Le renseignement qui a tout change
L’opération de Tapalpa n’etait pas un coup de chance. C’etait le résultat de mois de travail de renseignement bilateral. L’ambassade americaine au Mexique a confirme que l’opération avait été menee par les forces speciales mexicaines dans le cadre d’une coopération bilaterale, les autorités americaines fournissant du renseignement complementaire. Le Joint Interagency Task Force-Counter Cartel avait coordonne ses informations avec l’armée mexicaine. C’est la première fois depuis l’arrestation d’El Chapo que cette coopération produit un résultat de cette ampleur.
Les forces speciales, appuyees par la Garde nationale, l’Armee de l’air mexicaine et des agents du Bureau du procureur général, ont localise El Mencho dans une propriété de Tapalpa, a environ deux heures au sud-ouest de Guadalajara. L’objectif initial etait la capture, pas l’élimination. Mais le groupe arme qui entourait le chef du cartel a ouvert le feu. L’affrontement a été bref et brutal. Quatre membres du CJNG ont été tues sur place. Trois blessés, dont El Mencho lui-même, ont été évacuées. Deux autres ont été arretes. Les militaires ont saisi des vehicules blindes, des lance-roquettes et un arsenal d’armes lourdes.
L’armée cherchait a capturer un homme. Elle a declenche une guerre. Ce n’est pas la première fois. En 2014, l’arrestation d’El Chapo avait provoque une guerre civile au sein du Cartel de Sinaloa. En 2026, la mort d’El Mencho promet le même scenario — en pire.
La mort en vol
Oseguera Cervantes a été blessé pendant l’assaut. Grievement touche, il a été heliporte en direction de Mexico pour recevoir des soins medicaux. Il n’est jamais arrive. Son corps est mort en vol, quelque part au-dessus des montagnes qu’il avait dominees pendant quinze ans. Trois membres des forces armées ont également été blessés lors de l’opération. L’un d’eux grievement.
La nouvelle de sa mort s’est repandue en quelques minutes à travers les réseaux du cartel. Et c’est la que tout a bascule. Le CJNG n’avait pas de plan de succèssion clair. Le frere d’El Mencho croupit dans une prison americaine. Son fils, El Menchito, est également incarcere. Sa fille aussi. La structure de commandement s’est retrouvee sans tété. Et dans le vide du pouvoir, c’est la violence qui a rempli l’espace.
L'embrasement : quand le Mexique prend feu en une nuit
252 blocages en quelques heures
L’agence de sécurité du Mexique a rapporte dans la nuit de dimanche 252 blocages routiers à travers le pays. Des hommes armes du CJNG ont incendie des vehicules, des autobus, des camions sur les principales arteres du pays. Vingt des trente-deux Etats du Mexique ont été touches. Jalisco. Colima. Michoacan. Nayarit. Guanajuato. Tamaulipas. Et d’autrès encore. A 20 heures dimanche soir, 23 blocages n’avaient toujours pas été degages. Les autoroutes mexicaines, arteres vitales d’un pays de 130 millions d’habitants, etaient paralysees.
A Guadalajara, la ville s’est vidée en quelques heures. Les commerces ont baisse leurs rideaux. Les restaurants ont ferme. Les rues se sont désertes. Les habitants se sont barricades chez eux. Le gouverneur Pablo Lemus a ordonne la suspension des transports publics et demande aux residents de rester chez eux. Les ecoles ont été fermees le lundi dans plusieurs Etats. Guadalajara, deuxième metropole du Mexique, ville hote de la Coupe du monde FIFA 2026, ressemblait à une zone de guerre.
Guadalajara, quatre mois avant d’accueillir les équipes de football du monde entier. Guadalajara, où les touristes devaient affluer par centaines de milliers. Ce soir-la, les seuls vehicules qui circulaient etaient en flammes.
