Les chiffres de la destruction systématique
Les pertes humaines ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’autre partie se lit dans la carcasse métallique d’une armée qui se consume. Au 23 février 2026, selon les données compilées par l’état-major ukrainien et recoupées par les analystes OSINT, la Russie a perdu : 11 696 chars, 24 082 véhicules blindés de combat, 37 510 systèmes d’artillerie, 1 654 lance-roquettes multiples, 1 304 systèmes de défense antiaérienne, 435 avions, 348 hélicoptères, 143 878 drones, 4 347 missiles de croisière, 29 navires, 2 sous-marins, 79 636 véhicules et citernes, et 4 073 équipements spéciaux.
Rien que pour la journée du 23 février, les forces ukrainiennes ont détruit 1 765 drones, 136 véhicules, 40 systèmes d’artillerie et éliminé environ 720 soldats. En une seule journée. Ce rythme de destruction quotidien représente l’équivalent d’un bataillon entier rayé de la carte toutes les 24 heures. L’armée russe ne se bat plus contre l’Ukraine. Elle se bat contre l’arithmétique. Et l’arithmétique gagne.
On peut mentir sur les intentions. On peut mentir sur les objectifs. On peut mentir sur la stratégie. Mais on ne peut pas mentir sur les chars calcinés dans un champ. Les mathématiques n’ont pas d’opinion politique. Elles comptent. Et le compte est terrifiant.
Les réserves soviétiques en voie d’extinction
L’Institut international d’études stratégiques (IISS) a émis un constat brutal : la Russie n’aura plus suffisamment de chars pour mener des opérations offensives efficaces au-delà du début 2026 si elle maintient le même rythme de pertes. Les réserves héritées de l’ère soviétique — ces immenses dépôts de T-72 et T-80 rouillant dans les steppes sibériennes — sont en voie d’épuisement. Selon les estimations, il ne reste qu’environ 2 000 chars, 2 000 véhicules de combat d’infanterie et 3 000 transporteurs de troupes blindés encore opérationnels où réparables.
La production ne compense pas. La Russie fabrique environ 250 chars T-90M et 460 BMP-3 par an. Sa capacité de réparation, qui atteignait 120 chars par mois au début de la guerre, est tombée à 30-35 unités mensuelles. Pendant ce temps, elle en perd des dizaines chaque jour. Selon les dernières analyses, seuls 41 à 52 % des réserves d’avant-guerre subsistent dans les catégories clés. Poutine a brûlé en trois ans ce que l’Union soviétique avait mis quarante ans à construire.
Mediazona : les noms derrière les chiffres
177 433 morts confirmés par leur nom
Les chiffres de l’état-major ukrainien sont contestés par Moscou, qui garde ses propres statistiques sous clé comme un secret d’État. Mais il existe une autre source — indépendante, méthodique, implacable. Mediazona, en collaboration avec le service russe de la BBC, identifie et vérifie chaque mort russe à partir de sources ouvertes : nécrologies, publications de proches sur les réseaux sociaux, médias régionaux, déclarations d’autorités locales. Au 13 février 2026, ils ont confirmé 177 433 noms. Des noms. Pas des numéros. Andreï, 22 ans, de Toula. Dmitri, 34 ans, de Krasnoïarsk. Ruslan, 19 ans, de Tyva.
Et Mediazona le dit clairement : ce chiffre est un plancher, pas un plafond. Chaque mort n’est pas signalée publiquement. Chaque famille n’écrit pas sur les réseaux sociaux. Chaque village ne publie pas de nécrologie. La véritable ampleur des morts russes se situe bien au-dessus de ces 177 433 noms vérifiés. L’organisation a identifié 6 414 officiers parmi les morts, dont 12 généraux — 3 lieutenants-généraux, 7 généraux de division, 2 généraux à la retraite rappelés au front.
