Infiltrer l’ennemi sans tirer un coup de feu
L’opération a commencé au milieu de l’année 2025. Les spécialistes du centre Fenix, un groupe de cyberanalystes ukrainiens, ont identifié une vulnérabilité dans les comptes militaires russes liés aux opérations de drones. Ils ne se sont pas contentés d’y entrer. Ils s’y sont installés. Pendant six mois, jour et nuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils ont surveillé en silence les activités de dizaines d’opérateurs de drones de frappe russes. Chaque mouvement. Chaque ordre. Chaque coordonnée.
Ce qu’ils ont découvert a changé la compréhension ukrainienne — et internationale — du rôle de la Biélorussie dans cette guerre. Car derrière les déclarations de neutralité de Loukachenko, les hackers ont trouvé un réseau d’infrastructures civiles biélorusses directement utilisées pour guider les drones russes vers l’Ukraine. Des tours de téléphonie mobile biélorusses servaient de relais pour assurer la transmission stable des signaux de contrôle des drones. Un système de répéteurs déployé sur le territoire biélorusse dans la seconde moitié de 2025 permettait de frapper les régions nord de l’Ukraine — de Kyiv à la Volhynie — avec une précision autrement impossible.
Loukachenko qui répète qu’il n’est pas en guerre. Pendant que ses antennes-relais guident des drones Shahed vers des centrales électriques ukrainiennes. La neutralité biélorusse, c’est un peu comme un pompier qui dit qu’il n’a pas allumé l’incendie — mais qui fournit l’essence et les allumettes.
Les données qui tuent plus que les bombes
Les informations récoltées par Fenix n’étaient pas stockées dans un coffre. Elles étaient transmises en temps réel aux unités compétentes des Forces de défense ukrainiennes. Chaque plan de frappe intercepté se transformait en opportunité de neutralisation. Les systèmes de défense aérienne ukrainiens, informés à l’avance des trajectoires, pouvaient positionner leurs interceptions avec une efficacité redoutable. Les postes de commandement russes, identifiés grâce aux échanges interceptés, devenaient des cibles prioritaires.
L’unité d’élite russe Rubikon en a fait les frais. Frappée sur la base des renseignements fournis par les hackers. Et pourtant, pendant des mois, les opérateurs russes ont continué à communiquer, planifier, coordonner — sans savoir qu’ils étaient lus. C’est la force d’une opération de renseignement réussie : elle ne se révèle que lorsque le dommage est irréparable. En février 2026, l’opération a atteint ses limites naturelles — en partie parce que trop de postes de commandement et de sites de lancement avaient été détruits grâce aux données collectées.
La Biélorussie démasquée : complicité d'un État vassal
Plus de 3 000 entreprises au service de la machine de guerre
Le 18 février 2026, le président Zelensky a signé un décret de sanctions contre le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko. Ce n’était pas un geste symbolique. C’était l’aboutissement de six mois de preuves accumulées par les hackers de Fenix. Les données étaient accablantes. Plus de 3 000 entreprises biélorusses mises au service de l’effort de guerre russe. Équipements, machines, composants classés comme critiquement importants. Des pièces pour la fabrication de missiles. Des éléments pour les missiles à portée intermédiaire Oreshnik, dont l’infrastructure de déploiement est en cours de construction — sur le sol biélorusse.
Zelensky a été explicite : certaines attaques contre les infrastructures énergétiques et les chemins de fer ukrainiens n’auraient tout simplement pas été possibles sans le soutien biélorusse. Les opérateurs de drones Shahed sont basés en Biélorussie. Le territoire biélorusse maintient les communications avec les drones pendant les frappes. La Biélorussie n’est pas un voisin neutre pris entre deux feux. C’est un complice actif d’une guerre d’agression.
Trois mille entreprises. Il faut laisser ce chiffre résonner. Trois mille entreprises biélorusses qui fabriquent des composants pour des missiles qui tombent sur des hôpitaux, des écoles, des réseaux électriques ukrainiens. Loukachenko ne se contente pas de laisser faire. Il a industrialisé la complicité.
