Le secteur le plus chaud du front
Houliaipolé. Avant la guerre, cette ville de la région de Zaporijjia comptait environ 13 000 habitants. Aujourd’hui, elle est devenue un nom de code militaire. Un point sur une carte d’état-major. Les attaques russes ont visé la ville elle-même, mais aussi les localités environnantes : Zelené, Zaliznytchné, Houliaipolské. Les frappes aériennes ont touché Rizdvianка, Kopani, Dolynka, Tersianka, Zirnytsia, Vozdvyjivka, Charivné, Novomykolaïvka, Samiïlivké et Lioubytské.
Onze localités bombardées par voie aérienne. 24 assauts terrestres. En une seule journée. Le secteur de Houliaipolé n’est pas simplement un front parmi d’autrès. C’est devenu l’épicentre d’une offensive russe qui vise à percer dans la région de Zaporijjia, là où les forces ukrainiennes avaient mené leur contre-offensive de 2023. La Russie veut reprendre chaque mètre. Chaque champ. Chaque ruine.
Houliaipolé. Ce nom résonne comme un glas. Pas parce qu’il est célèbre — il ne l’est pas, pas encore, pas assez. Mais parce qu’il incarne cette guerre dans sa forme la plus crue : un endroit où personne ne vit plus, mais où tout le monde meurt encore.
L’acharnement méthodique
Dix jours plus tôt, le 12 février, le même secteur avait enregistré 15 attaques. L’augmentation à 24 en dix jours montre une escalade délibérée. L’armée russe concentre ses forces, ses drones, ses bombes guidées sur ce secteur. Elle teste les défenses. Elle cherche la faille. Elle pousse, encore et encore, en envoyant des vagues d’infanterie soutenues par un déluge de feu aérien.
Les bombardements aériens sur onze villages ne sont pas aléatoires. C’est une préparation d’artillerie modernisée. On rase d’abord. On attaque ensuite. Les 152 bombes aériennes guidées larguées ce jour-là sur l’ensemble du front ont concentré une part significative sur ce seul secteur. C’est la doctrine russe : quand tu ne peux pas avancer, tu détruis tout ce qui se trouve devant toi.
Pokrovsk : 22 assauts, la ville qui refuse de tomber
Un siège qui dure depuis octobre 2025
Le secteur de Pokrovsk, dans la région de Donetsk, a enregistré 22 attaques le 22 février. C’est le deuxième secteur le plus actif du front. Les combats y font rage depuis octobre 2025, quand les troupes russes ont percé dans les faubourgs de la ville après des mois de combat sur ses approches. Depuis, chaque rue, chaque bâtiment, chaque carrefour est disputé mètre par mètre.
Les forces ukrainiennes ont éliminé 22 soldats russes et en ont blessé 19 autres dans ce seul secteur, en une seule journée. Elles ont détruit 77 drones, un système d’artillerie, une station de guerre électronique, deux véhicules et quatre unités d’équipement spécial. Elles ont aussi endommagé un système d’artillerie, une station de guerre électronique, sept véhicules et douze abris de personnel ennemi.
Pokrovsk est devenu le Bakhmout de 2026. Une ville dont le nom revient chaque jour dans les rapports, chaque soir dans les briefings, chaque nuit dans les cauchemars de ceux qui y combattent. Sauf que Pokrovsk, contrairement à Bakhmout, tient encore. Quatre mois de siège. Et elle tient encore.
Le prix de la résistance
Les chiffres de destruction matérielle racontent une histoire que les mots peinent à exprimer. 77 drones détruits en un jour dans un seul secteur. Cela signifie que les défenseurs ukrainiens de Pokrovsk abattent en moyenne un drone toutes les 19 minutes, 24 heures sur 24. C’est un rythme de combat qui dépasse l’entendement. C’est un rythme qui use les corps, qui épuise les munitions, qui ronge les nerves.
Et pourtant, les défenseurs de Pokrovsk ne font pas que tenir. Ils infligent des pertes. Ils détruisent du matériel. Ils neutralisent des combattants. Chaque rapport quotidien de l’état-major est un inventaire de résistance. Chaque drone abattu est un soldat qui a visé juste sous le feu. Chaque véhicule détruit est une embuscade qui a fonctionné malgré les bombes guidées qui pleuvent d’en haut.
