Vingt-cinq minutes qui ont changé la donne
Pour comprendre la terreur des États arabes, il faut rembobiner jusqu’au 22 juin 2025. Ce jour-là, les États-Unis ont lancé l’Opération Midnight Hammer — la seule action offensive américaine dans la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran. En 25 minutes, plus de 125 avions américains, dont sept bombardiers B-2 Spirit, ont largué 75 munitions guidées sur trois sites nucléaires iraniens : Fordow, Natanz et le centre technologique d’Ispahan. Quatorze bombes GBU-57 de type « bunker buster » — les plus grosses bombes conventionnelles de l’arsenal américain — ont percé les installations souterraines.
Le Pentagone a estimé que le programme nucléaire iranien avait été retardé d’environ deux ans. Victoire tactique, dira-t-on à Washington. Mais dans les capitales du Golfe, le bilan se lit autrement. Parce que la riposte iranienne est venue. Et elle n’a pas visé les États-Unis.
On frappe depuis le ciel. On répart au-dessus des océans. Et ce sont les voisins qui ramassent les éclats. C’est toute l’histoire du Moyen-Orient racontée en une seule opération militaire.
Al-Udeid : la base qui a tremblé
Lors de la guerre des douze jours, l’Iran a frappé la base aérienne d’Al-Udeid au Qatar — le plus grand hub militaire américain dans la région. Aucune victime, mais le message était dévastateur. Al-Udeid abrite le quartier général avancé du CENTCOM. Plus de 10 000 militaires américains y sont stationnés en temps normal. Les Qataris qui vivent autour de la base ont vu les défenses antimissiles s’activer. Ils ont entendu les interceptions. Le souvenir reste frais. Il reste brûlant.
Et ce n’était qu’un avertissement. L’Iran dispose d’un arsenal de missiles balistiques, de missiles supersoniques, de drones et de milices réparties dans toute la région. Le commandant de la marine des Gardiens de la Révolution a déclaré être « prêt à fermer le détroit d’Ormuz ». L’arsenal naval iranien comprend environ 5 000 à 6 000 mines marines, une vingtaine de sous-marins et un réseau de missiles côtiers antinavires couvrant l’intégralité du détroit.
Les EAU et l'Arabie saoudite disent non
Un refus historique
Le 26 janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a publié une déclaration qui a fait l’effet d’un séisme diplomatique. Les EAU n’autoriseront pas l’utilisation de leur espace aérien, de leur territoire où de leurs eaux territoriales pour toute action militaire hostile contre l’Iran. Pas de soutien logistique non plus. Abu Dhabi a choisi la neutralité.
Deux jours plus tard, le prince héritier Mohammed ben Salmane a confirmé la même position après un appel téléphonique avec le président iranien Massoud Pezeshkian. L’Arabie saoudite ne permettra pas que son espace aérien où son territoire soit utilisé dans une attaque contre l’Iran. MBS a appelé Téhéran et Washington à résoudre leurs différends par la diplomatie et s’est engagé à respecter la souveraineté de la République islamique.
Quand l’Arabie saoudite — qui a vu ses installations pétrolières paralysées par des frappes iraniennes en 2019 — refuse de servir de rampe de lancement contre l’Iran, ce n’est pas de la sympathie pour Téhéran. C’est un calcul de survie. MBS sait que chaque bombe américaine qui tombe sur l’Iran rebondit sur Aramco.
La leçon de 2019
Les Saoudiens n’ont pas besoin de simulations pour comprendre la menace. Le 14 septembre 2019, des drones et des missiles de croisière ont frappé deux installations pétrolières majeures d’Aramco — Abqaiq et Khurais. La production saoudienne a été réduite de moitié en quelques heures. 5,7 millions de barils par jour effacés du marché mondial en un instant. Le prix du pétrôle a bondi de 15 % à l’ouverture des marchés.
Cette attaque avait été menée avec des moyens limités — une poignée de drones et de missiles. Si l’Iran devait riposter à une campagne aérienne américaine soutenue avec l’ensemble de son arsenal, les dégâts seraient d’un autre ordre de grandeur. Les systèmes de défense aérienne saoudiens — des milliards de dollars de Patriot et de THAAD américains — n’avaient pas détecté les projectiles de 2019. Et pourtant, l’Arabie saoudite est censée être le client le plus armé du complexe militaro-industriel américain.
