Michigan, l’État qui a dit non
Et c’est exactement ce qui s’est passé. À Dearborn, les résultats de l’élection générale sont un séisme. Trump a obtenu 42 % des voix, Harris seulement 36 %, et la candidate du Parti vert, Jill Stein, a capté un stupéfiant 18 %. Comparons : en 2020, Biden avait battu Trump à Dearborn par plus de 17 400 voix. En 2024, Harris a perdu cette ville par plus de 2 600 voix. C’est un basculement de plus de 20 000 voix dans une seule ville.
Vingt mille voix. Ce n’est pas un glissement. C’est un exode. Quand une communauté entière vous tourne le dos, ce n’est pas de l’ingratitude — c’est un verdict. Les électeurs arabo-américains de Dearborn n’ont pas abandonné le Parti démocrate par caprice. Ils l’ont abandonné parce que le Parti démocrate avait d’abord abandonné leurs familles sous les bombes.
Le vote musulman, un désaveu historique
Les données du CAIR — le Council on American-Islamic Relations — dessinent un portrait encore plus saisissant. Leur sondage de sortie des urnes, réalisé auprès de 1 575 électeurs musulmans vérifiés, révèle un effondrement sans précédent. Jill Stein a obtenu 53 % du vote musulman national. Donald Trump, 21 %. Et Kamala Harris, troisième avec 20 %. Troisième. La candidate du parti qui, historiquement, représentait le choix naturel des musulmans américains, est arrivée derrière Donald Trump.
Au Michigan spécifiquement, les résultats sont encore plus dévastateurs. Sur 502 électeurs musulmans sondés, Stein a obtenu 59 %, Trump 22 %, et Harris un maigre 14 %. Pour mettre cela en perspective : en 2020, 59 % des Arabo-Américains avaient voté pour Biden. En 2024, ce chiffre est tombé à 41 % pour Harris au niveau national, tandis que 42 % sont passés chez Trump. Un effondrement de 18 points en quatre ans. Ce n’est pas une érosion. C’est un rejet.
1,5 milliard pour perdre : l'argent ne lave pas le sang
La campagne la plus chère de l’histoire américaine
La campagne de Kamala Harris a englouti 1,5 milliard de dollars en 107 jours. C’est un chiffre qui donne le vertige. 7,5 millions de dollars par jour en août. 152 millions en publicité rien qu’en septembre — plus du double des 63 millions dépensés par Trump. 56,6 millions en masse salariale, contre 9 millions pour le camp républicain. Plus de 15 millions en production d’événements. 1 million pour Harpo Productions d’Oprah Winfrey. Et au bout du compte, une dette de 20 millions de dollars et une défaite cinglante.
Un milliard et demi de dollars. Avec cette somme, on aurait pu financer des milliers d’écoles, des centaines d’hôpitaux. Mais dans l’Amérique de 2024, cet argent a servi à acheter des spots publicitaires, payer des consultants et organiser des galas avec des célébrités. Pendant ce temps, à Gaza, des enfants mourraient sous des bombes américaines. L’ironie est suffocante : l’argent qui devait acheter la victoire n’a pas pu acheter le silence d’une communauté en deuil.
Quand les célébrités ne suffisent plus
La stratégie de la campagne Harris s’est appuyée sur un défilé de célébrités, des concerts gratuits, des événements spectaculaires. Plus de 10 millions de dollars rien que pour les événements de la veille du scrutin. Mais le spectacle ne pouvait pas masquer le vide politique. Quand un électeur arabo-américain de Dearborn voyait Oprah sur scène avec Harris, il voyait aussi les images de Gaza sur son téléphone. Et aucun concert, aucune célébrité, aucun milliard de dollars ne pouvait effacer ces images.
Le mouvement "Uncommitted" : la prophétie ignorée
101 000 voix d’avertissement
Le 27 février 2024, le Michigan a envoyé un message que le Parti démocrate a choisi d’ignorer. 101 000 électeurs démocrates ont voté « uncommitted » dans la primaire présidentielle. Pas pour un adversaire de Biden. Pas pour un candidat de protestation. Pour personne. Ils ont choisi le vide plutôt que le président sortant. Le mouvement Listen to Michigan avait fixé un objectif modeste : 10 000 voix. Ils ont dépassé les 100 000. Plus de 13 % des électeurs démocrates de l’État ont refusé de soutenir leur propre président.
