Le problème avec quelqu’un qui refuse de jouer le jeu
Volodymyr Zelensky a un défaut impardonnable aux yeux des capitales occidentales : il dit la vérité. Pas la vérité diplomatique, celle qu’on enrobe dans du vocabulaire institutionnel pour qu’elle ne blesse personne qui compte. La vérité brute. Celle qui pointe du doigt l’inaction de l’Europe. Celle qui nomme le confort de Washington. Celle qui rappelle, semaine après semaine, que pendant que des soldats ukrainiens meurent dans les tranchées du Donbass, des hommes en costume discutent de leur sort autour d’une table en acajou en sirotant un café.
Ce genre d’homme-là, les puissants ne savent pas quoi en faire. Il ne rentre pas dans les cases. Il n’accepte pas les compromis honteux avec le sourire reconnaissant qu’on attend de lui. Il ne remercie pas pour les miettes. Et ça, c’est insupportable pour ceux qui sont habitués à être remerciés. Alors on cherche une façon propre de tourner la page. Les élections, dans ce contexte, c’est l’outil parfait. Démocratique en apparence. Mortifère dans ses effets.
Critiquer l’inaction de ceux qui vous regardent mourir depuis un salon confortable, ce n’est pas de l’ingratitude. C’est de la lucidité.
Le costume et le mépris
On a même osé lui reprocher son absence de costume. Des dirigeants du monde entier — certains dont les pays ont plus de scandales de corruption que de bataillons déployés — ont murmuré dans les couloirs que Zelensky manquait de decorum. Que sa tenue militaire dans les palais présidentiels était un manque de respect. Comme si l’habit faisait le chef. Comme si un veston trois-pièces conférait plus de légitimité morale que quatre ans de résistance à l’invasion russe. C’est ce genre de détail qui révèle tout sur la profondeur réelle de l’engagement occidental.
Et pourtant, cet homme sans cravate a traversé plus d’épreuves en quatre ans que la plupart de ses critiques en une vie entière. Il est resté à Kyiv quand les autres lui conseillaient de fuir. Il a incarné, physiquement, la résistance d’un peuple. On peut ne pas être d’accord avec toutes ses décisions. C’est normal, c’est la démocratie. Mais lui reprocher sa veste, c’est mesquin. C’est même révélateur d’un mépris de classe qui ne dit pas son nom.
Le grand défilé — Zelensky passé comme un chapeau pour la dîme
Les visites officielles et le théâtre de la solidarité
Il y a un rituel qui s’est répété des dizaines de fois depuis le 24 février 2022. Un avion décolle de Kyiv. Zelensky atterrit à Paris, à Berlin, à Washington, à Londres. Il y a des photos. Il y a des poignées de main solennelles devant des drapeaux bien alignés. Il y a des déclarations lues depuis des lutins où les mots « solidarité », « soutien indéfectible » et « aussi longtemps qu’il le faudra » reviennent comme un mantra.
Et puis l’avion repart. Et on attend. Et les promesses arrivent avec six mois de retard, amputées, conditionnées, assorties de clauses qui restreignent leur usage pour ne pas provoquer Moscou. Comme si ne pas provoquer un agresseur en pleine invasion était une stratégie et non une capitulation déguisée. Ces visites ont moins servi à renforcer l’Ukraine qu’à permettre aux dirigeants occidentaux de montrer à leur électorat qu’ils « faisaient quelque chose ». Le chapeau qui passe à la ronde. La dîme pour l’Ukraine. Assez pour ne pas avoir mauvaise conscience. Trop peu pour changer quoi que ce soit sur le terrain.
La solidarité qui ne coûte rien ne vaut pas grand-chose à ceux pour qui elle est censée tout changer.
Genève, les sommets, et le bruit des porcelaines qui s’entrechoquent
Les pourparlers de Genève de cette semaine l’ont encore démontré. Des progrès militaires, dit-on. Une impasse politique, admet-on. La formule est belle. Elle donne l’impression que les choses avancent. En réalité, elle signifie que les négociations continuent à tourner en rond pendant que les drones russes continuent de frapper. Pendant que des familles continuent de dormir dans des caves. Pendant que des soldats continuent de mourir pour chaque mètre de terre ukrainienne que d’autres, bien au chaud, envisagent tranquillement de concéder.