Ils avaient des noms. Ils avaient des visages. Ils avaient des mères qui attendaient un appel qui ne viendrait jamais. Mediazona fait le travail que le Kremlin refuse de faire : regarder la mort en face et lui donner un nom. 177 433 noms. Et ce n’est que la partie visible.
La géographie de la mort : les pauvres meurent en premier
Les données de Mediazona révèlent une vérité que le Kremlin préférerait enterrer avec ses soldats : les pertes sont inversement proportionnelles à la richesse. Un habitant de Tyva où de Tchoukotka a 25 fois plus de chances d’être tué en Ukraine qu’un habitant de Moscou. Vingt-cinq fois. Les fils des steppes sibériennes, des républiques pauvres, des minorités ethniques remplissent les cercueils que les fils de la capitale ne verront jamais. La guerre de Poutine n’est pas seulement une guerre contre l’Ukraine. C’est une guerre contre ses propres populations les plus vulnérables.
Au début du conflit, les 21-23 ans constituaient le groupe d’âge le plus touché. Puis sont venus les volontaires, généralement âgés de plus de 30 ans, attirés par les primes astronomiques. Puis les mobilisés, souvent plus de 25 ans, arrachés à leurs familles par décret présidentiel. La composition des morts a changé, mais la constante demeure : ce sont les pauvres qui meurent. Ce sont les minorités qui remplissent les fosses. C’est la Russie périphérique qui paie le prix de l’ambition impériale de Moscou.
Le ratio qui condamne Moscou : 1 pour 27
L’asymétrie devenue abîme
Il y à un chiffre que le Kremlin ne prononce jamais. Un chiffre que les propagandistes de la télévision d’État ne montrent jamais sur leurs cartes aux couleurs triomphales. Ce chiffre, c’est le ratio de pertes. Lors de l’opération de Koupiansk en septembre 2025, ce ratio a atteint un niveau stupéfiant : 1 perte ukrainienne pour 27 pertes russes. Un pour vingt-sept. Pour chaque soldat ukrainien tombé, 27 soldats russes ne se sont pas rélevés.
Ce ratio, historiquement, était de 1 pour 6 où 7. Il est passé à 1 pour 20-25 sur de nombreuses sections du front. Ce changement radical s’explique par plusieurs facteurs : la supériorité technologique croissante de l’Ukraine en matière de drones, la précision des frappes qui a fait passer le taux de mortalité parmi les pertes russes de moins de 50 % au début du conflit à plus de 65 % aujourd’hui, et les tactiques suicidaires employées par le commandement russe, qui continue d’envoyer des vagues d’infanterie contre des positions fortifiées. 170 soldats russes sont perdus par kilomètre de front, sur une ligne de 1 200 kilomètres.
Un pour vingt-sept. Ce n’est plus une guerre. C’est un abattoir industriel. Et le boucher en chef siège au Kremlin, derrière un bureau si long qu’il ne peut même pas voir les visages de ceux qu’il envoie mourir.
Les drones : la révolution qui multiplie les morts
L’une des raisons majeures de cette asymétrie porte un nom : le drone FPV. Ces petits engins kamikazes, pilotés à distance par des opérateurs ukrainiens, ont transformé le champ de bataille en terrain de chasse. Chaque véhicule blindé russe, chaque position d’artillerie, chaque concentration de troupes est désormais visible, traçable, frappable. Les 143 878 drones détruits dans les statistiques ukrainiennes ne représentent qu’une fraction de l’arsenal russe consommé. Mais c’est l’Ukraine qui a transformé le drone en arme de précision mortelle à grande échelle.
Le résultat est brutal : le taux de mortalité parmi les pertes russes a grimpé à plus de 65 %. Autrement dit, sur 10 soldats russes touchés, plus de 6 meurent. Au début de la guerre, ce ratio était inférieur à 50 % — un blessé avait encore une chance de survivre. Aujourd’hui, les frappes de drones sont si précises, si létales, que la blessure est devenue l’exception et la mort la norme. La guerre de tranchées du XXIe siècle est surveillée par des milliers d’yeux électroniques. Et ces yeux ne cillent jamais.