À Dearborn, le vote « uncommitted » a obtenu 56,7 %. À Hamtramck, 61 %. Ces deux villes, foyers de la plus grande concentration d’Arabo-Américains et de musulmans américains du pays, ont rejeté Biden de manière spectaculaire. Et pourtant, la campagne n’a rien changé. Biden est resté en course jusqu’en juillet. Quand Harris a pris le relais, elle a hérité de la même politique, du même positionnement, de la même surdité.
Cent mille personnes ont crié dans le désert. Cent mille électeurs, dans un État qui se gagne parfois par quelques dizaines de milliers de voix, ont dit : « Nous ne pouvons pas cautionner cela. » Le parti a entendu. Le parti a compris. Le parti a continué exactement comme avant. Il y à un mot pour ça. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est du mépris.
De la primaire à l’élection : la même surdité
Le passage de Biden à Harris en juillet 2024 aurait pu être un moment de rupture. Une occasion de recalibrer. De signaler, même discrètement, un changement d’approche sur Gaza. Mais le rapport RootsAction est catégorique : la campagne Harris a échoué à « signaler même un potentiel changement de politique sur Israël et la Palestine ». Pas un virage. Pas une inflexion. Même pas un signal.
Des sondages réalisés dès août 2024 dans les États pivots — Michigan, Wisconsin, Arizona — montraient pourtant que si Harris avait accepté d’appeler à un embargo sur les armes vers Israël, elle aurait gagné plus de voix qu’elle n’en aurait perdu. Les données étaient là. Les analystes le savaient. Les militants le répétaient. Et pourtant, rien n’a changé. La ligne est restée la même : soutien indéfectible à Israël. Indéfectible comme les 2 000 livres de bombes américaines sur les camps de réfugiés de Gaza.
L'est de Dearborn : anatomie d'un basculement
27 points de bascule en quatre ans
Jill Stein, la candidate du Parti vert, a vu son score exploser à Dearborn : de 207 voix en 2020 à plus de 7 600 en 2024. Une multiplication par 37. Parce que Stein a fait ce que Harris n’a jamais voulu faire : elle a placé l’opposition à la guerre de Gaza au centre de sa plateforme. Elle a nommé ce que Harris refusait de nommer. Et les électeurs ont répondu.
De 207 voix à 7 600. Ce n’est pas un score électoral. C’est une lettre de rupture, écrite dans l’isoloir, par des milliers de personnes qui avaient cru au Parti démocrate toute leur vie. Des gens dont les familles votaient démocrate depuis des décennies. Ils n’ont pas quitté le parti. Le parti les a quittés — en signant des chèques de milliards pour des bombes qui tombaient sur leurs cousins, leurs oncles, leurs grands-parents.
Le vote arabo-américain : un retournement historique
Le sondage pré-électoral du CAIR montrait Harris et Stein à égalité statistique chez les électeurs musulmans : 41 % contre 42 %, avec Trump à 10 %. Mais le jour du vote, tout a basculé. Stein : 53 %. Trump : 21 %. Harris : 20 %. Ce n’était pas un vote pour Stein où pour Trump. C’était un vote contre la complicité. Un vote de conscience. Un vote qui disait : « Je ne peux pas fermer les yeux sur un génocide. »
L’Arab American Institute avait documenté la même tendance. En 2020, 59 % des Arabo-Américains avaient voté pour Biden. En 2024, Harris n’en captait plus que 41 %. Et 42 % se sont tournés vers Trump. Un transfert net de 18 points vers le candidat républicain. Pour comprendre à quel point c’est historique, il faut rappeler que les Arabo-Américains formaient un bloc quasi monolithiquement démocrate depuis plus de vingt ans.
Le rapport enterré : qui protège-t-on?
Ken Martin et la promesse trahie
Ken Martin, élu président du DNC en 2025, avait fait de la transparence son cheval de bataille. Il avait ordonné l’autopsie. Promis sa publication. Critiqué ses prédécesseurs pour avoir caché le rapport de 2016. Puis, en décembre 2025, il a fait exactement ce qu’il avait dénoncé. Sa justification : « Notre étoile du Nord, c’est : est-ce que ça nous aide à gagner? Si la réponse est non, c’est une distraction. »
L’étoile du Nord du DNC, c’est de gagner. Pas la justice. Pas la vérité. Pas la dignité humaine. Gagner. Et pour gagner, il faut cacher la preuve que des décisions politiques ont coûté des vies ET des votes. Cette logique est d’une froideur qui coupe le souffle. Elle dit, en substance : nous savons ce qui a causé la défaite, nous savons que c’est lié à des dizaines de milliers de morts, mais nous préférons ne pas en parler parce que c’est inconfortable.
