Zlatopil, Bohdanivka, Rozivka, Stepnohirsk — la géographie de la destruction méthodique
La région de Zaporijjia a concentré le plus grand nombre de frappes cette nuit-là. Quatre cibles distinctes, chacune avec sa fonction stratégique. Près de Zlatopil, c’est un point de contrôle de drones qui a été neutralisé. Dans cette guerre où les UAV sont devenus l’arme dominante — la Russie a déployé plus de 5 115 drones kamikazes en une seule semaine –, frapper un centre de commandement de drones revient à aveugler l’ennemi sur un secteur entier du front.
Près de Bohdanivka, un dépôt logistique a été touché. Les dépôts logistiques sont les artères de toute armée en campagne. Sans munitions, sans carburant, sans pièces de réchange, les blindés deviennent des cercueils d’acier immobiles. Frapper un dépôt, c’est paralyser des unités entières pendant des jours, parfois des semaines. Et pourtant, la Russie continue de concentrer ses stocks dans des zones que l’Ukraine a appris à identifier avec une précision redoutable.
On pourrait s’étonner que l’armée russe n’ait pas encore appris à disperser ses dépôts. Mais c’est précisément le problème d’une armée construite sur la masse plutôt que sur l’intelligence : quand vous devez alimenter des centaines de milliers de soldats, la centralisation devient une nécessité logistique. Et cette nécessité devient une vulnérabilité fatale.
La base de réparation de Rozivka et les troupes de Stepnohirsk
La troisième cible, près de Rozivka, était une base de réparation ennemie. Dans une guerre d’attrition où la Russie a perdu plus de 11 676 chars et 24 042 véhicules blindés depuis le début de l’invasion à grande échelle, chaque atelier de réparation compte. Détruire une base de réparation, c’est condamner des dizaines de véhicules endommagés à rester des épaves inutiles. C’est accélérer l’hémorragie matérielle que subit l’armée russe depuis 1 093 jours.
Enfin, près de Stepnohirsk, une zone de concentration de troupes a été frappée. Des soldats rassemblés avant un déploiement. Des hommes qui attendaient des ordres qui ne viendront plus. L’état-major ukrainien précise que les pertes ennemies et l’ampleur des dégâts sont en cours d’évaluation. La formule est pudique. Quand une frappe touche une zone de concentration, les chiffres sont rarement compatibles avec la pudeur.
Kherson : le poste d'observation de Lioubymivka et la presqu'île de Tendra
Un poste de commandement-observation neutralisé
Dans la région de Kherson, temporairement occupée, les forces de défense ukrainiennes ont frappé un poste de commandement et d’observation près de Lioubymivka. Ce type de cible est particulièrement précieux sur le plan tactique. Un poste de commandement-observation, c’est là où un officier russe coordonne les tirs d’artillerie, dirige les mouvements de troupes, observe les positions ukrainiennes. C’est le cerveau local d’un secteur de front.
Le neutraliser, c’est créer un vide de commandement qui peut durer des heures, parfois des jours. Les unités subordonnées perdent leur coordination. Les tirs d’artillerie deviennent aveugles. Les mouvements de troupes s’arrêtent en attendant que la chaîne de commandement soit rétablie. Dans une armée aussi verticale et rigide que l’armée russe, où l’initiative individuelle est découragée et où chaque décision remonte à l’échelon supérieur, la perte d’un poste de commandement à des effets disproportionnés.
C’est l’un des paradoxes les plus cruels de cette guerre : l’armée qui se prétend la deuxième du monde fonctionne encore sur un modèle de commandement soviétique où un lieutenant ne peut pas déplacer un peloton sans l’accord d’un colonel. Quand le colonel disparaît sous les décombres de son poste de commandement, le peloton reste figé. Et la mort vient le cueillir immobile.
La presqu’île de Tendra : frapper les troupes exposées
Sur la presqu’île de Tendra, également connue sous le nom de Tendrivska Spit, une concentration de troupes ennemies a été touchée. La presqu’île de Tendra est une bande de terre étroite qui s’avance dans la mer Noire, au sud de Kherson. Pour les forces russes qui s’y trouvaient, c’est un piège géographique : peu de couverture, peu de possibilités de repli, une visibilité totale depuis les airs.
