L’armada américaine en position
Les chiffres donnent le vertige. L’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, fend la Méditerranée en direction du golfe Persique. Un deuxième groupe aéronaval est déjà sur zone. Cinquante appareils de combat supplémentaires — des F-35, des F-22, des F-16 — ont reçu l’ordre de rejoindre la région. Plus de 2 000 soldats américains sont stationnés dans les États du Golfe. C’est la plus grande concentration de puissance de feu américaine au Moyen-Orient depuis des décennies. Le Pentagone ne se cache même pas : on prépare un « plan B » qui vise directement le Guide suprême Ali Khamenei.
Le message est limpide. Trump a posé un ultimatum. Dix jours, a-t-il dit d’abord. Puis quinze. La date limite flotte, comme tout ce qui sort de cette administration, mais la menace, elle, est ancrée dans l’acier des destroyers. « Je suppose que je peux dire que j’envisage des frappes limitées contre l’Iran », a déclaré le président. Le mot « limité » dans la bouche d’un homme qui commande la plus grande armée du monde devrait terrifier tout le monde.
On appelle ça de la « diplomatie coercitive ». En réalité, c’est du chantage. Quand vous posez un révolver sur la table de négociation, vous ne négociez pas. Vous extorquez.
La réponse iranienne : fierté et préparation
Face à cette démonstration de force, l’Iran ne plie pas. Le président Masoud Pezeshkian a déclaré que Téhéran a pris « toutes les préparations nécessaires pour tout scénario potentiel ». La marine iranienne a fermé une section du détroit d’Ormuz pour des exercices militaires — pendant les pourparlers. Le symbole est clair : 30 % du pétrôle mondial passe par ce détroit. L’Iran rappelle qu’il tient un levier économique mondial.
Et puis il y a les mots du Guide suprême. Ali Khamenei a averti : « Plus dangereux que le navire de guerre américain, c’est l’arme qui peut l’envoyer au fond de la mer. » Et d’ajouter : « Les États-Unis pourraient être frappés si fort qu’ils ne s’en relèveraient pas. » Des mots de bravade? Peut-être. Mais dans un contexte où la Russie et l’Iran mènent des exercices navals conjoints, la bravade à des muscles.
L'enrichissement : le mot qui peut déclencher une guerre
Zéro enrichissement — la ligne rouge américaine
Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump, et Jared Kushner l’ont dit clairement au ministre iranien Abbas Araghchi : la position américaine est « zéro enrichissement » d’uranium sur le sol iranien. Zéro. Pas un gramme. Pas une centrifugeuse. Le secrétaire d’État Marco Rubio a précisé que tout accord devrait inclure l’abandon du programme balistique et la fin du soutien aux proxys régionaux. Autrement dit, Washington ne demande pas un accord nucléaire. Washington demande une capitulation totale.
Et pourtant, dans la même conversation, Witkoff et Kushner ont ouvert une porte : les États-Unis seraient prêts à considérer un « enrichissement symbolique » si l’Iran peut prouver que son plan bloque toute voie vers l’arme nucléaire. « Zéro enrichissement » d’un côté de la bouche, « enrichissement symbolique » de l’autre. Cette administration ne négocie pas avec l’Iran. Elle négocie avec elle-même.
L’enrichissement symbolique. Deux mots qui résument parfaitement la politique étrangère de cette ère. On veut la victoire symbolique sans le compromis réel. On veut pouvoir dire « zéro » tout en acceptant « presque zéro ». Le problème, c’est que les centrifugeuses, elles, ne font pas dans le symbolisme.
L’Iran et la fierté nucléaire
Abbas Araghchi n’a laissé aucune ambiguïté. « Nous n’allons pas renoncer à notre programme nucléaire. Il n’y a aucune raison légale de le faire tant que tout est pacifique. » Pour l’Iran, l’enrichissement n’est pas seulement une question technique. C’est une question de « dignité et de fierté ». Le Traité de non-prolifération autorise l’enrichissement à des fins civiles. L’Iran s’accroche à cette lettre du droit comme à une bouée.