Les consultants dans l’ombre
Et pourtant, le 22 février 2026, les conclusions ont quand même fuité. Par le biais de l’IMEU Policy Project, une organisation pro-palestinienne qui avait eu une réunion à huis clos avec le DNC. Lors de cette rencontre, les responsables du parti ont partagé leurs propres données, reconnaissant que la politique sur Gaza avait été un « net-negative ». Deux autrès assistants seniors de l’IMEU ont confirmé. Axios a vérifié indépendamment que les responsables démocrates travaillant sur l’autopsie partageaient cette conclusion.
Gaza : les chiffres de l'horreur derrière le calcul électoral
Plus de 75 000 morts, et on parle de « net-negative »
Le mot « net-negative » est un terme de consultant. Un terme de sondeur. C’est le vocabulaire de ceux qui mesurent l’impact d’une politique non pas en vies humaines, mais en points de pourcentage. Plus de 75 000 morts. Des enfants sous les décombres. Des hôpitaux bombardés. Des camps de réfugiés rasés. Et la conclusion du rapport : c’était un « net-negative ». Négatif net. Comme un bilan comptable.
Net-negative. Deux mots. Propres. Cliniques. Aseptisés. Deux mots pour dire : les bombes que nous avons financées, les enfants qu’elles ont tués, les hôpitaux qu’elles ont pulvérisés — tout cela nous a fait perdre des voix. Pas : « Tout cela était moralement inacceptable. » Pas : « Nous aurions dû agir autrement. » Non. « Net-negative. » Le langage de la défaite, pas celui du remords. Et c’est peut-être le verdict le plus accablant de tous.
Les bombes américaines, le vote américain
L'autopsie parallèle : le rapport RootsAction
Cinq causes, un diagnostic implacable
Quand le DNC refuse de publier son propre rapport, d’autrès le font. Et leurs conclusions sont encore plus dévastatrices. Parce que le rapport RootsAction ne se contente pas de documenter une défaite électorale. Il décrit un parti qui a perdu son âme. Un parti qui courtise les milliardaires pendant que ses électeurs historiques font la queue aux banques alimentaires. Un parti qui finance un génocide pendant que ses militants demandent la paix. Ce n’est pas un diagnostic politique. C’est un acte d’accusation.
La « capture corporative » des démocrates
Le rapport RootsAction utilise un terme qui mérite d’être examiné : « capture corporative ». Il décrit un Parti démocrate qui a cessé de représenter sa base pour servir ses donateurs. La campagne Harris a perdu « la base démocrate essentielle en se concentrant sur la séduction des républicains, en se pliant aux intérêts des donateurs corporatifs, et en échouant à confronter le rôle de la cupidité des entreprises dans l’escalade de l’inflation ».
La question des jeunes : une génération qui a dit stop
Le TikTok, pas la télé
Le rapport du DNC, même dans sa version secrète, reconnaît que Gaza a particulièrement affecté le vote des jeunes. Cette génération ne regarde pas les mêmes médias que les stratèges démocrates. Elle est sur TikTok, sur Instagram, sur X. Elle a vu les images en temps réel. Les vidéos de bombardements. Les enfants ensanglantés. Les médecins qui opèrent sans anesthésie. Les familles qui fuient vers nulle part. Aucune publicité de campagne à 7,5 millions de dollars par jour ne pouvait contrebalancer ces images.
Les données montrent que les jeunes électeurs ont massivement déserté Harris. Pas seulement les Arabo-Américains. Des jeunes de toutes origines qui, pour la première fois, ont vu un génocide en direct sur leur téléphone. Des étudiants qui ont occupé les campus au printemps 2024, qui ont été arrêtés par la police, qui ont vu leur université les réprimer plutôt que les écouter. Et qui, le jour du vote, se sont souvenus de quel côté se tenait le Parti démocrate.