Kostiantynivka, Lyman, Oleksandrivka : les fronts qu'on oublie
Treize assauts à Kostiantynivka
Pendant que Houliaipolé et Pokrovsk captent l’attention, le secteur de Kostiantynivka a subi 13 assauts. Les défenseurs ukrainiens ont repoussé des attaques près de Plechtchiïvka, Sofiïvka, et en direction d’Illinivka, Kostiantynivka et Stepankivka. Un engagement était encore en cours au moment du rapport. Treize assauts. Et on n’en parle presque pas.
C’est le paradoxe de cette guerre. Quand 13 attaques en un jour sur un seul secteur ne suffisent plus à faire la une, c’est que la banalisation de l’horreur a franchi un seuil. Dans n’importe quel autre conflit, 13 assauts simultanés feraient trembler les chancelleries. Ici, c’est le troisième point d’un bulletin quotidien que le monde lit en diagonale.
Kostiantynivka, Lyman, Oleksandrivka. Des noms que personne ne retient. Des fronts que personne ne couvre. Des soldats que personne ne filme. Et pourtant, ils se battent avec la même fureur, la même peur, la même détermination que ceux de Pokrovsk où Houliaipolé. Sauf que leur sacrifice est invisible.
Six combats ici, quatre combats là
Le secteur de Lyman a enregistré 6 affrontements. Celui d’Oleksandrivka, 6 également, avec des attaques repoussées près de Stépové, Kalynivskoïé et Ternové. Le secteur de Sloviansk a compté 4 tentatives ennemies repoussées. Même le secteur nord de Slobojantchyna et de Koursk a connu un affrontement, accompagné de 68 bombardements sur les positions ukrainiennes, dont six avec des lance-roquettes multiples.
Quand on additionne tous ces « petits » secteurs, on obtient un front de plus de 1 000 kilomètres où chaque point est sous pression. L’armée russe ne cherche pas nécessairement à percer partout. Elle cherche à étirer les défenses ukrainiennes, à les obliger à répartir leurs forces, à créer l’épuisement. C’est une guerre d’attrition dans sa forme la plus brutale.
3 900 drones en 24 heures : l'industrialisation de la mort
Le chiffre qui devrait choquer le monde
3 900 drones kamikazes déployés en une seule journée. Il faut s’arrêter sur ce chiffre. Le comprendre. Le laisser infuser. Cela représente un drone toutes les 22 secondes, 24 heures sur 24, sans interruption. C’est un essaim permanent. Un bourdonnement constant. Un ciel qui ne se tait jamais.
Chacun de ces drones est conçu pour une seule chose : tuer. Frapper une tranchée. Percer un abri. Poursuivre un soldat qui court. La technologie a transformé le champ de bataille en un espace où la mort vient d’en haut, en permanence. Les soldats ukrainiens vivent sous cette menace chaque seconde de chaque jour. Il n’y a pas de pause. Il n’y a pas de répit. Il n’y a que le bruit des moteurs et l’espoir que celui-là passera au-dessus.
3 900 drones. Ce chiffre devrait être à la une de chaque journal du monde. Il devrait provoquer des débats dans chaque parlement. Il devrait réveiller chaque conscience. Un drone toutes les 22 secondes. Imaginez vivre sous ça. Imaginez dormir sous ça. Imaginez ne plus pouvoir lever la tête.
La guerre des machines
À ces 3 900 drones s’ajoutent 66 frappes aériennes conventionnelles, 152 bombes aériennes guidées, 50 roquettes et un missile balistique. Le volume total de munitions déversé sur les positions ukrainiennes en une journée est vertigineux. C’est l’équivalent d’un bombardement stratégique de la Seconde Guerre mondiale, concentré non pas sur une ville, mais sur des tranchées de quelques mètrès de large.
Et pourtant, les lignes tiennent. Les positions sont défendues. Les assauts sont repoussés. Ce que cela dit de la résilience des forces ukrainiennes dépasse le vocabulaire militaire. C’est quelque chose qui relève de l’incompréhensible. Quelque chose que les manuels de stratégie n’expliquent pas. Quelque chose qui tient à la volonté humaine face à la machine.