Il y a quelque chose de profondément indécent dans cette géopolitique de salon. On parle des territoires de l’Ukraine comme d’une monnaie d’échange. On dispose de la Crimée, du Donbass, de Zaporizhzhia, de Kherson, comme si ces noms étaient des cases sur un tableau Excel et non des endroits où des êtres humains ont vécu, aimé, élevé des enfants. Des endroits qui ont une âme. Des endroits qui ont un drapeau.
La paix honteuse — ce que Washington ose proposer
Effacer les morts d’un trait de plume diplomatique
Appelons les choses par leur nom. Ce que Washington pousse en ce moment, avec l’appui discret de plusieurs capitales européennes, c’est une paix honteuse. Une paix qui demanderait à l’Ukraine de céder des territoires qu’elle n’a pas perdus militairement. Des territoires que la Russie occupe par la force, contre tout droit international, contre toute logique humaine. Et on voudrait que Zelensky signe ça ? On voudrait qu’il mette son nom au bas d’un document qui dirait, en substance : tous ceux qui sont morts, tous ceux qui ont été blessés, tous ceux qui ont perdu une jambe, un oeil, une famille — c’était pour rien ?
Non. Ce n’est pas une paix. C’est une reddition emballée dans du papier cadeau diplomatique. Et le plus révoltant, c’est que ceux qui la proposent ne paient pas le prix. Washington ne perd aucun territoire. Bruxelles ne perd aucun soldat. Ce sont les Ukrainiens qui paieraient. Eux seuls. Encore. Toujours.
Une paix qui demande aux victimes de récompenser l’agresseur n’est pas une paix. C’est une seconde invasion par d’autres moyens.
Les sacrifices qu’on voudrait effacer d’un accord
Pensez à lui. À celui dont je ne connais pas le nom mais dont l’existence est réelle. Le soldat ukrainien qui a défendu Bakhmut pendant des mois, qui a résisté à chaque assaut, qui a vu ses camarades tomber un à un, et qui a lui-même perdu deux doigts lors d’un bombardement. Il a survécu. Il vit quelque part en Ukraine aujourd’hui, peut-être dans un appartement trop petit, peut-être avec des cauchemars qu’il n’arrive pas à nommer. Et voilà qu’on lui annonce que les territoires pour lesquels il s’est battu, pour lesquels une partie de son corps est restée dans la boue, vont être cédés à celui qui les a pris par la force.
Combien de fois va-t-on lui demander de se sacrifier ? Combien de fois va-t-on lui expliquer que son sacrifice comptait, avant de signer quelque chose qui prouve le contraire ? C’est ça, la réalité derrière les grands mots de la diplomatie internationale. C’est ça qu’on efface quand on parle de « compromis territoriaux » dans des bureaux feutrés.
L'Europe et ses prêts — la générosité à crédit d'un continent sans colonne vertébrale
Aider un pays en guerre avec une facture à payer plus tard
Il faut avoir un certain aplomb pour proposer des prêts à un pays en guerre. Pas des dons. Des prêts. Avec des conditions. Avec des intérêts, peut-être. Avec des clauses de remboursement qui s’appliqueront à un pays qui devra se reconstruire de fond en comble si jamais la paix arrive un jour. L’Europe a trouvé un moyen remarquable de se donner bonne conscience tout en s’assurant un retour sur investissement. Voilà qui dit beaucoup sur la nature réelle de cette « solidarité ».
L’Ukraine combat la Russie depuis pratiquement vingt ans si l’on compte honnêtement. La guerre de faible intensité dans le Donbass depuis 2014. La prise de la Crimée la même année. Et depuis le 24 février 2022, une invasion totale, massive, brutale. Un pays qui subit ça n’a pas besoin de créanciers. Il a besoin d’alliés. Il y a une différence fondamentale entre les deux, et l’Europe semble avoir décidé de l’ignorer.
Quand on donne à crédit à quelqu’un qui se noie, on ne l’aide pas à nager. On calcule ce qu’il nous devra si jamais il survit.
