Cinq cents lanceurs, deux mille cinq cents missiles
Les chiffres sont d’une précision chirurgicale. Le contrat signé en décembre 2025 à Moscou stipule la livraison de 500 systèmes de lancement Verba, chacun facturé 40 000 euros. À cela s’ajoutent 2 500 missiles sol-air 9M336, au prix unitaire de 170 000 euros. Le total atteint 495 millions d’euros, soit environ 589 millions de dollars américains. Pour compléter le package, 500 viseurs nocturnes Mowgli-2 sont inclus, permettant le suivi de cibles aériennes dans l’obscurité totale.
Le calendrier de livraison s’étale sur trois ans. Première tranche en 2027. Deuxième en 2028. Troisième et dernière en 2029. Trois ans pour reconstituer le bouclier antiaérien que les frappes américano-israéliennes de juin 2025 ont pulvérisé. Trois ans pendant lesquels des avions-cargos russes Iliouchine Il-76TD feront la navette entre Mineralnye Vody, en Russie, et Karaj, en Iran. Certains de ces vols ont déjà eu lieu. En décembre. En janvier. La machine est lancée.
Quand on regarde les prix, on réalise que la mort industrialisée à son catalogue. Comme chez un concessionnaire automobile. Le modèle de base à 40 000. L’option missile à 170 000. La vision nocturne en supplément. Il ne manque que la garantie constructeur et le service après-vente.
Le système Verba : petit, mortel, impossible à tracer
Le Verba n’est pas un système de défense aérienne conventionnel. Ce n’est pas un S-300 où un S-400, ces batteries massives qui nécessitent des installations fixes, des radars imposants et des équipes de dizaines de spécialistes. Le Verba est un MANPADS — un système de missiles portables antiaériens. Un homme. Une épaule. Un tube de lancement. Une cible en flammes. C’est tout. Le système est guidé par infrarouge. Il peut abattre des missiles de croisière, des avions volant à basse altitude et des drones. Il nécessite un entraînement minimal. Il peut être déployé n’importe où, sans infrastructure fixe. C’est l’arme parfaite pour un régime qui vient de voir ses installations fixes réduites en cendres.
Et c’est exactement ce qui rend cet accord si dangereux. Les systèmes de défense aérienne fixes, on peut les localiser. On peut les frapper. On peut les neutraliser depuis l’espace, comme l’ont fait les Américains et les Israéliens en juin 2025. Mais 500 lanceurs portables dispersés sur le territoire iranien, cachés dans des entrepôts, transportés dans des camionnettes, opérés par des miliciens des Gardiens de la révolution? C’est un cauchemar logistique pour quiconque envisagerait de nouvelles frappes. Et c’est précisément le calcul de Téhéran.
Juin 2025 : les douze jours qui ont tout changé
Quand le ciel est tombé sur l’Iran
Pour comprendre ce contrat secret, il faut revenir à juin 2025. Douze jours. C’est le temps qu’a duré le conflit ouvert entre Israël, les États-Unis et l’Iran. Pendant douze jours, les forces américaines et israéliennes ont frappé les trois principales installations nucléaires iraniennes. Le président Trump avait alors proclamé la destruction des capacités nucléaires de l’Iran. Les analystes du renseignement américain, eux, avaient estimé les dégâts bien plus modestement : un recul de quelques mois seulement dans le programme nucléaire iranien.
Mais les frappes n’ont pas touché que les sites nucléaires. Elles ont dévasté le système de défense aérienne iranien. Les batteries de S-300 PMU2 importées de Russie, les systèmes Bavar-373 de fabrication locale, les radars de surveillance à longue portée — tout a été ciblé, tout a été frappé, une bonne partie a été détruite. L’Iran s’est retrouvé avec un ciel ouvert. Vulnérable. Nu. Et c’est dans cette nudité stratégique que la demande officielle a été transmise à Moscou en juillet 2025. Quelques jours à peine après la fin des hostilités.
Douze jours de frappes. Des mois de planification. Des milliards de dollars de munitions. Et le résultat? Un programme nucléaire retardé de quelques mois et un contrat d’armement de 500 millions d’euros avec la Russie. On a détruit un mur pour que l’adversaire en construise un autre, plus dispersé, plus difficile à atteindre, plus dangereux. La définition même de la stratégie du marteau qui fabrique des clous.