1 259 780 : le compteur russe qui ne s'arrête plus
Depuis le 24 février 2022
L’état-major ukrainien estime les pertes russes depuis le début de l’invasion à grande échelle à 1 259 780 soldats — tués, blessés, capturés, disparus. Ce chiffre est contesté par Moscou, qui ne publie aucun bilan. Il est probablement surestimé par la partie ukrainienne. Mais même en le divisant par deux, même en le réduisant d’un tiers, le résultat reste vertigineux.
Plus d’un million de soldats hors de combat. C’est l’équivalent de la population entière d’une grande ville européenne. C’est plus que les pertes soviétiques en Afghanistan en dix ans, multipliées par cinquante. Et Vladimir Poutine continue d’envoyer des hommes. Jour après jour. Vague après vague. Comme si ces vies n’avaient aucune valeur.
Un million deux cent cinquante-neuf mille sept cent quatre-vingts. Ce n’est pas un chiffre. C’est une nation de fantômes. Des fils qui ne rentreront pas. Des pères qui ne reverront pas leurs enfants. Des jeunes hommes envoyés mourir dans des champs ukrainiens pour le caprice territorial d’un homme seul dans un palais.
Le silence de Moscou
La Russie ne publie aucun bilan officiel de ses pertes. Les familles des soldats tués apprennent parfois la mort de leur proche des mois après les faits, souvent par des canaux informels. Les médias russes indépendants, ceux qui restent, documentent des cimetières militaires qui s’étendent, des villages entiers où chaque maison a perdu un homme. Mais ces informations circulent dans l’ombre, censurées, étouffées, criminalisées.
Et pourtant, les mères russes savent. Elles savent parce que leur fils ne répond plus au téléphone. Elles savent parce que le voisin est revenu sans jambes. Elles savent parce que le cercueil scellé qu’on leur a livré pesait trop léger. Le Kremlin peut mentir aux journaux. Il ne peut pas mentir à une mère qui attend.
Quatre ans de guerre totale : le bilan qui écrase
Les civils, cibles permanentes
Selon le rapport des Nations Unies publié en février 2026, la guerre a fait au moins 15 172 civils tués et 41 378 blessés depuis le 24 février 2022. Parmi eux, 766 enfants tués et 2 540 enfants blessés. Les victimes proviennent de 26 des 27 régions administratives de l’Ukraine. 87 % des pertes civiles ont eu lieu en territoire contrôlé par les autorités ukrainiennes.
L’année 2025 a marqué une escalade brutale : 2 526 civils tués et 12 162 blessés, soit une augmentation de 31 % par rapport à 2024 et de 70 % par rapport à 2023. Les armes à longue portée — missiles et drones kamikazes — ont causé 35 % des pertes civiles, avec 686 tués et 4 451 blessés. Les zones de première ligne concentrent 63 % de toutes les victimes.
766 enfants tués. Ce chiffre devrait suffire à arrêter cette guerre. Il devrait suffire à mobiliser chaque gouvernement, chaque institution, chaque être humain doté d’une conscience. 766 enfants. Qui avaient un prénom, un cartable, un doudou, un rêve. Et qui n’ont plus rien.
Les personnes âgées, les oubliées du front
Le rapport onusien révèle un fait qui glace le sang : dans les communautés de première ligne, les personnes âgées représentent près de la moitié des morts civils, alors qu’elles ne constituent que 25 % de la population générale. Pourquoi? Parce qu’elles ne peuvent pas fuir. Parce qu’elles refusent de partir. Parce qu’elles n’ont nulle part où aller.
Ce sont des babouchkas de 75 ans qui restent dans leur maison parce que c’est la seule chose qu’elles possèdent. Des grands-pères qui nourrissent leurs chats sous les bombardements parce qu’ils ne savent pas faire autrement. Des vies entières construites dans un village qui n’existe plus sur aucune carte, rasé par des bombes guidées tirées depuis un avion à 40 kilomètrès de distance.