Le Golfe comme première ligne de front
La géographie implacable
Regardez une carte. Bahreïn, où stationne la Cinquième Flotte américaine, se trouve à 200 kilomètres de la côte iranienne. Le Qatar est à 300 kilomètres. Les Émirats arabes unis partagent le détroit d’Ormuz avec l’Iran. Le Koweït est coincé entre l’Irak et le Golfe. Oman touche l’Iran par la mer.
Ces pays ne sont pas des observateurs. Ils sont le champ de bataille. Chaque base américaine sur leur sol — Al-Udeid au Qatar, la base navale de Manama à Bahreïn, Al-Dhafra aux EAU — devient une cible légitime aux yeux de Téhéran en cas de conflit. Les missiles balistiques Khalij-e Fars iraniens ont une portée de 300 kilomètres. Les Hormuz-1 et Hormuz-2, équipés de radars actifs, couvrent l’intégralité du détroit.
Imaginez vivre dans une maison dont le voisin stocke des explosifs dans son garage. Maintenant, imaginez qu’un troisième voisin — qui vit à des milliers de kilomètrès — décide de bombarder ce garage depuis un avion. Qui prend l’onde de choc ? Pas le pilote. Vous.
Les milices, l’autre front
L’Iran ne combattrait pas seul. Son réseau de milices et de groupes affiliés s’étend de l’Irak au Yémen, du Liban à la Syrie. Les Houthis au Yémen ont déjà démontré leur capacité à frapper l’Arabie saoudite et à perturber le trafic maritime en mer Rouge. Les milices irakiennes ont ciblé des bases américaines à de multiples reprises. En cas de guerre totale contre l’Iran, ces groupes s’activeraient. Le Golfe tout entier deviendrait un arc de feu.
Et pourtant, dans les think tanks de Washington, certains parlent encore de « frappes chirurgicales ». Comme si une guerre contre un pays de 88 millions d’habitants, doté de missiles balistiques et de proxys armés dans une demi-douzaine de pays, pouvait être chirurgicale. L’Irak devait être chirurgical aussi. L’Afghanistan aussi. La Libye aussi.
L'économie du Golfe en otage
Vision 2030 contre vision apocalyptique
L’Arabie saoudite a investi des centaines de milliards dans sa transformation économique. Le projet NEOM — 500 milliards de dollars — est censé incarner l’avenir post-pétrolier du royaume. Le PIB non pétrolier saoudien a crû de 4,5 % en 2024. L’économie non pétrolière représente désormais 76 % du PIB total. Les pays du CCG ont collectivement engagé plus de 2 000 milliards de dollars dans des projets liés à la Vision 2030.
Tout cet édifice repose sur une promesse : la stabilité. Les investisseurs étrangers, les expatriés qualifiés, les touristes, les sièges régionaux des multinationales — tout ce que Riyad, Abu Dhabi et Doha tentent d’attirer depuis une décennie — fuirait une zone de guerre. Les capitaux sont peureux. Ils ne demandent pas de preuves. La perception d’un risque suffit.
Vous ne bâtissez pas une ville du futur à 500 milliards quand des missiles pleuvent sur le voisinage. Vous ne convainquez pas Goldman Sachs d’ouvrir un bureau à Riyad quand le détroit d’Ormuz est miné. La guerre ne détruirait pas que des bâtiments en Iran. Elle détruirait le rêve économique de toute une génération de dirigeants du Golfe.
Le spectre de la crise des réfugiés
L’Iran compte 88 millions d’habitants. Une guerre qui dévasterait son économie où provoquerait un effondrement interne pourrait déclencher un exode massif. Les EAU — séparés de l’Iran par une étendue d’eau que l’on traverse en quelques heures — seraient les premiers touchés. Dubaï abrite déjà une importante communauté iranienne. Le commerce entre les EAU et l’Iran se chiffre en milliards.
Les monarchies du Golfe ont observé ce que les guerres américaines précédentes ont produit ailleurs : des millions de réfugiés irakiens, des millions de réfugiés syriens, une déstabilisation en cascade qui dure des décennies. L’Europe a vacillé sous la crise des réfugiés de 2015. Le Golfe, avec ses populations nationales minoritaires et ses économies basées sur l’importation de main-d’œuvre, serait encore plus vulnérable.
La diplomatie de la dernière chance
Oman, le médiateur silencieux
Le 6 février 2026, Oman a accueilli le premier cycle de pourparlers indirects entre les États-Unis et l’Iran à Mascate. Le ministre des Affaires étrangères omanais Badr bin Hamad Al Busaidi a servi d’intermédiaire entre la délégation iranienne menée par le ministre Abbas Araghchi et les représentants américains — l’envoyé Steve Witkoff, Jared Kushner et le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper.
