Un verrou stratégique dans la steppe
Avant la guerre, 12 786 personnes vivaient à Huliaipole. Aujourd’hui, les rues sont vides, les maisons criblées d’éclats. La ville se trouve dans la vallée de la rivière Haïchoul, un axe naturel que l’armée russe convoite. Contrôler Huliaipole, c’est ouvrir la route vers Orikhiv à l’ouest et potentiellement menacer Zaporizhzhia. L’offensive russe a commencé en septembre 2025. En janvier 2026, les Russes se sont emparés de la ville. Mais la tenir, c’est autre chose.
Depuis fin janvier, le commandant en chef Oleksandr Syrskyi a lancé des opérations de contre-offensive. Les résultats sont spectaculaires : 300 kilomètrès carrés repris en quelques semaines. La progrèssion la plus rapide depuis 2023. Le 11 février, le 33e régiment d’assaut a nettoyé le village de Kosivtseve. Près de la moitié des gains russes récents ont été effacés. L’intelligence britannique a confirmé que l’opération avait perturbé l’élan offensif russe.
Trois cents kilomètrès carrés. Ce que la Russie avait mis des mois à conquérir au prix de dizaines de milliers de vies, l’Ukraine l’a repris en quelques semaines. Un empire qui jette ses hommes dans un broyeur pour gagner un champ, et une armée de défenseurs qui reprend ce champ dès que le broyeur s’essouffle.
La carte des 35 assauts
Les 35 attaques russes du 22 février se sont déployées en éventail sur dix localités : Huliaipole, Zaliznychne, Staroukraïnka, Sviatopetrivka, Zelene, Varvarivka, Dobropillia, Zahirne, Myrne, Hirke. Chaque nom représente un village où des soldats ukrainiens ont tenu sous un déluge de feu. L’état-major russe sonde, teste, pousse. Il lance des groupes d’assaut sur un flanc, puis sur l’autre. À chaque fois, il se heurte au même mur.
La veille : 112 affrontements, dont 24 à Huliaipole. Le 18 février : 160 engagements, 31 à Huliaipole. Le 19 février : 237 engagements — record absolu — avec 49 attaques sur ce seul axe. L’intensité monte. Jour après jour, les Russes augmentent la pression. Jour après jour, la ligne absorbe le choc.
Pokrovsk : le deuxième front qui ne faiblit pas
29 attaques sur un axe vital
Pendant que Huliaipole brûlait sous 35 assauts, le secteur de Pokrovsk encaissait 29 attaques. La stratégie russe : frapper sur deux axes simultanément pour empêcher les Ukrainiens de concentrer leurs réserves. Pokrovsk, nœud logistique du Donbas, est un objectif vital. Les combats se sont déployés près de Shakhove, Rodynske, Udachne, Molodetske, Muravka et Novopavlivka. Bilan du secteur : 22 soldats russes tués, 19 blessés, 77 drones détruits, un système d’artillerie et une station de guerre électronique neutralisés.
Vingt-deux soldats russes tués dans un seul secteur, en une seule journée, pour un gain territorial de zéro mètre. On peut remplir des stades avec les morts russes de cette guerre. Mais aucun stade en Russie ne leur rendra hommage. Pour le Kremlin, ces hommes n’ont jamais existé.
Les deux mâchoires d’un étau
Huliaipole au sud, Pokrovsk au centre — si les deux axes cèdent, c’est l’ensemble du dispositif défensif dans le sud du Donbas et le nord de Zaporizhzhia qui s’effondre. Et pourtant, malgré les 280 bombes guidées, les 8 328 drones kamikazes, les forces ukrainiennes n’ont pas reculé. Elles ont contre-attaqué. C’est Verdun sans les tranchées. Une guerre d’usure où l’attaquant s’use plus vite que le défenseur.
Yampil : la forteresse qui ne tombe pas
26 assauts repoussés en une journée
À Yampil, dans la région de Donetsk, les forces ukrainiennes ont repoussé 26 assauts russes en une seule journée. Une attaque toutes les 55 minutes. Sans pause. Sans répit. Le groupe opérationnel-tactique Est a confirmé que la localité restait sous contrôle ukrainien. Les équipages de drones de frappe ont détruit un char ennemi. Les groupes d’infanterie russes « tombent systématiquement sous le feu et sont anéantis ». Les défenseurs ont intensifié la reconnaissance aérienne, renforcé le minage des axes d’approche, bloqué les lignes logistiques ennemies.