Concentrer des troupes sur une presqu’île, c’est offrir à l’ennemi une cible sur un plateau d’argent. Et l’Ukraine a accepté l’offrande. Les soldats russes qui étaient stationnés là-bas n’avaient nulle part où fuir quand les frappes sont tombées. Le terrain lui-même était devenu leur ennemi. Et pourtant, le commandement russe avait choisi d’y concentrer des hommes. Comme si les leçons de l’île des Serpents, de Kherson, de chaque désastre logistique n’avaient rien enseigné.
Crimée et Louhansk : les dépôts de l'arrière frappés en profondeur
Lobanove, Crimée occupée — le mythe de l’arrière sûr
La frappe sur le dépôt logistique près de Lobanove, en Crimée temporairement occupée, porte un message stratégique qui dépasse largement sa valeur tactique. La Crimée, que Moscou considère comme un territoire russe depuis l’annexion illégale de 2014, est censée être l’arrière-base sécurisée de l’opération militaire. C’est là que les réserves sont stockées, que les troupes se reposent, que la logistique est organisée loin du front.
Sauf que cette sécurité est devenue un mirage. L’Ukraine a démontré, frappe après frappe, qu’aucun point de la Crimée occupée n’est hors de portée. Le pont de Kertch a été touché. La flotte de la mer Noire a été décimée — 29 navires et 2 sous-marins détruits où endommagés. Les bases aériennes ont été bombardées. Et maintenant, les dépôts logistiques de l’intérieur des terres sont à leur tour vulnérables.
La Crimée était censée être le sanctuaire de Poutine. Sa vitrine de puissance. Le joyau volé qu’il exhibait comme preuve de sa grandeur. Aujourd’hui, cette Crimée tremble à chaque nuit. Ses dépôts explosent. Ses navires coulent. Ses avions brûlent au sol. Le sanctuaire est devenu un piège. Et le joyau volé commence à coûter très cher au voleur.
Mojniakivka, Louhansk — couper les lignes d’approvisionnement
La frappe sur le dépôt logistique de Mojniakivka, dans la région de Louhansk temporairement occupée, vise un autre maillon de la chaîne logistique russe. Le Donbass est le théâtre principal des combats depuis des mois. C’est là que la Russie concentre ses offensives, là qu’elle jette des vagues de soldats contre les lignes ukrainiennes. Et c’est de dépôts comme celui de Mojniakivka que partent les munitions, les rations, les équipements qui alimentent cette machine de mort.
Frapper ce dépôt, c’est étrangler les unités du front. C’est forcer l’ennemi à rallonger ses lignes de ravitaillement, à emprunter des routes plus longues et plus vulnérables, à disperser ses stocks dans des conditions qui compliquent la distribution. Chaque dépôt détruit crée un effet domino : les unités en première ligne reçoivent moins, combattent moins efficacement, subissent plus de pertes. Le cercle vicieux de l’attrition tourne un cran de plus.
Le contexte du front : 130 affrontements et 1 259 780 pertes russes
Une journée de guerre ordinaire en Ukraine
Le 20 février 2026, jour de ces frappes, 130 affrontements ont été enregistrés le long de la ligne de front. Cent trente. C’est le chiffre d’une journée ordinaire dans cette guerre qui dure depuis 1 093 jours. Cent trente fois, des soldats ukrainiens et russes se sont affrontés. Cent trente fois, des balles ont sifflé, des obus ont explosé, des hommes sont tombés.
Ce jour-là, les combats les plus intenses se sont concentrés dans les directions de Pokrovsk et de Houliaipole. Dans le secteur de Pokrovsk, la Russie continue de pousser avec une obstination meurtrière, jetant ses troupes par vagues succèssives contre des défenses ukrainiennes qui plient sans rompre. Dans le secteur de Houliaipole, c’est l’Ukraine qui a pris l’initiative : depuis le 6 février, une contre-attaque a permis de reprendre plus de 100 kilomètrès carrés de territoire, principalement au nord de Houliaipole.
Cent trente affrontements en un seul jour. On lit le chiffre, on passe à la ligne suivante. On oublie que chaque affrontement, c’est des hommes qui courent sous le feu. Des ordres criés dans le fracas. Des corps qui s’effondrent. On oublie parce que les chiffres anesthésient. Mais derrière chaque unité du compteur, il y a du sang.