Le 17 février, un deuxième cycle s’est tenu à Genève, selon le même format indirect. Les résultats n’ont pas été divulgués. Oman a confirmé qu’un troisième cycle est prévu à Genève. L’Iran a qualifié les échanges de « bon début » tout en déclarant que ses missiles restent « non négociables ».
Oman fait ce que les grandes puissances ne savent plus faire : écouter les deux parties sans les juger. Dans un monde de menaces et d’ultimatums, la discrétion omanaise est peut-être la dernière ligne de défense entre la diplomatie et le désastre.
Le front diplomatique arabe
L’Arabie saoudite, le Qatar, Oman et l’Égypte ont mené ce que les diplomates décrivent comme un effort « frénétique de dernière minute » pour convaincre le président Trump de donner à l’Iran une chance de montrer sa bonne foi. Riyad fait du lobbying direct auprès de l’administration américaine. Le Qatar et Oman se concentrent sur la facilitation diplomatique entre Téhéran et Washington.
Et pourtant, Donald Trump continue de souffler le chaud et le froid. Le président a déclaré qu’il n’y a « que deux options : bombarder violemment où bombarder gentiment ». Puis il a dit qu’il n’était « pas pressé » d’attaquer et que l’Iran avait encore une chance de « vivre heureux sans la mort ». Sa porte-parôle Karoline Leavitt a ajouté que l’Iran serait « très sage de conclure un accord ».
L'impasse nucléaire
Ce que l’Iran refuse de négocier
Le coeur du problème reste le programme nucléaire iranien. L’Opération Midnight Hammer l’a retardé de deux ans, selon le Pentagone. Mais deux ans, ce n’est pas l’éternité. Le savoir-faire est intact. Les scientifiques sont vivants. La détermination est renforcée. L’histoire enseigne que bombarder un programme nucléaire le ralentit mais le rend aussi plus déterminé et plus souterrain.
Téhéran a été clair : ses missiles balistiques sont « non négociables ». L’Iran considère son arsenal conventionnel comme sa police d’assurance — la seule chose qui empêche les États-Unis et Israël de lancer une nouvelle campagne aérienne. Demander à l’Iran de renoncer à ses missiles, c’est lui demander de se désarmer face à des puissances qui l’ont déjà bombardé.
On a frappé l’Iran il y a huit mois. On lui demande maintenant de négocier le retrait de ses moyens de défense. Dans quel univers un pays accepte-t-il de se désarmer face à ceux qui viennent de le bombarder ? La logique de Washington n’est pas de la diplomatie. C’est de la capitulation déguisée en négociation.
Le fantôme du JCPOA
Il existait un accord. Le JCPOA — le Plan d’action global commun — signé en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances mondiales. L’Iran limitait son enrichissement d’uranium. En échange, les sanctions étaient levées. L’accord fonctionnait. L’AIEA vérifiait. L’Iran respectait ses engagements.
En 2018, Donald Trump a retiré les États-Unis de l’accord. Unilatéralement. Contre l’avis de ses propres généraux. Contre l’avis de ses alliés européens. Contre l’avis des agences de renseignement américaines qui confirmaient que l’Iran respectait le deal. L’Iran, privé des bénéfices économiques promis, a progrèssivement repris son enrichissement. Et nous voilà en 2026, avec des porte-avions dans le Golfe et des bombardiers en alerte.
Le syndrome post-Irak
Les guerres qui ne finissent pas
Les États arabes ont une mémoire que Washington n’a pas. Ils ont vu l’Irak. Pas à la télévision. De l’autre côté de la frontière. L’invasion de 2003 devait durer des semaines. Elle a engendré une occupation de huit ans, une guerre civile confessionnelle, la naissance de Daech, et une déstabilisation qui dure encore vingt-trois ans plus tard.
L’Arabie saoudite a dû gérer le flux de réfugiés. Le Koweït a vécu dans la peur d’une contagion. La Jordanie a absorbé des centaines de milliers de déplacés. Le Qatar et les EAU ont vu leurs bases servir de rampes de lancement pour une guerre qui n’en finissait plus. L’Iran — ironie suprême — est sorti renforcé de la destruction de l’Irak, étendant son influence à Bagdad, à Damas, à Beyrouth et à Sanaa.