Il y à une génération entière pour qui le mot « démocrate » ne signifiera plus jamais la même chose. Pas à cause de Trump. Pas à cause de l’économie. À cause de Gaza. À cause d’images qu’ils n’oublieront jamais. À cause de camarades arrêtés sur des campus pour avoir demandé que leur pays cesse de financer un massacre. Le DNC peut enterrer son rapport. Il ne peut pas enterrer la mémoire d’une génération.
L’effet campus : des arrestations aux isoloirs
Au printemps 2024, les campus américains se sont embrasés. Columbia, UCLA, Harvard, des dizaines d’universités ont vu leurs étudiants installer des campements de protestation contre la guerre à Gaza. La réponse : police antiémeute, arrestations massives, suspensions. L’administration Biden-Harris n’a pas pris la défense des étudiants. Elle n’a pas reconnu la légitimité de leur colère. Elle a laissé les universités réprimer.
Ces étudiants sont des électeurs. Des millions d’entre eux. Et en novembre 2024, ils ont voté en conséquence. Certains pour Stein. Certains pour personne. Certains, pour la première fois de leur vie, pour Trump — non par adhésion, mais par rejet total du parti qui les avait ignorés, arrêtés, méprisés. Le rapport du DNC reconnaît cette hémorragie chez les jeunes. Et pourtant, le parti refuse de publier cette reconnaissance.
La convention de Chicago : le moment de la rupture
Une voix palestinienne refusée
La Convention nationale démocrate, tenue à Chicago en août 2024, devait être le couronnement de Harris. Elle a été le moment où la fracture est devenue irréparable. Le parti a refusé de donner la parôle à un seul représentant palestinien depuis la tribune officielle. Dehors, des milliers de manifestants demandaient un cessez-le-feu. Dedans, le parti votait contre une résolution appelant à un embargo sur les armes vers Israël.
Ce rejet a envoyé un message dévastateur. Pas seulement aux Arabo-Américains. À tous les électeurs qui regardaient et qui se demandaient : ce parti écoute-t-il encore quelqu’un? Les délégués « uncommitted », présents à la convention après leur victoire symbolique lors des primaires, ont demandé cinq minutes de tribune. Cinq minutes pour parler de Gaza. Le parti a dit non. Cinq minutes. Dans une convention de quatre jours. Le refus était plus éloquent que n’importe quel discours.
Cinq minutes. C’est tout ce qu’ils demandaient. Cinq minutes pour mettre un visage sur les chiffres, une voix sur le silence, une humanité sur la politique. Le parti a refusé. Et dans ce refus, il a dit à des millions d’électeurs : vos morts ne méritent pas cinq minutes de notre temps. Le soir même, Harris acceptait la nomination dans une salle en délire. Dehors, les pancartes disaient : « Pas un vote de plus pour le génocide. » Le parti n’a pas entendu. Ou pire : il a entendu et il s’en est fiché.
Le sondage qui aurait tout changé
La question qui hante : pourquoi? Pourquoi maintenir une position qui coûte des voix, qui coûte des vies, qui coûte l’élection? La réponse se trouve dans les structures de pouvoir du Parti démocrate. Les donateurs pro-Israël, l’influence de l’AIPAC, la peur de la machine médiatique qui aurait qualifié tout changement de cap d’« abandon d’Israël ». Le parti a choisi ses donateurs plutôt que ses électeurs. Et il a perdu les deux.
Le DNC face à son miroir : les leçons refusées
2016, 2020, 2024 : la même erreur, en pire
Le Parti démocrate à une relation pathologique avec ses propres autopsies. Après la défaite de Hillary Clinton en 2016, un rapport interne avait été réalisé. Jamais publié. Après la victoire serrée de Biden en 2020, aucune autopsie n’a été jugée nécessaire — on avait gagné, après tout. Et après le désastre de 2024, le rapport existe, a été complété, et il est maintenu sous clé. Trois élections. Trois occasions d’apprendre. Trois refus.
Il y à une différence entre « on a mal communiqué » et « on a mal agi ». Le DNC veut que le problème soit le premier — un problème de message, de formulation, de spin. Parce que si le problème est le second, alors il faut changer de politique. Il faut remettre en question des alliances. Il faut déplaire à des donateurs. Il faut avoir du courage. Et le courage, dans le Parti démocrate de 2024, était un bien plus rare que l’argent.