Concrètement, Téhéran propose de placer des « limites rigoureuses et une surveillance » sur ses opérations d’enrichissement, mais refuse catégoriquement de démanteler son programme. L’Iran a même cessé d’enrichir depuis les frappes israélo-américaines de juin 2025 — un geste que Téhéran présente comme une preuve de bonne foi. Mais la question demeure : 407 kilogrammes à 60 % existent. Ils sont là. Et leur existence seule change l’équation géopolitique du Moyen-Orient.
Trois rounds, zéro accord : la chronologie d'un échec annoncé
Mascate, 6 février : le premier contact
Le premier round a eu lieu à Mascate, en Oman, le 6 février 2026. Des pourparlers indirects — les deux délégations ne se sont même pas assises dans la même pièce. Le médiateur omanais faisait la navette. Résultat officiel : « Aucun progrès évident » pour réduire les écarts entre les positions. Mais l’Iran avait atteint son objectif réel : gagner du temps et repousser l’attaque imminente.
Car c’est le secret de ces négociations que personne ne dit à voix haute. Pour l’Iran, chaque jour de pourparlers est un jour sans bombes. Pour les États-Unis, chaque round supplémentaire est un argument de plus pour prouver que la diplomatie a été « essayée » avant de frapper. Les deux parties utilisent la même table pour des raisons diamétralement opposées. Et pourtant, elles s’y assoient quand même.
La diplomatie comme théâtre. Deux acteurs qui jouent des rôles différents sur la même scène, devant un public qui ne sait plus qui croire. L’un gagne du temps. L’autre accumule des justifications. Et quelque part, des millions de civils iraniens retiennent leur souffle.
Genève, 17 février : les « principes directeurs »
Le deuxième round, à Genève, le 17 février, a été qualifié de « sérieux, constructif et positif » par Araghchi. Les deux parties ont atteint « un accord large sur un ensemble de principes directeurs ». La porte-parôle de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a parlé d’« un petit progrès » tout en soulignant que les parties restent « très éloignées sur certains enjeux ».
Le vice-président JD Vance a été plus brutal : « Le président a fixé des lignes rouges que les Iraniens ne sont pas encore prêts à reconnaître. » Traduction : l’Iran refuse de capituler, et Washington considère que tout ce qui n’est pas une capitulation est un échec. L’Iran a accepté de revenir dans deux semaines avec des propositions détaillées. Ces deux semaines se terminent jeudi. Le troisième round sera donc le moment de vérité.
La proposition iranienne : ce que Téhéran met sur la table
Un cadre exclusivement nucléaire
Araghchi a été catégorique : l’Iran « négocie uniquement le nucléaire » pour l’instant, aucun autre sujet n’est sur la table. C’est un refus direct de la demande américaine d’inclure les missiles balistiques et le soutien aux proxys régionaux — le Hezbollah, les Houthis, les milices irakiennes. Pour Téhéran, les missiles sont « centraux à sa dissuasion » et ne seront jamais négociés. L’Axe de la Résistance n’est pas un sujet de discussion.
La proposition iranienne, attendue d’ici mardi, se concentrera donc sur un cadre purement nucléaire. Selon les informations disponibles, l’Iran proposerait de suspendre l’enrichissement pour une durée de trois à cinq ans — au-delà du mandat de Trump. Un calcul stratégique transparent : signer un accord qui survit à cette administration, comme le JCPOA n’a pas survécu à la première. L’Iran proposerait également d’éliminer son stock de 407 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % et d’accepter une surveillance renforcée de l’AIEA.
Trois à cinq ans de suspension. C’est le temps que dure un mandat présidentiel américain. L’Iran ne négocie pas avec Trump. Il négocie avec le calendrier électoral américain. Et honnêtement, qui peut le lui reprocher? Le dernier accord a été déchiré par le même homme qui exige maintenant le suivant.