Le bilan humain de la represaille
Au-dela des blocages, la violence a fait des morts. Un membre de la Garde nationale a été tue a Tapalpa lors de l’opération initiale. Six autrès gardes nationaux ont été abattus a Zapopan, dans la périphérie de Guadalajara. Un gardien de prison a été tue lors d’une emeute dans un établissement penitentiaire de Puerto Vallarta. Un agent du bureau du procureur de l’Etat de Jalisco a été assassine a Guadalajara. Au total, en comptant les membres du cartel élimines lors de l’opération, le bilan dépasse la quinzaine de morts en moins de 24 heures.
Et ce ne sont que les chiffres officiels. Dans un pays où les disparitions forcees se comptent par dizaines de milliers, où les fosses clandestines livrent leurs secrets des mois après les faits, le bilan reel de cette nuit de violence reste une inconnue que personne n’ose quantifier.
Puerto Vallarta : le paradis touristique sous les flammes
Vingt personnes dans une salle de bain
Jamie Boratynec, de Surrey en Colombie-Britannique, etait à la reception de l’hotel Los Arcos quand tout a commence. Des gardes de sécurité armes se sont precipites dans le hall en criant des ordres d’évacuéation. En quelques secondes, elle s’est retrouvee entassee avec une vingtaine d’autrès clients et employes dans la salle de bain d’un inconnu. Pendant vingt minutes, des explosions de grenades assourdissantes et des rafales d’armes automatiques ont secoue les murs. Des gens pleuraient. Des gens se cachaient sous les lits. J’etais morte de peur, a-t-elle raconte aux médias canadiens. Elle a texte à son fils ce qu’elle pensait etre un dernier message.
Jim Beck, touriste du Minnesota qui frequente Puerto Vallarta depuis plus de vingt ans, a décrit des scenes de panique dans les rues. Tout le monde courait dans les rues, pris de terreur, pendant que des voitures explosaient partout, a-t-il témoigne. Un magasin Oxxo pres de son hotel a été incendie. Depuis la fenetre de sa chambre, il regardait la fumee monter dans le ciel de la station balneaire qu’il avait toujours connue paisible.
Puerto Vallarta. Ses plages dorees. Ses couchers de soleil. Ses margaritas en terrasse. Ce dimanche soir, le coucher de soleil etait masque par la fumee des vehicules incendies. Et les terrasses etaient vides.
L’aéroport du chaos
Elisei Costea, confine dans son hotel Mio, observait les incendies autour du centre commercial Plaza Caracol. Ce qui le frappait le plus, c’etait le silence. Pas de voitures. Pas de premiers répondants. Pas de sirenes. Juste des feux qui brulaient dans le vide, et des hélicoptères militaires qui tournaient au-dessus de la ville. Beau Yotty, venu au Mexique pour assister à un mariage, etait bloque à son hotel sans aucune information. On ne sait pas quand on va partir, on ne connait pas notre sécurité, on ne sait pas si quelqu’un peut entrer au milieu de la nuit, on n’a aucune idée de ce qui se passe, a-t-il confie.
L’aéroport de Puerto Vallarta a été ferme. La route menant à l’aéroport international de Guadalajara a été bloquee par des vehicules en flammes. Air Canada a suspendu tous ses vols vers Puerto Vallarta invoquant une situation de sécurité en cours. WestJet et Porter ont fait de même. American Airlines a annule ses vols vers Puerto Vallarta et Guadalajara, offrant des dispenses de frais de modification. United Airlines a suivi. Plus de 750 000 Canadiens visitent Puerto Vallarta chaque année. Ce dimanche, des milliers d’entre eux etaient pieges.
El Mencho : portrait d'un fantome devenu empereur
De cultivateur d’avocats a seigneur de la drogue
Oseguera Cervantes est ne a Aguililla, dans l’Etat du Michoacan, une région où la frontière entre l’agriculture et le crime organise n’a jamais été claire. Ancien policier. Ancien cultivateur d’avocats. Il s’est implique dans le narcotrafic des les années 1990. En 1994, il a été condamne par un tribunal federal americain du district nord de la Californie pour conspiration de distribution d’héroine. Il a purge pres de trois ans de prison aux Etats-Unis. Puis il est rentre au Mexique. Et il a recommence. En plus grand.
