Le front nord : Slobojanchyna et Koursk, la guerre des nerfs
Au nord, dans le secteur de Slobojanchyna, un seul engagement a été enregistré. Un seul. Mais ce chiffre masque une réalité autrement plus brutale : 74 bombardements russes, dont 6 au lance-roquettes multiples, et 4 bombes guidées larguées sur des positions ukrainiennes. La Russie ne cherche pas le combat ici. Elle cherche la destruction préalable. Elle pilonne d’abord. Elle avance ensuite — sur les ruines de ce qui était, il y a encore une heure, un poste de commandement, un abri, un point de vie.
Dans le sud de la Slobojanchyna, une tentative de percée a été détectée près de Dvorichtchanske. Les forces ukrainiennes l’ont stoppée. Le mot « stoppé » est clinique. Il ne dit rien du prix payé. Chaque tentative de percée « stoppée » est un récit à elle seule : les tirs de barrage, les ordres hurlés dans la radio, les corps qu’on traîne sous le feu, le silence qui suit quand l’assaut recule. Stoppé. Point final. Le rapport passe au secteur suivant.
La guerre des chiffres cache la guerre des hommes. Un « engagement » dans un rapport militaire, c’est une heure, deux heures, parfois six heures de terreur absolue pour ceux qui la vivent. Le papier ne tremble pas. Les mains, si.
Koupiansk et Lyman : le grignotage méthodique
Le secteur de Koupiansk a enregistré 4 attaques, concentrées sur la localité de Pichtchane. Quatre attaques, c’est peu à l’échelle du front. Mais pour les défenseurs de Pichtchane, c’est quatre fois la mort qui frappe à la porte. Le secteur de Lyman a vu 6 assauts viser Hrekivka, Stavky, Drobysheve et Masliakivka. Des noms que personne ne connaît en dehors de l’Ukraine. Des villages qui n’apparaissent sur aucune carte touristique. Des endroits où des familles vivaient, cultivaient, élevaient des enfants. Aujourd’hui, ce sont des coordonnées sur un écran tactique.
La stratégie russe dans ces secteurs est transparente : le grignotage. Pas de grande offensive spectaculaire. Pas de blitzkrieg médiatisé. Juste une pression constante, quotidienne, épuisante. Quatre attaques ici. Six là. Neuf ailleurs. L’addition, à la fin de la journée, c’est 138. Et le lendemain, ça recommence. Et le surlendemain. Et le jour d’après.
Sloviansk et Kramatorsk : le Donbas retient son souffle
Neuf assauts sur Sloviansk, zéro sur Kramatorsk
Le secteur de Sloviansk a subi 9 avancées ennemies, toutes stoppées par les défenseurs ukrainiens près de Yampil, Dronivka et Zakitne. Neuf tentatives. Neuf échecs. Et pourtant, la Russie reviendra demain avec dix. C’est la logique d’une armée qui dispose de réserves humaines apparemment illimitées — une armée qui a déjà perdu, selon l’état-major ukrainien, plus de 1 259 780 soldats depuis le début de l’invasion à grande échelle, et qui continue d’envoyer des vagues d’assaut comme si chaque vie ne valait que le prix d’un uniforme.
Kramatorsk, en revanche, n’a enregistré aucun affrontement direct ce jour-là. Silence sur le front. Mais ce silence est trompeur. Kramatorsk est l’un des objectifs stratégiques majeurs de la Russie dans le Donbas. L’absence de combats ne signifie pas l’absence de menace. Elle signifie que la pression se déplace, que les axes d’attaque se réorganisent, que la prochaine vague se prépare. Le calme, ici, n’est jamais la paix. C’est l’inspiration avant le cri.
Kramatorsk silencieux, c’est le silence d’un boxeur qui recule d’un pas avant de frapper. Les Russes ne renoncent jamais à Kramatorsk. Ils changent d’angle. Ils changent de timing. Mais l’objectif reste le même, gravé dans le marbre du Kremlin : prendre tout le Donbas.
L’ombre de l’analyse Meduza
L’analyse publiée par Meduza le 11 février 2026 décrit une offensive russe à deux axes qui se déploie simultanément : l’un dans le Donbas central vers Kramatorsk et Sloviansk, l’autre dans la région de Zaporijjia vers Orikhiv. Cette stratégie de double pression force l’Ukraine à disperser ses réserves sur un front immense, créant des vulnérabilités que Moscou exploite méthodiquement. Le contingent « Vostok » progrèsse depuis plus de dix-huit mois, capturant succèssivement Vuhledar, Velyka Novosilka, puis Huliaipole elle-même.