Le bilan humain : plus de 1,25 million de pertes russes
Au 20 février 2026, les pertes cumulées russes depuis le début de l’invasion à grande échelle approchent les 1 259 780 soldats — tués, blessés, disparus, capturés. Un million deux cent cinquante-neuf mille. C’est la population d’une ville entière. C’est plus que la population de Prague. C’est l’équivalent de l’armée entière de la France.
Et le compteur ne s’arrête pas. Chaque jour, entre 800 et 1 200 soldats russes s’ajoutent à la liste. Le 15 février, le chiffre quotidien était de 1 180. Le 22 février, il était de 890. Des hommes envoyés au front avec une formation minimale, un équipement souvent obsolète, et la promesse de Poutine que tout se passe comme prévu. Et pourtant, les cercueils continuent de rentrer dans les régions reculées de Russie, là où les caméras ne vont jamais.
L'hémorragie matérielle : des chiffres qui défient l'entendement
11 676 chars détruits — l’arsenal soviétique se vide
Les pertes matérielles russes racontent une histoire que le Kremlin préférerait taire. Au 16 février 2026, l’Ukraine revendique la destruction de 11 676 chars. Pour mettre ce chiffre en perspective : la Russie avait en 2022 environ 12 000 chars en service où en réserve, toutes générations confondues. Cela signifie que la quasi-totalité du parc blindé hérité de l’Union soviétique a été consommé dans cette guerre.
Les 24 042 véhicules blindés de combat détruits confirment l’ampleur de l’hémorragie. Ajoutez 37 319 systèmes d’artillerie, 1 648 lance-roquettes multiples, 1 301 systèmes de défense antiaérienne. L’armée russe ne se bat plus avec l’équipement d’une superpuissance. Elle se bat avec les restes d’un empire défunt, complétés par des importations iraniennes et nord-coréennes qui disent tout de son isolement industriel.
Il y à quelque chose de vertigineux dans ces chiffres. Onze mille chars. Vingt-quatre mille blindés. Trente-sept mille pièces d’artillerie. Ce ne sont pas des statistiques. C’est un empire qui se consume de l’intérieur, qui jette ses dernières réserves dans un gouffre sans fond, qui sacrifie un siècle d’accumulation militaire pour conquérir des villages dont personne ne connaissait le nom il y a trois ans.
135 459 drones détruits et la guerre des robots
Le chiffre le plus vertigineux est peut-être celui des drones : 135 459 UAV opérationnels et tactiques détruits. La guerre en Ukraine est devenue la première guerre des drones de l’histoire à cette échelle. Des milliers d’appareils sont lancés chaque semaine par les deux camps. En une seule semaine de février, la Russie a déployé plus de 1 300 drones d’attaque, plus de 1 400 bombes aériennes guidées et 96 missiles de divers types.
C’est dans ce contexte que la frappe ukrainienne sur le centre de contrôle de drones près de Zlatopil prend tout son sens. Chaque centre de contrôle neutralisé, c’est des dizaines, voire des centaines de drones qui perdent leur opérateur. C’est un secteur du front où les soldats ukrainiens peuvent respirer pendant quelques heures. C’est des vies sauvées par une frappe de précision à des kilomètrès du front.
La contre-attaque de Houliaipole : l'Ukraine reprend l'initiative
100 kilomètrès carrés repris — le front bouge
Les frappes du 20 février ne se comprennent pas isolément. Elles s’inscrivent dans une dynamique opérationnelle plus large qui voit l’Ukraine reprendre l’initiative sur certains secteurs du front. Depuis le 6 février, les forces ukrainiennes ont lancé une contre-attaque dans la direction de Houliaipole, dans la région de Zaporijjia, qui a permis de reprendre plus de 100 kilomètrès carrés de territoire occupé.
Le ministère de la Défense britannique a confirmé ces gains territoriaux, notant également des avancées près de Verbove, à 14 kilomètres au sud-est de Pokrovske. Ce n’est pas une percée spectaculaire. Ce n’est pas la libération de Kherson. Mais c’est un signal : l’Ukraine n’est pas seulement capable de défendre. Elle est capable d’attaquer. De reprendre du terrain. De forcer l’ennemi à reculer.
Et pourtant, combien de médias occidentaux ont couvert cette contre-attaque ? Combien de manchettes ont salué ces 100 kilomètrès carrés reconquis ? Le récit dominant reste celui d’une Ukraine qui recule, qui souffre, qui supplie. La réalité est plus nuancée et plus admirable : une armée qui se bat sur un front de plus de 1 000 kilomètrès, qui encaisse des pertes, qui manque parfois de munitions, et qui trouve encore la force de contre-attaquer.
