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BILLET : Washington choisit le protocole plutôt que Kiev
Crédit: Adobe Stock

Comment on élimine un allié sans le dire

Regardons comment ça fonctionne, cette marginalisation. Parce que pendant qu’on va analyser les mécanismes, il y a un soldat quelque part qui se demande si tout ça a un sens. Et voilà comment on le tue, pas avec une balle, mais avec de l’indifférence administrative.

C’est méthodique. Pensé. Stratégique. Ce n’est pas un oubli administratif — c’est une décision calculée. Une cascade d’actions : d’abord la pression, puis la capitulation, enfin l’annonce. Du mauvais, au pire, à l’inacceptable.

D’abord, Washington exerce une pression. Pas publique. Pas officielle. Juste des conversations discrètes entre diplomates. Des appels téléphoniques. Des suggestions fermes. Le genre de pression qui ne laisse pas de traces écrites mais qui fait comprendre clairement ce qu’on attend. Les États-Unis ne veulent pas que l’Ukraine soit invitée formellement. Point final.

Ensuite, les alliés cèdent. Un par un. Parce que s’opposer à Washington dans l’OTAN, c’est compliqué. Surtout maintenant, avec Trump de retour à la Maison-Blanche. Surtout quand on sait que les Américains peuvent rendre la vie difficile à ceux qui ne suivent pas la ligne. Alors on acquiesce. On trouve des justifications techniques. On invoque les règles, les traditions, la complexité de la situation.

J’ai couvert assez de sommets internationaux pour reconnaître cette danse. Cette chorégraphie bien huilée où tout le monde sait ce qui se passe mais où personne ne le dit ouvertement. Où les décisions sont prises avant même que les délégations n’arrivent. Où le sommet lui-même n’est plus qu’un théâtre pour valider ce qui a déjà été décidé dans les coulisses. Et pendant ce temps, à Pokrovsk, des soldats ukrainiens se demandent pourquoi ils combattent encore pour un Occident qui les traite comme des figurants. Cette question — « Pour qui ? » — elle va s’amplifier. Elle va devenir un cri. Et un jour, elle va exiger une réponse.

L’élargissement de la mise à l’écart

Mais l’Ukraine n’est pas seule. Washington veut aussi reléguer l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée du Sud. Cinq pays. Cinq alliés. Tous écartés de la table principale. Tous confinés aux manifestations périphériques.

Le point commun ? Ce sont tous des pays qui font face à des menaces directes de régimes autoritaires. L’Ukraine contre la Russie. L’Australie, le Japon et la Corée du Sud contre la Chine et la Corée du Nord. La Nouvelle-Zélande dans le contexte indo-pacifique. Des pays qui ont besoin de l’OTAN, ou du moins de sa solidarité symbolique, pour montrer qu’ils ne sont pas seuls face à leurs adversaires.

Et c’est précisément ces pays-là que Washington veut écarter. Ce ne sont pas des choix aléatoires — c’est une décision stratégique chargée d’une indifférence calculée, une volonté de redéfinir l’OTAN comme un club plus restreint, plus « transatlantique » au sens strict, moins ouvert aux partenaires globaux. Un retour en arrière. Un repli.

L’annulation du forum public confirme cette tendance. Ce forum, c’était l’espace où la société civile pouvait s’exprimer. Où les experts indépendants pouvaient débattre. Où les voix dissidentes avaient une place. Trop de bruit, apparemment. Trop de questions embarrassantes. Mieux vaut un sommet entre gouvernements, à huis clos, sans témoin gênant.

Le vocabulaire de la lâcheté

« Very harmful ». Revenons sur ces deux mots. Parce qu’ils disent tout. Un diplomate de l’OTAN, parlant sous couvert d’anonymat, qualifie cette décision de « dommageable ». Il ajoute qu’elle pourrait « affaiblir les efforts pour construire le soutien public aux activités de l’OTAN » et à l’augmentation des dépenses de défense.

Regardez le vocabulaire : pas de « catastrophe », pas de « trahison », pas d’« abandon ». Non. « Très dommageable ». Comme si on parlait d’une mauvaise communication. D’un petit accroc. D’une erreur mineure.

Mais derrière ces mots polis se cache une réalité brutale. Ce diplomate sait exactement ce que signifie cette relégation. Il sait que l’Ukraine va le prendre comme un coup de poignard. Il sait que Moscou va y voir un signal de faiblesse. Il sait que les citoyens européens vont se demander pourquoi on dépense des milliards pour soutenir un pays qu’on ne daigne même pas inviter à nos réunions.

Mais il ne peut pas le dire ouvertement. Parce que dans le monde diplomatique, la franchise est un luxe qu’on ne peut pas se permettre. Alors on dit « très dommageable ». Et on espère que les gens comprendront entre les lignes.

Il y a quelque chose de profondément obscène dans ce langage aseptisé. Dans cette manière de décrire un abandon comme un simple « dommage ». Comme si on parlait d’un budget dépassé ou d’un retard logistique. Pas de centaines de milliers de morts. Pas d’un pays qui se bat pour sa survie. Pas de soldats qui croient encore que l’Occident tient ses promesses. Non. Juste « très dommageable ». Deux mots pour ne rien dire. Deux mots pour tout cacher.

Sources

Sources primaires

US reportedly presses allies to block Ukraine from full participation at NATO summit — The Kyiv Independent, 19 février 2025. Article basé sur quatre sources diplomatiques de l’OTAN confirmant la pression américaine pour limiter la participation de l’Ukraine au sommet d’Ankara.

US presses NATO for major reset, ending mission in Iraq — Politico Europe, février 2025. Analyse détaillée de la stratégie américaine de redéfinition du rôle de l’OTAN sous l’administration Trump.

Sources secondaires

US reportedly presses allies to block Ukraine from full participation at NATO summit — Yahoo News, reprise de l’article du Kyiv Independent avec contexte additionnel sur les implications diplomatiques.

Summit Shows NATO’s Limited Relevance to Ukraine (Part Two) — Jamestown Foundation, analyse experte sur l’évolution des relations OTAN-Ukraine depuis 2022.

NATO enlargement: Ukraine — House of Commons Library, document de recherche parlementaire britannique sur l’historique des discussions concernant l’adhésion potentielle de l’Ukraine à l’OTAN.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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