Apres la mort d’Ignacio Coronel Villarreal, alias Nacho Coronel, un lieutenant du Cartel de Sinaloa, El Mencho a cofonde le CJNG avec Erik Valencia Salazar, dit El 85, aux alentours de 2007. Au depart, une organisation régionale, satellite du cartel de Sinaloa. En moins de dix ans, le CJNG est devenu un monstre autonome, rival direct de Sinaloa, present dans les 50 Etats americains, générant des milliards de dollars par le trafic de cocaine, d’héroine, de methamphetamine et de fentanyl.
Il a purge trois ans dans une prison americaine pour trafic d’héroine. Il en est sorti. Il est rentre chez lui. Et il a bati un empire plus grand que celui qui l’avait envoye derriere les barreaux. Le système carceral americain ne l’a pas réforme. Il l’a forme.
L’art de la terreur industrielle
Le CJNG sous El Mencho n’etait pas un cartel comme les autrès. C’etait une armée privée. En mai 2015, dans le village de Villa Purificacion, au Jalisco, ses hommes ont abattu un hélicoptère de l’armée mexicaine avec un lance-roquettes, tuant neuf soldats. C’etait la première fois dans l’histoire de la guerre contre la drogue au Mexique qu’un groupe criminel abattait un appareil militaire. L’incident avait sidere le pays et le monde.
En 2020, le cartel a organise une tentative d’assassinat spectaculaire contre le chef de la police de Mexico — devenu depuis secretaire federal à la sécurité — en plein coeur de la capitale, avec des grenades et des fusils de haute puissance. Le CJNG a été le pionnier de l’utilisation de drones armes d’explosifs et de l’installation de mines sur les routes. Des fosses clandestines decouvertes l’an dernier sur un site presume d’entrainement du cartel ont révéle des piles de chaussures, de vetements et de fragments d’os calcines.
Le fentanyl : l'arme de destruction massive du CJNG
Un poison qui traverse les frontières
Le CJNG est considere par la DEA comme l’un des principaux producteurs et distributeurs de fentanyl aux Etats-Unis. Ce synthetique 50 fois plus puissant que l’héroine a tue des dizaines de milliers d’Americains chaque année. Le cartel d’El Mencho ne vendait pas seulement de la drogue. Il exportait la mort a echelle industrielle. Present dans les 50 Etats americains, le CJNG est le principal fournisseur de cocaine du marche americain, en plus de sa production massive de methamphetamine et de fentanyl.
En fevrier 2025, l’administration Trump a désigne le CJNG comme organisation terroriste étrangere. Une désignation lourde de conséquences juridiques et opérationnelles, qui a permis de debloquer des ressources supplementaires pour traquer ses dirigeants. Le Departement d’Etat offrait 15 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation d’El Mencho. Depuis 2017, il avait été inculpe a plusieurs reprises par des tribunaux federaux americains. En avril 2022, les charges les plus lourdes sont tombees : conspiration et distribution de methamphetamine, de cocaine et de fentanyl, usage d’armes a feu dans le trafic de drogue, direction d’une entreprise criminelle continue au titre du Drug Kingpin Enforcement Act.
Quinze millions de dollars de récompense. Des inculpations en serie. La désignation comme organisation terroriste. Et pendant tout ce temps, El Mencho continuait d’opérér. Dans l’ombre. Sans visage. Jusqu’a dimanche.
Les familles brisees de l’autre côté de la frontière
Jaime Puerta a perdu son fils de 16 ans en 2020. Empoisonnement au fentanyl. Une pilule. Une seule. Achetee sur les réseaux sociaux. Fabriquee dans un laboratoire clandestin du CJNG. Dimanche, en apprenant la mort d’El Mencho, il a ressenti un melange de soulagement et d’inquietude. Ca va certainement perturber l’arrivée du fentanyl dans le pays, le temps que les factions se battent pour le contrôle du cartel, a-t-il déclare. Puis, après une pause : Mais quelqu’un va le remplacer.