L'énergie comme arme de guerre : un pays dans le noir
Plus de la moitié de la capacité électrique détruite
L’Ukraine a perdu plus de la moitié de sa capacité de production d’électricité depuis le début de l’invasion. Sa capacité est tombée à 11 gigawatts pour des besoins hivernaux de 18 gigawatts. L’hiver 2025-2026, les civils n’ont eu de l’électricité que quelques heures par jour, et parfois pas du tout pendant plusieurs jours consécutifs.
À Kyiv, après les attaques de janvier 2026, plus de 1 100 immeubles d’habitation se sont retrouvés sans chauffage central. En plein hiver. Avec des températures descendant sous les moins 15 degrés. Des familles entières, des enfants, des personnes âgées, des malades, laissés dans le froid par des missiles russes qui visent délibérément les infrastructures civiles.
On bombarde des centrales électriques. On détruit des réseaux de chauffage. On prive des millions de personnes de lumière et de chaleur en plein hiver. Et on appelle ça une « opération militaire spéciale ». Il n’y a rien de militaire là-dedans. C’est une guerre contre les civils. Une guerre contre la vie quotidienne. Une guerre contre le droit de ne pas mourir de froid chez soi.
La stratégie du gel
L’attaque systématique des infrastructures énergétiques n’est pas un dommage collatéral. C’est une stratégie. La Russie cherche à briser la volonté de la population ukrainienne en la privant de l’essentiel : la chaleur, la lumière, l’eau chaude. C’est l’équivalent moderne d’un siège médiéval. On n’affame plus les villes. On les gèle.
Les mines et restes explosifs de guerre ont tué 483 civils et blessé 1 196 autres depuis le début du conflit. Des terres agricoles sont contaminées pour des décennies. Des enfants meurent en jouant dans un champ. La guerre ne s’arrête pas quand les combats cessent. Elle continue de tuer en silence, longtemps après que les armes se sont tues.
Le front invisible : la guerre d'attrition psychologique
Vivre sous les drones
Imaginez. Vous êtes dans une tranchée de deux mètrès de profondeur. Il fait moins 10. Vous n’avez pas dormi depuis 36 heures. Au-dessus de vous, un bourdonnement constant. Vous savez que c’est un drone. Vous ne savez pas si c’est un drone de reconnaissance où un drone kamikaze. La différence? Le premier vous filme. Le second vous tue.
C’est le quotidien des soldats ukrainiens sur chaque secteur du front. Ce n’est plus seulement une guerre de tranchées. C’est une guerre où le ciel lui-même est devenu l’ennemi. Les soldats ne peuvent plus se déplacer sans risquer d’être repérés. Ils ne peuvent plus évacuer les blessés sans risquer un drone. Ils ne peuvent plus manger, boire, respirer sans écouter le ciel.
On a beaucoup parlé de la guerre des tranchées, de la boue, du froid, de la Première Guerre mondiale. Mais cette guerre est pire. En 1916, quand le bombardement cessait, on avait un répit. En 2026, le répit n’existe plus. Le drone est toujours là. Au-dessus. En permanence. L’ennemi te voit manger. Il te voit dormir. Il te voit mourir.
L’usure qui ne se voit pas
Les rotations sont insuffisantes. Les renforts sont trop lents. Certaines unités tiennent le même secteur depuis des mois sans relève. Le stress post-traumatique n’est plus un diagnostic — c’est une condition partagée par la quasi-totalité des combattants de première ligne. Des soldats qui entendent des drones dans leur sommeil. Des soldats qui sursautent au moindre bruit. Des soldats qui ne savent plus comment vivre sans la guerre.
Et pourtant, ils retournent au front. Ils reprennent leur position. Ils repoussent l’assaut suivant. Ce n’est pas du courage au sens classique du terme. C’est quelque chose de plus profond, de plus viscéral. C’est la conviction que derrière eux, il y à leur famille, leur ville, leur pays. Et que s’ils reculent, tout ce qu’ils aiment disparaît.