La demande qui n’a pas attendu
L’empressement iranien en dit long sur l’état de panique du régime. Les frappes de juin 2025 ont exposé une réalité que Téhéran avait longtemps niée : sa défense aérienne était perméable. Les systèmes russes sophistiqués qu’il avait achetés à prix d’or n’avaient pas suffi. Les systèmes locaux dont il vantait les mérites dans sa propagande télévisée avaient échoué. Le ciel iranien appartenait à qui voulait le traverser.
La demande formelle pour les Verba a été déposée en juillet 2025. Le contrat a été signé en décembre 2025. Cinq mois entre la requête et la signature. Dans le monde de l’armement international, c’est une vitesse vertigineuse. Normalement, ces procèssus prennent des années. Des commissions d’évaluation. Des tests techniques. Des négociations interminables. Ici, tout a été accéléré. Comme si les deux parties savaient que le temps jouait contre elles. Comme si elles sentaient que la fenêtre d’opportunité pouvait se refermer à tout moment.
Ruhollah Katebi : le courtier qui vend la mort des deux côtés
L’homme qui a armé la Russie contre l’Ukraine
Ruhollah Katebi. Ce nom ne dit rien au grand public. Il devrait. C’est le représentant permanent à Moscou du ministère iranien de la Défense et de la Logistique des Forces armées, le MODAFL. C’est lui qui a négocié la vente des missiles balistiques iraniens Fath-360 à la Russie. Ces mêmes missiles que les forces russes tirent sur les immeubles résidentiels ukrainiens. Ces mêmes missiles qui tuent des civils à Kharkiv, à Odessa, à Dnipro. Katebi a négocié chaque détail. Chaque prix. Chaque calendrier de livraison.
Et c’est le même homme qui s’est assis à la table de Rosoboronexport en décembre pour signer l’accord inverse : acheter à la Russie les systèmes antiaériens que l’Iran ne peut plus produire seul. Il est le pivot de cette alliance militaire qui arme simultanément la Russie contre l’Ukraine et l’Iran contre une éventuelle nouvelle attaque israélo-américaine. Un seul homme. Deux flux d’armes. Des milliers de morts potentiels dans les deux directions.
Ruhollah Katebi est un homme d’affaires qui ne vend pas des voitures où de l’immobilier. Il vend des trajectoires balistiques. Il négocie des courbes de destruction. Et il dort très bien la nuit, probablement. C’est ce qui est le plus terrifiant chez ces architectes de la violence institutionnelle : leur normalité administrative.
Le MODAFL et Rosoboronexport : la joint-venture de la destruction
Le MODAFL iranien et Rosoboronexport russe fonctionnent comme des partenaires commerciaux ordinaires. Ils échangent des catalogues. Ils négocient des remises. Ils établissent des calendriers de livraison. La seule différence avec une transaction commerciale normale, c’est que les produits en question sont conçus pour tuer des êtrès humains. Les 170 000 euros par missile 9M336, c’est le prix d’un appartement dans une ville moyenne européenne. Sauf qu’au lieu de loger une famille, ce missile va abattre un avion. Ou un drone. Ou un missile de croisière. Et potentiellement tuer les gens qui se trouvent en dessous des débris.
Rosoboronexport a été placé sous sanctions internationales depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Et pourtant, l’entreprise continue de vendre. De livrer. De facturer. Les sanctions n’ont pas empêché un contrat de 495 millions d’euros. Elles n’ont pas empêché les avions-cargos russes de décoller vers l’Iran. Elles n’ont pas empêché Katebi de s’asseoir à la table des négociations. La question qui se pose alors est simple : à quoi servent les sanctions si ceux qu’elles visent continuent de faire des affaires comme si de rien n’était?
Moscou rembourse sa dette : le prix du silence en juin 2025
Quand la Russie n’a pas bougé
Il y à un fantôme dans ce contrat. Un silence assourdissant que les deux parties tentent de couvrir à coups de millions d’euros. En juin 2025, quand les bombes américaines et israéliennes pleuvaient sur l’Iran, la Russie n’a rien fait. L’allié supposé. Le partenaire stratégique. Le vendeur d’armes qui avait empêché les S-300 à Téhéran. Moscou n’a pas levé le petit doigt. Pas un communiqué fort. Pas une menace crédible. Pas un geste militaire de solidarité. Rien.
