Minuit, rue Danylyshyna
Il était environ minuit trente, dans la nuit du 21 au 22 février, quand un appel est entré au commissariat de Lviv. Un cambriolage signalé dans une boutique de la rue Danylyshyna, en plein centre-ville. Routine. Les patrouilleurs se sont mis en route. Ils ne savaient pas qu’ils roulaient vers un piège. L’appel venait de la région de Kharkiv — à des centaines de kilomètrès de là. Un faux signalement, calibré pour attirer les forces de l’ordre à un endroit précis, à une heure précise.
La première explosion a frappé quand la première patrouille est arrivée sur les lieux. Deux engins explosifs artisanaux, dissimulés dans des poubelles. Puis, quelques instants plus tard — le temps que les renforts arrivent, le temps que les collègues se précipitent vers leurs camarades blessés — la deuxième déflagration. C’est la signature classique du terrorisme : frapper deux fois. La première bombe pour tuer. La deuxième pour tuer ceux qui viennent sauver.
On parle souvent de « lâcheté » quand on décrit le terrorisme. C’est un mot trop doux. Ce qui s’est passé à Lviv est de l’ingénierie de la mort appliquée à des gens dont le métier est de protéger.
Viktoriia Shpylka avait 23 ans
Viktoriia Shpylka. Retenez ce nom. Elle avait 23 ans. Elle était policière. Elle a répondu à un appel de détresse au milieu de la nuit, comme elle l’avait probablement fait des dizaines de fois. Elle n’en est pas revenue. Vingt-cinq autrès personnes ont été blessées. Douze hospitalisées. Deux dans un état critique. Le maire de Lviv a qualifié l’attaque d’acte terroriste.
La suspecte, une femme de 33 ans originaire de la région de Rivne, a été arrêtée dix heures plus tard, près de la frontière polonaise, à Staryi Sambir. Elle tentait de fuir. Les caméras de surveillance l’avaient filmée en train de déposer les explosifs plus tôt dans la soirée. Son mode opératoire : assemblage et placement des engins sur instruction directe d’un handler des services spéciaux russes, recrutée via Telegram. Le président Zelensky a été catégorique : « Tous les individus impliqués dans cet attentat terroriste ont été recrutés par le messager Telegram. » Elle risque la prison à vie.
La pluie de feu : 345 armes dans le ciel ukrainien
L’anatomie d’un bombardement massif
Pendant que Lviv pansait ses plaies, le ciel ukrainien s’embrasait. Dans la nuit du 22 au 23 février, la Russie a déployé un arsenal qui dépasse l’entendement : 50 missiles — dont des hypersoniques, des balistiques et des missiles de croisière — accompagnés de 297 drones Shahed. Au total, 345 vecteurs d’attaque lancés en quelques heures contre un pays de 44 millions d’habitants qui essaie simplement de survivre à l’hiver.
La défense aérienne ukrainienne a abattu 33 missiles et 274 drones. En pourcentage, c’est impressionnant. En réalité humaine, c’est insuffisant. Car 17 missiles et 23 drones ont passé le bouclier. Et chacun d’entre eux portait la mort. Les cibles visées : l’infrastructure énergétique, les installations ferroviaires, les réseaux d’eau. La stratégie russe n’a pas changé depuis l’hiver 2022 : priver les Ukrainiens de lumière, de chaleur, de transport. Les plonger dans le noir et le froid. Les briser par l’usure.
345 armes dans un seul ciel, en une seule nuit. Il faudrait que chaque Européen prenne trente secondes pour imaginer ce que ça signifie. Le sifflement. L’explosion. Le silence. Puis les cris.
Les pannes qui tuent en silence
Les pannes d’électricité ne font pas la une des journaux. Elles ne saignent pas. Elles ne crient pas. Mais elles tuent. À Kyiv, Dnipro, Kirovohrad, Mykolaiv, Poltava et Sumy, des quartiers entiers se sont retrouvés sans courant après les frappes. En plein hiver ukrainien, quand le thermomètre descend sous les moins dix, perdre le chauffage n’est pas un inconvénient. C’est une condamnation. Les personnes âgées seules. Les nourrissons. Les malades sous assistance respiratoire. Pour eux, chaque heure sans électricité est un compte à rebours.
À Zaporizhia, 12 000 foyers se sont retrouvés dans le noir. Les installations ferroviaires ont été touchées, perturbant les évacuations et l’acheminement de l’aide. Et pourtant, dans les rapports internationaux, on parle de « frappes sur les infrastructures » comme s’il s’agissait de statistiques. Ce ne sont pas des infrastructures. Ce sont les artères d’un pays. Coupez-les, et le pays saigne.