Le précédent qui aurait dû tout changer
En 2008, la Russie envahissait la Géorgie. L’OTAN avait, là aussi, promis une éventuelle intégration à Tbilissi. Des mots. Des perspectives. Des horizons. Et quand les chars russes ont franchi les frontières géorgiennes, l’OTAN a regardé. Et condamné verbalement. Et rien d’autre. L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud sont toujours sous contrôle russe aujourd’hui. Le précédent était posé, noir sur blanc, pour qui voulait le voir. Les promesses de l’Alliance atlantique envers les pays de l’ancien bloc soviétique valent ce que valent les vœux de bonne année : beaucoup dans l’instant, presque rien dans la durée.
L’Ukraine a vu ce qui est arrivé à la Géorgie. Et elle a quand même espéré faire confiance. Parce que quand on est face à la Russie, on n’a pas le luxe de se méfier de tout le monde en même temps. On espère. On croit aux paroles données. Et puis les chars arrivent, et les paroles se révèlent n’avoir jamais pesé très lourd dans la balance réelle du monde.
L'OTAN, la parole donnée, et le silence comme réponse
La trahison qu’on n’appellera jamais par son nom
Le Mémorandum de Budapest de 1994 n’est pas un texte obscur. L’Ukraine avait accepté de renoncer à son arsenal nucléaire — le troisième plus important du monde à l’époque — en échange de garanties de sécurité de la part des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie. Des garanties. Pas une vague promesse de bar. Un accord officiel, signé, historique. Et quand la Russie a violé la souveraineté ukrainienne en 2014, puis en 2022, les garants du mémorandum ont sorti leur dictionnaire diplomatique pour expliquer que les « garanties » n’étaient pas des « obligations légalement contraignantes ». Que les mots ne voulaient pas dire ce qu’ils semblaient dire.
Traduction : l’Ukraine a rendu ses armes nucléaires en échange d’une promesse creuse. Et aujourd’hui, personne n’assume ce qu’a coûté cette promesse. Il faut avoir une capacité particulière à vivre avec soi-même pour défendre ce genre de position. Les dirigeants occidentaux l’ont, apparemment.
Promettre la protection à quelqu’un pour lui reprendre ses armes, puis regarder ailleurs quand l’ennemi arrive — il y a un mot pour ça. Ce n’est pas de la diplomatie.
Les actes plus silencieux que les discours ne l’ont jamais été
Les mots ont coulé à flots depuis quatre ans. « Aussi longtemps qu’il le faudra. » « Nous sommes avec vous. » « L’Ukraine ne tombera pas. » Ces phrases ont été prononcées dans des dizaines de langues, depuis des dizaines de tribunes. Et pourtant, les actes ont toujours eu un tempo différent. Des armes promises avec six mois de retard. Des systèmes de défense anti-aérienne livrés en sous-quantité. Des lignes rouges tracées autour des capacités offensives ukrainiennes pour ne pas « escalader ». On protège le droit de l’Ukraine à survivre, mais pas son droit à gagner. Nuance fondamentale.
Et pendant ce temps, les soldats sur le front n’ont pas eu le luxe d’attendre que la politique internationale trouve son rythme. Eux, ils font avec ce qu’ils ont. Aujourd’hui. Maintenant. Dans le froid, dans la boue, avec l’équipement disponible et la conviction que quelque chose vaut la peine d’être défendu.
La puissance américaine et le choix délibéré de ne pas s'en servir
Quand on est le plus fort du monde et qu’on choisit quand même l’inaction
Les chiffres existent. Ils sont vérifiables. Les États-Unis représentent entre 37 et 43 % des dépenses militaires mondiales totales selon les années analysées. La Russie tourne entre 5 et 7 %. L’économie américaine est environ vingt-quatre fois plus grande que l’économie russe. La technologie militaire américaine n’a pas d’équivalent sur la planète. Quand on dit que les États-Unis sont la superpuissance mondiale, ce ne sont pas des mots — c’est une réalité arithmétique, documentée, incontestable.
Alors, avec tout ça, un seul geste américain ferme et décisif — pas des armes à compte-gouttes, pas de l’aide conditionnelle, une vraie prise de position sans ambiguïté sur le droit de l’Ukraine à se défendre pleinement — aurait changé l’équation. Aurait peut-être même évité quatre ans de carnage. La Russie sait calculer les rapports de force. Elle sait quand l’adversaire est sérieux et quand il joue. Et depuis quatre ans, elle a compris que l’Occident joue.