Un ancien responsable américain cité par le Financial Times résume la situation avec une lucidité brutale : Moscou a probablement poursuivi cet accord pour réparer les liens avec Téhéran après avoir échoué à venir en aide à son allié pendant le conflit de juin. En d’autrès termes, ce contrat de 500 millions d’euros n’est pas seulement une vente d’armes. C’est des excuses. C’est le prix de la lâcheté. C’est Moscou qui dit : « On n’a pas pu vous aider quand les bombes tombaient, mais regardez, on vous vend des missiles à bon prix. »
Il y à une ironie mordante dans cette transaction. L’Iran a vendu des drones et des missiles à la Russie pour qu’elle bombarde l’Ukraine. La Russie n’a pas protégé l’Iran quand il s’est fait bombarder à son tour. Et maintenant, la Russie vend des missiles à l’Iran pour se faire pardonner. C’est un cercle vicieux où la seule monnaie d’échange est la capacité de tuer. Et tout le monde appelle ça de la diplomatie.
Le renseignement partagé qui ne suffisait pas
Des rapports antérieurs avaient révélé que la Russie avait partagé du renseignement sur les défenses aériennes iraniennes pendant le conflit de juin avec Israël. Des données satellitaires. Des interceptions. Des évaluations de menaces. Mais partager du renseignement et intervenir militairement sont deux choses fondamentalement différentes. L’Iran voulait des actes. Il a reçu des fichiers. Il voulait un bouclier. Il a reçu des informations. L’écart entre les attentes et la réalité a créé une fracture dans l’alliance russo-iranienne.
Ce contrat Verba est le pansement sur cette fracture. Moscou a besoin de l’Iran. Pour les drones Shahed qui continuent de terroriser l’Ukraine. Pour les missiles balistiques qui complètent les stocks russes déplétés. Pour le soutien politique dans les forums internationaux. La Russie ne peut pas se permettre de perdre son allié le plus fiable dans la guerre contre l’Ukraine. Alors elle paie. En Verba. En Mi-28. En promesses de Su-35S. Le prix de la fidélité dans un monde d’autocraties, c’est un catalogue d’armes et un bon de commande.
Les hélicoptères fantômes : ce que l'accord ne dit pas
Six Mi-28 déjà livrés
Le contrat Verba n’est que la partie visible de l’iceberg. Le Financial Times révèle que l’Iran a déjà reçu jusqu’à six hélicoptères d’attaque Mi-28E de fabrication russe en janvier 2026. L’un de ces appareils a été observé en opération à Téhéran en février 2026. Les livraisons ont été effectuées par des avions-cargos Iliouchine Il-76TD effectuant des rotations entre Mineralnye Vody en Russie et Karaj en Iran.
Le Mi-28E est un hélicoptère d’attaque lourd, conçu pour la destruction de blindés et l’appui au sol. C’est l’équivalent russe de l’Apache américain. Un appareil qui coûte environ 30 millions de dollars pièce. Six appareils, cela représente environ 180 millions de dollars supplémentaires. Ajoutés aux 589 millions du contrat Verba, on arrive à un transfert d’armement de près de 800 millions de dollars en quelques mois à peine. Et ce n’est pas fini.
Chaque vol cargo entre Mineralnye Vody et Karaj transporte un message qui vaut plus que sa cargaison : les sanctions internationales sont une suggestion, pas une obligation. Chaque rotation d’Iliouchine est une gifle au visage du système de non-prolifération international. Et personne ne semble en mesure de les arrêter.
Les Su-35S en ligne de mire
Les rapports mentionnent également que l’Iran planifie l’achat de deux escadrons de chasseurs Su-35S. Le Su-35S est l’un des avions de combat les plus avancés de l’arsenal russe, un appareil de quatrième génération++ capable de rivaliser avec la plupart des chasseurs occidentaux dans un combat aérien. Deux escadrons, c’est environ 24 appareils. Au prix d’environ 85 millions de dollars l’unité, cela représenterait un contrat supplémentaire de plus de 2 milliards de dollars.
Si cette transaction se concrétise, l’Iran disposerait d’une force aérienne significativement modernisée pour la première fois depuis la révolution de 1979. Pendant des décennies, Téhéran a fait voler des F-14 Tomcat américains datant de l’ère du Shah, des appareils maintenus en vol par des miracles d’ingénierie et du cannibalisme de pièces détachées. Des Su-35S changeraient fondamentalement l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Et c’est exactement ce que ni Israël, ni les États-Unis, ni l’Arabie saoudite ne veulent voir arriver.