Un assaut toutes les 55 minutes. Vous venez de repousser une vague. Vous rechargez. Vous soignez le camarade à côté. Et avant d’avoir fini, la vague suivante arrive. Depuis l’aube jusqu’à la nuit. Chaque jour. Ce ne sont pas des soldats. Ce sont des murailles vivantes.
Les Russes déguisés en civils
Des rapports confirmés font état de soldats russes déguisés en civils tentant de s’infiltrer dans Yampil — une violation flagrante des conventions de Genève. Les forces spéciales ukrainiennes ont détruit un groupe de sabotage et de reconnaissance. Le maillage défensif est devenu si dense que les Russes ne peuvent plus approcher de manière conventionnelle. Alors ils essaient la ruse. Et la ruse échoue aussi. Parce que les drones voient tout. Parce que les défenseurs connaissent chaque chemin. C’est leur terre.
Les bombes guidées et les drones : l'arsenal de terreur
280 bombes et 8 328 drones en 24 heures
280 bombes aériennes guidées larguées en une journée. Ces KAB pèsent entre 250 et 1 500 kilogrammes. Larguées par des Su-34 et Su-35, chacune peut détruire un immeuble de cinq étages. La veille, le nombre était de 152 — l’augmentation à 280 représente une escalade de 84%. Et pourtant, même sous ce déluge, les positions ukrainiennes ont tenu. Les abris résistent. Les tranchées sont reconstruites. Les positions sont réoccupées dès que les bombes cessent.
Aux bombes s’ajoutent 8 328 drones kamikazes. C’est 347 par heure. Près de 6 par minute. Un essaim mécanique permanent — principalement des Lancet et des Shahed de fabrication iranienne. L’Ukraine répond par ses propres drones et des systèmes de guerre électronique. Le ciel est disputé mètre par mètre, exactement comme le sol.
280 bombes. Chacune capable de rayer un immeuble de la carte. Et dans les villages autour de Huliaipole, des soldats ukrainiens sont sortis de leurs abris après chaque frappe pour reprendre leur poste. Il n’y a pas de mot assez fort pour décrire ce courage. Il n’y a pas non plus de mot assez dur pour décrire la barbarie de ceux qui larguent ces bombes sur des villages où vivaient des familles il y a encore deux ans.
3 389 frappes d’artillerie
3 389 frappes en 24 heures. L’artillerie russe pilonne sans interruption les positions, les routes d’approvisionnement, les zones arrière. Pour mettre ce chiffre en perspective : pendant la bataille de Verdun en 1916, les deux camps combinés tiraient environ 100 000 obus par mois. La Russie seule tire plus de 3 000 obus par jour, grâce à une production militaire à plein régime et aux munitions nord-coréennes.
La riposte ukrainienne : le scalpel contre le marteau
Frappes chirurgicales contre déluge aveugle
Là où la Russie arrose à l’aveugle, l’Ukraine frappe au scalpel. Les 15 contre-frappes du 22 février : deux postes de commandement, trois stations de contrôle de drones, deux postes d’observation, trois concentrations de troupes, une station de guerre électronique, trois pièces d’artillerie, une cible stratégique. La Russie compense le manque de précision par le volume. L’Ukraine compense le manque de volume par la précision. Chaque obus doit compter. Il n’y a pas de marge pour le gaspillage.
3 389 frappes russes pour 15 frappes ukrainiennes. Et pourtant, les 890 soldats russes éliminés en 24 heures prouvent que la précision vaut plus que le volume. C’est l’arithmétique brutale de cette guerre : la Russie gaspille ce que l’Ukraine transforme en résultats.
