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BILLET : 700 000 fantômes — Comment Moscou fabrique ses morts pour effacer les siens
Crédit: Adobe Stock

Pourquoi Sohu, pourquoi la Chine

On pourrait se demander : pourquoi passer par une plateforme chinoise ? Pourquoi ne pas diffuser directement par les canaux habituels de la propagande russeRT, Sputnik, les chaînes Telegram officiellement liées à l’appareil d’État russe ? La réponse est dans la question elle-même. Ces canaux sont identifiés, filtrés, étiquetés dans de nombreux pays comme des outils de désinformation institutionnalisée. Leur crédibilité, dans les pays ciblés par la guerre de l’information, est proche de zéro. Un contenu estampillé RT est ignoré ou traité avec un scepticisme réflexe dans la majorité des démocraties occidentales.

Mais Sohu, c’est autre chose. C’est une plateforme légitime, massive, utilisée quotidiennement par des centaines de millions d’internautes chinois. Un contenu qui y circule peut être présenté comme un « regard chinois indépendant », une « source asiatique extérieure au conflit », une perspective non contaminée par les biais occidentaux. C’est exactement l’angle exploité par les relais russes : « Même les Chinois le disent. » Cette opération d’influence ne vise pas uniquement l’Ukraine. Elle cible en priorité l’espace informationnel chinois, dans un contexte géopolitique où Pékin maintient des relations économiques et diplomatiques avec Moscou tout en évitant un alignement officiel trop visible. Alimenter le narratif d’une Ukraine en déroute dans cet espace, c’est préparer le terrain à une normalisation de sa défaite aux yeux d’un milliard de personnes.

Le choix de la Chine n’est pas un détail de logistique opérationnelle. C’est une décision stratégique qui dit tout sur là où Moscou cherche désormais à remporter la guerre — pas sur le front de Zaporijjia, mais dans les fils d’actualité de Shanghai et de Chengdu.

La chaîne de transmission du mensonge

Une fois le contenu posté sur Sohu par le compte anonyme, la machine s’est mise en marche avec une célérité troublante. Des médias régionaux russes, dont rznonline.ru, ont immédiatement relayé l’information en citant expressément la source chinoise — lui conférant ainsi un vernis d’objectivité géographique. Des canaux Telegram prorusses ont amplifié le message, y ajoutant des couches de commentaires, des pseudo-analyses, parfois des chiffres encore plus gonflés. La structure est celle d’une campagne de désinformation coordonnée classique : une source opaque crée le contenu, des relais identifiés le propagent, les algorithmes de partage font le reste.

Ce qui rend cette mécanique particulièrement insidieuse, c’est sa plausible deniability — cette capacité calculée à nier toute responsabilité directe. Moscou n’a rien « publié ». Moscou a simplement « relayé » ce qu’un blogueur chinois aurait « constaté de l’extérieur ». La propagande russe s’est longtemps perfectionnée dans cet art du déni structurel : ne jamais être l’auteur visible du mensonge, toujours apparaître comme l’amplificateur innocent d’une information venue d’ailleurs. C’est une technique documentée par les chercheurs en guerre de l’information depuis des années. Elle reste d’une efficacité redoutable.

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Ce billet est une réaction éditoriale directe à une opération de désinformation documentée et vérifiée par l’agence ukrainienne Ukrinform le 11 février 2026. Le positionnement de l’auteur est celui d’un observateur engagé de la guerre russo-ukrainienne depuis le début de l’invasion à grande échelle, avec une attention particulière portée aux mécanismes de la propagande et de la guerre de l’information. L’auteur ne revendique pas la neutralité sur la question de la désinformation d’État — mentir sur des soldats morts ne constitue pas un débat où toutes les positions méritent un traitement équivalent.

Méthodologie et sources

Les informations factuelles de ce billet s’appuient sur le fact-check publié par Ukrinform le 11 février 2026, sur les déclarations officielles du Président Zelensky concernant les pertes ukrainiennes confirmées, sur les rapports de Reporters Sans Frontières concernant l’amplification de la désinformation russe par les médias chinois, et sur la documentation de Viginum sur les stratégies de désinformation russes publiée en mars 2025. Aucun chiffre n’a été inventé ou extrapolé. Les affirmations attribuées à la propagande russe sont explicitement présentées comme telles.

Nature de l’analyse

Ce texte est un billet d’opinion engagé, pas un reportage factuel neutre. Il s’appuie sur des faits vérifiés et croisés, mais son ton et son intention sont explicitement éditoriaux et assumés comme tels. L’auteur invite le lecteur à consulter les sources primaires listées ci-dessous pour former son propre jugement sur les faits décrits et sur les mécanismes de désinformation documentés.

Sources

Sources primaires

Ukrinform — China-linked fake: Kremlin pushes false claim of « 700,000 Ukrainian losses » — 11 février 2026

Ukrinform — Zelensky nomme les pertes officielles de l’Ukraine dans la guerre — 2026

Centre ukrainien de Contre-désinformation — Démenti du faux de 400 000 soldats tués — 2023

Sources secondaires

Reporters Sans Frontières — Beware of China’s amplification of Russian propaganda — 2022

Vie Publique — Guerre en Ukraine : les stratégies de désinformation russes par Viginum — Mars 2025

Ministère des Armées — Six mois de désinformation russe à l’encontre de la France — Septembre 2025

Vie Publique — Campagnes de désinformation russes et chinoises en Europe — Avril 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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