L'échec des sanctions : un mur de papier contre des avions-cargos
Rosoboronexport sous sanctions, mais pas sous contrôle
Rosoboronexport est sous sanctions américaines depuis 2006 pour ses ventes d’armes à l’Iran et à la Syrie. Sous sanctions européennes renforcées depuis 2022 pour le rôle de la Russie en Ukraine. Sous le coup de restrictions financières qui sont censées empêcher toute transaction en dollars où en euros. Et pourtant. Un contrat de 495 millions d’euros. Signé. Paraphé. En cours d’exécution.
Les sanctions contre l’Iran sont encore plus anciennes et plus étendues. Des décennies de restrictions. Des milliers de pages de réglementations. Des centaines d’entités désignées. Et pourtant, Ruhollah Katebi négocie librement à Moscou. Les avions-cargos volent sans entrave. Les missiles seront livrés selon le calendrier prévu. Tout cela pose une question fondamentale : à quoi bon un système de sanctions internationales s’il n’empêche rien?
Les sanctions internationales, c’est comme un panneau « interdit de stationner » dans un pays sans police. Tout le monde le voit. Tout le monde le lit. Et tout le monde se gare exactement là où il veut. La communauté internationale rédige des lois que personne n’applique, puis s’étonne que personne ne les respecte.
Le contournement comme mode opératoire
La Russie et l’Iran ont développé un réseau sophistiqué de contournement des sanctions. Des transactions en roubles et en rials au lieu du dollar. Des intermédiaires dans des pays tiers. Des sociétés-écrans enregistrées dans des juridictions complaisantes. Des vols cargos qui évitent les espaces aériens surveillés. Le système est rodé. Il fonctionne depuis des années. Et il devient de plus en plus efficace à chaque nouveau cycle de sanctions.
Le paradoxe est cruel. Plus l’Occident impose de sanctions, plus les pays visés développent des alternatives au système financier occidental. Plus ils sont exclus du SWIFT, plus ils créent des canaux de paiement parallèles. Plus on leur ferme de portes, plus ils creusent de tunnels. Le résultat est un système international fracturé en deux mondes qui coexistent sans se parler : celui qui respecte les règles et celui qui les ignore. Et le deuxième monde grandit.
Les négociations nucléaires en toile de fond : le timing n'est pas un hasard
Trump menace, Téhéran achète des missiles
La révélation de cet accord tombe à un moment précis. Les négociations nucléaires entre Washington et Téhéran sont dans une phase critique. Le président Trump a de nouveau menacé l’Iran d’une action militaire. Les tensions sont au plus haut. Et c’est dans ce contexte exact que le Financial Times publie l’existence d’un contrat d’armement secret de 500 millions d’euros.
Le timing interroge. Qui a intérêt à ce que cette information sorte maintenant? Les partisans de la ligne dure à Washington qui veulent torpiller les négociations? Les services de renseignement israéliens qui veulent justifier de nouvelles frappes? Des sources internes russes où iraniennes mécontentes de l’accord? La fuite d’un document aussi sensible n’est jamais accidentelle. Quelqu’un voulait que le monde sache. La question est : pourquoi maintenant?
Dans le grand théâtre de la géopolitique, chaque révélation est une arme. Ce document n’a pas « fuité ». Il a été lancé comme une grenade dans le champ des négociations nucléaires. Quelqu’un tire les ficelles. Et pendant que les diplomates cherchent qui a parlé, les avions-cargos continuent de voler entre la Russie et l’Iran.
Le double jeu permanent
L’Iran négocie d’un côté avec Washington sur son programme nucléaire. De l’autre, il achète secrètement des systèmes d’armes avancés à la Russie. C’est le double jeu permanent qui caractérise la diplomatie iranienne depuis des décennies. Parler de paix dans une salle pendant qu’on prépare la guerre dans une autre. Sourire aux caméras pendant qu’on signe des bons de commande pour des missiles.