Les frappes en profondeur : préparer le terrain
Les frappes sur les postes de commandement et les dépôts sont intimement liées à cette capacité offensive. Avant de lancer une contre-attaque, il faut affaiblir l’ennemi. Désorganiser son commandement. Tarir ses approvisionnements. Créer des brèches dans sa capacité de réaction. C’est exactement ce que font les frappes en profondeur : elles préparent le terrain pour les opérations de surface.
La nuit du 20 au 21 février, les forces ukrainiennes ont également frappé deux patrouilleurs du Projet 22460 Okhotnik près d’Inkerman, en Crimée occupée, ainsi que deux avions amphibies Be-12 à l’usine de réparation aéronautique d’Ievpatoria. Ce n’est pas un hasard si ces frappes coïncident avec les opérations terrestrès : elles font partie d’une campagne intégrée qui combine frappes de précision et manoeuvres au sol.
La doctrine ukrainienne : l'art de frapper juste
Du bricolage à la maîtrise opérationnelle
En février 2022, quand la Russie a envahi l’Ukraine, les forces ukrainiennes disposaient de capacités de frappe en profondeur limitées. Quelques missiles balistiques Tochka-U vieillissants, des drones Bayraktar TB2 en nombre insuffisant. Trois ans plus tard, l’Ukraine a développé un arsenal qui frappe jusqu’en Crimée, jusqu’aux confins de la région de Louhansk, jusqu’aux ports de la mer Noire.
Cette transformation repose sur trois piliers. D’abord, le développement national : des drones maritimes qui ont révolutionné la guerre navale, des drones d’attaque à longue portée capables de frapper à des centaines de kilomètrès, des missiles de croisière de conception ukrainienne. Ensuite, les livraisons occidentales : HIMARS, Storm Shadow, SCALP, ATACMS. Enfin, le renseignement : la capacité de savoir précisément où frapper, acquise grâce à un réseau de capteurs terrestrès, aériens et spatiaux sans précédent.
Ce que l’Ukraine a accompli en matière de capacités de frappe en trois ans de guerre est tout simplement sans précédent dans l’histoire militaire moderne. Partir de presque rien et construire un arsenal capable de frapper avec précision sur tout le théâtre d’opérations — y compris la flotte ennemie — c’est la preuve que l’innovation née de la nécessité surpasse souvent les budgets militaires pharaoniques.
Le ciblage systématique : chaque frappe à un objectif stratégique
L’état-major ukrainien ne frappe pas pour le spectacle. Chaque cible est sélectionnée selon une logique stratégique rigoureuse. Les postes de commandement sont visés pour désorganiser la chaîne de commandement. Les dépôts logistiques sont frappés pour assécher les lignes d’approvisionnement. Les concentrations de troupes sont ciblées pour réduire le potentiel humain avant qu’il n’arrive au front. Les bases de réparation sont détruites pour empêcher la régénération du matériel endommagé.
C’est une approche que les stratèges militaires appellent l’interdiction : frapper l’ennemi non pas là où il combat, mais là où il se prépare à combattre. Couper les racines plutôt que tailler les branches. C’est une guerre de patience, d’intelligence, de précision. Et c’est une guerre que l’Ukraine est en train de maîtriser.
La réponse russe : bombarder les civils par impuissance militaire
1 300 drones, 1 400 bombes guidées, 96 missiles en une semaine
Pendant que l’Ukraine frappe des cibles militaires avec précision, la Russie poursuit sa campagne de terreur contre les populations civiles. En une seule semaine de février 2026, les forces russes ont lancé plus de 1 300 drones d’attaque, plus de 1 400 bombes aériennes guidées et 96 missiles contre le territoire ukrainien. Le 22 février seul, 33 missiles et 274 drones ont été utilisés dans une frappe massive.
Les cibles ? Des installations énergétiques. Des infrastructures civiles. Des zones résidentielles. Des 2 249 agglomérations et positions ont été pilonnées en une semaine. C’est la stratégie du désespoir : incapable de percer les lignes ukrainiennes sur le front, incapable de protéger ses propres postes de commandement, la Russie se venge sur les civils. Sur les hôpitaux. Sur les écoles. Sur les réseaux électriques qui chauffent les maisons en plein hiver.