L’accord intérimaire : le plan B diplomatique
Un haut responsable américain a confirmé que Washington et Téhéran pourraient discuter d’un « accord intérimaire » avant de parvenir à un accord nucléaire complet. C’est un aveu implicite : un grand accord — nucléaire, missiles, proxys, sanctions — est hors de portée. La question devient alors : peut-on sécuriser un accord partiel qui empêche la guerre sans résoudre le problème fondamental?
Les experts sont partagés. Trita Parsi, du Quincy Institute, exprime son scepticisme : Trump pourrait rejeter même une proposition iranienne favorable, influencé par la perception — nourrie par Israël — que l’Iran est en position de faiblessé et qu’on peut obtenir davantage en poussant plus fort. C’est la logique du joueur de poker qui, voyant son adversaire transpirer, relance au lieu d’accepter la mise. Le problème, c’est que cette table de poker est posée sur un baril de poudre.
L'ombre d'Israël : le troisième joueur invisible
Netanyahu dans l’oreille de Trump
Il y à un acteur dont le nom n’apparaît pas dans les communiqués officiels, mais dont l’ombre plane sur chaque mot échangé à Genève. Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien a fait de l’Iran nucléaire la menace existentielle numéro un depuis trente ans. Il a combattu le JCPOA. Il a applaudi sa destruction. Et aujourd’hui, il pousse pour une solution militaire.
Les frappes israélo-américaines de juin 2025 ont déjà établi un précédent. Pour la première fois, Israël et les États-Unis ont frappé conjointement des installations iraniennes. L’Iran a cessé d’enrichir depuis. Mais le précédent est posé : la force a été utilisée, et elle a fonctionné — du moins à court terme. Netanyahu en tire une conclusion simple : pourquoi négocier quand on peut frapper? Et cette logique, des responsables américains proches du dossier le confirment, influence directement la Maison-Blanche.
Trita Parsi met le doigt sur la plaie : Trump pourrait rejeter une bonne proposition iranienne parce qu’on lui a vendu l’idée que l’Iran est faible et qu’il suffit de pousser encore. C’est la logique qui a mené à l’Irak en 2003. « Ils sont faibles, on peut y aller. » On connaît la suite.
L’opération massive en embuscade
Des responsables américains ont lâché l’information comme on lâche une grenade dégoupillée : cette poussée diplomatique est « probablement la dernière chance » que Trump donnera à l’Iran avant de lancer une « opération militaire massive américano-israélienne » qui pourrait cibler directement le Guide suprême Ali Khamenei. Pas les installations nucléaires. Pas les bases militaires. Le dirigeant lui-même.
Il faut mesurer ce que ces mots signifient. L’assassinat ciblé d’un chef d’État — car c’est bien de cela qu’il s’agit — constituerait un acte de guerre sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est une menace qui, si elle est réelle, change la nature même des négociations. On ne négocie plus un accord nucléaire. On négocie la survie physique du régime iranien. Et un régime acculé est un régime imprévisible.
Les protestations internes : la fracture iranienne
Les universités en flammes
Pendant que la diplomatie occupe les écrans, un autre drame se joue à l’intérieur des frontières iraniennes. De nouvelles manifestations antigouvernementales ont éclaté dans les universités de Téhéran et de Mashhad. Cinq campus à Téhéran et un à Mashhad. Les étudiants marquent la période de deuil de quarante jours pour les victimes de la répression de janvier.
Les chiffres sont disputés, et c’est en soi révélateur. L’Agence de presse des militants des droits humains (HRANA) rapporte 7 015 morts lors des protestations précédentes. Le gouvernement iranien reconnaît 3 117. La différence — près de 4 000 vies — n’est pas une erreur statistique. C’est un gouffre entre une réalité et sa version officielle. Et pourtant, ces manifestants continuent de descendre dans la rue. Dans un pays où descendre dans la rue peut signifier ne jamais remonter.