Mais ce double jeu n’est pas exclusif à l’Iran. Les États-Unis vendent pour des centaines de milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite tout en prêchant la stabilité au Moyen-Orient. Israël possède un arsenal nucléaire non déclaré tout en exigeant que l’Iran renonce au sien. La Russie vend des armes à l’Iran tout en participant aux discussions sur la non-prolifération. Tout le monde joue. Tout le monde ment. Et ce sont les populations civiles qui paient l’addition.
L'alliance Iran-Russie : une menace qui se consolide
Des drones Shahed aux missiles Verba : la boucle est bouclée
En 2022, les premiers drones Shahed-136 iraniens sont apparus dans le ciel ukrainien. Leur bourdonnement caractéristique est devenu le son de la terreur pour les habitants de Kyiv, de Kharkiv, d’Odessa. Des milliers de ces drones ont été tirés sur des infrastructures civiles. Des centrales électriques. Des réseaux de chauffage. Des immeubles d’habitation. L’Iran fournissait la technologie. La Russie fournissait les cibles.
Puis sont venus les missiles balistiques Fath-360. Plus rapides. Plus destructeurs. Plus difficiles à intercepter que les drones. Négociés par Katebi. Livrés par les mêmes routes aériennes. Tirés sur les mêmes villes ukrainiennes. À chaque escalade, l’alliance se renforçait. À chaque livraison, les liens se resserraient. Aujourd’hui, avec les Verba, les Mi-28 et les futurs Su-35S, la boucle est bouclée. La Russie rend à l’Iran ce que l’Iran lui a donné : de quoi tuer.
C’est l’économie circulaire de la guerre. L’Iran donne à la Russie les armes pour tuer des Ukrainiens. La Russie donne à l’Iran les armes pour se protéger des Américains et des Israéliens. Les uns meurent à Kharkiv. Les autrès mourront peut-être demain à Téhéran où à Tel-Aviv. Et les marchands d’armes encaissent des deux côtés. Jusqu’à quand acceptera-t-on que la planète soit gérée comme une foire aux armes?
La dimension stratégique : un axe qui défie l’Occident
L’alliance Iran-Russie n’est plus une convergence d’intérêts ponctuelle. C’est une alliance structurelle qui se consolide transaction après transaction. Elle s’inscrit dans un axe plus large qui inclut la Chine, la Corée du Nord et d’autrès régimes autoritaires. Un bloc qui partage des technologies militaires, qui contourne les sanctions ensemble, qui se soutient politiquement dans les forums internationaux, qui coordonne ses positions contre l’Occident.
Ce contrat Verba n’est qu’un symptôme. Le vrai problème, c’est l’émergence d’un système parallèle de commerce d’armes, de finance et de diplomatie qui échappe totalement au contrôle occidental. Un système où les sanctions ne fonctionnent pas. Où les résolutions de l’ONU sont ignorées. Où les traités de non-prolifération sont des vieux papiers. Un monde où deux hommes dans un bureau de Moscou peuvent signer un contrat de 500 millions d’euros de missiles sans que personne ne puisse les en empêcher.
Les conséquences pour l'Ukraine : quand l'Iran arme les deux camps
Les Fath-360 tombent toujours sur l’Ukraine
Pendant que l’Iran achète des Verba à la Russie, les missiles Fath-360 iraniens continuent de tomber sur l’Ukraine. C’est la réalité obscène de cette transaction. Le même pays qui fournit à la Russie les armes pour bombarder des civils ukrainiens achète à cette même Russie des armes pour se protéger lui-même. L’Iran n’est pas un spectateur de la guerre en Ukraine. Il en est un participant actif. Chaque drone Shahed qui frappe un immeuble de Kyiv porte la signature de Téhéran.
Et pourtant, l’Iran n’a jamais été tenu responsable de sa contribution à la guerre en Ukraine de la même manière que la Russie. Les sanctions contre Téhéran concernent le programme nucléaire. Pas les drones. Pas les missiles balistiques livrés à Moscou. La communauté internationale traite l’Iran comme un problème nucléaire alors qu’il est devenu un fournisseur d’armes majeur dans le plus grand conflit armé en Europe depuis 1945. Cette déconnexion entre la réalité et la réponse diplomatique est elle-même une forme de complicité.
À Kharkiv, une famille se réveille au son d’un missile Fath-360 iranien. À Téhéran, un général réceptionne un chargement de missiles Verba russes. À Moscou, Katebi vérifie les deux bons de commande. C’est le même homme. C’est le même bureau. Ce sont les mêmes mains qui signent les deux contrats. Et le monde regarde ailleurs.