Cindy Demaio a perdu sa fille en 2016. Meme poison. Meme cartel. Elle s’est dite reconnaissante que le président Trump ait mis le fentanyl au centre de l’attention publique. Mais la violence qui a suivi la mort d’El Mencho l’a inquietee. C’est très preoccupant, a-t-elle confie. Derriere chaque tonne de fentanyl saisie, derriere chaque chef de cartel abattu, il y à des parents qui ne reverront jamais leurs enfants. Et qui savent, au fond d’eux-mêmes, que la mort d’un homme ne mettra pas fin à la mort de leurs proches.
Les reactions : entre triomphalisme et prudence
Washington celebre, le Mexique temporise
La Maison-Blanche n’a pas tarde a reagir. Karoline Leavitt, porte-parôle de la présidence, a déclare : Le président Trump a été très clair — les Etats-Unis veilleront à ce que les narcoterroristes qui envoient des drogues mortelles vers notre patrie soient contraints de faire face à la colere de la justice qu’ils meritent depuis longtemps. Le sous-secretaire d’Etat Christopher Landau a qualifie Oseguera de l’un des seigneurs de la drogue les plus sanglants et les plus impitoyables, ajoutant que sa mort etait un grand développement pour le Mexique, les Etats-Unis, l’Amerique latine et le monde.
Du côté mexicain, la présidente Claudia Sheinbaum a applaudi les forces de sécurité et appele au calme via les réseaux sociaux. Il y à une coordination absolue avec les gouvernements de tous les Etats. Dans la grande majorite du territoire national, les activites se deroulent en toute normalite, a-t-elle affirme. Et pourtant, au moment où elle ecrivait ces mots, 252 blocages paralysaient le pays, six gardes nationaux venaient d’etre tues a Zapopan, et Guadalajara etait une ville fantome.
La présidente parle de normalite. Les rues brulent. Il y à un mot pour ca. C’est le même mot qu’on utilise depuis trente ans au Mexique chaque fois qu’un chef de cartel tombe : deni.
Les experts sonnent l’alarme
Mike Vigil, ancien chef des opérations internationales de la DEA, a douche l’euphorie avec la froideur de l’expérience. Tuer le chef d’un cartel n’a pas d’impact majeur. Il faut s’attaquer à l’infrastructure, à la logistique, au blanchiment d’argent, aux ailes armées. Il faut lancer un assaut frontal base sur le renseignement et diminuer l’infrastructure du cartel rapidement et efficacement, a-t-il déclare. L’histoire lui donne raison. L’arrestation d’El Chapo n’a pas affaibli le Cartel de Sinaloa. Elle l’a fragmente. Et la fragmentation a genere plus de violence, pas moins.
David Mora, analyste senior de l’International Crisis Group, a note que depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente Sheinbaum, l’armée a été beaucoup plus confrontationnelle, plus combative contre les groupes criminels au Mexique. Pour lui, cette opération envoie un signal : le Mexique est capable de frapper les cartels avec la coopération americaine, sans avoir besoin de troupes americaines sur son sol — un point de friction majeur avec l’administration Trump.
Le vide du pouvoir : l'heure des loups
Une succèssion impossible
Le CJNG n’a pas de succèsseur évident. C’est la le danger veritable. El Mencho dirigeait le cartel de manière autocratique, centralisee. Sa famille etait au coeur de l’organisation. Mais son frere est en prison aux Etats-Unis. Son fils, Ruben Oseguera Gonzalez, dit El Menchito, est incarcere. Sa fille aussi. Les lieutenants régionaux, les chefs de plaza, les commandants militaires du cartel — tous vont désormais se regarder en chiens de faience. Chacun voudra le trone. Aucun n’aura la légitimité pour l’occuper sans violence.
L’histoire recente le confirme. Quand El Chapo a été arrété en 2016, le Cartel de Sinaloa a éclate en factions rivales. Les Chapitos — les fils de Guzman — se sont retournes contre El Mayo Zambada. Des villages entiers ont été decimes. Des centaines de morts. Des déplacéments de population massifs. Et pourtant, la drogue a continue de couler vers le nord. Plus fragmentee, plus difficile a traquer, mais toujours aussi mortelle.
On a coupe la tété du CJNG. Mais un cartel n’est pas un serpent. C’est une hydre. Pour chaque tété coupee, deux repoussent. Plus affamees. Plus violentes. Plus imprevisibles.
