zone où la vie est devenue un acte de résistance en soi. La prendre serait, pour Moscou, un trophée autant qu’un avantage militaire. La garder, pour Kyiv, c’est refuser de céder le symbole.
Des bombes guidées sur des noms oubliés
Sur l’axe d’Oleksandrivka, cinq attaques ont été enregistrées près de Sosnivka et vers Dobropillia. Un affrontement restait actif. Et l’ennemi a largué des bombes guidées sur Ivanivka, Havrylivka et Andriivka-Klevtsove. Des bombes guidées. Pas des tirs d’artillerie au hasard. Des munitions de précision visant des cibles spécifiques dans des localités dont personne ne connaît le nom en dehors de leurs habitants. Et peut-être plus maintenant.
Des bombes guidées sur des villages inconnus. La précision de la destruction rend les choses encore plus froides.
Huliaipole : quinze attaques, des frappes aériennes en prime
Quinze assauts repoussés. Quatre encore en cours.
Si Pokrovsk était le secteur le plus chaud, Huliaipole n’était pas loin derrière. 15 attaques russes ont été repoussées près de Staroukrainka, Zaliznychne et Zelene, ainsi que dans la zone d’Huliaipole. Quatre affrontements restaient en cours au moment du rapport. Mais ce n’est pas tout.
L’aviation russe a frappé Verkhnia Tersa, Lisne, Liubytske, Huliaipilske, Vozdvyzhivka et Zaliznychne. Des frappes aériennes sur des localités déjà sous pression terrestre. La combinaison des deux, sol et air, est une signature russe bien établie : épuiser, saturer, briser.
La stratégie de l’épuisement
C’est là que la stratégie russe se lit le plus clairement. Pas de percée spectaculaire. Pas de coup de théâtre. Juste une pression constante, méthodique, répétée. Sur tous les axes. Tous les jours. Dans l’espoir que l’Ukraine finisse par fléchir là où la Russie aura poussé le plus souvent, le plus longtemps. La guerre d’attrition, dans sa version la plus brutale.
Et pourtant, l’Ukraine tient. Pas parce que c’est facile. Pas parce qu’elle a les ressources. Mais parce qu’elle n’a pas d’autre choix. Et parce que, quelque part dans ce calcul cynique, les soldats ukrainiens ont décidé que leur pays valait cette résistance-là.
La guerre d’usure, c’est priver l’ennemi de victoire jusqu’à ce qu’il se lasse. Mais l’usure, elle aussi, use ceux qui résistent.
Les axes calmes : ce que le silence dit aussi
Orikhiv : une seule attaque, repoussée
Sur l’axe d’Orikhiv, les forces russes ont lancé une seule attaque vers Prymorske. Elle a échoué. Sur l’axe du Dniepr, aucune action offensive n’a été rapportée ce jeudi. Ce silence relatif sur certaines portions du front ne signifie pas la paix. Il signifie que la Russie concentre sa puissance de frappe là où elle pense pouvoir avancer. Et que l’Ukraine, elle, doit surveiller partout en même temps.
Tenir un front de mille kilomètres avec des ressources humaines limitées. Répondre à 98 affrontements simultanés répartis sur dix secteurs différents. Gérer l’artillerie, l’aviation, les drones, les blindés. Tout ça en même temps. C’est ce que l’armée ukrainienne fait depuis plus de quatre ans. Et ce qu’elle fait encore aujourd’hui.
Kramatorsk : une seule tentative
Sur l’axe de Kramatorsk, un seul essai d’avancée russe a été enregistré près d’Orikhovo-Vasylivka. Un seul. Mais ça ne signifie pas que Kramatorsk est sûre. Ça signifie que ce jour-là, la pression a été moindre. Demain, ça pourrait changer. Après-demain aussi. C’est la logique de cette guerre : on ne sait jamais où le coup suivant tombera.
Le calme relatif sur certains axes n’est pas une victoire. C’est un répit. Et les répit, dans cette guerre, sont comptés en heures.