Des drones russes dans l’espace aérien polonais
Mais la révélation la plus glaçante de l’opération Fenix concerne l’OTAN. Les communications interceptées ont révélé que les 9 et 10 septembre 2025, des dizaines de drones russes ont délibérément pénétré l’espace aérien polonais. Ce n’était pas un accident. Ce n’était pas une erreur de navigation. C’était un test. Les planificateurs russes utilisaient les nouvelles tactiques d’infrastructure cellulaire biélorusse pour évaluer leur capacité à frapper les routes logistiques en Pologne et en Ukraine — celles qui servent à acheminer les armes et équipements occidentaux.
Autrement dit : la Russie testait sa capacité à frapper un pays membre de l’OTAN en utilisant le territoire d’un État prétendument neutre comme base de relais. Et pourtant, la réponse internationale a été d’un silence assourdissant. Pas de sanctions massives contre Minsk. Pas d’invocation de l’article 5. Pas d’ultimatum. Le drone est entré dans l’espace aérien d’un pays de l’Alliance atlantique. Et le monde a regardé ailleurs.
300 kilomètrès carrés : l'anatomie d'une contre-offensive
L’avancée la plus rapide depuis deux ans et demi
Pendant que le cyberfront faisait son travail, le front terrestre bougeait. Et pas qu’un peu. Entre le 11 et le 15 février 2026, les forces ukrainiennes ont repris 201 kilomètrès carrés de territoire — l’avancée la plus rapide depuis plus de deux ans et demi. En quelques jours de plus, le total a atteint 300 kilomètrès carrés. Un chiffre que le président Zelensky a confirmé à l’AFP le 20 février. Le 22 février, les Forces d’assaut aériennes ukrainiennes ont publié leur bilan : plus de 300 km² repris, plus de 8 localités libérées sur l’axe d’Oleksandrivka.
Pour mesurer ce que cela représente : la Russie avançait d’environ 200 kilomètrès carrés par mois — au prix de pertes catastrophiques. L’Ukraine a effacé la moitié des gains russes réalisés entre décembre 2025 et janvier 2026 en quelques semaines. Les unités qui avaient nettoyé le saillant de Dobropillia dans le Donetsk ont été redéployées vers Zaporizhzhia. L’objectif russe de 2026 — avancer le long de l’axe Zaporizhzhia-Orikhiv — a été perturbé, les têtes de pont coupées, les réserves forcées au redéploiement.
Deux cents kilomètrès carrés en cinq jours. Pour une armée qu’on disait à bout de souffle. Pour des soldats qu’on enterrait déjà dans les éditoriaux de Washington. La réalité du terrain à cette qualité rare : elle se moque des opinions de ceux qui ne la connaissent pas.
Huliaipole et Oleksandrivka : les deux mâchoires du piège
La contre-offensive s’est développée sur deux axes principaux. L’axe d’Oleksandrivka, à la frontière entre les oblasts de Zaporizhzhia et de Dnipropetrovsk, où les Forces d’assaut aériennes ont mené l’essentiel des opérations. Et le secteur de Huliaipole, plus au sud, où des affrontements intenses ont maintenu la pression. Jusqu’à 50 combats par jour dans ces zones. Un rythme soutenu, brutal, qui témoigne de l’intensité des opérations.
Le commandant en chef Syrsky a confirmé l’efficacité des opérations sur ces deux axes. Les groupes de sabotage et de reconnaissance russes ont été méthodiquement nettoyés du territoire repris. L’objectif déclaré des forces ukrainiennes : repousser les Russes au-delà de la frontière administrative de l’oblast de Dnipropetrovsk. Détruire les groupements militaires russes dans la zone. Perturber leurs plans d’avancée dans les deux oblasts. La situation, selon les commandants sur le terrain, est très dynamique. Les Russes s’agrippent à chaque mètre conquis. Mais le mouvement est en faveur de l’Ukraine.
Starlink : quand la Silicon Valley change la donne sur le front
La coupure qui a tout changé
Il y à un facteur que personne n’avait anticipé dans les équations de cette guerre. Un facteur qui ne porte pas d’uniforme, qui n’a pas de rang militaire, et qui opère depuis la Californie. En janvier 2026, SpaceX a désactivé les terminaux Starlink utilisés par les forces russes près des lignes de front, à la demande de l’Ukraine. L’effet a été immédiat et dévastateur.