L'Ukraine frappe en retour : la guerre n'est pas à sens unique
Les réservoirs de Lougansk en flammes
L’Ukraine ne se contente pas d’encaisser. Elle frappe. Le jour 1 460, des drones ukrainiens ont atteint un réservoir de carburant dans la région de Lougansk, provoquant un incendie massif. Ce n’est pas un geste symbolique. Le carburant, c’est le sang de la machine de guerre russe. Chaque litre qui brûle est un convoi qui s’arrête, un char qui ne roule plus, un hélicoptère qui reste au sol.
Dans la région de Belgorod, en territoire russe, une attaque « massive » aux missiles ukrainiens a endommagé les infrastructures énergétiques. Électricité, chauffage, approvisionnement en eau — perturbés. La guerre que la Russie impose à l’Ukraine depuis quatre ans revient frapper à sa propre porte. Et à Moscou, les aéroports ont brièvement suspendu leurs opérations après des attaques de drones ukrainiens. 24 drones interceptés où détruits. Sur une période de quatre heures, la Russie a dû neutraliser 130 drones ukrainiens.
Quand les aéroports de Moscou ferment, ne serait-ce que quelques minutes, c’est toute la narration du Kremlin qui vacille. La guerre devait être « spéciale » et « rapide ». Quatre ans plus tard, elle frappe le tarmac de Cheremetievo.
Le prix russe : 1 259 780 soldats
Les chiffres de l’état-major ukrainien au jour 1 460 dessinent un gouffre. 1 259 780 soldats russes éliminés depuis le début de l’invasion. En vingt-quatre heures seulement, 890 de plus. 11 694 chars détruits. 24 069 véhicules blindés. 37 470 systèmes d’artillerie. 142 113 drones abattus. 4 314 missiles de croisière interceptés. 435 avions. 348 hélicoptères. Des chiffres qui dépassent les pertes de n’importe quel conflit depuis la Seconde Guerre mondiale.
Et pourtant, la machine continue. 890 soldats par jour. Ils ont des noms. Des familles. Des villages dans l’Oural, en Sibérie, au Daghestan. Des mères qui ne les reverront pas. La Russie les envoie comme du consommable, et le monde les compte comme des unités. Mais derrière chaque « +890 », il y à un garçon de vingt ans qui est parti pour trois mois et qui ne reviendra jamais.
Poutine et la bombe : quand le chantage nucléaire devient « priorité absolue »
Le dernier traité est mort
Le dernier traité nucléaire entre les États-Unis et la Russie a expiré. New START est mort. Et dans ce vide juridique, Vladimir Poutine a choisi ses mots avec la précision d’un lanceur de missiles : le développement des forces nucléaires russes est désormais une « priorité absolue ». Pas une « option ». Pas un « axe de travail ». Une priorité absolue.
En novembre 2024, Poutine avait déjà abaissé le seuil d’utilisation de l’arme nucléaire, permettant une frappe contre un pays non nucléaire soutenu par une puissance nucléaire — visant directement l’Ukraine et ses alliés occidentaux. En janvier 2026, un missile Oreshnik, capable de porter des ogives nucléaires, a été tiré sur l’Ukraine dans le cadre d’un bombardement. Le message est limpide : la Russie ne menace plus. Elle exhibe.
Quand un homme qui a déjà envahi un pays souverain, bombardé des maternités et ciblé des convois humanitaires vous dit que l’arme nucléaire est sa « priorité absolue », la question n’est pas de savoir s’il bluffe. La question est de savoir ce qu’on attend pour le prendre au sérieux.
L’escalade sans garde-fou
Le monde entre dans une ère sans filet. Sans traité, il n’y a plus de vérification, plus d’inspection, plus de limite. La Russie peut développer, déployer et tester ce qu’elle veut, sans que personne ne vérifie. La doctrine nucléaire révisée par Poutine rend théoriquement possible une frappe nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle sur le sol russe — ce qui, avec les drones ukrainiens frappant Belgorod et Moscou, n’est plus de la théorie.
Le pape Léon XIV l’a compris. Depuis la place Saint-Pierre, le 22 février, il a lancé un appel d’une solennité rare : « Que les armes se taisent, que les bombardements cessent, qu’un cessez-le-feu immédiat soit atteint, et que le dialogue soit renforcé pour ouvrir la voie vers la paix. » Il a ajouté : « La paix ne peut être reportée. C’est une nécessité urgente. » Les mots du pape résonnent. Mais les missiles de Poutine résonnent plus fort.