Le contraste est saisissant et il est damnable. D’un côté, des frappes chirurgicales sur des cibles militaires légitimes. De l’autre, des bombardements massifs sur des populations civiles. D’un côté, la guerre. De l’autre, le crime de guerre. Et le monde regarde. Et le monde hésite encore à nommer les choses par leur nom.
L’asymétrie morale que personne ne peut ignorer
Il faut le dire clairement : il n’y a pas d’équivalence entre les deux belligérants. L’Ukraine frappe des postes de commandement militaires. La Russie frappe des centrales électriques en plein hiver. L’Ukraine cible des dépôts de munitions. La Russie cible des immeubles résidentiels. L’Ukraine vise la machine de guerre. La Russie vise les vies civiles.
Cette asymétrie n’est pas un détail. C’est le coeur moral de ce conflit. Quiconque prétend à la neutralité face à cette réalité ne fait pas preuve d’objectivité — il fait preuve de cécité volontaire. Et pourtant, dans les chancelleries occidentales, dans les studios de télévision, dans les tribunes des Nations unies, on continue de parler de ce conflit comme si les deux parties étaient interchangeables. Comme si bombarder un dépôt militaire et bombarder une maternité rélevaient de la même logique.
Les pertes russes par groupement : l'anatomie d'une armée qui s'épuise
Vostok, Tsentr, Zapad — chaque groupe saigne
Les chiffres hebdomadaires des pertes par groupement opérationnel russe pour la semaine du 14 au 20 février révèlent l’étendue de l’usure. Le groupe Vostok a perdu 2 415 soldats, 46 véhicules blindés et 80 véhicules. Le groupe Tsentr a perdu 2 220 soldats et 31 blindés. Le groupe Sever : 1 310 soldats. Le groupe Zapad : 1 115 soldats. Le groupe Youg : 1 015 soldats. Le groupe Dniepr : 230 soldats.
Au total, plus de 8 300 soldats russes perdus en une seule semaine. C’est l’équivalent d’une brigade entière anéantie tous les sept jours. C’est un rythme de pertes que même l’immense réservoir démographique russe ne peut soutenir indéfiniment. Les primes d’engagement astronomiques, le recrutement dans les prisons, l’importation de mercenaires nord-coréens — tout cela ne suffit plus à combler le gouffre.
Huit mille trois cents hommes en une semaine. Derrière chaque chiffre, une famille qui attend. Une mère qui scrute son téléphone. Un fils qui ne reviendra pas. Les frappes ukrainiennes sur les postes de commandement et les dépôts ne tuent pas seulement des soldats. Elles tuent aussi la capacité de Moscou à en envoyer d’autrès mourir au même endroit.
Le groupe Youg et les équipements OTAN détruits — la propagande en action
Un détail dans les chiffres russes mérite attention : le groupe Youg revendique la destruction de 26 véhicules blindés, dont 8 de fabrication OTAN. Cette précision n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un narratif que le Kremlin entretient soigneusement : celui d’une guerre contre l’OTAN plutôt que contre l’Ukraine. Chaque véhicule occidental détruit est exhibé comme la preuve que la Russie affronte l’ensemble de l’Occident.
C’est de la propagande, bien sûr. Mais c’est aussi un aveu. Un aveu que sans l’aide occidentale, cette guerre serait terminée depuis longtemps. Un aveu que les HIMARS, les Bradley, les Leopard font la différence sur le terrain. Un aveu que le soutien occidental à l’Ukraine n’est pas un gaspillage — c’est un investissement dans la sécurité de tout le continent européen. Et pourtant, même le groupe Dniepr revendique la destruction d’un HIMARS. Vrai où faux, le message est le même : la Russie veut que le monde sache qu’elle détruit les armes occidentales.
Les frappes dans le contexte de la guerre longue
Jour 1 093 : l’attrition comme stratégie
Nous sommes au jour 1 093 de l’invasion à grande échelle. Mille quatre-vingt-treize jours. Trois ans. L’Ukraine ne s’est pas effondrée en trois jours comme le prédisait le Kremlin. Elle ne s’est pas rendue en trois semaines comme le craignaient certains analystes occidentaux. Elle ne s’est pas essoufflée en trois ans comme l’espéraient les partisans de la fatigue de guerre.