Ce que signifient 98 affrontements en une journée
Un rythme de guerre qui ne ralentit pas
Pour mettre ce chiffre en perspective : 98 affrontements en moins de seize heures, c’est en moyenne un affrontement toutes les 10 minutes. Depuis minuit jusqu’à 16h. Sans pause. Sans relâche. Une cadence qui épuise les hommes, consume les munitions, use les nerfs et les corps. Et qui recommencera demain.
On a souvent dit que cette guerre était unique dans l’histoire moderne. Ce n’est pas un excès de langage. La densité des combats, la continuité de la ligne de front, l’implication de l’artillerie, des drones, des missiles balistiques, des bombes guidées, des lance-roquettes multiples — tout simultanément — place ce conflit dans une catégorie à part depuis 2022. Et 2026 ne ressemble pas à une désescalade.
Les renseignements européens et la durée du conflit
Ce même 19 février 2026, Reuters rapportait que les services de renseignement européens doutaient que la guerre se termine cette année. Pas de cessez-le-feu en vue. Pas de négociations sérieuses à l’horizon. Juste un front qui continue de brûler pendant que les diplomates parlent et que les soldats meurent. À quel moment on s’est habitués à ça? À quel moment 98 affrontements par jour est devenu une normalité qu’on consomme avec le café du matin?
Les renseignements européens doutent que la guerre finisse en 2026. Les soldats sur le front, eux, doutent de bien d’autres choses. Mais ils continuent quand même.
L'Ukraine épuise l'ennemi — mais à quel prix?
La formule officielle et ce qu’elle cache
Le rapport de l’État-Major ukrainien dit : « Les forces ukrainiennes épuisent l’ennemi le long de toute la ligne de contact et dans l’arrière. » C’est la formule officielle. Elle est vraie. Elle est aussi incomplète. Parce qu’épuiser l’ennemi, ça s’épuise aussi. Les corps humains ont des limites. Les lignes d’approvisionnement ont des limites. La volonté de résister, même la plus forte, a besoin d’être alimentée.
La Suède vient d’annoncer un nouveau package de soutien militaire de 1,4 milliard de dollars pour l’Ukraine. C’est bien. C’est nécessaire. Mais ça ne suffit pas à remplir toutes les tranchées. Pas à remplacer tous ceux qui ne rentreront pas.
Le coût humain qu’on ne compte pas dans les rapports
Les rapports militaires ne disent pas combien de soldats ukrainiens ont été blessés ce jeudi. Ils ne nomment pas ceux qui ont été tués. Ils ne décrivent pas ce qu’a vécu un défenseur à Pokrovsk pendant la vingt-deuxième tentative d’assaut de la journée. Ils ne racontent pas le silence d’une famille qui attend un appel qui ne vient pas.
Mais il faut y penser. Il faut le tenir présent. Parce que derrière chaque ligne d’un rapport d’état-major, il y a une vie. Un prénom. Une mère. Un enfant qui dessine encore des papillons en attendant que papa rentre. Et qui attend.
On parle de stratégie, d’axes, de secteurs chauds. Mais la vraie chaleur de cette guerre, c’est celle que portent ceux qui y sont.
Ce que le 19 février 2026 dit de la suite
Une journée ordinaire dans une guerre extraordinaire
Le 19 février 2026 passera dans les archives comme une journée ordinaire de guerre. 98 affrontements. Des secteurs sous pression. Des attaques repoussées. Des frappes aériennes. Un rapport factuel à 16h. Demain, il y en aura un autre. Après-demain aussi. Et le mois prochain.
C’est peut-être ça, le plus difficile à accepter. Pas l’intensité. La continuité. Le fait que ça ne finit pas. Que chaque matin, des hommes se réveillent sur une ligne de front et recommencent. Que chaque soir, quelqu’un ne dormira pas parce qu’un affrontement est encore en cours. Que 98 fois aujourd’hui, quelqu’un a décidé de tenir. Et qu’il faudra recommencer demain.