Orbán, le saboteur : comment la Hongrie trahit l'Europe de l'intérieur
Le chantage au pétrole
Pendant que l’Ukraine enterre ses morts, Viktor Orbán négocie son pétrôle. Le Premier ministre hongrois a annoncé que Budapest bloquerait le vingtième paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie. Sa raison? L’Ukraine a cessé de faire transiter le pétrôle russe par l’oléoduc Droujba — « l’amitié », en russe. Le nom est une gifle. Peter Szijjártó, le ministre des Affaires étrangères hongrois, a été explicite : « Tant que l’Ukraine ne reprendra pas le transit pétrolier… nous ne permettrons pas aux décisions importantes pour Kyiv d’avancer. »
Relisez cette phrase. Un membre de l’Union européenne, un allié théorique de l’OTAN, utilise son droit de veto pour protéger les revenus pétroliers de la Russie — le pays qui bombarde l’Ukraine avec 345 armes par nuit. La Hongrie ne demande pas la paix. Elle demande son approvisionnement. Et elle est prête à sacrifier les sanctions qui étranglent l’économie de guerre russe pour l’obtenir.
D’un côté, Viktoriia Shpylka, 23 ans, meurt dans une poubelle piégée par les services russes. De l’autre, Viktor Orbán bloque les sanctions contre la Russie pour quelques barils de pétrôle. L’Europe de 2026, résumée en deux images.
L’ultimatum inversé
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a réagi avec une colère froide, condamnant les « ultimatums et le chantage » de la Hongrie et de la Slovaquie concernant les approvisionnements en électricité. Car la Hongrie n’est pas seule. La Slovaquie joue le même jeu, liée au même pipeline Droujba, dépendante du même pétrôle russe, complice du même calcul.
Et pourtant, l’Europe regarde. Le Conseil des Affaires étrangères de l’UE devait adopter ce vingtième paquet de sanctions le 23 février — veille symbolique de l’anniversaire de l’invasion. Orbán l’a bloqué. Le symbole est écrasant. Le jour où le monde devrait se souvenir de ce que la Russie a fait, un dirigeant européen s’assure que la Russie continue de profiter de la manne pétrolière qui finance ses missiles. C’est de la complicité active. Et elle porte un nom et un visage.
Le cri de Sybiha : « La queue ne fait pas remuer le chien »
L’appel aux sanctions réelles
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, ne mâche plus ses mots. Face à l’attaque massive de la nuit et à l’attentat de Lviv, il a lancé un appel direct à la communauté internationale : « Cette terreur ne peut pas être normalisée. Elle doit être arrêtée. La Russie ne peut pas faire remuer le monde entier, tout comme la queue ne peut pas faire remuer le chien. »
La métaphore est cinglante. Et elle vise juste. Car c’est exactement ce qui se passe. Un pays en récession, dont l’économie est sous perfusion, dont la monnaie s’effondre, dont les soldats meurent par centaines chaque jour, continue de dicter le tempo à une alliance de nations dont le PIB combiné représente vingt fois le sien. Sybiha a détaillé sa demande : « La communauté internationale dispose de suffisamment de leviers pour arrêter Poutine, surtout quand son économie est déjà en mauvais état. »
Sybiha demande des sanctions « réellement fortes ». Pas des gestes symboliques. Pas des communiqués. Des sanctions qui coupent les revenus énergétiques, les schémas d’évasion, l’accès aux technologies. Des sanctions qui font mal. Parce que les missiles, eux, font bien plus que mal.
Le diagnostic d’une impuissance choisie
« Coupez l’accès aux revenus énergétiques, aux schémas d’évasion et à la technologie — et Poutine n’aura pas d’autre choix que d’arrêter cette guerre », a ajouté Sybiha. La phrase est d’une clarté brutale. Le problème n’est pas que l’Occident ne peut pas arrêter cette guerre. C’est qu’il ne le veut pas assez. Les outils existent. Les sanctions pourraient être totales. Le pétrôle russe pourrait être embargo complet. Les banques russes pourraient être coupées du système mondial.
Mais il y a Orbán. Il y à le pétrôle. Il y à le gaz. Il y a les calculs électoraux. Il y a les entreprises européennes qui continuent de commercer avec la Russie via des pays tiers. Il y à l’Inde qui achète du pétrôle russe à prix cassé et le revend raffiné à l’Europe. Il y a tout un écosystème de complaisance qui permet à la machine de guerre russe de continuer à fonctionner. Pendant que 890 soldats russes meurent chaque jour. Pendant que des enfants ukrainiens dorment dans des métros.