Au contraire. Trois ans après le début de l’invasion, l’Ukraine frappe plus loin, plus fort et plus précisément qu’elle ne l’a jamais fait. Les frappes du 20 février sur huit cibles dans quatre régions en sont la démonstration éclatante. La guerre d’attrition que le Kremlin pensait gagner grâce à sa supériorité numérique se retourne contre lui. Car l’attrition ne favorise pas celui qui à le plus d’hommes. Elle favorise celui qui les utilise le mieux.
Trois ans. Mille quatre-vingt-treize jours. Et l’Ukraine frappe encore. Plus fort qu’au premier jour. Avec plus de précision. Avec plus de détermination. Il y a dans cette persévérance quelque chose qui dépasse la stratégie militaire. C’est de la résistance au sens le plus noble du terme. Le refus de disparaître. Le refus de se soumettre. Le refus de mourir en silence.
La logique des frappes cumulatives
Chaque frappe individuelle peut sembler modeste. Un dépôt ici. Un poste de commandement là. Une concentration de troupes ailleurs. Mais c’est l’accumulation qui fait la différence. Des centaines de frappes de ce type, menées nuit après nuit, semaine après semaine, créent un effet d’érosion qui mine progrèssivement la capacité opérationnelle russe. C’est la goutte d’eau qui finit par fissurer la pierre.
L’état-major ukrainien l’a compris : dans une guerre d’attrition, la victoire ne vient pas d’une bataille décisive. Elle vient de la capacité à infliger des pertes plus vite que l’ennemi ne peut les remplacer. Avec 8 300 soldats perdus par semaine, 37 319 systèmes d’artillerie détruits au total, et des dépôts logistiques qui explosent jusqu’en Crimée, la Russie est engagée dans une course qu’elle est en train de perdre.
Les implications stratégiques : ce que ces frappes changent
La désorganisation du commandement russe
Les frappes sur les postes de commandement ont des conséquences qui dépassent la simple élimination de quelques officiers. Dans l’armée russe, la destruction d’un poste de commandement de niveau régimentaire où divisionnaire paralyse toute la chaîne décisionnelle en aval. Les bataillons perdent leur coordination. Les batteries d’artillerie perdent leur direction de tir. Les mouvements tactiques s’arrêtent en attendant que de nouveaux ordres descendent d’une chaîne de commandement reconstituée à la hâte.
C’est pourquoi l’Ukraine vise systématiquement ces noeuds de commandement. Pas seulement pour tuer des officiers — bien que la perte d’officiers expérimentés soit un problème croissant pour la Russie –, mais pour paralyser des secteurs entiers du front pendant les heures critiques où les forces ukrainiennes mènent leurs propres opérations. La frappe du poste de commandement-observation de Lioubymivka en est l’illustration parfaite : neutraliser l’observation, c’est aveugler l’artillerie, c’est libérer du terrain pour la manoeuvre.
Et pourtant, malgré cette vulnérabilité connue, le commandement russe continue de regrouper ses officiers dans des bâtiments identifiables, avec des antennes qui trahissent leur position et des véhicules de commandement garés devant. C’est le syndrome de l’armée qui n’apprend pas. Qui répète les mêmes erreurs parce que sa culture institutionnelle interdit de remettre en question les méthodes du supérieur. Même quand le supérieur précédent a disparu dans l’explosion de son propre poste de commandement.
L’asphyxie logistique progrèssive
La destruction simultanée de dépôts en Crimée, à Louhansk, à Zaporijjia et à Kherson illustre une stratégie d’asphyxie logistique sur plusieurs axes. L’armée russe dépend de lignes de ravitaillement qui convergent depuis la Russie vers les différents secteurs du front. Chaque dépôt détruit force une réorganisation des flux logistiques, crée des goulots d’étranglement, rallonge les délais de livraison.
Les conséquences sont concrètes : des unités au front qui manquent de munitions au moment critique. Des véhicules immobilisés faute de pièces de réchange. Des soldats qui reçoivent leurs rations avec retard. Une armée qui fonctionne à 80 % de ses capacités est encore dangereuse. Mais une armée qui fonctionne à 60 % commence à craquer. Et chaque dépôt qui brûle rapproche la Russie de ce seuil.