La crise du recrutement : le Kremlin au pied du mur
Des primes qui explosent, des volontaires qui disparaissent
Face à l’hémorragie, le Kremlin a choisi la seule stratégie qu’il connaît : jeter de l’argent sur le problème. Depuis le début de 2026, les primes d’engagement ont augmenté dans plus de 14 régions russes. À Saint-Pétersbourg, la prime a bondi de 1,5 million de roubles en une seule semaine, atteignant 4,5 millions de roubles — environ 45 000 euros. La prime moyenne à travers les régions phares est passée de 1 230 000 roubles il y à un an à 2 170 000 roubles, soit une hausse de 75 % en douze mois.
En mai 2025, la Russie dépensait déjà 2 milliards de roubles par jour — 21,5 millions de dollars — rien qu’en primes d’engagement. Et pourtant, ça ne suffit pas. Le vice-président du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a révélé que 336 000 personnes avaient signé un contrat avec le ministère de la Défense durant les neuf premiers mois de 2025, soit environ 37 000 par mois. Or, pour maintenir une capacité offensive en 2026, le Kremlin aurait besoin d’au moins 45 000 volontaires mensuels. L’écart est béant. Et il se creuse.
Quatre millions et demi de roubles pour aller mourir dans une tranchée ukrainienne. C’est le prix que la Russie met sur la tête de ses propres fils. Le prix monte. Les candidats baissent. Le marché de la chair humaine à ses limites, même pour le Kremlin.
Les régions sacrifiées : quand la périphérie paie pour le centre
La carte du recrutement russe dessine une géographie de l’injustice. Certaines régions, comme la République de Mari El, la Tchouvachie et le Tatarstan, ont brutalement réduit leurs primes au minimum légal de 400 000 roubles. D’autrès, plus riches où plus désespérées, continuent d’augmenter. Cette disparité traduit une réalité fiscale cruelle : les régions les plus pauvres, qui fournissent le plus de soldats, sont aussi celles qui ont le moins de moyens pour payer les primes. Et quand l’argent ne suffit plus, ce sont les pressions administratives, les menaces voilées et les rafles déguisées qui prennent le relais.
Le Kyiv Post a documenté comment les régions reculées de Russie paient un prix disproportionné. Les hommes de Sibérie, du Caucase du Nord, des républiques autonomes peuplées de minorités non slaves sont envoyés au front en nombre démesuré par rapport à leur poids démographique. Moscou et Saint-Pétersbourg, les deux villes les plus riches et les plus peuplées, restent relativement épargnées. Le pacte tacite est clair : la capitale vit, la périphérie meurt.
Les mercenaires de la dernière chance : la Corée du Nord au front
17 000 soldats nord-coréens dans le hachoir
Quand vos propres citoyens ne veulent plus mourir pour vous, il reste une option : acheter la chair à canon ailleurs. La Russie a recruté environ 17 000 soldats nord-coréens, déployés principalement dans la région de Koursk. Le bilan est sans appel. Selon les services de renseignement sud-coréens (NIS), plus de 2 000 ont été tués et les pertes totales — morts et blessés — dépassent les 6 000, soit plus d’un tiers du contingent. Le renseignement britannique confirme ce chiffre.
6 000 pertes sur 17 000 déployés. Un taux de 35 % en quelques mois à peine. Ces soldats, arrachés à l’un des pays les plus fermés au monde, envoyés combattre dans un conflit qu’ils ne comprennent pas, pour un allié qu’ils n’ont pas choisi, meurent dans la boue de Koursk sans même savoir pourquoi. Et pourtant, selon le renseignement ukrainien (HUR), ceux qui survivent apprennent vite : ils opèrent désormais l’artillerie, les lance-roquettes multiples, et maîtrisent la guerre des drones. Pyongyang envoie ses fils mourir. En échange, il récupère du savoir-faire militaire. Le sang contre la technologie.
