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CHRONIQUE : L’Ukraine frappe au cœur de la Russie — une usine militaire en Oudmourtie réduite au silence
Crédit: Adobe Stock

Quand la distance devient une arme

Pour comprendre ce que représente cette frappe en Oudmourtie, il faut visualiser la distance. Posez un doigt sur Kiev sur une carte de l’Europe de l’Est. Maintenant glissez ce doigt vers l’est. Traversez l’Ukraine dévastée, passez la frontière russe, continuez encore. Traversez les oblasts de Belgorod, de Lipetsk, de Tatarstan. Continuez encore. Ce n’est qu’alors, dans les étendues profondes de la Russie, que vous trouvez l’Oudmourtie. Plus de 1 700 kilomètres de vol de missile. Un trajet que peu de systèmes d’armes que possède l’Ukraine peuvent accomplir.

Cette frappe soulève immédiatement une question technique que les experts en armement se posent déjà : quel missile a été utilisé? L’Ukraine ne possède pas une vaste gamme de systèmes capables d’atteindre une telle profondeur stratégique. Les missiles de croisière Storm Shadow fournis par le Royaume-Uni et les SCALP-EG français ont une portée d’environ 250 à 560 kilomètres. Les ATACMS américains peuvent atteindre 300 kilomètres. Cela signifie que si cette frappe a bien eu lieu en Oudmourtie, l’Ukraine a peut-être utilisé ses propres missiles de développement national, comme le Palianytsia ou d’autres systèmes dont les caractéristiques complètes n’ont jamais été publiées. Ce serait une révélation technologique majeure, doublée d’une révélation stratégique : Kiev frappe désormais où Moscou ne l’attendait pas.

La portée d’un missile n’est pas seulement une mesure en kilomètres. C’est une mesure de volonté. Et cette volonté-là, la Russie commence à la sentir dans ses entrailles.

Le message envoyé à Moscou, et à l’Occident

Cette opération s’adresse à deux publics simultanément, et c’est là tout son génie tactique. Au Kremlin d’abord : la profondeur stratégique dans laquelle Poutine avait placé son espoir, ce territoire immense qui devait absorber les coups sans jamais les recevoir, n’est plus un bouclier. Les usines militaires dispersées aux quatre coins de la Russie ne sont plus hors de portée. Cela oblige l’état-major russe à repenser ses calculs de protection, à disperser ses ressources de défense antiaérienne, à protéger non seulement le front mais l’arrière profond. Chaque soldat, chaque système Pantsir ou S-400 déployé pour protéger une usine à 1 700 kilomètres du front est un système qui ne défend pas les colonnes en Ukraine.

À l’Occident ensuite : l’Ukraine envoie un signal à ses partenaires occidentaux qui hésitent encore, qui mesurent, qui calibrent leurs livraisons d’armes en fonction de lignes rouges imaginaires. Ce signal dit : nous avons la capacité, nous avons la détermination, donnez-nous les moyens et nous utiliserons chaque outil avec précision. Ce n’est pas une demande. C’est une démonstration. L’Ukraine ne mendie pas l’aide occidentale. Elle prouve qu’elle en est digne, et qu’elle saura l’amplifier de manière stratégique. Ce coup porté en Oudmourtie est aussi un argument budgétaire et politique destiné aux capitales européennes et à Washington.

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