La question que pose Meduza est celle que personne ne veut entendre : combien de temps l’Ukraine peut-elle tenir sur tous les fronts à la fois? Chaque secteur demande des hommes, des munitions, des drones, du temps. Et chaque ressource envoyée quelque part est une ressource qui manque ailleurs. C’est l’équation impossible de cette guerre — et la Russie le sait.
Kostiantynivka et Pokrovsk : le coeur du Donbas sous pression maximale
Quatorze attaques sur Kostiantynivka
Le secteur de Kostiantynivka a essuyé 14 attaques réparties sur 8 localités. Quatorze assauts en vingt-quatre heures sur un seul secteur. Chaque attaque est une combinaison de tirs d’artillerie préparatoires, d’assauts d’infanterie mécanisée et de frappes de drones. Les défenseurs doivent faire face à un ennemi qui attaque en vagues succèssives, envoyant d’abord des groupes d’assaut sacrificiels pour repérer les positions, puis les unités principales. C’est une doctrine de la viande — le terme est cru, mais il est utilisé par les soldats russes eux-mêmes pour décrire ce qu’ils vivent.
Et pourtant, les lignes tiennent. Chaque rapport de l’état-major ukrainien répète la même formule : « Les Forces de défense repoussent avec succès les tentatives de l’occupant. » Cette phrase, répétée jour après jour, est devenue à la fois un mantra et un cri de détresse silencieux. Les lignes tiennent. Mais à quel prix? Avec quels renforts? Pour combien de temps encore?
« Les Forces de défense repoussent avec succès. » On lit cette phrase chaque matin depuis trois ans. Elle est devenue invisible. Et pourtant, chaque mot de cette phrase est écrit avec le sang de quelqu’un.
Pokrovsk : 29 assauts, la ville qui refuse de tomber
Pokrovsk. Le nom revient dans chaque rapport depuis octobre 2025. Ce jour-là, 29 assauts ont été repoussés à travers 7 zones. Vingt-neuf. C’est plus d’un assaut par heure. Les localités touchées — Rodynske, Zatyshok, Kotlyne, Oudatchne, Molodetske, Mouravka, Novomykolaïvka — forment un arc de cercle autour de la ville. La Russie tente un encerclement progrèssif, resserrant l’étau village par village, route par route, carrefour par carrefour.
Le 20 février, deux jours avant ce rapport, le secteur de Pokrovsk avait enregistré 37 assauts sur 237 affrontements totaux. La pression ne faiblit pas. Elle oscille. Elle monte, redescend, remonte plus haut. Pokrovsk est un noeud logistique essentiel pour la défense du Donbas. Sa chute ouvrirait la route vers Dnipro et couperait des lignes d’approvisionnement vitales. La Russie le sait. L’Ukraine le sait. Le monde devrait le savoir.
Huliaipole : 35 attaques sur le secteur le plus chaud du front
L’épicentre de la tempête
Trente-cinq attaques. Sur un seul secteur. En vingt-quatre heures. Le secteur de Huliaipole a été, ce 22 février, le point le plus violent de toute la ligne de front. Les assauts ont ciblé neuf localités : Staroukraïnka, Zaliznytchne, Sviatopetrivka, Zelene, Varvarivka, Dobropillia, Zahirne, Myrne et Hirke. Neuf villages. Certains ne comptaient que quelques centaines d’habitants avant la guerre. Aujourd’hui, ce sont des noms de code sur des cartes tactiques, des points GPS où des hommes meurent.
Huliaipole elle-même est tombée aux mains des Russes en janvier 2026, après une offensive du contingent « Vostok » qui avait débuté en septembre 2025. Mais la ville n’est pas la fin de l’histoire. Elle est le début d’un chapitre plus sombre. Car derrière Huliaipole, à 30 kilomètres au nord-ouest, se trouve Orikhiv — le verrou qui protège le centre de l’oblast de Zaporijjia. Et derrière Orikhiv, c’est la route ouverte vers la ville de Zaporijjia elle-même, avec sa centrale nucléaire, ses industries, sa population.