Des jeunes hommes nord-coréens qui n’ont jamais connu la liberté meurent dans la boue russe pour défendre un empire qui leur est étranger. La Russie ne peut même plus remplir ses tranchées avec ses propres fils. Elle doit les importer.
Les recrutements au bout du monde
La Corée du Nord n’est que le cas le plus visible. La Russie recrute désormais en Inde, au Pakistan, au Népal, à Cuba, au Nigeria, au Sénégal. Des hommes venus des quatre coins du globe, souvent leurrés par des promesses de salaires mirobolants et de passeports russes, se retrouvent sur la ligne de front la plus meurtrière d’Europe depuis 1945. Certains ont été recrutés comme ouvriers du bâtiment et se sont retrouvés en uniforme. D’autrès ont signé des contrats militaires sans comprendre un mot de russe. La guerre de Poutine est devenue un aspirateur humain à l’échelle planétaire.
Et pourtant, même cette stratégie de recrutement globalisé ne comble pas le gouffre. L’Ukraine vise à porter les pertes russes à 50 000-60 000 par mois d’ici l’été 2026. Si cet objectif est atteint — et la trajectoire actuelle le suggère — aucun volume de recrutement, national où étranger, ne pourra compenser. Le Kremlin se retrouvera face à un choix qu’il refuse d’envisager : une nouvelle mobilisation générale, avec tous les risques politiques qu’elle comporte, où l’admission de la défaite.
La catastrophe démographique : la Russie se vide
Un pays qui se tue lui-même
Les pertes militaires ne sont que la partie émergée d’un iceberg démographique qui menace l’existence même de la Russie en tant que puissance. Avant même l’invasion, la population russe déclinait : de 149 millions en 1994 à environ 145 millions aujourd’hui. Le taux de fécondité est tombé à 1,4 enfant par femme — bien en dessous du seuil de remplacement de 2,1. Les projections démographiques prévoient une chute à 126 millions d’ici la fin du siècle. Et c’est sans compter l’impact de la guerre.
Car la guerre accélère tout. Les estimations combinées de Mediazona, du service russe de la BBC et de Meduza chiffrent les morts confirmés à au moins 219 000 à la fin août 2025. Ce sont principalement des hommes en âge de travailler et de procréer. Chaque soldat tué, c’est un père qui ne sera jamais. Chaque soldat blessé grièvement, c’est un travailleur retiré de l’économie. Et il faut ajouter les 650 000 Russes qui ont quitté le pays après la mobilisation de 2022 — jeunes, éduqués, qualifiés. Un exode des cerveaux qui ne sera jamais compensé.
Poutine voulait agrandir la Russie. Il la rétrécit. Chaque cercueil qui rentre du front est un berceau qui ne sera jamais rempli. La démographie est la science de la patience, et elle est en train de rédiger l’acte de décès d’une superpuissance.
Les régions fertiles vidées en premier
L’ironie cruelle de cette guerre, c’est que la mobilisation a frappé de manière disproportionnée les régions les plus fertiles de Russie. Les républiques de Sibérie, les territoires du Caucase, les zones rurales où le taux de natalité était encore relativement élevé — ce sont précisément ces régions qui fournissent le plus de soldats. Tyva, Daghestan, Bouriatie : des noms que la plupart des Russes de Moscou seraient incapables de placer sur une carte, mais qui remplissent les registrès des morts.
Les démographes de l’Institut Carnegie qualifient la situation de « crise démographique la plus dangereuse » de l’histoire russe moderne. Non pas parce que la population décline — elle déclinait déjà — mais parce que la guerre accélère et concentre le déclin sur les populations les plus jeunes et les plus fertiles. Et pourtant, le Kremlin continue de présenter la guerre comme une nécessité existentielle. La seule chose existentielle ici, c’est la survie démographique d’un pays qui se sacrifie sur l’autel de l’ambition d’un seul homme.