Sept mille quinze morts, dit une source. Trois mille cent dix-sept, dit l’autre. Derrière chaque chiffre, un nom. Derrière chaque nom, une famille qui attend. Et pendant qu’on compte les morts à Téhéran, on négocie le nucléaire à Genève. Comme si les deux sujets n’avaient aucun rapport.
La double pression sur le régime
Le régime iranien est donc pris en étau. À l’extérieur, deux porte-avions et cinquante chasseurs américains. À l’intérieur, une population qui manifeste malgré les balles. Les frappes de juin 2025 ont déjà prouvé que la force extérieure est réelle. Les protestations prouvent que la contestation intérieure l’est tout autant. Pezeshkian, le président élu sur une promesse de modération, se retrouve à naviguer entre les Gardiens de la Révolution qui veulent la confrontation et une jeunesse qui veut la liberté.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire la proposition iranienne attendue mardi. Ce n’est pas seulement un document diplomatique. C’est un acte de survie institutionnelle. Un accord avec les États-Unis pourrait lever les sanctions, relancer l’économie, et couper l’herbe sous le pied des manifestants en offrant de l’espoir matériel. Un échec des négociations, suivi de frappes, pourrait soit consolider le régime par le nationalisme défensif, soit l’achever sous le poids combiné des bombes et de la révolte.
Le facteur économique : quand l'argent parle plus fort que l'uranium
La stratégie iranienne de l’interdépendance
L’Iran a élargi sa délégation de négociation pour inclure des responsables économiques. Le vice-ministre des Affaires étrangères Hamid Ghanbari a expliqué pourquoi : un accord durable nécessite que les États-Unis aient un « intérêt économique » dans sa survie. Téhéran propose des champs pétroliers et gaziers conjoints, des investissements miniers, des achats d’avions. L’argument est malin : le JCPOA a échoué parce que les États-Unis n’avaient rien à perdre en le quittant. Cette fois, l’Iran veut créer des liens financiers qui rendraient la rupture coûteuse.
C’est de la realpolitik dans sa forme la plus crue. Téhéran a compris que les principes, le droit international et les traités ne valent rien face à un président américain déterminé. Seul l’argent peut ancrer un accord. Des contrats pétroliers de milliards de dollars. Des compagnies américaines avec des investissements à protéger. C’est cynique. C’est aussi probablement la seule stratégie qui à une chance de fonctionner.
L’Iran a appris de 2018. La morale de l’histoire du JCPOA est limpide : un accord fondé sur la bonne foi ne survit pas à un président de mauvaise foi. Alors on remplace la bonne foi par l’intérêt financier. C’est triste à écrire. Mais c’est le monde dans lequel on vit.
Les sanctions : l’arme silencieuse
L’Iran réclame une levée immédiate des sanctions dès la conclusion d’un accord. Les États-Unis ont rejeté cette demande. Les sanctions américaines interdisent aux autrès nations d’acheter du pétrôle iranien, paralysent le système bancaire du pays et asphyxient une économie qui faisait vivre 88 millions de personnes. Le rial iranien a perdu la majorité de sa valeur. L’inflation dévore les salaires. Les médicaments manquent.
Et pourtant, les sanctions sont aussi le seul levier qui a amené l’Iran à la table. C’est le paradoxe central de cette diplomatie : l’outil qui force la négociation est le même qui génère la souffrance qui alimente la révolte intérieure. Lever les sanctions trop vite, c’est perdre le levier. Les maintenir trop longtemps, c’est écraser une population qui n’a rien demandé. Entre les deux, il n’y a pas de position confortable. Il n’y a que des choix impossibles.
Le détroit d'Ormuz : le goulot d'étranglement du monde
Trente pour cent du pétrôle mondial dans un couloir de 54 kilomètres
La marine iranienne a fermé une section du détroit d’Ormuz pour des exercices militaires pendant les pourparlers de Genève. Le timing n’est pas un hasard. Ce détroit, large de 54 kilomètres à son point le plus étroit, voit passer 30 % du pétrôle transporté par voie maritime dans le monde. Fermer Ormuz, c’est fermer le robinet de l’économie mondiale. C’est l’arme asymétrique de l’Iran face à la supériorité militaire américaine.