Les troupes russes utilisaient Starlink — un service auquel elles n’avaient aucun accès officiel, obtenu via des marchés parallèles — pour coordonner leurs unités, diriger leurs offensives et piloter leurs drones. Du jour au lendemain, ce réseau de communication de première ligne s’est évanoui. Les alternatives russes ? Pratiquement inexistantes. Le réseau satellitaire russe en orbite basse, censé remplacer Starlink, accusait des retards massifs — le lancement de 16 satellites sur les 300 prévus avait été reporté de fin 2025 à 2026. Et Telegram, l’autre pilier de la communication militaire russe, connaissait ses propres pannes opérationnelles.
Il y à une ironie cosmique là-dedans. L’armée russe, qui se vante de pouvoir détruire l’Occident, dépendait d’un service internet américain pour coordonner ses troupes. Et quand ce service a été coupé, leurs lignes se sont effondrées comme un château de cartes. La superpuissance militaire qui n’arrive même pas à fabriquer ses propres satellites de communication.
L’évaluation de l’OTAN
Un haut responsable de l’OTAN a résumé la situation avec une précision chirurgicale : « Retirer ce lien a mis les Russes dans une situation délicate de commandement et de contrôle. Quelle que soit l’alternative que la Russie trouvera, elle ne sera probablement pas aussi efficace. » Le porte-parôle des Forces de défense sud de l’Ukraine a nuancé, caractérisant les opérations comme ciblant des groupes d’infiltration russes plutôt qu’une contre-offensive à grande échelle. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. 300 kilomètrès carrés. C’est la réalité, quelles que soient les catégorisations tactiques.
La perte de Starlink n’explique pas tout. Mais elle a créé une fenêtre d’opportunité que les Ukrainiens ont exploitée avec une rapidité et une efficacité remarquables. Des troupes russes coupées de leur chaîne de commandement. Des drones sans pilotage fiable. Des unités incapables de se coordonner. Et en face, une armée ukrainienne parfaitement informée — grâce, entre autrès, aux six mois de renseignement fournis par les hackers de Fenix.
La guerre des nerfs : ce que les Russes ne savaient pas
L’art de la patience stratégique
Ce qui rend l’opération Fenix remarquable, ce n’est pas seulement l’infiltration. C’est la patience. Six mois à observer sans intervenir directement. Six mois à collecter des données sans alerter l’ennemi. Six mois à résister à la tentation de tout révéler immédiatement pour maximiser l’impact à long terme. Dans un monde qui exige des résultats instantanés, cette discipline est rare. Et redoutablement efficace.
Les hackers ont découvert les routes typiques des drones depuis le territoire russe le long de la frontière intérieure biélorusse. Ils ont documenté les plans opérationnels. Ils ont identifié les postes de commandement. Et ils ont partagé tout cela, méthodiquement, avec les forces qui pouvaient agir. La conclusion des analystes d’InformNapalm est sans appel : « La pénétration profonde dans les systèmes de communication, de planification et de coordination de l’ennemi à un impact significatif sur le cours des hostilités. »
Six mois. Imaginez. Vous êtes un opérateur de drone russe. Vous planifiez une frappe sur une centrale électrique ukrainienne. Vous échangez des coordonnées avec vos collègues. Vous validez la trajectoire. Vous lancez le drone. Il est intercepté. Vous recommencez. Il est encore intercepté. Vous ne comprenez pas. Et la réponse est là, dans votre propre écran — quelqu’un d’autre le regarde aussi.
L’unité Rubikon et les frappes ciblées
Parmi les cibles identifiées grâce aux données de Fenix, l’unité Rubikon occupe une place particulière. Cette unité d’élite russe, spécialisée dans les opérations de drones, a été frappée sur la base des renseignements collectés par les hackers. Ses postes de commandement, localisés grâce aux échanges interceptés, ont été ciblés par les forces ukrainiennes. L’impact sur les capacités opérationnelles russes dans le secteur a été mesurable.