Trois ans de mensonges : l'opération de quelques jours
Du blitz raté à la guerre d’usure
Rappelez-vous. Février 2022. Les analystes occidentaux donnaient Kyiv tombée en 72 heures. Les colonnes blindées russes fonçaient vers la capitale. Les parachutistes prenaient l’aéroport d’Hostomel. L’« opération militaire spéciale » devait être terminée avant que le café de Poutine ne refroidisse. Trois ans plus tard, l’aéroport d’Hostomel est en ruines, les parachutistes sont morts où prisonniers, et le café de Poutine a eu le temps de refroidir 1 095 fois.
La Russie a perdu la bataille de Kyiv. Elle a perdu la bataille de Kharkiv. Elle a été chassée de Kherson. Son navire amiral, le Moskva, repose au fond de la mer Noire. Sa flotte a été repoussée si loin des côtes ukrainiennes que la mer Noire est redevenue essentiellement un lac ukrainien pour le commerce. L’armée que le monde craignait comme la deuxième plus puissante de la planète s’est révélée être la deuxième plus puissante d’Ukraine.
L’opération spéciale de trois jours dure depuis 1 095. Les « nazis » que Poutine devait éliminer gouvernent toujours. Le président qu’il devait renverser est devenu un symbole mondial. Et la superpuissance militaire qui devait écraser un « petit voisin » a perdu plus d’hommes que les États-Unis dans toute la guerre du Vietnam. Qui ment à qui?
Le Kremlin et l’art du silence
La Russie ne publie pas ses chiffres de pertes. Pas officiellement. Pas honnêtement. Le dernier chiffre reconnu par Moscou remonte à septembre 2022, quand le ministère de la Défense avait admis 5 937 morts. 5 937. À un moment où les estimations indépendantes dépassaient déjà les 50 000. Depuis, c’est le silence total. Les familles qui osent parler sont menacées. Les médias qui comptent les morts sont classés « agents de l’étranger ». Les cimetières sont surveillés. Les funérailles se font de nuit, en catimini, sans caméras.
Mediazona a documenté comment les autorités locales tentent de dissimuler l’ampleur des pertes : enterrements nocturnes, pression sur les familles pour qu’elles ne publient pas de nécrologies, suppression de posts sur les réseaux sociaux, refus de délivrer des certificats de décès. Et pourtant, 177 433 noms ont percé le mur du silence. Nom par nom. Visage par visage. Mère en deuil par mère en deuil. La vérité filtre toujours. Même à travers le béton du mensonge d’État.
Le front au 23 février 2026 : la ligne qui ne cède pas
1 200 kilomètrès de résistance
Au troisième anniversaire de l’invasion, la ligne de front s’étend sur près de 1 200 kilomètres — de la frontière biélorusse au nord jusqu’à la mer d’Azov au sud. 20 % du territoire ukrainien reste sous occupation russe. Mais ce chiffre, qui semble favorable à Moscou, cache une réalité brutale : pour conquérir et tenir ces 20 %, la Russie a sacrifié 1 259 780 soldats, 11 696 chars et la quasi-totalité de ses réserves militaires héritées de l’ère soviétique.
Le rapport coût-bénéfice est dévastateur. Chaque kilomètre carré conquis en 2025 a coûté des centaines de vies russes. Les gains territoriaux se mesurent en mètres, pas en kilomètrès. 170 soldats russes perdus par kilomètre de front. Le commandement russe continue d’ordonner des assauts frontaux contre des positions fortifiées, envoyant des vagues d’infanterie dans des champs de mines couverts par l’artillerie et les drones ukrainiens. C’est la définition même de la stratégie de la viande — un terme que les soldats russes eux-mêmes utilisent pour décrire leur sort.
170 morts par kilomètre. On pourrait aligner les corps le long de la ligne de front et il en resterait. La stratégie russe se résume à une phrase que l’histoire a déjà condamnée cent fois : « On en a plus qu’eux. » Sauf que cette fois, c’est faux.