Avoir la puissance de tout arrêter et choisir de ne pas l’utiliser, c’est aussi une décision. Et cette décision a un coût humain que d’autres paient à votre place.
Les mille raisons de ne rien faire
Les justifications ne manquent pas. On ne veut pas escalader. On ne veut pas confronter directement la Russie. On ne veut pas déclencher quelque chose d’incontrôlable. Ce sont des arguments sérieux, et ce serait malhonnête de les balayer complètement. La guerre nucléaire est une réalité dont il faut tenir compte. Mais il y a un point où la prudence devient de la lâcheté habillée en sagesse. Et ce point, l’Occident l’a dépassé. Plusieurs fois. La prudence n’aurait pas empêché de livrer les munitions à temps. La prudence n’aurait pas interdit de prendre la parole fermement dès 2014. La prudence n’aurait pas justifié de priver l’Ukraine de systèmes d’armes décisifs pendant des mois pour ensuite les livrer quand la fenêtre d’opportunité s’était en partie refermée.
Ce ne sont pas des choix de la prudence. Ce sont des choix de la commodité. Il était plus simple de gérer l’opinion publique interne, de ne pas froisser certains alliés, de maintenir des canaux ouverts avec Moscou. Et l’Ukraine a payé cette commodité en vies humaines.
Plus de compréhension pour Poutine que pour ses victimes
Quand la victime est jugée plus sévèrement que l’agresseur
Il y a un phénomène qui mérite d’être nommé clairement parce qu’il est devenu trop visible pour être ignoré. Dans certaines chancelleries, dans certains cercles politiques, dans certains commentaires d’experts, on a trouvé plus d’explications nuancées au comportement de Poutine qu’aux réactions de l’Ukraine. On a analysé ses « préoccupations légitimes de sécurité ». On a évoqué « l’expansion de l’OTAN » comme si elle justifiait l’invasion d’un pays souverain. On a cherché à « comprendre » ses motivations avec une générosité analytique qu’on n’a jamais vraiment étendue aux Ukrainiens qui vivent sous ses bombes.
Et pourtant, qu’est-ce que cette guerre défend, du côté russe ? Aucune grande idée. Aucun principe universel. Aucune libération. Juste la volonté d’un homme de reconstituer un empire en effaçant l’identité d’un peuple qui a choisi une autre voie. Ce n’est pas une guerre de principes. Ce n’est pas une guerre d’idées. C’est une invasion. Inutile. Violente. Et profondément vide de toute justification morale.
Comprendre un agresseur n’est pas une vertu intellectuelle quand cette compréhension se fait au détriment de ses victimes.
Le monde à l’envers — quand la diplomatie confond bourreau et victime
On a demandé à l’Ukraine de ne pas frapper certaines cibles russes pour ne pas « provoquer ». On a demandé à l’Ukraine d’accepter des conditions de cessez-le-feu qui la diminuent. On a demandé à l’Ukraine d’organiser des élections dans des conditions impossibles. On a demandé à l’Ukraine, en somme, d’être raisonnable face à quelqu’un qui ne l’est pas. D’être prévisible face à quelqu’un qui joue sur l’imprévisibilité. D’être démocratique face à quelqu’un dont l’État est une machine à broyer l’opposition.
Personne n’a demandé à la Russie d’être raisonnable au même titre. Personne n’a posé comme condition préalable aux négociations le retrait russe des territoires occupés. Personne n’a exigé, fermement et sans ambiguïté, que Moscou réponde de ses crimes devant la justice internationale avant que l’on s’assoie à une table. Les asymétries de ce qu’on attend de chaque partie en disent plus long que tous les discours officiels.
Le courage ukrainien — la seule grande classe de cette histoire
Bientôt quatre ans debout quand le monde regarde de côté
Il faut revenir à l’essentiel. À ce qui est réel, concret, incontestable. Depuis le 24 février 2022, le peuple ukrainien résiste. Pas de façon abstraite. De façon physique, quotidienne, épuisante, sans garantie du lendemain. Des hommes et des femmes qui n’avaient jamais imaginé devenir soldats et qui le sont devenus par nécessité. Des civils qui continuent à vivre, à travailler, à élever des enfants dans des villes que les bombardements russes frappent encore. Des médecins qui opèrent dans des hôpitaux qui ont connu les coupures de courant. Des enseignants qui font cours dans des abris.