Huliaipole. Un nom que personne ne prononçait il y a deux ans. Un nom que les manuels d’histoire militaire retiendront. Un nom qui, pour des milliers de soldats ukrainiens, signifie la même chose : tenir où mourir en essayant.
La traversée de la rivière Haïtchour : le tournant tactique
Selon l’analyse de Meduza, les forces russes ont franchi la rivière Haïtchour près de Huliaipole et « élargissent leur tête de pont » en attaquant depuis plusieurs directions simultanément. Cette tactique d’approche à double axe crée des menaces d’encerclement contre les unités ukrainiennes. Les Russes ont saisi une partie du village de Zaliznytchne et percé la ligne défensive du chemin de fer Polohy-Pokrovske, un obstacle naturel qui servait de barrière défensive.
Et pourtant, les Ukrainiens se battent. Les forces ukrainiennes ont repris des portions du village de Ternuvate, au nord de Zaliznytchne, après son occupation par les Russes. Elles maintiennent une petite tête de pont près de Dobropillia, sur la rive est de la Haïtchour, menant des opérations d’infiltration dans les arrières russes. Ce n’est pas la posture d’une armée qui recule. C’est la posture d’une armée qui contre-attaque là où on ne l’attend pas.
La contre-offensive ukrainienne : 300 kilomètrès carrés repris
Le pari de Syrskyi
Le 6 février 2026, le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrskyi, a confirmé le lancement d’une contre-attaque dans le secteur de Huliaipole. Depuis le début de cette opération, initiée fin janvier, les forces ukrainiennes ont repris le contrôle de plus de 300 kilomètrès carrés de territoire dans le sud de l’Ukraine. Le renseignement britannique a confirmé ces gains, précisant que les avancées principales se situent au nord de Huliaipole, avec des gains secondaires près de Verbove, à 14 kilomètrès au sud-est de Pokrovske.
Trois cents kilomètrès carrés. Dans une guerre où chaque mètre de terrain coûte du sang, c’est une victoire tactique significative. Mais plus que le territoire, c’est l’effet stratégique qui compte. Selon le renseignement de défense britannique, cette offensive a « perturbé l’élan russe et retardé les opérations offensives russes vers la ville d’Orikhiv depuis l’est ». Orikhiv, le prochain objectif. Orikhiv, le verrou. Orikhiv, la ligne rouge.
300 kilomètrès carrés repris. Trois cents. Dans un monde qui ne mesure plus que la vitesse de l’avancée russe, ces 300 kilomètrès carrés sont un poing levé. Une preuve que l’Ukraine ne subit pas. Qu’elle frappe aussi. Qu’elle choisit quand et où.
L’enjeu Orikhiv : le domino qui ne doit pas tomber
La ville d’Orikhiv se situe à environ 30 kilomètres au nord-ouest de Huliaipole. C’est un centre logistique fortifié, essentiel à la défense de la partie centrale de l’oblast de Zaporijjia. Si Orikhiv tombe, la route vers la ville de Zaporijjia — sixième ville d’Ukraine, siège d’une centrale nucléaire déjà occupée par les Russes — s’ouvre dangereusement. Le contingent « Vostok » avance depuis l’est, le long de la section du front ukrainien qui fait face au sud, maintenant une pression dans deux directions pour menacer d’encerclement.
Selon le Kyiv Indépendent, les avancées russes au nord de Huliaipole pourraient permettre à la Russie de contourner la principale ligne de défense ukrainienne dans l’oblast de Zaporijjia. C’est le scénario cauchemar. Pas un effondrement brutal, mais un débordement latéral, une manoeuvre classique qui rend obsolètes des fortifications construites en des mois de travail acharné. Et le secteur de Huliaipole est, selon les analystes, le seul secteur où les Russes sont dans les temps de leur calendrier opérationnel.
Le déluge de feu : 280 bombes, 8 328 drones, 3 389 tirs
Les chiffres de l’apocalypse quotidienne
Revenons aux chiffres bruts de cette journée du 22 février 2026. Un tir de missile. 97 frappes aériennes. 280 bombes aériennes guidées. Ce sont des KAB — des bombes soviétiques de 500 à 1 500 kilos équipées de kits de guidage. Elles sont larguées depuis des Su-34 et des Su-35 qui restent hors de portée de la défense aérienne ukrainienne. Chaque bombe crée un cratère de plusieurs mètrès de diamètre. Chaque bombe transforme un bâtiment en poussière. 280 en une journée. C’est une bombe toutes les cinq minutes.