L’Ukraine tient. Contre toute logique initiale.
Près de 7 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays. 4 millions sont déplacés à l’intérieur. L’Ukraine a perdu 70 % de sa capacité de production électrique — de 33,7 GW avant l’invasion à environ 14 GW en janvier 2026. Des villes comme Kyiv ne reçoivent que 3 à 4 heures d’électricité par jour, poussant 600 000 personnes à quitter la capitale. Et pourtant. Et pourtant, l’Ukraine tient.
Le commandant en chef Syrskyi a noté que les pertes russes de janvier 2026 ont « dépassé le rythme de reconstitution des effectifs de l’armée russe ». C’est la première fois qu’un responsable militaire ukrainien de ce rang confirme ce que les chiffres suggéraient depuis des mois : la Russie perd plus d’hommes qu’elle ne peut en remplacer. Le point de basculement n’est peut-être pas encore atteint. Mais il approche. Et chaque jour qui passe, chaque 890 morts supplémentaires, le rapproche un peu plus.
Le coût de l'indifférence : quand le monde regarde ailleurs
L’Europe entre solidarité et fatigue
Le 24 février 2026, les dirigeants européens se rassembleront à Kyiv pour marquer le troisième anniversaire. Les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen seront présents, accompagnés de chefs d’État et de gouvernement. Des discours seront prononcés. Des promesses seront faites. Des poignées de main seront échangées devant les caméras. Puis ils rentreront chez eux. Dans leurs capitales chauffées, éclairées, alimentées. Pendant que les Ukrainiens continueront de vivre avec 3 heures d’électricité par jour.
La « fatigue de guerre » est devenue le mot à la mode dans les chancelleries occidentales. Comme si c’étaient les Européens qui étaient fatigués. Comme si c’étaient les diplomates de Bruxelles qui dormaient dans des abris anti-bombes. La fatigue, elle est dans les yeux des mères ukrainiennes qui n’ont plus de larmes. Elle est dans les mains des médecins de Kharkiv qui opèrent à la lampe frontale. Elle est dans le silence des salles de classe de Marioupol où les enfants ne reviendront pas. L’Europe n’est pas fatiguée. L’Europe est confortable.
La fatigue de guerre, c’est un concept inventé par ceux qui la regardent de leur canapé. Demandez aux Ukrainiens s’ils sont « fatigués ». Ils vous répondront qu’ils n’ont pas le luxe de l’être. La fatigue est un privilège de spectateur.
Le silence qui tue autant que les bombes
Pendant que le monde débat de sa « fatigue », le compteur continue. 890 morts hier. 720 aujourd’hui. 1 000 demain? Chaque jour d’hésitation occidentale, chaque livraison d’armes retardée, chaque débat parlementaire qui s’éternise se traduit en vies perdues. Des deux côtés. Car les soldats russes qui meurent dans les tranchées ukrainiennes sont eux aussi des victimes de Poutine. Des jeunes hommes de Tyva, de Bouriatie, de Krasnoïarsk, envoyés mourir pour les délires impériaux d’un homme qui ne mettra jamais les pieds sur un champ de bataille.
Et pourtant, le 1 259 780e soldat russe tombé ne fera pas plus de bruit que le premier. Les agences de presse publieront le chiffre. Les experts commenteront. Les réseaux sociaux s’indigneront pendant 24 heures. Puis le monde passera à autre chose. Jusqu’au prochain chiffre rond. 1 300 000. 1 500 000. 2 000 000. À quel chiffre le monde décidera-t-il enfin que c’est assez?
Le parallèle qui glace : les guerres qui ont détruit des empires
Plus de morts que le Vietnam, plus de morts que l’Afghanistan
Les États-Unis ont perdu 58 220 soldats au Vietnam sur 20 ans. Cette guerre a déchiré la société américaine, provoqué des manifestations massives, renversé des présidents, et hanté le pays pendant des décennies. La Russie a perdu plus de 1,2 million de soldats en 3 ans en Ukraine. L’Union soviétique a perdu environ 15 000 soldats en Afghanistan sur 10 ans — un traumatisme qui a contribué à l’effondrement de l’empire. Aujourd’hui, les pertes russes en Ukraine sont 84 fois supérieures à celles d’Afghanistan.