Houliaipolé dans l'histoire : pourquoi ce secteur est stratégique
La porte de Zaporijjia
Houliaipolé occupe une position stratégique majeure. Située dans la région de Zaporijjia, cette zone constitue un verrou sur la route vers la centrale nucléaire de Zaporijjia et vers la ville de Zaporijjia elle-même. La Russie contrôle la centrale nucléaire depuis mars 2022. Prendre Houliaipolé lui donnerait une profondeur défensive supplémentaire et consoliderait son emprise sur la région.
C’est aussi dans ce secteur que les forces ukrainiennes avaient lancé leur contre-offensive de juin 2023, progrèssant vers Robotyné et Verbové. La Russie n’a pas oublié. L’intensification des attaques sur Houliaipolé est aussi une forme de revanche territoriale. Reprendre ce que l’Ukraine avait repris. Effacer les gains de 2023. Rétablir la ligne de domination.
Houliaipolé est aussi, pour les connaisseurs d’histoire, le berceau de Nestor Makhno, l’anarchiste ukrainien qui a combattu les armées blanches et rouges au début du vingtième siècle. L’ironie est cruelle : un siècle plus tard, cette terre est encore un champ de bataille. L’empire revient toujours. Et Houliaipolé résiste toujours.
L’escalade de février
L’augmentation du nombre d’attaques dans ce secteur — de 15 le 12 février à 24 le 22 février — dessine une courbe ascendante qui n’a rien de rassurant. La Russie masse des forces. Elle augmente la cadence. Elle prépare quelque chose. Les analystes militaires observent des mouvements de troupes et de matériel qui suggèrent une offensive de plus grande ampleur dans les semaines à venir.
Le calendrier n’est pas anodin. Le 24 février 2026 marque le quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle. Poutine veut un gain territorial à montrer. Un symbole. Une victoire de papier à brandir devant les caméras de la télévision d’État. Et pour obtenir ce symbole, il est prêt à sacrifier des milliers d’hommes supplémentaires.
Le monde regarde-t-il encore?
La fatigue compassionnelle
Le 22 février 2026, pendant que 112 combats faisaient rage en Ukraine, le monde était occupé à autre chose. Les algorithmes des réseaux sociaux poussaient d’autrès histoires. Les chaînes d’information en continu couvraient d’autrès crises. L’Ukraine est devenue un bruit de fond. Un conflit de longue durée qui ne surprend plus, qui ne choque plus, qui ne mobilise plus.
C’est exactement ce que Moscou espère. La stratégie russe ne repose pas seulement sur les drones et les bombes guidées. Elle repose sur la lassitude du monde. Sur la conviction que l’Occident finira par se détourner. Que l’aide militaire finira par se tarir. Que les sanctions finiront par s’éroder. Et que l’Ukraine, isolée, finira par plier.
À quel moment a-t-on décidé que 112 combats en un jour, c’était normal? À quel moment a-t-on accepté que 3 900 drones kamikazes ne méritaient plus un titre? À quel moment a-t-on normalisé le fait qu’un pays européen soit bombardé quotidiennement depuis quatre ans? Cette normalisation est la plus grande victoire de Poutine. Et elle ne lui a pas coûté un seul missile.
L’anniversaire qui dérange
Dans deux jours, le 24 février 2026, cela fera quatre ans. Quatre ans de guerre totale. Quatre ans de bombardements quotidiens. Quatre ans de morts civils. Quatre ans de déplacements forcés. Quatre ans pendant lesquels l’Ukraine a perdu la moitié de sa capacité électrique, des milliers d’enfants, des centaines de milliers de soldats des deux côtés.
Les commémorations auront lieu. Les discours seront prononcés. Les drapeaux bleus et jaunes seront brandis. Puis le lendemain, le 25 février, l’état-major publiera un nouveau rapport. Avec un nouveau nombre d’affrontements. 90, 100, 120, 150. Et le monde retournera à ses occupations. Et les soldats retourneront dans leurs tranchées. Et les drones reprendront leur bourdonnement.
Ce que disent les chiffres quand on les écoute
L’arithmétique de la survie
112 affrontements en 24 heures, c’est un engagement toutes les 13 minutes. 3 900 drones, c’est un drone toutes les 22 secondes. 2 313 bombardements, c’est un obus où une roquette toutes les 37 secondes. 152 bombes aériennes guidées, c’est une bombe toutes les 9 minutes et demie. Chaque minute de cette journée a été ponctuée par une explosion quelque part sur la ligne de front.