Ce courage ukrainien n’est pas une métaphore. Ce n’est pas une figure rhétorique qu’on sort pour le discours. C’est une réalité documentée, vécue, incarnée dans chaque visage de ceux qui tiennent. Et cette résistance, ils la mènent sans l’appui qu’ils auraient été en droit d’attendre de ceux qui avaient promis de se tenir à leurs côtés.
Il y a dans la résistance ukrainienne une dignité que les capitales qui la regardent de loin n’ont pas méritée d’observer.
Le seul « grand principe » qui tient debout dans cette guerre
Du côté russe, on cherche en vain une grande cause. Un idéal qui transcende l’intérêt immédiat. Une vision du monde qui ferait sens en dehors des bureaux du Kremlin. Il n’y en a pas. Poutine n’a pas de cause universelle à offrir à ses soldats, sinon la restauration d’une grandeur impériale qu’il est le seul à voir clairement dans ses rêves nocturnes. Côté ukrainien, en revanche, la cause est simple, limpide, humaine : le droit d’exister. Le droit de choisir son avenir. Le droit de ne pas être effacé. C’est peut-être la cause la plus fondamentale qui soit. Et ce sont les Ukrainiens qui la portent, seuls ou presque, depuis trop longtemps.
Quand on me demande de quel côté de l’histoire on se souviendra avoir été, dans cinquante ans, je n’ai aucun doute sur la réponse. Les Ukrainiens auront été du côté du courage. Ceux qui les ont regardés mourir en comptant leurs pièces auront à expliquer pourquoi ils ont attendu si longtemps, si jamais quelqu’un daigne encore les écouter.
La démocratie ne se décrète pas depuis un salon confortable
Dix pour cent — et la leçon qu’on refuse d’apprendre
Revenons au point de départ. Dix pour cent. Une société qui se bat pour sa survie, qui comprend mieux que quiconque la différence entre le rituel démocratique et la légitimité démocratique réelle, dit non à des élections en temps de guerre à 90 %. Ce n’est pas de la peur du vote. Ce n’est pas de l’autoritarisme déguisé. C’est de la lucidité. Celle de gens qui savent que des millions des leurs ne peuvent pas voter — parce qu’ils sont au front, parce qu’ils sont réfugiés, parce que leur ville est occupée, parce que leur immeuble est des décombres.
La Constitution ukrainienne est claire là-dessus. La loi est claire. Et la société ukrainienne est claire. Ceux qui insistent pour des élections malgré ces trois réalités convergentes n’agissent pas dans l’intérêt de l’Ukraine. Ils agissent dans leur intérêt propre — politique, diplomatique ou stratégique. Ce n’est pas la même chose. Et continuer à les confondre est une forme d’insulte à l’intelligence de ceux qui subissent les conséquences de ces décisions.
La démocratie n’est pas un spectacle qu’on organise pour rassurer ses alliés. C’est un droit qui se défend dans des conditions qui permettent son exercice réel.
Ce que la pression électorale dit vraiment de l’état du monde
Si l’on prend du recul, la pression sur l’Ukraine pour organiser des élections en temps de guerre dit quelque chose de profond et d’assez sombre sur l’état de la politique internationale en 2026. Elle dit que les puissances occidentales ont épuisé leur volonté réelle de soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire, et qu’elles cherchent maintenant une sortie convenable. Elle dit qu’elles veulent un interlocuteur plus accommodant pour négocier la paix honteuse qu’elles ont déjà rédigée dans leurs têtes. Elle dit que le peuple ukrainien, ses morts, ses sacrifices, ses espoirs — tout ça finit par peser moins lourd que l’agenda politique de ceux qui n’ont rien perdu dans cette guerre.
L’Ukraine mérite mieux. Elle mérite des alliés à la hauteur de son courage. Des partenaires qui tiennent leur parole. Des voisins qui comprennent qu’une paix durable ne se construit pas sur l’abandon des principes, mais sur leur défense ferme et cohérente. Elle mérite une victoire juste — ou à tout le moins, un soutien honnête dans la poursuite de cette victoire. Ce qu’elle reçoit n’est ni l’un ni l’autre. Et c’est ça, le vrai scandale de cette guerre. Pas les bombes russes. Pas seulement. Mais aussi le bruit sourd et répétitif des portes qui se ferment dans les capitales qui avaient dit qu’elles resteraient ouvertes.