Et puis il y a les drones. 8 328 drones kamikazes en vingt-quatre heures. Huit mille trois cent vingt-huit. Le chiffre est si énorme qu’il en devient abstrait. Pour le rendre concret : c’est 347 drones par heure. Presque 6 par minute. Un bourdonnement constant, omniprésent, mortel. Les soldats ukrainiens décrivent le son des drones comme le bruit le plus terrifiant de cette guerre — plus que l’artillerie, plus que les missiles. Parce que le drone vous cherche personnellement. Il vous voit. Il vous suit. Il vous trouve.
8 328 drones en un jour. Six par minute. Imaginez vivre dans un monde où, toutes les dix secondes, quelque chose dans le ciel essaie de vous tuer. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est le mardi d’un soldat ukrainien.
L’artillerie : 3 389 frappes et le silence qui suit
L’artillerie reste l’arme de destruction massive de cette guerre. 3 389 tirs d’artillerie et de roquettes ont frappé les positions ukrainiennes et les zones habitées en une journée. Trois mille trois cent quatre-vingt-neuf. C’est 141 tirs par heure. Plus de deux par minute. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans interruption, sans répit, sans pitié. Parmi ces tirs, les lance-roquettes multiples — les célèbres Grad, Smerch et Ouragan — qui couvrent des zones entières en quelques secondes, transformant des hectares de terrain en paysage lunaire.
Deux jours plus tôt, le 20 février, les chiffres étaient comparables : 237 affrontements, 196 bombes guidées, 4 748 drones kamikazes, 2 453 tirs d’artillerie. La constance est le mot qui définit cette guerre. Pas l’escalade ponctuelle. La constance du déluge. Jour après jour, les mêmes chiffres, les mêmes rapports, la même litanie de destruction. Le monde s’y habitue. Les soldats, jamais.
Les pertes russes : 890 soldats en 24 heures, 1 259 780 depuis le début
Le compteur de l’horreur
L’état-major ukrainien rapporte que 890 soldats russes ont été éliminés en vingt-quatre heures. Huit cent quatre-vingt-dix. C’est 37 par heure. Un toutes les 97 secondes. Depuis le 24 février 2022, le bilan cumulé atteint, selon les chiffres ukrainiens, 1 259 780 militaires russes mis hors de combat — tués, blessés, capturés. Un million deux cent cinquante-neuf mille. Un chiffre qui dépasse l’entendement. Un chiffre que Moscou refuse de confirmer, se cachant derrière le dernier bilan officiel russe datant de septembre 2022 : 5 937 morts. Cinq mille. Quand l’Ukraine en compte plus d’un million.
En équipement, les pertes russes cumulées sont vertigineuses : 11 694 chars, 24 069 véhicules blindés, 37 470 systèmes d’artillerie, 435 avions, 348 hélicoptères, 142 113 drones. Pour la seule journée du 22 février : 9 chars, 6 véhicules blindés, 41 systèmes d’artillerie, 1 705 drones et 205 véhicules et citernes de carburant. La machine de guerre russe saigne. Mais elle saigne lentement. Et elle continue de tourner.
1 259 780. Si vous pouviez aligner les corps, un par un, épaule contre épaule, la file s’étirerait de Moscou à Paris. Et reviendrait. La Russie a transformé ses propres citoyens en combustible pour une guerre d’un seul homme. Et cet homme dort bien.
Le paradoxe des pertes : saigner sans mourir
Les pertes moyennes quotidiennes russes en janvier 2026 s’élevaient à 1 023 soldats, en légère baisse par rapport aux 1 130 de décembre 2025, après quatre mois consécutifs de hausse entre août et décembre 2025. Cette « baisse » est relative. Mille soldats par jour. Trente mille par mois. Plus de trois cent mille par an. Aucune armée au monde ne pourrait absorber de telles pertes sans s’effondrer. Et pourtant, la Russie continue.
Comment? Par la mobilisation rampante, les primes astronomiques offertes aux recrues des régions les plus pauvres, le recrutement dans les prisons, l’appel aux mercenaires étrangers. La Russie ne manque pas d’hommes. Elle manque d’hommes entraînés, motivés, équipés. Mais dans une guerre d’usure, la quantité finit toujours par peser. Et c’est sur cette équation froide — combien de morts êtes-vous prêts à accepter? — que Vladimir Poutine joue depuis le premier jour.