La contre-offensive qui a tout changé
La contre-offensive de Zaporizhzhia n’est pas seulement une victoire territoriale. C’est un message : « Nous pouvons reprendre ce que vous prenez. » Les 138 affrontements du 22 février reflètent la réaction russe à cette humiliation. La contre-offensive a révélé une faille : quand les Ukrainiens ont frappé, les unités russes étaient épuisées, sous-alimentées, démoralisées. Les lignes d’approvisionnement, constamment harcelées par drones et artillerie, ne tenaient plus.
Les autrès secteurs : 1 000 kilomètrès sous pression
Un front vivant de bout en bout
Le 22 février : Kostiantynivka, 14 assauts. Lyman, 6 engagements. Sloviansk, 9 affrontements. Kupiansk, 4 engagements. Oleksandrivka, 6 attaques. Même le secteur de Koursk — territoire russe contrôlé par les Ukrainiens — a vu un engagement et 74 bombardements. La guerre n’a pas de « secteur calme ». Chaque jour, sur chaque kilomètre, des Ukrainiens tiennent contre une armée qui les surpasse en nombre, en artillerie, en aviation.
On parle de Huliaipole parce que c’est là que la pression est la plus forte. Mais derrière chaque chiffre de chaque secteur, il y à un soldat qui n’a pas dormi depuis 48 heures. Un infirmier qui fait des garrots dans le noir. Un opérateur de drone qui a les yeux brûlés par l’écran. La guerre dévore tout le front, partout, tout le temps.
Oleksandrivka : le deuxième axe de la contre-offensive
Le secteur d’Oleksandrivka est le théâtre de la poussée ukrainienne menée conjointement avec Huliaipole. Les attaques russes sont des tentatives de reprendre ce que l’Ukraine vient de libérer. La priorité donnée à la sécurité des soldats distingue cette contre-offensive : les forces ukrainiennes avancent avec prudence calculée, utilisant les drones pour la reconnaissance, l’artillerie pour préparer le terrain. C’est la différence entre une armée qui considère ses soldats comme des munitions et une armée qui les considère comme des êtrès humains.
Le poids des chiffres : 1 259 780
Un million et quart de vies brûlées
1 259 780 — pertes totales russes depuis le 24 février 2022. Tués, blessés, capturés, disparus. Plus que la population de Prague. Et le rythme ne ralentit pas. 890 par jour. Semaine après semaine, la Russie verse un tribut humain qui défie toute logique. Aucun territoire gagné ne vaut ce prix. Mais la machine tourne, alimentée par la mobilisation forcée, le recrutement dans les prisons, les mercenaires attirés par des primes qui valent dix ans de salaire dans les régions pauvres de la Fédération.
La Russie a officiellement reconnu 5 937 morts. En septembre 2022. Depuis, silence. Le chiffre ukrainien est de 1 259 780. Même divisé par cinq, c’est une catastrophe démographique que la Russie ne pourra jamais effacer. Chaque jour creuse un trou dans le futur de la Russie elle-même. Et le Kremlin le sait. Mais les guerres sont plus faciles à commencer qu’à arrêter.
Ce que les chiffres ne disent pas
Derrière ce nombre : le conscrit de 19 ans de Bouriatie qui pensait participer à un exercice. Le prisonnier libéré contre six mois au front — espérance de vie : quelques semaines. Le père de famille de Saratov mobilisé et jamais revenu. Les familles sans corps. Les blessés mourant dans des hôpitaux surchargés sans figurer dans aucune statistique. Et puis il y a les pertes ukrainiennes — celles que Kyiv ne publie pas. Des défenseurs qui protégeaient leur terre. Cette guerre dévore les deux camps. La différence : l’un se bat pour survivre, l’autre pour conquérir.
L'escalade de février : une tendance qui inquiète
La courbe qui ne redescend pas
Les données de février 2026 : le 5 février, 140 affrontements. Le 12, 137. Le 18, 160. Le 19, 237 — record absolu. Le 21, 112. Le 22, 138. La moyenne ne descend plus sous 100. Les pics montent. Cette escalade reflète une décision stratégique russe d’intensifier avant le printemps. Le 24 février marquera quatre ans de guerre. Le Kremlin veut des résultats à montrer. Il pousse ses généraux à attaquer, quel que soit le coût.