2028 : la bombe à retardement
En enterrant le rapport, Ken Martin n’a pas réglé le problème. Il l’a reporté. Les candidats potentiels de 2028 le savent. Plusieurs de leurs conseillers ont dit publiquement que cacher le rapport avantage Harris si elle se représente et désavantage tous les autres. Sans diagnostic officiel, pas de remise en question officielle. Sans remise en question, pas de changement. Sans changement, la même défaite. Le cycle est aussi prévisible qu’il est déprimant.
Le coût moral : au-delà des urnes
Quand la politique étrangère devient une question de conscience
Il y à des votes qui ne sont pas des calculs. Il y à des gestes qui ne sont pas des tactiques. Quand une mère de Dearborn, qui a perdu des proches à Gaza, se rend au bureau de vote et refuse de cocher le nom de Harris, elle ne fait pas de la politique. Elle fait le seul geste qui lui reste dans un pays qui lui a retiré tous les autrès. Ce geste, les consultants du DNC l’appellent un « net-negative ». Elle, elle l’appelle la dignité.
L’Amérique face à son reflet
Le rapport du DNC existe. Il dit ce que tout le monde savait déjà. La question n’est plus ce qu’il contient. La question est : qu’est-ce que l’Amérique va en faire? Et si la réponse est « rien », alors ce rapport aura été, comme tant d’autrès, un document de plus dans un tiroir de plus, dans un pays qui préfère ses illusions à ses vérités.
Le silence des alliés : quand le monde regarde ailleurs
L’Europe complice par omission
Mais la conséquence est venue. Pas de la scène internationale. Pas des tribunes de l’ONU. Des isoloirs du Michigan. Des bureaux de vote de Dearborn. De ces lieux où la démocratie se pratique non pas comme un discours, mais comme un acte. Et cet acte a dit ce que tous les communiqués diplomatiques du monde n’ont pas su dire : il y à une limite au silence.
Le monde entier savait. Les gouvernements savaient. Les institutions savaient. Et tout le monde a choisi de regarder ailleurs, en attendant que quelqu’un d’autre parle en premier. Personne n’a parlé. Alors les électeurs l’ont fait. Pas avec des mots. Avec des bulletins de vote. C’est la forme la plus silencieuse de la colère — et la plus dévastatrice.
La communauté internationale, spectatrice du désastre
Et pourtant, la campagne Harris a traité la question comme un problème de relations publiques, pas comme un problème de politique. La nuance est fondamentale. Un problème de relations publiques se résout par de meilleurs messages. Un problème de politique se résout par de meilleures décisions. Harris a choisi la première option. Les électeurs lui ont rappelé que c’était la seconde qui comptait.
Les voix des invisibles : ce que le rapport ne dit pas
Les noms derrière les statistiques
Le rapport du DNC parle de voix perdues, de pourcentages, de marges. Il ne parle pas de Layla, 4 ans, qui a été sortie des décombres à Khan Younès. Il ne parle pas de Mohammed, médecin à l’hôpital Al-Shifa, qui opérait des enfants sans anesthésie avant que l’hôpital soit bombardé. Il ne parle pas des familles de Dearborn qui passaient leurs nuits à appeler des proches à Gaza, ne sachant jamais si quelqu’un allait décrocher.
Derrière chaque pourcentage dans ce rapport, il y à des êtrès humains. Derrière le basculement de 20 000 voix à Dearborn, il y a 20 000 histoires de familles déchirées entre deux continents, de deuils portés en silence, de colère transformée en acte civique. Derrière les 53 % de musulmans qui ont voté Stein, il y à des communautés entières qui ont choisi de rompre avec une allégeance de vingt ans parce que l’alternative — cautionner le statu quo — était devenue insupportable.
Les rapports parlent de chiffres. Les urnes parlent d’humains. Et les humains, contrairement aux consultants, ont une mémoire. Ils se souviennent des bombes. Ils se souviennent des vetos. Ils se souviennent du silence. Et quand ils entrent dans l’isoloir, ils se souviennent de tout cela avant de se souvenir de la couleur du parti. Le DNC a oublié cette vérité élémentaire. Les électeurs, eux, ne l’oublieront pas.