Les frappes ukrainiennes : 15 cibles, la riposte chirurgicale
La précision contre la masse
Face au déluge russe, l’Ukraine riposte avec les moyens du précis. En vingt-quatre heures, les forces de missiles et d’artillerie ukrainiennes, appuyées par l’armée de l’air, ont frappé 15 cibles russes : 2 postes de commandement, 3 postes de contrôle de drones, 2 postes de commandement et d’observation, 3 concentrations de troupes, 1 station de guerre électronique, 3 pièces d’artillerie et 1 cible supplémentaire non précisée. Quinze cibles. Contre 8 328 drones et 3 389 tirs d’artillerie.
Le déséquilibre est criant. Mais il raconte aussi une autre histoire. L’Ukraine ne tire pas dans le tas. Elle frappe là où ça fait mal. Un poste de commandement détruit, ce sont des dizaines d’ordres qui ne seront jamais donnés. Un poste de contrôle de drones neutralisé, ce sont des centaines de drones qui deviennent aveugles. Une station de guerre électronique réduite au silence, ce sont des communications restaurées, des positions révélées, des vies sauvées. La guerre asymétrique n’est pas un choix. C’est une nécessité de survie.
Quinze cibles contre des milliers de tirs. David contre Goliath, version 2026. La différence, c’est que David ne lance pas des cailloux. Il lance des frappes de précision. Et chaque pierre qu’il lance compte triple.
La guerre des drones : l’arme du pauvre qui change la donne
La destruction de trois postes de contrôle de drones en une seule journée illustre une réalité nouvelle de ce conflit : la guerre des drones est devenue le théâtre principal. Les 1 705 drones russes détruits ce jour-là représentent un chiffre considérable, mais l’Ukraine paie un prix pour chaque interception. Les systèmes de défense aérienne sont sollicités au-delà de leur capacité. Les munitions de défense aérienne coûtent souvent plus cher que les drones qu’elles abattent. C’est le piège économique de cette guerre : chaque drone Shahed à 20 000 dollars intercepté par un missile à 500 000 dollars est une victoire tactique et une défaite budgétaire.
Et pourtant, l’Ukraine innove. Les drones FPV ukrainiens, assemblés dans des garages et des ateliers de fortune, coûtent quelques centaines de dollars et détruisent des chars à plusieurs millions. La guerre des drones est peut-être le seul domaine où l’ingéniosité ukrainienne compense partiellement le déséquilibre industriel avec la Russie. Partiellement. Car la Russie aussi produit des drones. Par milliers. Par dizaines de milliers.
Le front sud : Oleksandrivka, Orikhiv, Prydniprovske
La pression sur les flancs
Le secteur d’Oleksandrivka a enregistré 3 attaques dans la zone de Zaporijjia. Trois. Le chiffre semble faible comparé à Huliaipole où Pokrovsk. Mais ces trois attaques s’inscrivent dans un schéma plus large de pression sur l’ensemble du flanc sud. Le secteur d’Orikhiv a vu une tentative de prise de position près de Prymorske. Et le secteur de Prydniprovske, sur la rive gauche du Dnipro, est resté calme — aucun engagement enregistré.
Ce calme relatif sur les flancs contraste avec la furie concentrée sur Huliaipole et Pokrovsk. La Russie ne peut pas attaquer partout avec la même intensité. Elle choisit ses points de pression. Et ces choix révèlent sa stratégie : percer dans le Donbas central via Pokrovsk, et dans le sud via Huliaipole vers Orikhiv. Deux lames d’un même ciseau. Deux axes qui, s’ils convergent, pourraient créer une poche menaçant l’ensemble du dispositif défensif ukrainien dans le sud-est.
La Russie attaque comme un joueur d’échecs qui sacrifie des pièces mineures pour positionner ses tours. Huliaipole et Pokrovsk sont les deux colonnes de son offensive. L’Ukraine le voit. L’Ukraine le sait. La question n’est pas de savoir si elle comprend la menace. La question est de savoir si elle a assez de pièces pour y répondre.