Quatre ans. Dans deux jours, cette guerre aura quatre ans. Quatre ans de bombes sur des maternités. Quatre ans de drones sur des écoles. Et le monde s’y est habitué. C’est peut-être la chose la plus terrifiante : nous avons appris à vivre avec un génocide en cours comme si c’était un bruit de fond.
Le spectre du printemps
Le dégel transforme le champ de bataille. La raspoutitsa rend les sols impraticables pour les blindés. La Russie pousse maintenant, tant que le sol est gelé. Mais le printemps apporte aussi la verdure — couvert naturel qui protège les défenseurs et rend les drones de reconnaissance moins efficaces. Pour les Ukrainiens en défense, le printemps est un allié. Pour les Russes attaquant à découvert dans la steppe, un cauchemar. Chaque jour sans percée russe rend la percée de demain plus improbable.
Huliaipole, ville fantôme, ville symbole
12 786 âmes effacées
12 786 habitants avant la guerre. Une école, un hôpital, un monument à Makhno. La ville avait survécu à la Seconde Guerre mondiale, à l’occupation nazie, à l’effondrement soviétique. Jusqu’en 2022. Les habitants ont fui. Ceux qui restent vivent dans des caves, sous les bombardements. La ville qui avait changé de mains seize fois entre 1917 et 1921 se retrouve au cœur d’une guerre qu’elle n’a pas choisie.
12 786 personnes. Pas une métropole. Une petite ville où tout le monde se connaissait, où les enfants allaient à l’école à pied. Aujourd’hui, l’école est un poste de tir. Et les enfants sont loin, dans des villes qu’ils n’ont pas choisies, dans des pays dont ils ne parlent pas la langue. Huliaipole n’est pas un point sur une carte militaire. C’est 12 786 vies suspendues.
L’héritage de Makhno
Nestor Makhno, le chef anarchiste, avait fait de Huliaipole le quartier général de la Makhnovchtchina — un mouvement qui refusait toute domination extérieure. Les soldats ukrainiens d’aujourd’hui partagent avec lui quelque chose de fondamental : la conviction que cette terre leur appartient, que personne n’a le droit de la prendre, et qu’aucune armée, aussi puissante soit-elle, ne peut conquérir un peuple qui refuse de se soumettre. C’est cette conviction qui transforme 12 786 en un chiffre qui pèse plus que 1 259 780.
Le prix de la résistance
Ce que l’Occident doit comprendre
Pendant que l’Ukraine repoussait 138 attaques, les discussions sur l’aide militaire continuaient de traîner dans les capitales européennes. Les bombes russes tombent par centaines. Les obus par milliers. Les drones par dizaines de milliers. Et les livraisons d’armes arrivent au compte-gouttes. Les forces ukrainiennes compensent le manque de munitions par l’ingéniosité, le manque de couverture aérienne par les drones, le manque de soldats par la motivation. Mais la compensation à ses limites. Un soldat motivé ne peut pas arrêter une bombe guidée avec sa volonté.
Et pourtant. C’est le refrain de cette guerre. Et pourtant, ils tiennent. Et pourtant, ils contre-attaquent. Malgré les bombes, les drones, les obus, le froid, la fatigue, le manque de tout. Il y a dans cette résistance quelque chose qui devrait faire honte à ceux qui hésitent encore à livrer une batterie de missiles. L’Ukraine n’a pas besoin de notre sympathie. Elle a besoin de nos armes.
Ce que signifie « tenir »
Quand l’état-major annonce que « les forces de défense repoussent avec succès les tentatives des occupants », il faut comprendre ce que ces mots recouvrent. « Repousser » signifie des combats au corps-à-corps dans des tranchées. « Perturber leurs plans » signifie des opérateurs de drones rivés à leurs écrans 18 heures d’affilée. « Infliger des pertes » signifie que 890 familles russes ne reverront jamais leur fils. La guerre n’est pas un tableau Excel. Chaque minute depuis 1 094 jours, des Ukrainiens se battent pour exister. Le 22 février, ils se sont battus 138 fois. Et 138 fois, ils ont gagné.