Derrière ces moyennes, il y à des pics. Des moments où tout converge. Où l’artillerie, les drones, l’aviation et l’infanterie frappent en même temps. Des moments où un secteur de quelques centaines de mètrès subit un volume de feu qui ferait vaciller une armée entière. C’est dans ces moments-là que les soldats ukrainiens montrent ce qu’ils sont. Pas des héros de légende. Des êtrès humains ordinaires qui font des choses extraordinaires parce qu’ils n’ont pas le choix.
Les chiffres sont des boucliers. On les brandit pour ne pas avoir à dire ce qu’ils cachent. 112 combats. Derrière chaque combat, des visages. Des cris. Du sang. Des derniers mots murmurés dans une tranchée que personne n’entendra jamais. Les chiffres protègent notre confort. La réalité, elle, ne protège personne.
La disproportion des moyens
L’armée russe dispose d’une supériorité numérique écrasante en matière de munitions, de drones et d’aviation. Elle peut se permettre de tirer 3 900 drones en un jour parce que sa production industrielle, alimentée par l’Iran et la Corée du Nord, le permet. Elle peut larguer 152 bombes guidées parce que son aviation opère depuis des aérodromes hors de portée des systèmes ukrainiens.
L’Ukraine, elle, se bat avec ce qu’on lui donne. Les livraisons d’armes occidentales arrivent au compte-gouttes. Les systèmes de défense aérienne sont insuffisants pour couvrir un front de 1 000 kilomètres et protéger les villes simultanément. Chaque missile Patriot tiré pour abattre un drone iranien à 50 000 dollars est un calcul de survie. Chaque obus d’artillerie est compté, rationné, économisé.
Les villages fantômes de la ligne de front
Des noms qu’on ne retrouvera sur aucune carte touristique
Zelené. Zaliznytchné. Rizdvianka. Kopani. Dolynka. Tersianka. Zirnytsia. Vozdvyjivka. Charivné. Novomykolaïvka. Samiïlivké. Lioubytské. Douze noms. Douze villages bombardés par l’aviation russe en une seule journée. Douze endroits où il y avait autrefois des écoles, des épiceries, des places de village où les enfants jouaient.
Aujourd’hui, ces villages sont des coordonnées GPS. Des points d’impact. Des lignes dans un rapport militaire. Leurs habitants sont partis — ceux qui ont pu. Ceux qui sont restés vivent dans des caves, sans électricité, sans eau courante, sans certitude de voir le lendemain. La guerre les a effacés de la carte avant même de les effacer de la mémoire.
Charivné. En ukrainien, cela signifie « charmant ». Un village qui s’appelle Charmant, bombardé par des bombes guidées. Il y a dans cette ironie involontaire quelque chose qui serre la gorge. Quelque chose qui dit tout de cette guerre : même la beauté des noms ne protège plus de rien.
La vie souterraine
Dans les zones de première ligne, la vie s’est déplacée sous terre. Les caves sont devenues des appartements. Les abris anti-bombes sont devenus des salles de classe. Les tunnels sont devenus des couloirs d’hôpital. Des enfants grandissent en ne connaissant que le plafond bas d’un sous-sol. Des personnes âgées meurent dans l’obscurité, sans médecin, sans médicament, sans personne pour leur tenir la main.
Le rapport des Nations Unies note que les personnes âgées des communautés de première ligne représentent près de la moitié des morts civils. Ce sont celles qui ne descendent pas assez vite dans les caves. Celles qui n’entendent pas la sirène. Celles qui, après quatre ans de guerre, n’ont plus la force de courir. Ni la volonté. Ni l’envie.
Tenir : le verbe le plus important de cette guerre
Ce que « tenir » veut dire
Le communiqué de l’état-major ukrainien du 22 février dit ceci, en substance : les forces de défense ont repoussé les attaques. Les positions ont été maintenues. La ligne de front n’a pas bougé. Dans le langage militaire, c’est un succès. Pas une victoire spectaculaire. Pas une percée glorieuse. Un succès défensif. Le genre de succès qui ne fait pas les gros titrès, mais qui empêche la défaite.