Si les négociations échouent et que les frappes commencent, la première réponse iranienne ne sera probablement pas une riposte missile — qu’ils perdraient. Ce sera la fermeture d’Ormuz. Le prix du pétrole exploserait. Les économies européennes et asiatiques, déjà fragiles, entreraient en récession. Les files d’attente aux stations-service, de Paris à Tokyo. Voilà pourquoi les dirigeants régionaux, même ceux qui détestent le régime iranien, préfèrent un mauvais accord à une bonne guerre.
Cinquante-quatre kilomètrès. C’est la distance entre la diplomatie et le chaos économique mondial. C’est aussi la distance entre un tweet présidentiel et une récession globale. On vit dans un monde où le sort de milliards de personnes dépend d’un couloir maritime plus étroit qu’une autoroute entre deux villes moyennes.
La Russie dans l’équation
Il y à un détail que les médias occidentaux mentionnent en passant, comme s’il était secondaire. La Russie et l’Iran mènent des exercices navals conjoints. Dans le contexte d’une possible confrontation américano-iranienne, la présence navale russe dans la région n’est pas anecdotique. Elle pose une question que personne ne veut poser à voix haute : jusqu’où Moscou irait-elle pour défendre son allié iranien?
La réponse, probablement, est : pas aussi loin que Téhéran l’espère, mais assez loin pour compliquer les calculs américains. La Russie de Poutine, embourbée en Ukraine, n’a pas les moyens d’une confrontation directe avec les États-Unis au Moyen-Orient. Mais elle a les moyens de fournir du renseignement, de la technologie de défense aérienne, et surtout de compliquer le consensus international nécessaire à toute action militaire. L’Iran ne négocie pas seul. Il négocie avec le spectre de la Russie dans son dos.
Khamenei et le calcul du survivaliste
Les mots du Guide suprême
« Plus dangereux que le navire de guerre américain, c’est l’arme qui peut l’envoyer au fond de la mer. » « Les États-Unis pourraient être frappés si fort qu’ils ne pourraient pas se rélever. » Les paroles d’Ali Khamenei ne sont pas celles d’un homme qui négocie. Ce sont celles d’un homme qui se prépare à l’impact. Ou qui veut faire croire qu’il s’y prépare. La distinction, dans la géopolitique du bluff nucléaire, est presque impossible à établir.
Khamenei a 86 ans. Il dirige la République islamique depuis 1989. Il a survécu à la guerre Iran-Irak, aux sanctions, aux révolutions avortées, aux frappes. Son calcul n’est pas celui d’un dirigeant qui pense en termes de mandats. C’est celui d’un homme qui pense en termes de régime et d’héritage. Un accord nucléaire qui démantèle le programme signifierait, pour lui, la fin d’un projet national de quarante ans. Un refus qui mène à la guerre signifierait peut-être la fin de tout le reste.
À 86 ans, que choisit-on? La survie du régime par le compromis, où la mort du régime avec les principes intacts? C’est la question que personne ne pose à Khamenei, parce que la réponse pourrait déterminer si le Moyen-Orient brûle où respire.
Le précédent libyen
Chaque dirigeant d’un pays nucléarisé — où en voie de l’être — porte en mémoire le fantôme de Mouammar Kadhafi. Le dirigeant libyen avait accepté de démanteler son programme nucléaire en 2003. Huit ans plus tard, une coalition menée par l’OTAN renversait son régime. Il est mort dans un fossé, lynché par une foule. Le message pour tout dictateur est limpide : lâcher le nucléaire, c’est signer son arrêt de mort.
