Huliaipole, l’épicentre de la reconquête
Le secteur de Huliaipole, dans la région de Zaporizhzhia, est devenu l’épicentre de cette contre-offensive ukrainienne. C’est là que le général Oleksandr Syrskyi, commandant en chef des forces armées ukrainiennes, a confirmé dès le 6 février 2026 le lancement d’opérations de contre-attaque. Le choix de ce secteur n’est pas anodin. La Russie y avait progrèssé méthodiquement depuis l’été 2025, grignotant village après village dans une guerre d’usure qui semblait tourner en sa faveur.
L’axe principal des avancées ukrainiennes se situe à environ 80 kilomètrès à l’est de la ville de Zaporizhzhia, précisément dans la zone où les forces russes avaient accumulé leurs gains les plus significatifs. L’axe d’Oleksandrivka a été particulièrement actif, avec des combats intenses mais des opérations ukrainiennes que Zelensky lui-même qualifie d’« efficaces ». Le commandant Syrskyi s’est rendu sur place, dans les postes de commandement avancés. Pas depuis un bureau à Kyiv. Sur le terrain. Ce détail compte.
Quand un commandant en chef se déplace sur la ligne de front pour superviser une opération, cela signifie deux choses. Premièrement, l’opération est suffisamment importante pour justifier le risque. Deuxièmement, il veut voir de ses propres yeux ce que ses soldats accomplissent. Les deux messages sont puissants.
La progrèssion : semaine après semaine
La chronologie de cette contre-offensive raconte une histoire de montée en puissance méthodique. Les premiers rapports du renseignement britannique faisaient état de 100 kilomètrès carrés repris dans les premiers jours. Puis les chiffres ont grimpé. 200 kilomètrès carrés mi-février, dans ce que les analystes ont qualifié de « l’avancée la plus rapide depuis 2023 ». Et maintenant, 300. En quelques semaines, l’Ukraine a effacé des mois de progrèssion russe. Des mois qui avaient coûté à la Russie des milliers de soldats et des quantités astronomiques de matériel.
Pour comprendre l’ampleur de ce renversement, il faut se souvenir de ce que la Russie avait conquis. Entre décembre 2025 et janvier 2026, les forces russes avaient capturé environ 450 kilomètrès carrés dans cette zone. L’Ukraine en a maintenant repris plus de la moitié. Et pourtant, la Russie dispose de plus de 700 000 soldats sur le front ukrainien. Son taux d’avancée moyen était d’environ 200 kilomètrès carrés par mois, au prix d’un soldat perdu tous les cinq mètres. Ce ratio est obscène. Et il vient de se retourner contre elle.
Starlink : quand la technologie change de camp
L’arme secrète que Moscou n’avait pas vue venir
Derrière les 300 kilomètrès carrés repris, il y à une histoire de guerre technologique qui restera dans les manuels militaires. Depuis le début de février 2026, les terminaux Starlink utilisés par les forces russes ont été désactivés. SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, a coupé l’accès aux terminaux que Moscou avait acquis illégalement et utilisait pour coordonner ses opérations militaires, notamment pour piloter des drones d’attaque capables de frapper plus profondément en territoire ukrainien.
Les chiffres sont accablants. Les forces cyber ukrainiennes ont collecté 2 420 paquets de données liés aux terminaux utilisés par les Russes. L’opération était d’une ingéniosité remarquable : les services ukrainiens se sont fait passer pour un service d’activation lié à la Russie, récoltant des informations cruciales. Les terminaux identifiés ont été transférés en « mode brique » — désactivés de manière permanente. Les forces ukrainiennes ont même récupéré 5 000 euros de soldats russes qui cherchaient à restaurer leur connectivité. Et 31 individus ukrainiens soupçonnés d’avoir aidé les forces russes à obtenir des terminaux ont été signalés au SBU, le service de sécurité ukrainien.
Il y à une ironie cruelle dans cette histoire. La Russie, qui se présente comme une superpuissance technologique, dépendait secrètement de la technologie d’un milliardaire américain pour faire la guerre. Et quand cette technologie lui a été retirée, ses lignes se sont effondrées. La dépendance était totale. L’effondrement a été proportionnel.
L’effondrement des communications russes
L’impact de la coupure Starlink a été dévastateur pour les forces russes. Les assauts d’infanterie russes ont chuté de 20 à 30 % après la perte d’accès aux terminaux. La perte de Starlink s’est combinée avec des perturbations de Telegram, l’application de messagerie que l’armée russe utilisait comme outil de coordination tactique — un choix qui en dit long sur l’état de ses systèmes de communication militaires officiels.
Les blogueurs militaires russes eux-mêmes ont reconnu la gravité de la situation. Ils ont confirmé les contre-attaques ukrainiennes au nord et au nord-ouest de Huliaipole, tout en admettant que « la situation sur le terrain est floue en raison de la dégradation des communications russes en première ligne ». Quand vos propres commentateurs admettent qu’ils ne savent plus ce qui se passe sur le front, c’est que la désorganisation est profonde. Zelensky l’a résumé avec justesse : les problèmes rencontrés par la Russie sont « beaucoup plus graves » que ceux subis par l’Ukraine.