Le courage silencieux des Forces de défense ukrainiennes
Les frappes du 20 février n’ont pas fait la une des journaux occidentaux. Elles n’ont pas provoqué de sessions extraordinaires au Conseil de sécurité des Nations unies. Elles n’ont pas suscité de tweets présidentiels. Et pourtant, elles représentent un fait d’armes remarquable : la capacité d’une armée en guerre depuis trois ans de mener des opérations coordonnées sur quatre régions simultanément, avec une précision qui minimise les dommages collatéraux et maximise l’impact militaire.
Derrière ces frappes, il y à des équipages de drones qui opèrent dans des conditions de danger permanent. Des analystes du renseignement qui travaillent sans relâche pour identifier les cibles. Des officiers d’état-major qui planifient chaque opération avec la rigueur d’une horlogerie. Des techniciens qui maintiennent des systèmes d’armes complexes dans des conditions de terrain hostiles. Tout cela sans la reconnaissance médiatique que ces exploits mériteraient.
L’urgence du soutien occidental
Ces frappes de précision ne sont possibles que grâce à un écosystème de soutien qui inclut le renseignement satellitaire, les munitions guidées, les systèmes de communication et la formation fournis par les partenaires occidentaux. Chaque HIMARS livré, chaque lot de munitions expédié, chaque session de formation dispensée contribue directement à la capacité de l’Ukraine de mener ce type d’opérations.
C’est pourquoi chaque hésitation, chaque retard, chaque débat sur l’opportunité d’aider l’Ukraine à un coût humain direct. Chaque mois de retard dans la livraison de munitions, c’est des postes de commandement qui restent debout. Des dépôts qui continuent de fonctionner. Des soldats russes qui arrivent au front frais et équipés. C’est la guerre qui dure plus longtemps. Et ce sont des vies — ukrainiennes et russes — qui sont perdues inutilement.
Conclusion : Les frappes qui écrivent l'histoire dans le silence
La guerre se gagne aussi dans l’ombre
Huit cibles. Quatre régions. Une nuit. Les frappes du 20 février 2026 ne seront probablement pas retenues comme un moment décisif de cette guerre. Pas de spectaculaire explosion filmée par un drone. Pas de discours triomphant d’un général. Pas de manchette en lettrès géantes. Juste un communiqué de l’état-major, sec et factuel, qui énumère des coordonnées et des types de cibles.
Mais c’est précisément dans cette discrétion que réside la force de ces opérations. La guerre ne se gagne pas uniquement dans les batailles spectaculaires. Elle se gagne aussi dans ces frappes méthodiques, nuit après nuit, qui érodent la capacité de l’ennemi à combattre. Elle se gagne dans la patience. Dans la précision. Dans l’intelligence opérationnelle. L’Ukraine l’a compris. Et elle l’applique avec une maîtrise qui devrait forcer le respect de tous ceux qui prétendent analyser cette guerre.
L’histoire retiendra les grandes batailles. Les libérations spectaculaires. Les tournants stratégiques. Mais l’histoire devrait aussi retenir ces nuits silencieuses où des opérateurs ukrainiens, devant leurs écrans, guidaient des frappes de précision sur des cibles que personne ne verrait jamais exploser à la télévision. Ces nuits où la guerre se gagnait une frappe à la fois. Ces nuits où le courage ne faisait pas de bruit.
La question qui reste
Au jour 1 093, l’Ukraine a prouvé qu’elle pouvait tenir. Qu’elle pouvait frapper. Qu’elle pouvait reprendre du terrain. Qu’elle pouvait faire trembler la Crimée et vider les dépôts de l’ennemi. La question n’est plus de savoir si l’Ukraine peut survivre. La question est de savoir combien de temps le monde va encore la laisser se battre seule contre la machine de guerre la plus destructrice du XXIe siècle.
Maintenant, vous savez. Huit cibles. Quatre régions. Une nuit de frappes qui ne feront pas la une. Mais qui rapprochent l’Ukraine, un dépôt à la fois, un poste de commandement à la fois, d’une victoire que personne ne lui donnera — et qu’elle ira chercher elle-même.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
GlobalSecurity.org — Russo-Ukraine War, 20 February 2026
Sources secondaires
Mezha Media — Russian Military Losses in Ukraine Reach Over 1.25 Million as of February 2026
Mezha Media — Ukraine Frontline Report Highlights 175 Clashes and Heavy Russian Losses
Institute for the Study of War — Russian Offensive Campaign Assessment, February 21, 2026
Online.ua — Defense forces struck various command posts of the Russian army
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