Les scenarios qui font trembler
Trois scenarios se dessinent. Le premier : un lieutenant puissant prend le contrôle rapidement et reimpose l’ordre au sein de l’organisation. C’est le scenario le moins violent, mais aussi le moins probable, etant donne la structure autocratique du cartel sous El Mencho. Le deuxième : une guerre intestine entre factions rivales du CJNG, avec des batailles pour le contrôle des routes de trafic, des laboratoires et des territoires. C’est le scenario le plus probable et le plus sanglant. Le troisième : d’autrès cartels — les restes du Cartel de Sinaloa, le Cartel du Golfe, Los Zetas — tentent de s’emparer des territoires du CJNG pendant sa période de faiblessé.
Dans tous les cas, ce sont les civils mexicains qui paieront le prix. Les agriculteurs dont les terres seront confisquees. Les commercants qui devront payer des droits de protection. Les jeunes recrutes de force dans les rangs des factions. Les femmes et les enfants pris entre les feux croises. Le Mexique compte déjà plus de 100 000 personnes portees disparues. Ce chiffre va augmenter.
La Coupe du monde 2026 : le fantome dans la salle
Guadalajara, ville hote sous le feu
Dans quatre mois, Guadalajara doit accueillir des matchs de la Coupe du monde de la FIFA 2026. Des dizaines de milliers de supporters du monde entier sont censes affluer dans cette ville de cinq millions d’habitants. Des milliards de dollars d’investissements ont été consacres aux infrastructures. Des hotels ont été renoves. Des stades ont été modernises. Et dimanche soir, ces mêmes rues etaient désertes, les commerces fermes, les transports publics suspendus, les vehicules en flammes.
La question que personne n’ose poser a voix haute : Guadalajara sera-t-elle securisee a temps? Le CJNG considere le Jalisco comme son territoire. Son fief. Sa base arriere. La mort d’El Mencho ne va pas faire disparaitre les milliers de sicarios armes qui opérént dans la région. Elle risque au contraire de les rendre plus imprevisibles, plus nerveux, plus dangereux. Et pourtant, la FIFA et le gouvernement mexicain maintiennent que tout se deroulera comme prevu.
On va jouer au football dans une ville ou, quatre mois plus tot, les habitants se barricadaient chez eux pendant que des vehicules brulaient dans les rues. La normalite mexicaine à quelque chose de vertigineux.
Le tourisme en état de choc
Puerto Vallarta recoit plus de 750 000 Canadiens par année. C’est l’une des destinations les plus populaires de l’Amerique du Nord. Ce dimanche, des milliers de touristes y etaient pieges. L’ambassade du Canada a emis un ordre de confinement. Le Departement d’Etat americain a averti ses citoyens dans cinq Etats mexicains — Jalisco, Tamaulipas, Michoacan, Guerrero et Nuevo Leon — de rester dans des lieux surs. Le Royaume-Uni a emis un avertissement similaire. Trois pays. Des millions de touristes potentiels. Et un message implicite : le Mexique n’est pas sur.
L’industrie touristique mexicaine represente 8,5 % du PIB national. Des millions d’emplois en dépendent. Les images de Puerto Vallarta sous la fumee, les videos de touristes en panique dans les aéroports, les témoignages de Jamie Boratynec cachee dans une salle de bain avec vingt inconnus — tout cela va circuler pendant des semaines sur les réseaux sociaux. Et chaque partage sera un clou dans le cercueil du tourisme mexicain pour la saison a venir.
La stratégie du "kingpin" : trente ans d'échecs répétes
Couper la tété n’a jamais fonctionne
La stratégie du kingpin — éliminer les chefs de cartel pour demanteler les organisations — est au coeur de la politique antidrogue americano-mexicaine depuis les années 1990. Le bilan? Amado Carrillo Fuentes, le Seigneur des cieux, mort en 1997. Son cartel n’a pas disparu. Arturo Beltran Leyva, tue par les marines en 2009. Son organisation s’est fragmentee en groupes plus violents. El Chapo, arrété trois fois, extrade aux Etats-Unis en 2017. Le Cartel de Sinaloa est toujours opérationnel. El Mayo Zambada, arrété en 2024. La guerre civile au sein de Sinaloa a fait des centaines de morts en quelques mois.