Le pape Léon XIV : la voix morale dans le silence des États
Les mots de la place Saint-Pierre
Le 22 février 2026, veille de cette chronique, le pape Léon XIV a pris la parôle depuis la place Saint-Pierre pour l’Angélus. Devant des milliers de fidèles, il a parlé de l’Ukraine avec une gravité qui tranchait avec la tiédeur diplomatique habituelle du Vatican. « Tant de victimes, tant de vies et de familles brisées, tant de destruction, tant de souffrance indicible », a-t-il dit. Puis il a frappé : « Chaque guerre est véritablement une blessure infligée à toute la famille humaine ; elle laisse dans son sillage la mort, la dévastation et une traînée de douleur qui marque des générations. »
Le pape a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Il a demandé que les armes se taisent. Il a insisté : « La paix ne peut être reportée. C’est une nécessité urgente qui doit trouver sa place dans nos coeurs et se traduire en décisions responsables. » Des mots puissants. Des mots nécessaires. Mais des mots qui, dans le fracas de 345 missiles et drones, peinent à trouver leur écho.
Le pape parle de paix. Poutine parle de priorité nucléaire. Orbán parle de pétrôle. Et quelque part entre ces trois discours, un peuple entier essaie simplement de passer la nuit sans mourir.
La foi contre la bombe
Il y à quelque chose de déchirant dans le spectacle d’un chef spirituel implorant la paix pendant qu’un chef d’État déclare la bombe atomique priorité nationale. Le pape Léon XIV a téléphoné à Vladimir Poutine. Il a qualifié cette guerre de « dénuée de sens ». Il a envoyé de l’aide humanitaire en Ukraine. Il a prié. Et la Russie a tiré 50 missiles de plus.
La prière ne stoppe pas les Kinjal. La morale ne détourne pas les Shahed. Mais dans un monde où les dirigeants comptent en barils et en ogives, la voix du pape rappelle quelque chose d’essentiel : les gens qui meurent sous ces bombes sont des êtrès humains. Pas des variables géopolitiques. Pas des dommages collatéraux. Des pères, des mères, des enfants de quatre ans qui n’ont connu que la guerre.
Le bilan humain : les chiffres qui ne dorment jamais
La nuit du 22 au 23 février en détail
Revenons aux faits bruts. La nuit de bombardement du 22 au 23 février a laissé une trace sanglante sur la carte ukrainienne. À Kyiv et dans sa région : 1 mort, 17 blessés dont 4 enfants. 12 habitations endommagées dans 5 districts. Des bâtiments résidentiels touchés. Des installations ferroviaires détruites. Les réseaux électriques mis hors service dans six régions.
À Zaporizhia, les frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques occupées par la Russie ont privé 12 000 foyers de courant. En territoire russe, la région de Belgorod a subi une attaque « massive » aux missiles ukrainiens, perturbant l’électricité, le chauffage et l’eau. Les aéroports de Moscou ont brièvement fermé. 130 drones ukrainiens neutralisés en quatre heures. La guerre est désormais bidirectionnelle. Et la Russie découvre ce que signifie vivre sous les bombes.
12 000 foyers sans électricité à Zaporizhia. Des enfants blessés à Kyiv. Des aéroports fermés à Moscou. Le jour 1 460 ne fait pas de distinction. La guerre, elle, n’en a jamais fait.
Les pertes russes : un gouffre sans fond
L’état-major ukrainien publie chaque jour un décompte que la Russie ne conteste jamais publiquement — ce qui en dit long. Au jour 1 460 : 1 259 780 soldats éliminés. +890 en vingt-quatre heures. 11 694 chars détruits. +9 en un jour. 24 069 véhicules blindés. 37 470 pièces d’artillerie. +41 en un jour. 1 652 lance-roquettes multiples. 142 113 drones abattus, dont 1 705 en une seule journée. 79 500 véhicules et citernes.
Ces chiffres sont des gouffres. La Russie perd l’équivalent d’un bataillon complet chaque jour. Depuis quatre ans. Sans jamais atteindre ses objectifs militaires. Kyiv tient. Odessa tient. Kharkiv tient. Et la Russie continue d’alimenter la machine en chair humaine recrutée dans les prisons, les régions pauvres, les minorités ethniques. Quatre ans. 1,26 million de soldats. Et pas un centimètre de plus vers la victoire.