Le Dnipro et le spectre de l’escalade
Le fleuve Dnipro reste la frontière naturelle la plus importante de ce conflit dans le sud. Les Ukrainiens maintiennent des positions sur la rive gauche depuis leur traversée héroïque de 2023, mais ces têtes de pont sont vulnérables et coûteuses à maintenir. L’absence d’engagements dans le secteur de Prydniprovske ce jour-là ne signifie pas que la situation est stable. Elle signifie que les deux camps se regardent par-dessus le fleuve, attendant le moment où l’un où l’autre fera le premier pas.
La centrale nucléaire de Zaporijjia, toujours sous occupation russe, reste le fantôme qui hante tous les calculs stratégiques dans cette région. Toute avancée russe vers la ville de Zaporijjia rapproche le conflit d’une installation nucléaire déjà fragilisée. Et pourtant, cette dimension est quasi absente des discussions internationales. Le monde a appris à vivre avec le risque nucléaire comme il a appris à vivre avec les chiffres quotidiens : en détournant le regard.
La guerre d'usure : le temps comme arme
L’équation du désespoir
Quand on compare les rapports des derniers jours, un schéma émerge. Le 12 février : 60 affrontements, dont 25 sur Pokrovsk et 15 sur Huliaipole. Le 20 février : 237 affrontements, 37 sur Pokrovsk, 29 sur Huliaipole. Le 22 février : 138 affrontements, 29 sur Pokrovsk, 35 sur Huliaipole. Les chiffres oscillent, mais la tendance est claire : Huliaipole monte en intensité. Le secteur qui était secondaire il y a deux semaines est devenu le plus chaud du front.
Cette montée en puissance correspond exactement à ce que les analystes prédisaient : après la capture de Huliaipole en janvier, le contingent « Vostok » consolide ses positions, élargit ses têtes de pont et prépare la phase suivante — l’assaut sur Orikhiv. Les 35 attaques du 22 février ne sont pas un pic aléatoire. Elles sont le signe que la machine offensive russe dans le secteur est en train de monter en régime.
Les chiffres ne mentent pas. Huliaipole était un bruit de fond il y à un mois. Aujourd’hui, c’est le tonnerre. Demain? Demain, ce sera peut-être le mot « Orikhiv » qui reviendra 35 fois dans le rapport de l’état-major. Et après Orikhiv, la question sera : qui arrête la Russie?
Le facteur humain : des hommes contre une machine
Le Kyiv Indépendent a identifié le facteur décisif de cette guerre en 2026 : l’utilisation efficace des effectifs. L’Ukraine fait face à un désavantage numérique structurel. La Russie peut mobiliser plus d’hommes, plus vite, plus longtemps. L’Ukraine, malgré sa loi de mobilisation controversée, peine à remplacer les pertes au rythme où elles surviennent. Chaque soldat ukrainien qui tombe est plus difficile à remplacer que son homologue russe — non pas parce que l’Ukraine manque de patriotes, mais parce qu’elle manque de temps de formation, d’équipement et de profondeur démographique.
Et pourtant, l’Ukraine tient. Et pourtant, elle contre-attaque. Et pourtant, elle reprend 300 kilomètrès carrés dans un secteur où tout le monde la donnait en recul. Ce n’est pas un miracle. C’est le résultat d’une volonté qui dépasse les équations militaires. Mais la volonté à des limites. Et ces limites se mesurent en munitions, en systèmes de défense aérienne, en livraisons d’armes qui arrivent — où n’arrivent pas — depuis les capitales occidentales.
Le silence de l'Occident : pendant que l'Ukraine brûle
Les promesses et les obus
Pendant que 138 affrontements faisaient rage sur le front, pendant que 280 bombes guidées transformaient des villages en cratères, pendant que 8 328 drones bourdonnaient au-dessus des tranchées ukrainiennes, que faisait le monde? Il discutait. Il négociait. Il hésitait. Les livraisons d’armes promises arrivent au compte-gouttes. Les systèmes de défense aérienne réclamés depuis des mois restent dans les hangars de pays qui préfèrent les garder « au cas où ». Au cas où quoi? Au cas où une guerre éclaterait en Europe? Elle est en Europe. Elle y est depuis trois ans.
Le 20 février, le rapport faisait état de 237 affrontements. Personne n’a manifesté dans les rues de Berlin, de Paris où de Bruxelles. Le 22 février, 138 affrontements. Aucun titre de une dans les grands médias occidentaux. L’Ukraine est devenue un bruit de fond, une ligne dans le fil d’actualité entre le cours du bitcoin et les résultats sportifs. Et chaque jour de ce silence est un jour gagné par la Russie. Pas sur le champ de bataille. Dans les esprits.