La spirale infernale de l’armement
Ce contrat Verba s’inscrit dans une spirale d’armement qui ne connaît pas de frein. La Russie achète à l’Iran. L’Iran achète à la Russie. La Russie achète à la Corée du Nord. L’Ukraine reçoit des armes de l’Occident. Israël reçoit des armes des États-Unis. L’Arabie saoudite achète à tout le monde. Chaque transaction en appelle une autre. Chaque livraison provoque une contre-livraison. C’est un marché en perpétuelle expansion où le seul perdant est celui qui ne peut pas se payer un bon de commande.
Le commerce mondial des armes a atteint des niveaux record. Les budgets militaires explosent. Les stocks se vident et se remplissent à un rythme jamais vu depuis la Guerre froide. Et ce contrat Iran-Russie de 500 millions d’euros, aussi spectaculaire soit-il, n’est qu’une goutte d’eau dans un océan d’armement qui submerge la planète. La question n’est pas si cette spirale mènera à un conflit majeur. La question est quand.
Le Moyen-Orient au bord du gouffre
Un Iran armé change toute l’équation régionale
Si l’Iran obtient les 500 Verba, les Mi-28, et surtout les Su-35S, l’équation stratégique du Moyen-Orient bascule. Depuis des décennies, la suprématie aérienne au Moyen-Orient appartient à Israël et aux États-Unis. Les aviations des pays arabes sont équipées d’appareils américains. Israël dispose de F-35, les chasseurs les plus avancés au monde. L’Iran, lui, faisait voler des antiquités. Cet avantage disparaît si Téhéran modernise sa flotte.
Les Verba représentent une menace spécifique. Cinq cents lanceurs portables dispersés dans les montagnes, les villes, les bases militaires iraniennes créent une couverture antiaérienne impossible à neutraliser d’un seul coup. Ce n’est plus une batterie de S-300 qu’on peut localiser par satellite et détruire avec un missile de croisière. C’est un essaim de lanceurs invisibles. Un filet de mort tendu dans le ciel iranien que même les meilleurs pilotes de chasse au monde auront du mal à traverser sans pertes.
Le Moyen-Orient ressemble à une pièce remplie de dynamite où tout le monde cherche un briquet. L’Iran achète des missiles. Israël prépare de nouvelles frappes. Trump menace. La Russie livre. La Chine observe. Et quelque part entre Téhéran et Tel-Aviv, un million de civils se demandent s’ils verront l’année prochaine.
L’Arabie saoudite et les États du Golfe réagissent
Les monarchies du Golfe regardent cette transaction avec une inquiétude croissante. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn — tous considèrent l’Iran comme leur rival stratégique principal. Un Iran doté de défenses aériennes modernisées et d’une aviation de combat crédible modifie fondamentalement le rapport de forces dans la région. La réponse sera prévisible : davantage d’achats d’armes. Davantage de contrats avec les États-Unis. Davantage de milliards dépensés en équipements militaires.
C’est le mécanisme le plus pervers du commerce des armes. Chaque vente à un camp provoque des achats par le camp adverse. Chaque missile Verba vendu à l’Iran sera compensé par des milliards de dollars de contrats américains avec l’Arabie saoudite. Les fabricants d’armes sont les seuls gagnants. Les populations sont les seules perdantes. Et les gouvernements, tous les gouvernements, sont les complices volontaires de cette mécanique infernale.
Ce que révèle ce contrat sur l'état du monde
L’ordre international est mort, et personne n’a envoyé de faire-part
Ce contrat de 495 millions d’euros entre la Russie et l’Iran n’est pas un événement isolé. C’est un symptôme terminal. Il révèle que le système international fondé sur des règles, sur des traités, sur des institutions multilatérales ne fonctionne plus. Quand deux pays sous sanctions massives peuvent conclure un accord d’armement de cette envergure sans aucune conséquence, le message est clair : les règles n’existent que pour ceux qui choisissent de les respecter.
Le Conseil de sécurité de l’ONU est paralysé par le veto russe. Le Traité de non-prolifération est un papier que certains signent et que d’autrès ignorent. Les résolutions internationales s’accumulent dans des tiroirs que personne n’ouvre. Et pendant ce temps, des avions-cargos chargés de missiles et d’hélicoptères de combat volent de Russie vers l’Iran en toute impunité. L’ordre mondial de l’après-guerre est mort. Ce contrat en est l’acte de décès.