Le piège Telegram : la guerre hybride dans votre téléphone
Du recrutement à la bombe
L’attentat de Lviv révèle un aspect de cette guerre que les bilans de drones ne montrent pas : la guerre hybride. La suspecte, une femme de 33 ans, n’était pas une combattante. Elle n’avait pas d’entraînement militaire. Elle a été recrutée par un handler des services spéciaux russes via Telegram — l’application de messagerie utilisée par des centaines de millions de personnes dans le monde.
Telegram est devenu l’arme de recrutement préférée de la Russie sur le front intérieur ukrainien. Des agents russes identifient des cibles vulnérables — personnes en difficulté financière, isolées, manipulables — et les transforment en exécutants. La suspecte a assemblé les bombes, les a placées dans les poubelles de la rue Danylyshyna, a appelé un taxi pour quitter les lieux, et les engins ont été déclenchés à distance. La sophistication du plan contraste avec la simplicité de son exécution. C’est la recette du terrorisme moderne : un smartphone, une application, et une personne prête à tuer pour un inconnu à l’autre bout d’un fil crypté.
Viktoriia Shpylka est morte parce qu’une femme a reçu des instructions sur Telegram. C’est la guerre du XXIe siècle. Elle ne passe plus par les tranchées. Elle passe par l’écran de votre téléphone.
L’avertissement des services ukrainiens
Les services de renseignement ukrainiens ont lancé un avertissement : la Russie prépare potentiellement d’autrès attaques du même type. Le mode opératoire est reproductible à l’infini. Un handler à Moscou, un exécutant recruté via une application, des explosifs artisanaux que n’importe qui peut assembler avec des instructions en ligne. Et pourtant, personne ne parle de réguler Telegram. Personne ne parle de couper les canaux de recrutement. La plateforme reste ouverte. Les handlers restent actifs. Et le prochain attentat est peut-être déjà en préparation.
Le président Zelensky a lié explicitement Telegram au terrorisme d’État russe. Ce n’est pas la première fois. Des sabotages, des incendies criminels et des tentatives d’assassinat en Europe ont été reliés à des réseaux de recrutement russes opérant sur cette plateforme. La guerre hybride de la Russie ne s’arrête pas aux frontières ukrainiennes. Elle est dans chaque pays où Telegram est installé.
Quatre ans : le bilan d'un monde qui regarde
Ce que le monde a perdu en quatre ans
Le 24 février 2022, la Russie envahissait l’Ukraine. Le monde était horrifié. Les drapeaux ukrainiens fleurissaient aux balcons de Paris, Berlin, New York. Les sanctions tombaient comme des couperets. Les dirigeants juraient que Poutine paierait. Quatre ans plus tard, où en sommes-nous?
Poutine est toujours au pouvoir. La Russie bombarde toujours. Orbán bloque les sanctions. Le dernier traité nucléaire est mort. Les drapeaux aux balcons ont été rangés. L’aide militaire arrive au compte-gouttes. Et les Ukrainiens continuent de mourir — dans leurs lits, dans leurs cuisines, dans leurs abris, à 23 ans, en uniforme de policière, dans une rue de Lviv à minuit trente. Le monde n’a pas abandonné l’Ukraine officiellement. Il l’a fait progrèssivement, insidieusement, en remplaçant l’indignation par la fatigue et la solidarité par le calcul.
Il y a quatre ans, on disait « nous sommes tous ukrainiens ». Aujourd’hui, on se demande combien coûte le gaz. La transformation de la solidarité en arithmétique est peut-être la plus grande victoire de Poutine.
Ce que l’Ukraine a gagné en quatre ans
Et pourtant — et c’est peut-être le plus remarquable — l’Ukraine tient. Après 1 460 jours de guerre contre la deuxième armée du monde, l’Ukraine existe. Kyiv est libre. Odessa est ukrainienne. Kharkiv résiste. L’armée ukrainienne n’a pas seulement survécu — elle a détruit la flotte russe de la mer Noire, libéré Kherson, repoussé l’assaut sur Kyiv, et infligé à la Russie les pertes les plus lourdes de son histoire moderne. 1,26 million de soldats. Plus que l’Afghanistan. Plus que la Tchétchénie. Plus que toutes les guerres post-soviétiques combinées.