Le précédent historique
Et le parti qui s’en est rendu compte — trop tard, dans un rapport qu’il refuse de publier — est le même parti qui demande à cette communauté de revenir en 2026 et en 2028. Sans excuses. Sans changement de politique. Sans reconnaissance publique de l’erreur. Juste avec l’argument habituel : « L’autre camp est pire. » En 2024, cet argument a cessé de fonctionner. Il n’y a aucune raison de penser qu’il fonctionnera mieux la prochaine fois.
Conclusion : Le rapport est public. Le silence ne l'est plus.
Ce que ce rapport change — et ce qu’il ne changera pas
Le 22 février 2026, le secret a été brisé. Le rapport du DNC peut rester dans son tiroir. Ses conclusions, elles, sont dans la lumière. Gaza a coûté l’élection à Kamala Harris. Le Parti démocrate le savait. Il a choisi de le cacher. Et maintenant, il doit vivre avec le fait que tout le monde le sait aussi.
Mais la vraie question n’est pas électorale. Elle est humaine. Plus de 75 000 Palestiniens sont morts. Des dizaines de milliers d’enfants. Et le principal parti d’opposition américain traite cette réalité comme un problème de communication. Le rapport dit « net-negative ». Les familles de Dearborn disent « génocide ». Entre ces deux mots, il y à un abîme. Et c’est dans cet abîme que le Parti démocrate a disparu.
Maintenant, vous savez. Vous savez que le rapport existe. Vous savez ce qu’il dit. Vous savez pourquoi il a été caché. La question n’est plus de savoir si Gaza a coûté l’élection. La question est de savoir combien de rapports, combien de défaites, combien de morts il faudra encore avant que quelqu’un, quelque part, ait le courage de dire : « On a eu tort. » Pas « net-negative ». Tort.
Le mot de la fin
Les morts de Gaza ne voteront jamais. Mais leurs fantômes ont voté en novembre 2024. Ils ont voté à travers les mains tremblantes d’une mère de Dearborn qui cochait le nom de Jill Stein. À travers le refus silencieux d’un étudiant de Columbia qui a laissé la case Harris vide. À travers les 101 000 voix du Michigan qui criaient, dès février, ce que le rapport du DNC a mis deux ans à admettre.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur et rédacteur indépendant. Je n’ai aucune obligation de neutralité. Mon travail est d’analyser, de contextualiser et de prendre position sur les événements de l’actualité. Cette analyse reflète mon positionnement éditorial personnel : je considère que la politique américaine sur Gaza constitue une complicité dans des violations massives du droit international humanitaire, et que le Parti démocrate porte une responsabilité directe dans les conséquences électorales et humaines de cette politique.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur le scoop d’Axios du 22 février 2026 révélant les conclusions du rapport secret du DNC, sur les données électorales officielles des États-Unis, sur le rapport d’autopsie indépendant de RootsAction, sur les sondages de sortie des urnes du CAIR, sur les données de l’Arab American Institute, sur les rapports de NBC News, CNN, The Hill, The Bulwark et Rolling Stone concernant la suppression du rapport, ainsi que sur les données de The Lancet Global Health et du OHCHR concernant le bilan humain à Gaza. Toutes les statistiques électorales proviennent de sources officielles et de médias établis.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse éditoriale, pas un reportage factuel neutre. Les faits rapportés sont vérifiés et sourcés. Les opinions, interprétations et passages en italique représentent le point de vue du chroniqueur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires listées ci-dessous pour se forger sa propre opinion. Publié sous le pseudonyme LeClaude sur MSN, Google News et Apple News.
Sources
Sources primaires
Axios — DNC under fire for hiding autopsy report on 2024 élection (19 décembre 2025)
NBC News — DNC won’t release its report on what went wrong for Democrats in 2024
RootsAction — Autopsy: How Democrats Lost the White House
The Hill — Schatz calls for DNC to release 2024 élection autopsy report
Al Jazeera — Gaza death toll exceeds 75,000 as indépendent data verify loss (18 février 2026)
Sources secondaires
Al Jazeera — ‘We warned you,’ Arab Americans in Michigan tell Kamala Harris
Foreign Policy — Why Michigan Arab Americans Backed Trump Over Harris
Axios — Harris’ popular vote total fell 7 million short of Biden’s in 2020
The Bulwark — An Autopsy Report of the DNC’s Autopsy Report
Rolling Stone — Crashing Arab American Support Spells Danger for Kamala Harris in Michigan
CNN — Democrats will not release the ‘autopsy’ of their 2024 élection loss
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.