Et ce n’était pas un cas isolé. Plusieurs sites de lancement de drones et postes de commandement ont été détruits grâce aux informations transmises par Fenix. C’est d’ailleurs cette efficacité même qui a mis fin à l’opération : en février 2026, il ne restait plus assez de cibles intactes dans le réseau infiltré pour justifier le maintien de la surveillance. L’opération avait, en quelque sorte, épuisé son propre succès. Les structures qu’elle espionnait n’existaient plus.
Le facteur humain : des soldats russes coupés du monde
Sans Starlink, sans Telegram, sans espoir
Il faut comprendre ce que signifie la perte simultanée de Starlink et des dysfonctionnements de Telegram pour un soldat russe en première ligne. Ce n’est pas un inconvénient technique. C’est un effondrement. Les ordres ne passent plus. Les demandes de renfort restent sans réponse. Les coordonnées pour le tir d’artillerie n’arrivent pas. Le drone que vous contrôliez il y à une heure ne répond plus. Et en face, l’ennemi semble toujours savoir exactement où vous êtes.
Les autrès services de messagerie sont bloqués par l’État russe lui-même — Telegram était le seul autorisé. Le réseau satellitaire russe en orbite basse n’existe que sur le papier et dans les communiqués de presse du Kremlin. Les 300 satellites promis sont un mirage technologique. Les 16 premiers, qui devaient être lancés fin 2025, n’ont toujours pas quitté le sol. Le soldat russe en première ligne dans la région de Zaporizhzhia en février 2026 était, littéralement, coupé du monde.
Et pourtant, on continue de nous présenter l’armée russe comme une machine invincible. Une force que l’Occident devrait craindre au point de lui céder l’Ukraine. La réalité : des soldats incapables de communiquer avec leur propre commandement, dépendants d’un réseau internet ennemi pour faire la guerre, et infiltrés depuis six mois par des hackers qu’ils n’ont jamais détectés.
Le contraste entre la propagande et le terrain
Moscou présente ses forces comme une armée modernisée, dotée de technologies de pointe, capable de rivaliser avec l’OTAN. La réalité documentée par l’opération Fenix et par les résultats sur le terrain raconte une histoire radicalement différente. Une armée qui utilise des tours de téléphonie civiles d’un pays voisin pour guider ses drones. Une armée qui achète des terminaux Starlink au marché noir parce qu’elle n’a pas de système de communication satellitaire propre. Une armée dont les opérateurs de drones utilisent des messageries grand public pour coordonner des frappes militaires.
La Russie perd environ 200 kilomètrès carrés par mois d’avancée — au prix de pertes humaines catastrophiques. L’Ukraine vient de reprendre l’équivalent d’un mois et demi de gains russes en quelques semaines. Les unités qui avaient nettoyé le saillant de Dobropillia — 170 km² — ont été transférées vers le sud avec la même efficacité. L’offensive de Koupiansk avait récupéré plus de 100 km². Un schéma se dessine : l’Ukraine frappe là où la Russie est vulnérable, quand elle est vulnérable, avec une précision que seul le renseignement de qualité permet.
Les Oreshnik au Belarus : la prochaine menace
Des missiles à portée intermédiaire aux portes de l’Europe
Parmi les révélations les plus alarmantes de l’opération de renseignement ukrainienne, celle concernant les missiles Oreshnik mérite une attention particulière. Zelensky a révélé que la Russie développe en Biélorussie une infrastructure de déploiement pour ces missiles à portée intermédiaire. Les composants fournis par les 3 000 entreprises biélorusses identifiées ne servent pas uniquement à fabriquer des drones Shahed. Ils alimentent un programme de missiles capable de frapper n’importe quelle capitale européenne.
L’Oreshnik n’est pas un missile ordinaire. C’est un système que la Russie a testé en combat contre l’Ukraine — une première dans l’histoire militaire moderne pour un missile de cette catégorie. Le déployer en Biélorussie, c’est rapprocher la menace de centaines de kilomètres des frontières de l’OTAN. Varsovie, Berlin, les capitales baltes — toutes passent dans le rayon d’action. Et pourtant, cette escalade se fait dans une indifférence générale des chancelleries occidentales.
Des missiles à portée intermédiaire déployés en Biélorussie. Des drones guidés depuis des antennes biélorusses vers l’espace aérien polonais. Des milliers d’entreprises biélorusses qui fabriquent des composants de guerre. Et la communauté internationale continue de considérer le Belarus comme un dossier secondaire. Jusqu’à quand, exactement ?