Tenir, dans cette guerre, signifie absorber 3 900 drones et être encore debout le lendemain. Tenir signifie repousser 24 assauts sur un seul secteur et préparer les défenses pour les 24 suivants. Tenir signifie perdre des camarades, enterrer les morts dans la nuit, et reprendre la position à l’aube. C’est un mot de cinq lettres qui contient toute la souffrance et toute la dignité de cette guerre.
On ne fait pas de films sur ceux qui tiennent. On fait des films sur ceux qui attaquent, qui chargent, qui percent. Mais cette guerre sera gagnée où perdue par ceux qui tiennent. Par ces soldats anonymes qui repoussent le centième assaut avec la même détermination que le premier. Par ces hommes et ces femmes qui ont décidé, un jour, que cette tranchée ne tomberait pas. Et qui tiennent parôle.
Le prix invisible
Chaque jour qui passe sans percée russe majeure est une victoire ukrainienne. Mais c’est une victoire qui se paie en vies, en blessures, en traumatismes qui marqueront une génération entière. Les soldats qui tiennent le front aujourd’hui porteront les cicatrices de cette guerre pour le reste de leur vie. Ceux qui survivront.
Et derrière les soldats, il y a les familles. Les épouses qui attendent un message. Les mères qui guettent un appel. Les enfants qui dessinent des tanks au lieu de dessiner des maisons. Cette guerre ne détruit pas seulement des bâtiments et des infrastructures. Elle détruit le tissu même de ce qui fait une société. Et cette destruction-là, aucune reconstruction ne pourra la réparer entièrement.
Conclusion : Le 22 février 2026, un jour comme les autres
La banalité du courage
Le 22 février 2026 restera dans les archives militaires comme un jour de 112 affrontements. Pas le pire. Pas le meilleur. Un jour moyen sur la ligne de front ukrainienne. Et c’est peut-être ça, la chose la plus terrifiante de toute cette histoire : que cette intensité de combat soit devenue la norme.
Demain, l’état-major publiera un nouveau rapport. Avec un nouveau chiffre. 95, 108, 130, 147. Les secteurs changeront peut-être. Houliaipolé sera peut-être remplacé par Pokrovsk en tête du classement. Ou par Kourakhové. Ou par un autre nom que le monde ne retiendra pas. Mais les soldats, eux, seront toujours là. Dans les mêmes tranchées. Sous les mêmes drones. Face aux mêmes vagues.
112 combats. 3 900 drones. 152 bombes guidées. 2 313 bombardements. Et demain, on recommence. C’est ça, cette guerre. Pas un événement. Pas un épisode. Un état permanent. Une douleur qui ne cesse pas. Un effort qui ne faiblit pas. Une résistance qui ne se rend pas. Le jour où le monde comprendra que chaque journée « ordinaire » en Ukraine est un miracle de courage, peut-être, alors, cessera-t-il de regarder ailleurs.
Maintenant, vous savez
Vous connaissez les chiffres. Vous connaissez les secteurs. Vous connaissez le nom des villages bombardés. Vous savez que 766 enfants ont été tués. Vous savez que des personnes âgées meurent dans des caves. Vous savez que des soldats vivent sous un drone toutes les 22 secondes. Vous savez que 1 100 immeubles de Kyiv sont sans chauffage. Vous savez que cette guerre dure depuis quatre ans.
La question n’est plus de savoir. La question est de décider ce que vous faites maintenant que vous savez. Partager. Parler. Refuser l’oubli. Refuser la normalisation. Refuser que 112 combats en un jour devienne un chiffre parmi d’autrès. Refuser que le bourdonnement des drones devienne un bruit blanc. Refuser que cette guerre devienne invisible.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Mezha — February 12 Frontline Update Highlights Intense Fighting in Pokrovsk and Huliaipole
Sources secondaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,458 (21 février 2026)
UA News — Over 100 clashes in a day, heaviest fighting near Huliaipole and Pokrovsk
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