Pokrovsk demain, et après-demain
L’axe de Pokrovsk sera encore sous pression demain. Les chiffres changeront — peut-être 85 affrontements, peut-être 110. Les localités ciblées pourraient varier. Mais la logique restera la même : la Russie pousse, l’Ukraine résiste, et le monde observe. La question n’est pas de savoir si Pokrovsk tiendra aujourd’hui. Elle a tenu. La question est de savoir combien de temps encore sans que les alliés de l’Ukraine comprennent vraiment ce que « tenir » coûte.
Pokrovsk tient. Aujourd’hui. C’est déjà un miracle ordinaire dans une guerre qui fabrique des miracles ordinaires à la chaîne, sans applaudissements, sans caméras.
Conclusion : On ne peut plus dire qu'on ne savait pas
La vérité d’un jeudi de février
Ce jeudi 19 février 2026, pendant que des décisions se prenaient dans des palais et des bunkers loin du front, pendant que des analystes débattaient de calendriers diplomatiques et de feuilles de route hypothétiques, 98 fois des soldats ukrainiens ont regardé arriver l’ennemi et ont dit non.
Non à Pokrovsk. Non à Lyman. Non à Kostiantynivka. Non à Huliaipole. Non sur dix axes différents, face à des bombes guidées, des lance-roquettes multiples, des frappes aériennes coordonnées. Non avec ce qu’ils avaient. Et ce qu’ils avaient, ce n’était pas assez, et c’était quand même suffisant. Pour aujourd’hui.
Ce qu’on choisit de faire de cette information
Vous venez de lire ce rapport. Vous savez maintenant ce qui s’est passé ce 19 février 2026 sur le front ukrainien. Vous savez que Pokrovsk a subi 29 assauts. Que Huliaipole a encaissé 15 attaques. Que la région de Soumy a été bombardée depuis le territoire russe. Vous savez tout ça.
La question n’est pas « qu’est-ce qui se passe là-bas? ». La question est : qu’est-ce qu’on fait avec ce qu’on sait? On peut continuer. Faire défiler. Passer à autre chose. Ou on peut rester une seconde de plus avec ça. Avec les 98 affrontements. Avec les soldats qui recommenceront demain. Avec l’idée que quelque part, à Pokrovsk, il y a quelqu’un qui tient. Et qui mérite qu’on sache son nom.
On ne peut plus dire qu’on ne savait pas. On sait. Ce qu’on fait de ce savoir, c’est notre part de la guerre.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce billet est rédigé à partir de sources officielles ukrainiennes et de médias occidentaux vérifiés. Maxime Marquette est un chroniqueur indépendant qui couvre les conflits armés et leurs dimensions humaines. Ce texte défend ouvertement la perspective de la résistance ukrainienne face à l’agression russe, conformément au droit international et aux résolutions de l’ONU condamnant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Méthodologie et sources
Les informations présentées dans cet article sont tirées du rapport opérationnel de l’État-Major des Forces armées ukrainiennes daté du 19 février 2026, publié à 16h00. Elles ont été croisées avec des informations de Reuters et d’Ukrinform, agence de presse officielle ukrainienne fondée en 1918. Les chiffres cités (nombre d’affrontements, d’attaques par axe) sont ceux du rapport officiel et n’ont pas été modifiés.
Nature de l’analyse
Ce texte est un billet de presse engagé, genre journalistique qui autorise la prise de position de l’auteur. Il ne prétend pas à la neutralité stricte mais à l’honnêteté factuelle. Toutes les affirmations relatives aux faits militaires sont sourcées. Les passages émotionnels et interprétatifs relèvent du jugement éditorial de l’auteur et sont clairement identifiables comme tels.
Sources
Sources primaires
État-Major des Forces armées ukrainiennes — Mise à jour opérationnelle du 19 février 2026, 16h00
Sources secondaires
Ukrinform — Sweden allocates $1.4B military support package to Ukraine (19 février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.