A chaque fois, le même schema se repété. Le chef tombe. La violence explose. De nouveaux chefs émergent. La drogue continue de couler. Les Etats-Unis continuent de consommer. Le Mexique continue de saigner. Et les responsables politiques des deux cotes de la frontière continuent de presenter chaque arrestation, chaque élimination, comme une victoire decisive. El Mencho est le dernier trophee d’une stratégie qui n’a jamais produit les résultats promis.
Trente ans. Des dizaines de chefs de cartel arretes, tues, extrades. Et le Mexique est plus violent aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Plus de 100 000 disparus. Plus de 450 000 morts lies au crime organise depuis 2006. La definition de la folie, disait Einstein, c’est de faire la même chose en esperant un résultat différent.
L’ironie amere de la présidente Sheinbaum
La présidente Claudia Sheinbaum avait elle-même critique la stratégie du kingpin par le passe. Elle avait souligne que la decapitation des cartels entrainait une fragmentation violente, générant plus de groupes criminels, plus de territoires contestes, plus de morts civils. Et pourtant, c’est sous sa présidence que la plus grande prise de l’histoire recente du Mexique a été realisee. L’opération de Tapalpa est presentee comme un triomphe securitaire, une demonstration de la capacité du Mexique a agir de manière souveraine avec le soutien du renseignement americain.
Et pourtant, les conséquences sont exactement celles qu’elle avait predites. La violence. La fragmentation. Le chaos. Sheinbaum se retrouve prise dans le même piege que ses predecesseurs : incapable de ne pas frapper les cartels sous la pression de Washington, incapable d’empêcher les conséquences de chaque frappe. Le Mexique n’a pas de bonne option. Il n’a que des choix entre différentes formes de violence.
La demande cree l’offre
Tant que les Etats-Unis consommeront de la drogue à l’echelle actuelle, il y aura des cartels pour la fournir. C’est la loi fondamentale de l’économie, aussi implacable qu’universelle. Les Etats-Unis sont le plus grand marche de drogue illicite au monde. Le fentanyl y tue plus de 70 000 personnes par an. La cocaine, la methamphetamine, l’héroine continuent de circuler dans toutes les grandes villes americaines. Et tant que cette demande existera, il y aura des hommes prets a risquer leur vie — et a prendre celle des autrès — pour la satisfaire.
El Mencho n’etait pas un accident. Il etait le produit logique d’un système où la prohibition genere des profits astronomiques, où la pauvrété du Mexique rural fournit une main-d’oeuvre inepuisable, où la corruption des institutions cree des zones de non-droit, et où la demande americaine garantit un marche sans fin. Tuer El Mencho, c’est traiter le symptome. La maladie, elle, reste intacte. Et elle est de l’autre côté de la frontière.
Le prix paye par les innocents
Les touristes canadiens accroupis dans des salles de bain d’hotel seront chez eux dans quelques jours. Les vols reprendront. Les hotels rouvriront. Les margaritas couleront à nouveau sur les terrasses de Puerto Vallarta. Mais les Mexicains, eux, n’ont nulle part où aller. Les habitants de Guadalajara qui se sont barricades dimanche soir devront sortir de chez eux lundi matin. Envoyer leurs enfants à l’ecole — si elle est ouverte. Aller travailler — si la route n’est pas bloquee. Vivre — dans un pays où vivre est un acte de courage quotidien.
Il y a les six gardes nationaux tues a Zapopan. Le gardien de prison mort a Puerto Vallarta. L’agent du procureur assassine a Guadalajara. Des hommes et des femmes qui faisaient leur travail. Qui portaient un uniforme. Qui essayaient de maintenir un semblant d’ordre dans un pays où l’ordre est une illusion. Leurs familles ne recevront pas 15 millions de dollars de récompense. Leurs noms ne feront pas la une des journaux internationaux. Ils seront oublies avant la fin de la semaine.