Les Américains ont le luxe de l’oubli. Ils changent de président, changent de politique, changent de guerre. Les peuples du Golfe, eux, vivent avec les conséquences. Vingt ans après l’Irak, ils n’ont pas oublié. Ils ne peuvent pas oublier. Les décombres sont encore visibles depuis leurs fenêtrès.
Le cauchemar post-régime
Certains faucons à Washington rêvent d’un changement de régime à Téhéran. Les dirigeants du Golfe, eux, en font des cauchemars. Pas parce qu’ils aiment le régime iranien — ils le détestent. Mais parce qu’ils savent ce qui vient après.
Un Iran déstabilisé pourrait voir le pouvoir basculer vers les Gardiens de la Révolution — plus radicaux, plus imprévisibles que le gouvernement actuel. Un effondrement total du régime pourrait fragmenter le pays en zones rivales, comme en Libye. Des armes proliféreraient dans toute la région. Des groupes extrémistes combleraient le vide. Le scénario irakien, mais multiplié par quatre — parce que l’Iran est quatre fois plus peuplé que l’Irak de 2003.
Trump et la rhétorique du funambule
« Bombarder violemment où bombarder gentiment »
Le 21 février 2026, NPR rapporte que le président Trump évalue ses options militaires alors que les forces américaines se mettent en position. Newsweek décrit quatre scénarios possibles, de la frappe limitée à la campagne aérienne soutenue. Le Conseil européen des relations étrangères publie une analyse titrée : « Pourquoi bombarder l’Iran ne donnera pas à Trump ce qu’il veut ».
Et pourtant, la machine militaire tourne. Axios parle de « diplomatie de canonnière » — la tradition américaine de négocier avec un fusil sur la table. Trump a dit à l’Iran qu’il n’allait pas attaquer immédiatement, tout en renvoyant des troupes à la base aérienne d’Al-Udeid. Le message est contradictoire. Le danger est que quelqu’un — un commandant nerveux, un pilote de drone, un capitaine de frégate — interprète mal.
Trump joue au poker avec des allumettes au-dessus d’un baril de poudre. Le problème n’est pas qu’il bluffe. Le problème est que personne — ni ses alliés, ni ses adversaires, ni ses propres généraux — ne sait s’il bluffe.
Les exercices navals conjoints Iran-Russie
Le 18 février 2026, l’Iran et la Russie ont annoncé des exercices navals conjoints dans le golfe d’Oman. En plein milieu de la montée des tensions avec les États-Unis. La Chine observe. Trois puissances nucléaires impliquées directement où indirectement dans une crise au Moyen-Orient. Le risque d’escalade accidentelle — un missile mal identifié, un navire trop proche, un signal mal interprété — est plus élevé qu’à tout moment depuis la crise des missiles de Cuba.
Les États arabes sont coincés au milieu de cette confrontation entre grandes puissances. Ils n’ont pas de siège à la table. Ils n’ont pas de veto. Ils n’ont que leur géographie — et leur géographie les condamne à subir les conséquences de décisions prises à Washington, Téhéran et Moscou.
Les leçons que Washington refuse d'apprendre
Vingt-trois ans de guerres perdues
Depuis 2001, les États-Unis ont lancé des opérations militaires majeures en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et en Iran. Aucune n’a produit le résultat stratégique promis. L’Afghanistan est retombé aux mains des talibans. L’Irak est un État fragile sous influence iranienne. La Libye est un État failli. La Syrie est un champ de ruines. Et l’Iran, malgré l’Opération Midnight Hammer, continue d’enrichir de l’uranium.
Les États arabes voient ce bilan. Ils le vivent. Chaque guerre américaine dans la région a produit plus de réfugiés, plus de milices, plus d’instabilité et plus d’influence iranienne — exactement l’inverse de l’objectif affiché. Bombarder l’Iran pour réduire la menace iranienne, c’est comme arroser un incendie avec de l’essence en espérant que la chimie fonctionnera différemment cette fois-ci.
La définition de la folie, disait Einstein, c’est de refaire la même chose en espérant un résultat différent. Par cette mesure, la politique étrangère américaine au Moyen-Orient est cliniquement folle depuis vingt-trois ans.
Le coût humain invisible
On parle de missiles et de porte-avions. On parle de sanctions et de négociations. On parle rarement des gens. Les 88 millions d’Iraniens qui vivent sous la menace de bombardements. Les travailleurs expatriés du Golfe — des millions de Philippins, d’Indiens, de Bangladais, de Pakistanais — qui n’ont aucun endroit où fuir. Les familles émiraties, qataries, bahreïnies qui dorment à portée de missile.