L’Ukraine a aussi gagné quelque chose d’invisible mais d’indestructible : une identité forgée dans le feu. Le peuple qui hésite sur son avenir en 2021 est devenu une nation en 2026. Unie. Déterminée. Inébranlable. Et c’est ce qui rend la posture d’Orbán si obscène — il marchande le pétrôle pendant qu’un peuple se bat pour le droit d’exister.
Conclusion : Le 1 461e jour commence maintenant
Demain, l’anniversaire
Demain, le 24 février 2026, marquera le quatrième anniversaire de l’invasion. Il y aura des commémorations. Des discours. Des minutes de silence. Des dirigeants exprimeront leur « soutien indéfectible » à l’Ukraine. Puis ils retourneront à leurs négociations pétrolières, à leurs calculs électoraux, à leurs compromissions avec un régime qui recrute des terroristes sur Telegram et déclare la bombe nucléaire priorité nationale.
Le jour 1 460 nous a rappelé qui est qui dans cette guerre. L’Ukraine, qui se bat avec tout ce qu’elle a. La Russie, qui terrorise avec tout ce qu’elle a. L’Europe, qui calcule avec tout ce qu’elle a. Et le pape, qui prie avec tout ce qu’il a. Quatre postures. Une seule est digne. Une seule se bat debout. Et ce n’est pas celle qui bloque les sanctions pour quelques barils de brut.
Viktoriia Shpylka avait 23 ans. Elle est morte en faisant son travail. Demain, on commémorera quatre ans de guerre. Mais pour elle, pour les 890 soldats russes tombés en un jour, pour les quatre enfants blessés à Kyiv cette nuit — il n’y aura pas de commémoration. Juste le silence. Et le 1 461e jour qui commence.
Maintenant, vous savez
345 armes dans un seul ciel. Une policière de 23 ans tuée par une bombe dans une poubelle. Un dirigeant européen qui bloque les sanctions pour son pétrole. Un président russe qui fait de la bombe nucléaire sa priorité. Un pape qui demande la paix. 1 259 780 soldats morts. Quatre enfants blessés. 12 000 foyers dans le noir. Et demain, tout recommence.
Cette histoire parle de l’Ukraine. Mais elle parle aussi de nous. De ce que nous acceptons. De ce que nous tolérons. De ce qui nous indigne encore — et de ce qui ne nous indigne plus. Le jour 1 461 commence dans quelques heures. La question n’est plus de savoir ce qui va se passer. La question est de savoir ce que nous allons en faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur et rédacteur indépendant. Mes textes sont des chroniques d’opinion, pas des reportages neutrès. Je prends position. Dans cette chronique, je me positionne clairement en soutien à l’Ukraine et contre l’invasion russe. Je considère que la neutralité face à une guerre d’agression n’est pas de l’objectivité, mais de la complaisance. Le lecteur est informé de ce biais et est invité à consulter les sources pour se forger sa propre opinion.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur des sources ouvertes et vérifiables : agences de presse internationales (Al Jazeera, CNN, Euronews, Reuters), communiqués officiels (état-major ukrainien, ministère des Affaires étrangères d’Ukraine, Vatican), et médias spécialisés (Defence Express, Kyiv Indépendent). Les chiffres de pertes russes proviennent de l’état-major ukrainien et ne sont pas vérifiables de manière indépendante, la Russie ne publiant pas ses propres chiffres. Ils sont présentés comme des estimations ukrainiennes.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion qui mêle faits documentés et analyse éditoriale personnelle. Les passages en italique représentent mes réflexions personnelles et n’engagent que moi. Les faits rapportés sont sourcés et vérifiables. L’interprétation de ces faits reflète mon positionnement éditorial. Le lecteur est encouragé à croiser les sources et à exercer son esprit critique.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,460
Defence Express — 1460 Days of Russia-Ukraine War: Russian Casualties in Ukraine
RBC-Ukraine — Telegram, Russia’s rôle, killed officer: Details of terrorist attack in Lviv
Vatican News — Pope Leo: Peace is urgently needed, requiring responsible decisions
Sources secondaires
America Magazine — Pope Leo calls for an immédiate ceasefire to the war in Ukraine
CNN — Deadly explosions in western Ukraine investigated as terrorist attack
Euronews — At least one person killed as Russia targets Ukraine with 50 missiles
Pravda Hungary — Orban said Hungary would block the twentieth package of EU sanctions against Russia
Al Jazeera — At least one killed in widescale Russian attacks on Ukraine’s énergy sector
Andrii Sybiha (ministre des Affaires étrangères d’Ukraine) — Déclaration officielle sur X
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