La guerre des drones : le ciel disputé
L’essaim mécanique
8 328 drones kamikazes en 24 heures. 347 par heure. Près de 6 par minute. C’est un essaim permanent dans le ciel ukrainien — des Lancet, des Shahed de fabrication iranienne, des modèles de production russe. Ils ciblent tout : véhicules, positions de tir, postes d’observation, convois logistiques. Bon marché, jetables, mortels. La Russie en produit des milliers par mois avec l’aide de l’Iran et de composants chinois.
L’Ukraine répond par ses propres drones. À Yampil, des équipages de drones de frappe ont détruit un char russe. Des systèmes de guerre électronique brouillent les signaux de guidage. C’est une course technologique permanente où chaque innovation est contrée par l’adaptation de l’autre. Le ciel au-dessus du front n’appartient à personne. Il est disputé seconde après seconde, comme le sol sous les pieds des combattants.
Six drones par minute. Imaginez le bruit. Ce bourdonnement permanent qui ne s’arrête ni le jour ni la nuit. Les soldats ukrainiens vivent avec ce son comme on vit avec une menace constante — en l’intégrant, en l’écoutant, en apprenant à distinguer le modèle de drone par la tonalité de son moteur. C’est la guerre du XXIe siècle. Et elle ne ressemble à rien de ce que l’humanité avait connu.
La supériorité de l’ingéniosité
Les forces ukrainiennes ont transformé le drone artisanal en arme de précision. Des FPV assemblés dans des garages et des sous-sols, pilotés par des opérateurs en lunettes de réalité virtuelle, chassent les blindés russes avec une efficacité que des missiles à plusieurs millions de dollars peineraient à égaler. Un drone à 500 dollars contre un char à 3 millions. L’asymétrie est totale. Et elle joue en faveur des défenseurs.
Les leçons de quatre ans de guerre
Ce que le monde devrait retenir
Le 24 février 2022, quand les premiers chars russes ont franchi la frontière, les analystes occidentaux donnaient 72 heures à l’Ukraine. Kyiv tomberait en un week-end. Zelensky fuirait. L’armée se rendrait. 1 094 jours plus tard, l’Ukraine mène des contre-offensives, contrôle une partie du territoire russe dans la région de Koursk, et repousse 138 attaques en une journée. Chaque prédiction de défaite rapide a été démentie par les faits. Chaque pronostic de fatigue ukrainienne a été contredit par la réalité.
72 heures. C’est ce qu’on leur donnait. Quatre ans plus tard, ce sont les Russes qui cherchent la sortie sans la trouver. Cette guerre a prouvé une chose que les manuels militaires avaient oubliée : la motivation d’un peuple qui défend sa terre pèse plus que tous les missiles du monde. C’est une vérité aussi vieille que la guerre elle-même. Et aussi actuelle que les 138 affrontements du 22 février.
La démographie comme arme silencieuse
890 soldats russes par jour. 6 230 par semaine. 25 000 par mois. La Russie perd l’équivalent d’une division entière toutes les deux semaines. Aucune armée dans l’histoire n’a subi ce taux de pertes sur une aussi longue durée sans s’effondrer. Le fait que la machine russe continue de tourner est moins un signe de force qu’un témoignage de la brutalité du régime qui l’alimente — mobilisation forcée, recrutement dans les prisons, importation de combattants étrangers.
Le quatrième anniversaire : entre rage et espoir
Deux jours avant la date
Le 22 février 2026 — deux jours avant le quatrième anniversaire de l’invasion. Les 138 affrontements de cette journée ne sont pas anodins. Ils sont le symbole d’une guerre que la Russie pensait gagner en trois jours et qui dure depuis quatre ans. Le Kremlin avait prévu un défilé de victoire à Kyiv. Il a obtenu un cimetière de 1,26 million de ses soldats.
Et pourtant, malgré ces chiffres, malgré l’échec patent de la stratégie russe, la guerre continue. Parce que l’admettre serait la fin de Poutine. Parce que reculer est plus dangereux pour le Kremlin que de continuer à avancer dans le mur. Alors les assauts continuent. Les drones continuent. Les bombes continuent. Et les soldats ukrainiens continuent de les arrêter.