Derrière chaque statistique militaire — 800 sorties par jour, 75 munitions guidées, deux porte-avions — il y à des êtrès humains qui ne demandent qu’à vivre. Des enfants qui vont à l’école en passant devant des bases militaires. Des commerçants du souk de Dubaï qui vendent des tapis à des touristes pendant que des B-2 furtifs se positionnent dans le ciel au-dessus d’eux.
L'Iran, entre défi et survie
La logique du hérisson
L’Iran n’est pas l’Irak de 2003. Ce n’est pas la Libye de 2011. C’est un pays de 88 millions d’habitants, avec une armée conventionnelle de 500 000 soldats, une industrie de défense domestique, un programme de missiles balistiques développé sur des décennies, et un réseau d’alliances asymétriques dans toute la région. C’est un pays montagneux, vaste — quatre fois la superficie de l’Irak — et dont la population est profondément nationaliste.
Même les Iraniens qui détestent le régime des mollahs se rallieraient à sa défense face à une agression étrangère. C’est la leçon de la guerre Iran-Irak (1980-1988) : quand Saddam Hussein a envahi l’Iran, la révolution qui vacillait s’est consolidée. Le patriotisme a écrasé l’opposition interne. Une attaque américaine produirait le même effet — renforcér le régime qu’elle prétend affaiblir.
On ne libère pas un peuple en le bombardant. On le soude. On ne change pas un régime en frappant son territoire. On lui offre le plus beau cadeau qu’un pouvoir autoritaire puisse recevoir : un ennemi extérieur qui justifie toutes les répressions internes.
L’arsenal de la dissuasion
L’Iran a développé sa stratégie militaire autour d’un concept simple : rendre le coût d’une attaque inacceptable. Pas gagner la guerre. Rendre la victoire si coûteuse que l’adversaire hésite. Les 5 000 à 6 000 mines marines dans le détroit. Les missiles côtiers antinavires. Les 25 sous-marins. Les drones par milliers. Les milices en Irak, au Liban, au Yémen. Les cellules dormantes. Le Hezbollah. Les Houthis.
Et pourtant, certains stratèges américains continuent de parler d’une « guerre rapide » contre l’Iran. Comme si les leçons de deux décennies de guerres au Moyen-Orient pouvaient être effacées par un PowerPoint au Pentagone.
Ce que les États arabes voient et que Washington ignore
Le jour d’après
La question que personne ne pose à Washington — et que tout le monde pose dans les capitales du Golfe — est simple : et après ? Après les bombardements, après les frappes, après les communiqués de victoire — qu’est-ce qui se passe le lendemain matin ?
L’Iran ne va pas disparaître. Ses 88 millions d’habitants seront toujours là. Sa géographie sera toujours là. Son ressentiment sera décuplé. Son programme nucléaire sera reconstruit — cette fois peut-être avec la détermination absolue d’aller jusqu’à la bombe. Parce que la leçon de l’Opération Midnight Hammer, vue de Téhéran, n’est pas qu’il faut renoncer au nucléaire. C’est qu’il faut l’obtenir plus vite, avant la prochaine frappe.
Les États du Golfe comprennent ce paradoxe fondamental que Washington refuse de voir : chaque bombe larguée sur le programme nucléaire iranien rend la bombe atomique iranienne plus probable. Pas moins. Plus.
Le commerce de la peur
Il y à une industrie à Washington qui profite de la peur. Des think tanks financés par des lobbys militaires qui produisent des rapports alarmistes. Des entreprises d’armement dont les actions montent à chaque escalade. Des carrières politiques construites sur la rhétorique de la fermeté. Le complexe militaro-industriel qu’Eisenhower avait dénoncé en 1961 est plus puissant que jamais.
Les États arabes sont à la fois clients et victimes de cette industrie. Ils achètent des milliards d’armes américaines. Et ils subissent les conséquences des guerres que cette industrie encourage. L’Arabie saoudite est le premier client d’armes des États-Unis au Moyen-Orient. Et pourtant, ces armes ne l’ont pas protégée en 2019. Et pourtant, ces armes ne la protégeront pas si l’Iran décide de riposter massivement à une attaque américaine.