On vit dans un monde où un contrat secret de 500 millions d’euros de missiles entre deux pays sous sanctions n’est même plus une surprise. C’est devenu la norme. Le jour où la violation des règles internationales ne choque plus personne, c’est que les règles n’existent plus. Nous en sommes là.
Le précédent dangereux
Si ce contrat se déroule sans conséquences significatives — et tout indique qu’il se déroulera ainsi — il crée un précédent. D’autrès pays sous sanctions comprendront qu’il est possible de contourner le système. D’autrès transactions suivront. D’autrès alliances militaires entre régimes autoritaires se formeront. Le commerce des armes entre pays sanctionnés deviendra la nouvelle normalité.
Et pourtant, la réponse occidentale sera probablement la même que d’habitude. Des déclarations. Des condamnations. Peut-être quelques sanctions supplémentaires sur des entités déjà sanctionnées. Rien qui change fondamentalement la dynamique. Rien qui empêche la prochaine livraison. Rien qui arrête les avions-cargos. La communauté internationale continuera de gérer un monde en feu avec des communiqués de presse. Et les marchands d’armes continueront de compter leur argent.
Conclusion : Le bruit des missiles et le silence du monde
Ce que 500 millions d’euros de missiles disent de nous
Un contrat. Cinq cents systèmes de lancement. Deux mille cinq cents missiles. Cinq cents viseurs nocturnes. Trois tranches de livraison. Trois ans. 495 millions d’euros. Les chiffres sont froids. Précis. Administratifs. Comme tous les documents qui planifient la mort à grande échelle. Il n’y a pas de sang dans un bon de commande. Pas de cris dans un calendrier de livraison. Pas de deuil dans une facture à 170 000 euros le missile.
Et pourtant, derrière chaque unité listée dans ce contrat, il y à une trajectoire. Un vol. Un impact. Une explosion. Et au bout de cette trajectoire, parfois, il y à une vie humaine qui s’arrête. Le système Verba est conçu pour abattre des aéronefs. Dans les aéronefs, il y à des pilotes. Les pilotes ont des familles. Les familles vivent dans des maisons. Les maisons sont dans des rues où des enfants jouent. La chaîne est longue. Mais elle ne se brise jamais.
Cinq cents millions d’euros. C’est le prix de 12 500 bourses universitaires. De 5 000 logements sociaux. De 50 hôpitaux équipés. L’humanité a choisi de dépenser cette somme en missiles portables. Et demain, quelqu’un quelque part paiera le prix de ce choix. Pas en euros. En vies.
La question qui reste
Ce contrat entre l’Iran et la Russie sera exécuté. Les Verba seront livrés. Les avions-cargos continueront leurs rotations. Les Mi-28 voleront au-dessus de Téhéran. Et peut-être, un jour, les Su-35S porteront le drapeau iranien. Le monde assistera à tout cela avec la même passivité qu’il observe la guerre en Ukraine depuis quatre ans, la destruction de Gaza, les massacres au Soudan.
Le silence du monde face à cette alliance est la véritable menace. Pas les missiles. Pas les hélicoptères. Pas les chasseurs. La vraie menace, c’est notre capacité collective à regarder un contrat secret de 500 millions d’euros d’armes entre deux régimes autoritaires et à tourner la page comme si c’était un fait divers. Comme si c’était normal. Comme si les règles n’existaient plus.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Kyiv Indépendent — Iran signs secret missile deal with Russia, FT reports
Iran International — Iran agrees 500 mln arms deal with Russia to rebuild air défenses
Asharq Al-Awsat — Iran Reportedly Agreed Secret Shoulder-fired Missile Deal with Russia
Sources secondaires
Middle East Monitor — Iran signed nearly $590M secret missile deal with Russia in Dec.
PRM Ukraine — Iran has signed a secret agreement with Russia for the supply of Verba MANPADS
South China Morning Post — Iran agreed secret US$589 million missile deal with Russia
U.S. News — Iran Agreed Secret Shoulder-Fired Missile Deal With Russia, FT Reports
Pravda EN — Iran has concluded a secret deal with Russia worth 500 million for Verba MANPADS
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