Le silence occidental face à l’escalade biélorusse
La question que soulève l’opération Fenix dépasse le cadre ukrainien. Elle concerne l’architecture de sécurité européenne dans son ensemble. Si un État vassal de la Russie peut servir de base arrière pour des attaques de drones, de relais pour la communication militaire, de fournisseur industriel pour la machine de guerre, et de plateforme de déploiement pour des missiles à portée intermédiaire — le tout sans conséquences significatives — alors le message envoyé à Moscou est limpide : continuez.
Les sanctions ukrainiennes contre Loukachenko sont un premier pas. Mais l’Ukraine ne peut pas, seule, contraindre un régime soutenu par Moscou. C’est à l’Union européenne, à l’OTAN, aux États-Unis que revient la responsabilité de traiter le Belarus pour ce qu’il est : un co-belligérant. Pas un spectateur innocent. Pas un voisin malchanceux. Un État dont les infrastructures civiles servent à tuer des Ukrainiens et à menacer des citoyens européens.
Le front sud : ce que les chiffres ne disent pas
Derrière chaque kilomètre carré, des vies
Trois cents kilomètrès carrés. C’est un chiffre. Un chiffre propre, net, qui tient dans un communiqué de presse. Mais derrière chaque kilomètre carré repris, il y à des réalités que les chiffres ne capturent pas. Des maisons détruites. Des champs minés. Des familles qui ne savent pas encore si elles pourront rentrer. Des soldats ukrainiens qui ont avancé mètre par mètre, sous le feu, dans le froid de février, dans la boue de Zaporizhzhia.
Les huit localités libérées sur l’axe d’Oleksandrivka ne sont pas des points sur une carte. Ce sont des villages où des gens vivaient. Où des enfants allaient à l’école. Où des agriculteurs cultivaient la terre noire la plus fertile d’Europe. Chaque localité reconquise est une promesse : celle que la vie pourra peut-être un jour reprendre. Mais aussi un constat : ces villages ont été occupés, pillés, détruits. La libération n’est que le début d’une reconstruction qui prendra des années.
On célèbre les 300 kilomètrès carrés. Et on a raison. Mais il faut aussi se souvenir de ce que ces 300 kilomètrès carrés ont subi pendant l’occupation. Des caves transformées en cellules. Des civils utilisés comme boucliers humains. Des maisons systématiquement pillées. La libération est une victoire. Mais la terre libérée porte des cicatrices que les communiqués de victoire ne mentionnent pas.
La dynamique qui inquiète Moscou
Ce qui rend cette contre-offensive stratégiquement significative, ce n’est pas seulement le territoire repris. C’est ce qu’elle perturbe. L’objectif russe pour 2026 était clair : avancer le long de l’axe Zaporizhzhia-Orikhiv, consolider les positions dans le sud, maintenir la pression sur Dnipropetrovsk. La contre-offensive ukrainienne a coupé les têtes de pont russes. Forcé le retrait de troupes. Étendu la zone de destruction plus profondément en territoire contrôlé par les Russes. Et obligé le Kremlin à redéployer ses réserves — des réserves qui étaient destinées à d’autrès offensives.
L’Ukraine ne gagne pas cette guerre en reconquérant tout le territoire d’un seul coup. Elle la gagne en perturbant systématiquement les plans russes. En forçant l’ennemi à réagir plutôt qu’à agir. En créant de l’incertitude là où Moscou cherche la prévisibilité. Les opérations de Dobropillia (170 km²), de Koupiansk (100+ km²), et maintenant de Zaporizhzhia (300 km²) dessinent un schéma : des frappes ciblées, rapides, qui exploitent les faiblessés russes avant que l’ennemi puisse s’adapter.
Le jour 1460 : quatre ans de guerre, quatre ans de résistance
Le poids du temps et le prix du courage
Jour 1460. Quatre ans. Mille quatre cent soixante jours depuis le 24 février 2022. Mille quatre cent soixante jours de bombardements, de tranchées, de deuil, de résistance. Mille quatre cent soixante jours pendant lesquels un pays de 44 millions d’habitants a tenu tête à une armée que le monde entier disait invincible. Il y a quatre ans, les analystes donnaient 72 heures à Kyiv. Nous en sommes au jour 1460. Et l’Ukraine reprend du terrain.