Le pire ennemi de l’Ukraine n’est pas l’armée russe. C’est l’indifférence. Chaque jour où le monde regarde ailleurs, Poutine sourit. Pas parce qu’il gagne la guerre. Mais parce qu’il gagne la bataille qui compte vraiment : celle de nous faire oublier qu’elle existe.
L’urgence qui n’attend plus
L’Ukraine ne demande pas la charité. Elle demande les moyens de se défendre. Les obus de 155 mm qui manquent sur le front. Les systèmes Patriot et NASAMS qui pourraient protéger les villes des bombes planantes. Les avions F-16 dont la livraison avance à un rythme que seul le mot « scandaleux » peut qualifier. Chaque jour de retard se paie en vies. Pas en statistiques. En vies. Des hommes et des femmes qui avaient des noms, des familles, des projets pour le week-end.
Le renseignement britannique confirme que la contre-offensive ukrainienne près de Huliaipole a perturbé l’élan russe. Imaginez ce que l’Ukraine pourrait accomplir avec les moyens qu’on lui promet depuis des mois. Imaginez un front où les défenseurs n’ont pas à compter leurs obus. Imaginez une défense aérienne qui peut protéger à la fois les villes et le front. Ce n’est pas de l’utopie. C’est ce que tout pays en guerre mérite. C’est ce que l’Ukraine ne reçoit pas.
Conclusion : 138 raisons de ne pas détourner le regard
Ce que les chiffres ne disent pas
138 affrontements. 35 attaques sur Huliaipole. 29 sur Pokrovsk. 280 bombes. 8 328 drones. 890 soldats russes éliminés. 300 kilomètrès carrés repris par l’Ukraine. Les chiffres sont là. Ils sont vérifiables. Ils sont documentés. Ils sont réels. Mais ils ne disent pas tout. Ils ne disent pas le goût de la poussière dans la bouche d’un soldat qui creuse une tranchée sous les bombes. Ils ne disent pas le cri d’un blessé qu’on évacue sous le feu. Ils ne disent pas le silence d’une maison dont les habitants sont partis en laissant la table mise.
Le secteur de Huliaipole est devenu le baromètre de cette guerre. Ce qui s’y passe aujourd’hui déterminera ce qui se passera demain à Orikhiv, après-demain à Zaporijjia, et dans un mois sur l’ensemble du flanc sud de l’Ukraine. La contre-offensive de Syrskyi a gagné du temps. Mais le temps, dans cette guerre, n’est pas une ressource renouvelable. Chaque jour qui passe est un jour où la Russie produit des drones, recrute des soldats et construit des bombes planantes. Chaque jour qui passe est un jour où l’Ukraine attend des armes qui viennent trop peu et trop tard.
138 affrontements. Ce n’est pas un chiffre. C’est un appel. Un appel à ne pas détourner le regard. Un appel à ne pas s’habituer. Un appel à se souvenir que derrière chaque point sur la carte, il y à un être humain qui tient debout pour nous tous. Demain, le rapport dira peut-être 150. Ou 200. Ou 250. Le chiffre changera. La question restera la même : à quel moment avons-nous décidé que c’était acceptable?
La lumière dans la fumée
Il y a, dans cette journée de feu, un détail que les rapports ne soulignent pas assez. Les Forces de défense ukrainiennes n’ont pas seulement résisté. Elles ont frappé 15 cibles stratégiques. Elles ont repris du terrain là où on les croyait en recul. Elles ont tenu chaque position là où on les disait submergées. Ce n’est pas la performance d’une armée en déroute. C’est la performance d’une armée qui se bat avec tout ce qu’elle a — et qui demande simplement qu’on lui donne de quoi continuer.
Maintenant, vous savez. Vous savez ce qui s’est passé le 22 février 2026 sur une ligne de front que personne ne voit. Vous savez ce que coûte chaque jour de cette guerre. Vous savez ce que signifient 138 affrontements pour ceux qui les vivent. La question n’est plus de savoir. La question est de savoir ce que vous allez en faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Ukrainska Pravda — Ukraine’s General Staff: 237 clashes on the line of contact (20 février 2026)
Sources secondaires
Mezha — Russian Military Losses in Ukraine Reach Over 1.2 Million Personnel by February 2026
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