Quatre ans. 1 094 jours. 1 259 780 pertes russes. Des dizaines de milliers de civils ukrainiens tués. Des villes rasées. Des familles brisées. Des enfants qui ne connaîtront jamais la maison où ils sont nés. Et dans deux jours, le monde fera un article commémoratif, postera un drapeau ukrainien sur les réseaux, et retournera à ses préoccupations. Pendant que sur la ligne de front, un soldat se préparera pour le 1 095e jour.
Ce qui a changé, ce qui n’a pas changé
En quatre ans, la technologie a changé — les drones ont remplacé les blindés comme arme décisive. La géographie a changé — des centaines de villages ont été rayés de la carte. La diplomatie a changé — les alliances se sont recomposées. Mais une chose n’a pas changé : la détermination ukrainienne. Elle est le seul constant de cette guerre. La seule variable que Moscou n’a pas réussi à modifier. Et tant qu’elle tiendra, la Russie ne gagnera pas.
Conclusion : La steppe ne plie pas
Le bilan d’une journée qui résume une guerre
138 affrontements. 35 attaques sur Huliaipole. 29 sur Pokrovsk. 26 assauts repoussés à Yampil. 280 bombes guidées. 8 328 drones kamikazes. 3 389 frappes d’artillerie. 890 soldats russes tués. 300 kilomètrès carrés repris. Ensemble, ces chiffres dessinent une guerre qui entre dans sa cinquième année avec une intensité que personne n’avait prévue.
Huliaipole, ville de 12 786 âmes, berceau de Makhno, incarne ce refus qui anime l’Ukraine depuis le premier jour : on ne se couche pas. La Russie peut envoyer ses bombes, ses drones, ses vagues d’infanterie. Mais elle ne peut pas conquérir un peuple qui a décidé de rester debout.
Dans deux jours, cette guerre aura quatre ans. Quatre ans pendant lesquels le monde a eu le temps de se lasser. Quatre ans pendant lesquels l’Ukraine n’a pas eu le luxe de se lasser. Chaque matin, les soldats de Huliaipole vérifient leur arme et tiennent la ligne. Pas pour la gloire. Pour la seule raison qui vaille : parce que s’ils ne le font pas, il n’y aura plus rien à défendre.
Ce qui reste après les bombes
La steppe de Zaporizhzhia est immense, plate, battue par les vents. Nulle part où se cacher. Et c’est là que des soldats ukrainiens tiennent tête à la deuxième armée du monde. Avec des drones, de l’artillerie, de l’intelligence tactique et une volonté qui ne se mesure dans aucun rapport militaire. Maintenant, vous savez ce que 138 affrontements en une journée signifient. Vous savez ce que Huliaipole endure. La question n’est plus de savoir si vous êtes au courant. La question est : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique est rédigée par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant publiant sous le pseudonyme LeClaude. Je ne suis pas journaliste et ne prétends pas l’être. Je suis un chroniqueur qui assume ses prises de position. Mon positionnement est clair : je considère l’invasion russe de l’Ukraine comme une guerre d’agression illégale et les souffrances infligées aux civils ukrainiens comme des crimes documentés.
Méthodologie et sources
Les données militaires proviennent des rapports quotidiens de l’état-major général ukrainien, relayés par Ukrinform et recoupés avec des sources occidentales. Les chiffres de pertes russes sont ceux publiés par la partie ukrainienne — la Russie ne publiant plus ses propres chiffres depuis septembre 2022. Les données territoriales proviennent du commandement ukrainien et du renseignement britannique.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, pas un reportage neutre. Il contient des analyses, des opinions et des passages éditoriaux identifiés par des balises em. Les faits sont vérifiés. Les opinions sont celles de l’auteur.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Defense Forces control Yampil (22 février 2026)
UNN — 160 battles in 24 hours, Huliaipole direction became the hottest (18 février 2026)
Sources secondaires
Militarnyi — Syrskyi: Ukrainian Defense Forces Launch Counteroffensive Operations Near Huliaipole
United24 Media — How Ukraine Liberated 200 Sq Km in Its Fastest Push Since 2023
Wikipedia — Huliaipole (données historiques et démographiques)
MinFin Index — Casualties of Russia in Ukraine (données cumulatives)
Mezha — Russian Military Losses in Ukraine Reach Over 1.25 Million as of February 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.