Ce chiffre — 1460 — devrait être gravé dans la conscience de chaque Européen. Car cette guerre n’est pas un conflit lointain. C’est une guerre sur le sol européen. Des drones russes pénètrent l’espace aérien de pays de l’OTAN. Des missiles russes sont déployés à quelques centaines de kilomètres des frontières de l’Union européenne. Et un peuple entier se bat, chaque jour, pour des valeurs que nous prétendons défendre — la souveraineté, le droit international, la démocratie — pendant que nous débattons du coût des sanctions.
Mille quatre cent soixante jours. Chaque matin, des Ukrainiens se réveillent dans un pays en guerre. Chaque matin, des soldats retournent dans des tranchées. Chaque matin, des parents envoient leurs enfants à l’école en espérant que l’alarme aérienne ne sonnera pas aujourd’hui. Et chaque matin, nous, en Occident, nous avons le luxe de pouvoir oublier que cette guerre existe.
Ce que le jour 1460 enseigne au monde
L’opération Fenix et la contre-offensive de Zaporizhzhia enseignent la même leçon par des moyens différents : l’Ukraine ne recule pas. Sur le cyberfront, des informaticiens infiltrent l’ennemi pendant six mois avec une discipline de fer. Sur le front terrestre, des soldats reprennent 300 kilomètrès carrés avec une vitesse que personne n’attendait. La guerre ne se gagne pas en un jour. Elle se gagne en refusant de perdre, jour après jour, pendant 1460 jours.
Et pourtant, les appels à la « négociation » continuent. Les voix qui demandent à l’Ukraine de « faire des compromis » — c’est-à-dire de céder son territoire et sa souveraineté — se font entendre dans les capitales occidentales. Comme si quatre ans de résistance n’avaient rien démontré. Comme si les 300 kilomètrès carrés repris en février ne prouvaient pas que cette guerre est gagnable. Comme si les hackers de Fenix n’avaient pas démontré que la Russie est vulnérable, infiltrable, battable.
La convergence des fronts : cyber, terrestre, diplomatique
Quand le renseignement nourrit le terrain
Ce que le jour 1460 illustre avec une clarté exceptionnelle, c’est la convergence de trois dimensions de la guerre ukrainienne. Le front cyber, où l’opération Fenix a fourni un renseignement de qualité pendant six mois. Le front terrestre, où les forces d’assaut aériennes ont exploité chaque avantage — y compris la perte de Starlink par l’ennemi — pour reprendre du territoire. Et le front diplomatique, où les sanctions contre Loukachenko marquent une escalade dans la pression sur les complices de Moscou.
Ces trois fronts ne sont pas indépendants. Les données des hackers ont directement alimenté les frappes qui ont affaibli les capacités russes. L’affaiblissement des communications russes — par la perte de Starlink et par la destruction des postes de commandement identifiés par Fenix — a créé les conditions de la contre-offensive terrestre. Et les preuves de la complicité biélorusse, documentées par l’opération cyber, ont fourni la base juridique et politique des sanctions. C’est un cycle vertueux : le renseignement nourrit l’action militaire qui nourrit l’action diplomatique.
On parle souvent de la guerre en termes de chars, de missiles, de tranchées. Mais le jour 1460 montre autre chose. Il montre une armée qui pense, qui s’adapte, qui innove. Des hackers qui infiltrent l’ennemi. Des commandants qui exploitent chaque faille. Des diplomates qui utilisent le renseignement pour isoler les complices. C’est cette intelligence collective qui fait la différence. Et c’est ce que la Russie, avec toute sa brutalité, n’arrive pas à reproduire.
Le modèle ukrainien de guerre moderne
L’Ukraine est en train de réécrire les manuels de guerre. Pas avec des budgets colossaux. Pas avec des flottes de porte-avions. Avec de l’intelligence, de la créativité et une volonté de fer. L’opération Fenix coûte une fraction du prix d’un seul missile Oreshnik. Et ses résultats — postes de commandement détruits, frappes de drones interceptées, routes de drones cartographiées — ont un impact stratégique qui dépasse de loin son coût. La contre-offensive de Zaporizhzhia montre qu’une armée motivée, bien renseignée, capable d’exploiter les faiblessés technologiques de l’ennemi, peut reprendre du terrain même face à un adversaire numériquement supérieur.