Khamenei connaît cette histoire. Kim Jong-un la connaît aussi — c’est pourquoi la Corée du Nord ne négociera jamais son arsenal. L’ironie tragique est que les États-Unis, en éliminant Kadhafi après qu’il a coopéré, ont créé le meilleur argument contre la coopération que l’Iran puisse brandir. Et pourtant, Washington demande à Téhéran de faire confiance. De démanteler. De coopérer. L’histoire, comme toujours, à une mémoire plus longue que les slogans politiques.
Le rôle d'Oman : le médiateur que personne ne remercie
Badr Al Busaidi, l’homme des coulisses
Dans cette partie d’échecs géopolitique, il y à un joueur dont on ne parle presque jamais. Le sultanat d’Oman et son ministre des Affaires étrangères Badr Al Busaidi. C’est lui qui a rendu possible la première rencontre à Mascate. C’est lui qui fait la navette entre les délégations qui refusent de se parler directement. C’est lui qui a annoncé, ce samedi, que le troisième round aurait lieu à Genève. « Heureux de confirmer que les négociations américano-iraniennes sont désormais fixées à Genève ce jeudi, avec un élan positif », a-t-il écrit.
Oman joue ce rôle depuis des décennies. C’est par Oman que les contacts secrets entre Washington et Téhéran avaient commencé sous Obama, menant au JCPOA. Le sultanat est le seul État du Golfe qui entretient des relations cordiales avec les deux camps. Dans un monde où tout le monde prend parti, Oman cultive la neutralité comme une arme diplomatique. C’est un petit pays. Mais dans cette crise, il est indispensable.
On ne construit pas la paix avec des porte-avions. On la construit avec des hommes comme Badr Al Busaidi, qui passent des heures dans des salons d’hôtel à transmettre des messages entre des gens qui refusent de se regarder. Le monde devrait connaître son nom.
Les limites de la médiation
Mais même le meilleur médiateur du monde ne peut forcer deux parties à vouloir le même accord. Oman peut rapprocher les positions. Il ne peut pas les fusionner. Le fossé entre « zéro enrichissement » et « enrichissement avec surveillance » n’est pas un fossé de mots. C’est un fossé de visions du monde. D’un côté, une superpuissance qui croit que la force résout tout. De l’autre, un régime qui croit que la capitulation signifie la mort.
Et pourtant, le troisième round aura lieu. Jeudi. À Genève. Parce que l’alternative — la guerre — est si terrifiante que même les ennemis les plus féroces préfèrent s’asseoir et parler. C’est peut-être la seule bonne nouvelle de cette histoire. La peur de la destruction mutuelle est, depuis Hiroshima, le seul vrai moteur de la diplomatie nucléaire. On ne négocie pas parce qu’on se fait confiance. On négocie parce qu’on se craint.
Jeudi à Genève : les scénarios possibles
Scénario 1 : l’accord intérimaire
Le scénario le plus réaliste, selon les experts, serait un accord intérimaire limité au nucléaire. L’Iran gèle l’enrichissement pour trois à cinq ans, élimine son stock d’uranium à 60 %, accepte une surveillance renforcée de l’AIEA. En échange, les États-Unis lèvent partiellement les sanctions. Les missiles et les proxys sont renvoyés à des négociations ultérieures. Trump peut tweeter « victoire ». L’Iran peut respirer. Personne n’est satisfait, mais personne ne meurt.
Le problème : Trump a déchiré le dernier accord intérimaire. Pourquoi celui-ci serait-il différent? Parce que l’Iran veut y inclure des liens économiques qui rendraient la rupture coûteuse. Parce que le contexte — avec une population iranienne au bord de l’explosion — rend l’échec plus dangereux pour tout le monde. Et parce que, peut-être, même Trump préfère un accord imparfait à une guerre dont personne ne peut prédire la fin.
Un accord intérimaire. Le mot « intérimaire » contient toute la précarité de notre époque. On ne construit plus rien de durable. On gère. On repousse. On espère que le prochain président sera moins imprévisible. C’est de la diplomatie en mode survie.