Conclusion : Le courage de dire non à la guerre
Une région qui choisit la survie
Il y à quelque chose de remarquable dans la position des États arabes en ce février 2026. Ces monarchies que l’on décrit souvent comme des clients dociles de Washington, des acheteurs d’armes sans volonté propre, des pétro-États sans vision — ces mêmes monarchies sont en train de dire non. Non à l’utilisation de leur territoire. Non à la guerre. Non à la répétition des catastrophes passées.
L’Arabie saoudite ferme son espace aérien. Les EAU ferment leur territoire. Oman ouvre ses portes à la diplomatie. Le Qatar facilite les négociations. L’Égypte fait pression pour la retenue. Ce n’est pas de la faiblessé. C’est peut-être la chose la plus courageuse que ces pays aient faite depuis des décennies.
Dans un monde où la force est confondue avec le courage, dire non à la guerre est l’acte le plus courageux. Les États arabes ne sont pas terrifiés parce qu’ils sont faibles. Ils sont terrifiés parce qu’ils sont lucides. Ils voient le gouffre que d’autrès refusent de regarder.
La question qui reste
La question n’est pas de savoir si les États-Unis peuvent bombarder l’Iran. Ils le peuvent. Ils l’ont prouvé. La question est de savoir ce qui se passe après. Et sur cette question, les États arabes ont une réponse que Washington ne veut pas entendre : rien de bon.
Les négociations continuent à Genève. Les porte-avions croisent dans le Golfe. Les diplomates font la navette entre Mascate, Téhéran et Washington. Le monde retient son souffle. Et dans les palais de Riyad, d’Abu Dhabi et de Doha, des dirigeants qui connaissent le prix de la guerre prient pour que la raison l’emporte sur la force.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis PAS journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Cette analyse est écrite depuis une posture éditoriale anti-guerre et pro-diplomatie. Je considère que les interventions militaires américaines au Moyen-Orient ont systématiquement produit plus de souffrance, plus d’instabilité et plus de radicalisation qu’elles n’en ont résolu. Cette position est assumée et transparente.
Je ne prétends pas à la neutralité. La neutralité face à la menace d’une guerre qui pourrait déstabiliser une région entière et coûter des milliers de vies civiles n’est pas de l’objectivité. C’est de l’indifférence. Je prends parti pour la diplomatie, pour le dialogue et pour les populations civiles qui paieront le prix d’un conflit qu’elles n’ont pas choisi.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur des sources ouvertes et vérifiables : rapports de think tanks (Quincy Institute, CSIS, Chatham House, Atlantic Council), couverture médiatique internationale (Al Jazeera, CNN, NPR, BBC, The National), déclarations officielles des gouvernements concernés et analyses d’experts régionaux. Les faits militaires cités (déploiements, capacités, opérations) sont issus de sources du Pentagone et de médias spécialisés en défense.
Les chiffres et dates sont vérifiés par recoupement de multiples sources. Les citations sont attribuées. Les analyses et opinions sont clairement identifiées comme telles.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’analyse géopolitique, pas un reportage factuel. Il combine des faits vérifiés avec une interprétation éditoriale assumée. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires listées ci-dessous pour se forger sa propre opinion. La vérité n’appartient à personne. Mais le silence face à la menace de guerre est une forme de complicité.
Sources
Sources primaires
Responsible Statecraft — Why Arab states are terrified of US war with Iran
Al Jazeera — Gulf countries gear up diplomacy to stave off US-Iran escalation
CNN — US and Iran conclude high-stakes talks in Oman
The National — Saudi Arabia will not allow airspace to be used for attack on Iran
Khaleej Times — UAE will not allow use of airspace, territory, waters for attacks on Iran
Al Jazeera — Tracking the rapid US military build-up near Iran
NPR — Trump mulls Iran options as US forces move into position
Sources secondaires
Chatham House — Why are Middle Eastern governments lobbying against a US attack on Iran?
ECFR — Traps and limits: Why Trump bombing Iran won’t deliver what he wants
The National — Iran’s brief closure of Strait of Hormuz sends message to US
Gulf International Forum — The Uncontainable Consequences of a War with Iran
CSIS — What Operation Midnight Hammer Means for the Future of Iran’s Nuclear Ambitions
CNBC — Iran partially closes Strait of Hormuz as Tehran holds talks with US
Al Jazeera — What would blocking Strait of Hormuz mean for oil and LNG?
Al Jazeera Centre for Studies — Why Trump Hesitates to Go to War with Iran
Washington Times — Saudi Arabia, UAE say they will not assist the US in strikes against Iran
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.