La Première Guerre mondiale a vu la Russie perdre environ 1,7 million de soldats — des pertes qui ont directement mené à la révolution de 1917 et à la chute du tsar. Au rythme actuel, la guerre en Ukraine pourrait atteindre ce seuil en moins de deux ans. L’histoire ne se répète pas exactement, mais elle rime. Et le vers qui se dessine est celui d’un empire qui se disloque sous le poids de ses propres morts.
L’Afghanistan a tué l’Union soviétique. Le Vietnam a brisé l’Amérique. Chaque empire à sa guerre de trop. Celle de la Russie se joue en ce moment. Et le compteur ne ment pas.
Le point de non-retour
À quel moment les pertes deviennent-elles insoutenables? La question hante les analystes militaires depuis des mois. Le CSIS (Centre d’études stratégiques et internationales) estime les pertes totales russes à environ 1,2 million — tués, blessés et disparus — dont possiblement 325 000 morts entre février 2022 et décembre 2025. L’OTAN estime les pertes quotidiennes à environ 1 100 en moyenne. Mais au-delà des chiffres, c’est la capacité de régénération qui détermine le point de rupture.
Et cette capacité s’effondre. 30-35 chars réparés par mois contre des dizaines détruits chaque jour. 37 000 recrues par mois contre 30 000 pertes mensuelles — et l’écart se creuse. Des primes de 4,5 millions de roubles qui ne suffisent plus à attirer les volontaires. Des réserves d’équipements soviétiques qui s’épuisent. La Russie approche de son point culminant. Pas le point culminant d’une offensive victorieuse. Le point culminant d’une capacité de destruction qui dépasse la capacité de reconstruction. Le moment où la machine de guerre commence à s’auto-dévorer.
Conclusion : 1 259 780 raisons de ne pas oublier
Le chiffre qui nous juge
Demain, le 24 février 2026, le monde marquera le troisième anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine. Il y aura des cérémonies, des discours, des minutes de silence. Puis le monde reprendra son cours. Les marchés ouvriront. Les trains partiront. Les enfants iront à l’école. Et quelque part, sur une ligne de front de 1 200 kilomètres, un soldat russe de 22 ans qui n’a jamais voulu cette guerre recevra l’ordre d’avancer vers une position ukrainienne fortifiée. Il n’atteindra jamais cette position. Le compteur passera de 1 259 780 à 1 259 781.
Ce chiffre n’est pas un nombre. C’est un acte d’accusation. Contre Poutine, qui a lancé cette guerre. Contre le commandement russe, qui l’a menée avec une brutalité médiévale et une incompétence moderne. Contre les propagandistes, qui ont transformé le mensonge en politique d’État. Mais aussi contre nous. Contre notre capacité à lire 1 259 780 et à tourner la page. Contre notre aptitude à transformer des morts en statistiques et des tragédies en notifications sur nos téléphones.
1 259 780. Prononcez-le une dernière fois. Puis demandez-vous : combien de plus avant que ça s’arrête? Et si la réponse est « je ne sais pas », alors demandez-vous une chose encore plus difficile : est-ce qu’on fait assez pour que ça s’arrête? La réponse, vous la connaissez déjà.
Le silence après les chiffres
Il n’y a rien à ajouter aux chiffres. Les 11 696 chars calcinés ne racontent pas d’histoires. Les 37 510 canons détruits ne composent pas de symphonies. Les 177 433 noms vérifiés par Mediazona ne réclament pas de justice — leurs porteurs sont au-delà de toute justice. Ce qui reste, c’est le silence. Le silence des tranchées vides. Le silence des villages russes où il ne reste que des vieilles femmes et des avis de décès. Le silence des mères qui n’ont plus de fils à attendre.