Ce qu'il reste quand on a tout dit
La question qui hante chaque matin depuis quatre ans
Je me pose cette question régulièrement, depuis que je suis l’Ukraine de près. Une question simple, embarrassante dans sa simplicité : si les rôles étaient inversés — si c’était un pays d’Europe de l’Ouest qui subissait cette invasion, si c’était Paris ou Berlin qu’on bombardait, si c’était un peuple de langue familière aux oreilles de Washington qui mourait — est-ce qu’on aurait attendu quatre ans ? Est-ce qu’on aurait compté les munitions à livrer ? Est-ce qu’on aurait proposé des prêts plutôt que des dons ? Est-ce qu’on aurait parlé de partager le territoire avec l’envahisseur comme d’une option raisonnable ?
La réponse, on la connaît tous. Et elle est inconfortable. Alors on préfère ne pas la prononcer à voix haute. On préfère parler d’élections. De processus. De légitimité institutionnelle. Et pendant ce temps, à l’est de l’Europe, un peuple continue de se battre. Sans costume. Sans filet. Avec la conviction, de plus en plus solitaire, que ce qu’il défend vaut encore la peine.
Il suffit parfois de poser la bonne question pour voir clairement ce que tous les discours officiels ont soigneusement brouillé depuis le début.
Ils tiennent. Et c’est tout ce qu’on peut leur concéder de grand
Bientôt quatre ans. Des tranchées. Des drones. Des villes reconstruites et rebombardées. Des orphelins. Des réfugiés. Des soldats qui rentrent en morceaux ou pas du tout. Et malgré tout ça — malgré la trahison des alliés, malgré les promesses vides, malgré la pression internationale pour une paix qu’ils n’ont pas choisie — les Ukrainiens tiennent debout. Pas tous, évidemment. Pas sans fissures. Pas sans épuisement, sans doute, sans lassitude profonde. Mais ils tiennent. Et dans ce monde où tant d’acteurs puissants ont fait le choix de la commodité, cette résistance-là est la seule chose qui mérite encore, vraiment, d’être appelée par un grand mot.
Les élections pourront attendre que les conditions permettent leur tenue dans la dignité. Ce que l’Ukraine ne peut pas attendre, c’est que le monde se réveille et comprenne que laisser un peuple mourir seul pour éviter de se compromettre n’a jamais été, et ne sera jamais, de la sagesse. C’est de la lâcheté. Et les lâchetés, tôt ou tard, coûtent plus cher que les courages qu’on n’a pas eus.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce billet reflète ma position personnelle sur la situation en Ukraine et sur la réponse internationale à cette guerre. Je couvre ce conflit de façon intensive depuis le 24 février 2022 et j’assume pleinement le caractère partial de ce texte — parce que face à une invasion, la neutralité absolue est elle-même un choix politique. Je n’ai aucun intérêt financier lié à l’une ou l’autre des parties impliquées dans ce conflit.
Méthodologie et sources
Les données sur les dépenses militaires américaines et russes proviennent des rapports annuels du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). Les chiffres sur l’opinion ukrainienne proviennent du sondage du Kyiv International Institute of Sociology publié en février 2026. Les informations sur les pourparlers de Genève et la position de Zelensky sur les élections sont issues de sources journalistiques primaires citées en référence.
Nature de l’analyse
Ce texte est un billet d’opinion. Il ne prétend pas à l’objectivité journalistique classique. Il défend un point de vue, celui d’un observateur qui croit que le soutien à l’Ukraine aurait dû être plus ferme, plus rapide et plus cohérent avec les engagements formels pris par les puissances occidentales. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour former sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Euromaidan Press — Zelenskyy: May elections impossible — 12 février 2026
Euromaidan Press — Geneva talks yield military progress but political deadlock — 18 février 2026
Sources secondaires
Financial Times — Reporting sur les élections ukrainiennes — 2026
AP News — Ukraine war: Zaluzhnyi and Zelenskyy — 2026
Euromaidan Press — Kyiv signals election readiness while 59% say wait — 11 février 2026
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