Conclusion : Le Mexique entre dans l'inconnu
Ce que la mort d’El Mencho change — et ce qu’elle ne changera pas
La mort d’El Mencho change l’équilibre des forces au Mexique. Le CJNG, prive de son fondateur, de son stratége, de son tyran, va entrer dans une période de turbulence interne qui pourrait durer des mois, voire des années. Les factions rivales vont s’affronter. Les autrès cartels vont tenter de profiter du vide. La violence va augmenter avant de se stabiliser — si elle se stabilise un jour.
Ce que la mort d’El Mencho ne change pas, c’est le système qui l’a cree. La pauvrete du Mexique rural. La corruption des institutions. La demande insatiable du marche americain. L’impunité structurelle. La militarisation d’une politique qui devrait etre sanitaire et sociale. Tant que ces racines resteront intactes, le Mexique continuera de produire des El Mencho. Un après l’autre. Plus jeunes. Plus violents. Plus adaptes.
Nemesio Ruben Oseguera Cervantes est mort dans un hélicoptère militaire, quelque part au-dessus des montagnes du Jalisco. Ses avocatiers continuent de pousser a Aguililla. Ses laboratoires continuent de produire du fentanyl. Ses hommes continuent de bruler des vehicules dans les rues de Guadalajara. La tété est tombee. Le corps vit encore. Et il cherche déjà sa prochaine tété.
La question que personne ne pose
Dimanche soir, pendant que le Mexique brulait, pendant que des touristes priaient dans des salles de bain d’hotel, pendant que des gardes nationaux tombaient sous les balles, Washington celebrait. Un grand développement, a dit le sous-secretaire d’Etat. La colere de la justice, a dit la porte-parôle de la Maison-Blanche. Normalite, a dit la présidente mexicaine.
Mais Jamie Boratynec, elle, a texte ce qu’elle croyait etre son dernier message à son fils depuis une salle de bain de Puerto Vallarta. Et Jaime Puerta, lui, sait que la mort d’El Mencho ne ramenera pas son fils de 16 ans. Et les 100 000 disparus du Mexique restent disparus. Et le fentanyl continuera de tuer. Et un nouveau nom apparaitra bientot sur les avis de recherche. Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que ca change?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique est redigee par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant publiant sous le pseudonyme LeClaude. Je ne suis pas journaliste et ne prétends pas l’etre. Je suis un chroniqueur qui assume ses prises de position éditoriales. Ce texte presente mon analyse personnelle des événements entourant la mort d’El Mencho et la violence qui a suivi au Mexique, fondee sur les sources disponibles au moment de la redaction.
Méthodologie et sources
Les faits rapportes dans cette chronique proviennent de sources d’information reconnues, incluant Al Jazeera, NBC News, PBS News, NPR, CBS News et l’agence Associated Press. Les citations sont reproduites fidellement a partir de ces sources. Les chiffres concernant les blocages (252), les victimes et les impacts proviennent des déclarations officielles du gouvernement mexicain et des agences de sécurité. Les analyses et opinions exprimees dans les passages en italique sont les miennes et n’engagent que moi.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion, pas un reportage factuel neutre. Il combine des faits verifies avec une analyse éditoriale assumee. Le lecteur est invite a consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion. La critique de la stratégie du kingpin et l’analyse des dynamiques de l’offre et de la demande de drogue refletent un positionnement éditorial personnel, partage par de nombreux analystes et chercheurs specialises, mais qui ne fait pas l’unanimite. Ce texte n’a pas été commande ni approuve par aucune organisation mediatique.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Violence erupts in Mexico after killing of drug cartel kingpin El Mencho
NPR — Mexican army kills leader of Jalisco New Generation Cartel official says
CBS News — The violent history of El Mencho the notorious cartel leader killed in Mexico
Sources secondaires
CBS News — Violence erupts in Mexico after cartel leader El Mencho killed in military opération
Yahoo News Canada — Canadians in Puerto Vallarta take shelter as cartel conflict spreads
Wikipedia — 2026 Jalisco opération
Mexico News Daily — What is happening in Guadalajara and Puerto Vallarta
Vallarta Daily — Jalisco activates red alert after cartel roadblocks
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