Les armées de l’OTAN feraient bien de prendre note. Lors du plus grand exercice de guerre estonien, une poignée d’opérateurs de drones ukrainiens a détruit fictivement deux bataillons OTAN complets en une seule journée. La réaction d’un commandant : « On est fichus. » L’OTAN n’a toujours pas réécrit ses manuels pour la guerre à l’ère des drones. L’Ukraine, elle, l’écrit en temps réel — sur le champ de bataille.
Conclusion : L'ombre et la lumière du jour 1460
Ce qui reste quand les écrans s’éteignent
Le jour 1460, l’Ukraine a rappelé au monde deux vérités fondamentales. La première : la Russie n’est pas invincible. Elle est infiltrable. Ses communications sont vulnérables. Son armée dépend de technologies qu’elle ne contrôle pas. Ses plans de guerre peuvent être lus en temps réel par des hackers patients et disciplinés. Ses gains territoriaux peuvent être effacés en quelques semaines par une armée qui sait frapper au bon endroit, au bon moment.
La deuxième vérité est plus inconfortable. Elle concerne nous. L’Occident. L’Europe. Le Canada. Ceux qui regardent cette guerre depuis leurs salons chauffés et leurs rédactions confortables. Des drones russes pénètrent l’espace aérien polonais — nous ne faisons rien. La Biélorussie sert de base arrière à une guerre d’agression — nous ne faisons pas assez. Des missiles à portée intermédiaire sont déployés à nos portes — nous débattons. Et pendant ce temps, des informaticiens et des soldats ukrainiens font notre travail. Ils protègent notre sécurité. Ils défendent nos valeurs. Avec leur sang.
Le jour 1460 n’est pas un numéro. C’est un miroir. Il reflète le courage de ceux qui se battent. Et la lâcheté de ceux qui les regardent se battre sans leur donner les moyens de gagner. Les hackers de Fenix ont prouvé que la Russie pouvait être vaincue par l’intelligence. Les soldats de Zaporizhzhia ont prouvé qu’elle pouvait être repoussée par le courage. La seule question qui reste, c’est celle que nous devons nous poser à nous-mêmes : sommes-nous prêts à faire notre part ?
Maintenant, vous savez
Six mois d’espionnage cyber. 300 kilomètrès carrés repris. Des preuves accablantes de la complicité biélorusse. Des missiles balistiques déployés aux portes de l’Europe. Des drones russes dans l’espace aérien de l’OTAN. Et une armée ukrainienne qui, au jour 1460, continue de se battre, d’innover, de reprendre du terrain, de surprendre le monde.
Les hackers de Fenix ont regardé les Russes planifier leurs attaques. Pendant six mois, ils ont vu les coordonnées des cibles, les trajectoires des drones, les ordres de frappe. Et ils ont transformé chaque information en protection. Chaque donnée interceptée en vie sauvée. Chaque plan ennemi en arme retournée. C’est l’histoire du jour 1460. L’histoire d’un peuple qui refuse de plier. Qui se bat avec des claviers et des fusils. Qui prouve, chaque jour, que la résistance n’est pas un slogan. C’est un choix. Quotidien. Épuisant. Et nécessaire.
Maintenant, vous savez. La question est simple : qu’est-ce que vous allez en faire ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Militarnyi — InformNapalm: Ukrainian Hackers Discover How Russian Drone Operators Use Belarus
Kyiv Indépendent — Ukraine liberates 300 square km in southern counteroffensive, Zelensky says
Sources secondaires
RBC-Ukraine — Hackers uncover Belarus’s hidden rôle in Russian drone attacks on Ukraine
RBC-Ukraine — Ukrainian Armed Forces regain control in Zaporizhzhia région
Euronews — Ukraine is ramping up its counteroffensive regaining territories from Russian troops
Critical Threats — Russian Offensive Campaign Assessment, February 21, 2026
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