Et dans ce silence, une question. Une seule. Qui résonne plus fort que tous les canons de cette guerre : pour quoi? Pour quoi 1 259 780 hommes ont-ils été sacrifiés? Pour 20 % d’un territoire qui ne sera jamais pacifié? Pour la gloire d’un homme qui se cache dans un bunker? Pour l’empire d’un pays qui rétrécit? Il n’y a pas de réponse qui justifie ce chiffre. Il n’y en aura jamais.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis PAS journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Cette chronique assume pleinement son positionnement éditorial : contre l’invasion russe de l’Ukraine, contre la guerre d’agression, et pour le droit international et la souveraineté des peuples. Ce positionnement ne compromet pas la rigueur des faits présentés — chaque chiffre, chaque statistique, chaque donnée est sourcée et vérifiable. L’opinion et les faits coexistent dans cette chronique, mais ne se confondent jamais.
Les passages en italique représentent mes réflexions personnelles et éditoriales. Les données factuelles sont attribuées à leurs sources respectives. Le lecteur est invité à vérifier chaque affirmation à l’aide des sources listées en fin d’article et à se forger sa propre opinion.
Méthodologie et sources
Les chiffres de pertes russes proviennent principalement de l’état-major général des forces armées ukrainiennes, recoupés avec les données indépendantes de Mediazona/BBC Russian Service, les estimations du CSIS, de l’IISS et de l’OTAN. Les chiffres ukrainiens sont les plus élevés parmi les différentes sources et incluent les tués, blessés, disparus et prisonniers. Les chiffres de Mediazona (177 433 morts confirmés) ne comptent que les morts vérifiés nominativement et représentent un plancher. Les estimations réelles se situent entre ces deux extrêmes.
Les données sur les équipements, le recrutement, les primes et la démographie proviennent de sources ouvertes multiples, détaillées dans la section Sources ci-dessous. Aucune source n’est parfaite. Aucun chiffre n’est définitif dans un conflit en cours. Cette chronique présente l’état des connaissances disponibles au moment de la rédaction.
Nature de l’analyse
Cette chronique est une analyse éditoriale qui combine des faits vérifiés avec une perspective critique assumée. Elle ne prétend pas à la neutralité — la neutralité face à une guerre d’agression n’est pas de l’objectivité, c’est de l’indifférence. Elle prétend à l’honnêteté : honnêteté des faits, honnêteté des sources, honnêteté du positionnement. Le lecteur sait d’où parle l’auteur. C’est la seule transparence qui vaille.
Sources
Sources primaires
Kyiv Indépendent — General Staff: Russia has lost 1,259,780 troops in Ukraine since Feb. 24, 2022
Minfin Index — Casualties of Russia in Ukraine, official data updated daily
Mediazona — Russian losses in the war with Ukraine, verified count updated February 13, 2026
Kyiv Indépendent — Over 177,000 Russian soldiers killed in Ukraine identified by média investigation
UNITED24 Media — Russia Losing Troops Faster Than It Can Replace Them
Sources secondaires
ArmyInform — Recruitment Crisis in the Russian Federation: Regions Once Again Increase Payments
The Moscow Times — Regions Reintroduce Huge Sign-On Bonuses for Contract Soldiers
The Korea Herald — Over 2,000 North Korean troops killed in Ukraine war
NV Ukraine — 6,000 North Korean soldiers killed or wounded fighting for Russia
Carnegie Endowment — Russia’s Current Demographic Crisis Is Its Most Dangerous Yet
Atlantic Council — A Russia without Russians? Putin’s disastrous demographics
Russia Matters — The Russia-Ukraine War Report Card, February 18, 2026
Mezha Media — Russian and Ukrainian Military Losses Update February 2026
RFE/RL — Will Russia’s War Against Ukraine End In 2026?
ECRE — Ukraine: Third anniversary of the full-scale Russian invasion
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