Scénario 2 : l’échec et l’escalade
Si l’Iran refuse de bouger sur l’enrichissement, où si Trump rejette la proposition comme insuffisante, le scénario militaire devient concret. Les pièces sont déjà en place. Les porte-avions sont positionnés. Les cibles sont identifiées. Les responsables américains ont déjà annoncé publiquement qu’une « opération massive » est prête. On ne déploie pas une telle armada pour la retirer sans l’utiliser. La logique bureaucratique de la guerre à sa propre inertie.
Les conséquences d’une frappe sont incalculables. Fermeture d’Ormuz. Flambée du pétrole. Représailles contre les bases américaines dans le Golfe. Attaques du Hezbollah contre Israël. Déstabilisation de l’Irak. Et surtout : l’Iran, frappé, pourrait décider que sa seule protection est l’arme nucléaire elle-même — accélérant précisément ce que les frappes prétendaient empêcher. On bombarde pour empêcher la bombe. Et on crée la bombe.
Conclusion : L'horloge de Genève
Le monde retient son souffle
Mardi, la proposition iranienne. Jeudi, le troisième round à Genève. Dans les jours qui suivent, la décision. Guerre où diplomatie. Bombes où compromis. Le sort de 88 millions d’Iraniens, la stabilité du Moyen-Orient, le prix de l’énergie mondiale — tout converge vers une salle de conférence en Suisse.
Et les acteurs de ce drame sont ce qu’ils sont. Un président américain qui a déchiré le dernier accord et veut maintenant être célébré pour le suivant. Un Guide suprême de 86 ans qui refuse de plier mais dont le pays saigne. Un médiateur omanais qui croit encore que les mots peuvent arrêter les missiles. Des étudiants iraniens qui manifestent pendant qu’on négocie leur avenir sans eux. Et deux porte-avions qui tournent lentement dans les eaux du Golfe, attendant un ordre qui pourrait changer le siècle.
Jeudi. Genève. Une table. Des hommes en costume. Et dehors, le monde qui attend. On voudrait croire que la raison l’emportera. Que les mots seront plus forts que les armes. Mais on a vu trop souvent le contraire pour être naïf. Alors on espère. C’est tout ce qui reste quand les porte-avions sont en position et que les centrifugeuses sont à l’arrêt. L’espoir. Et le temps qui file.
Ce que l’histoire retiendra
Dans vingt ans, on relira les événements de février 2026 et on se demandera comment le monde a pu laisser les choses aller si loin. Comment un accord qui fonctionnait a pu être détruit par orgueil politique. Comment des millions de vies ont pu être suspendues à l’humeur d’un seul homme. Comment la diplomatie nucléaire — la chose la plus sérieuse que l’humanité ait jamais inventée — a pu être réduite à un bras de fer entre egos surdimensionnés.
Maintenant, vous savez. Les porte-avions sont en place. Les centrifugeuses sont à l’arrêt. La proposition arrive mardi. Le round commence jeudi. Et quelque part, entre Genève et le Golfe, entre la diplomatie et la guerre, le sort de millions de personnes se joue dans le silence feutré des salons diplomatiques et le grondement sourd des réacteurs nucléaires de l’USS Gerald Ford. La question n’est plus de savoir si l’Iran aura la bombe. La question est de savoir si quelqu’un — n’importe qui — aura le courage du compromis.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Axios — U.S.-Iran talks expected Thursday to discuss nuclear proposal (22 février 2026)
Al Jazeera — Oman confirms US-Iran talks will take place in Geneva on Thursday (22 février 2026)
PBS News — U.S. and Iran to hold next round of nuclear talks Thursday in Geneva (22 février 2026)
Sources secondaires
Al Jazeera — Iran says ‘good progrèss’ made in nuclear talks with US in Geneva (18 février 2026)
CNBC — U.S. tells Iran to make a deal amid Russia, Iran naval drills (19 février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.