Le prix de chaque mètre : la réalité derrière les chiffres
Ce que 300 kilomètrès carrés signifient en vies humaines
Il serait tentant de célébrer ces 300 kilomètrès carrés comme une victoire abstraite, un chiffre sur une carte. Mais chaque mètre de ce territoire a été repris par des hommes et des femmes qui risquent leur vie à chaque seconde. L’Ukraine ne publie pas ses pertes. Mais la réalité de la guerre de tranchées dans le sud de Zaporizhzhia est connue. C’est une guerre de positions, de combats rapprochés, d’artillerie constante. Chaque village repris est une bataille. Chaque route sécurisée, un risque de mines et de pièges.
Zelensky lui-même l’a reconnu avec honnêteté : « Il y à des problèmes, il y à des défis. » Cette phrase, dans la bouche d’un président qui annonce une victoire militaire significative, est plus éloquente que n’importe quel discours triomphant. Elle dit que le coût est réel. Que la souffrance continue. Que la guerre ne se gagne pas avec des communiqués de presse, mais avec le sang, la sueur et le courage de ceux qui sont au front. Et pourtant, malgré ces défis, malgré ces pertes, les forces ukrainiennes avancent. Ce n’est pas de l’héroïsme de cinéma. C’est de la détermination pure.
On parle de 300 kilomètrès carrés comme on parlerait d’un score dans un match. Mais derrière chaque kilomètre, il y à un soldat qui a avancé sous le feu. Un infirmier qui a rampé jusqu’à un blessé. Un commandant qui a pris une décision en sachant qu’elle coûterait des vies. Ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont des cicatrices.
La disproportion des forces
Ce qui rend cette contre-offensive encore plus remarquable, c’est la disproportion des forces en présence. La Russie aligne plus de 700 000 soldats sur le front ukrainien. Son armée est la plus grande d’Europe. Ses réserves de matériel, bien qu’entamées, restent considérables. Face à elle, l’Ukraine se bat avec des effectifs nettement inférieurs, une dépendance aux livraisons d’armes occidentales qui sont soumises aux aléas politiques, et une fatigue de guerre qui pèse sur l’ensemble de la société.
Et pourtant. L’Ukraine avance. Non pas parce qu’elle a plus de soldats, plus de chars, plus de missiles. Mais parce qu’elle se bat pour sa terre. Parce que chaque soldat ukrainien sait exactement pourquoi il est là. Parce que la motivation d’un défenseur sera toujours supérieure à celle d’un envahisseur. La Russie perd un soldat tous les cinq mètrès d’avancée. Ce ratio raconte à lui seul l’histoire de cette guerre. Il dit que Moscou achète du territoire avec des cadavres. Et que même ce prix obscène ne suffit plus.
La guerre de l'information : ce que dit vraiment Zelensky
« On ne peut pas dire qu’on perd la guerre »
Dans son interview à l’AFP, Zelensky a prononcé une phrase qui mérite une analyse approfondie : « On ne peut pas dire qu’on perd la guerre. Honnêtement, on ne la perd définitivement pas. La question est de savoir si nous allons la gagner. » Cette formulation est d’une précision diplomatique redoutable. Elle ne promet pas la victoire. Elle refuse la défaite. Elle place le débat exactement là où il doit être : non pas sur la capacité de l’Ukraine à survivre — c’est acquis — mais sur sa capacité à l’emporter.
Cette distinction est fondamentale dans le contexte actuel. Les États-Unis et la Russie ont tous deux évoqué un cessez-le-feu qui impliquerait le retrait ukrainien du Donbas. C’est-à-dire que les deux puissances demandent à l’Ukraine de céder le territoire pour lequel ses soldats meurent chaque jour. Et Zelensky, au moment précis où cette pression atteint son paroxysme, répond avec 300 kilomètrès carrés repris. Le message est limpide : l’Ukraine ne cède pas de territoire. Elle en reprend.
Il y a dans cette réponse une forme de génie stratégique. Quand le monde vous demande de reculer, vous avancez. Quand on vous dit que la guerre est perdue, vous libérez 300 kilomètrès carrés. Les faits militaires parlent plus fort que les pressions diplomatiques. Et Zelensky le sait.
Le message aux alliés hésitants
Zelensky a ajouté une autre phrase cruciale : « C’est une question très coûteuse. » En parlant de la victoire, il rappelle à ses alliés que le prix de la liberté ukrainienne se paie en vies humaines, et que ce prix pourrait être réduit si le soutien occidental était plus constant, plus rapide, plus déterminé. Chaque hésitation à Washington, chaque retard de livraison d’armes à Berlin, chaque calcul politique à Paris se traduit en morts supplémentaires sur le front.
Le président ukrainien a également exprimé un souhait qui en dit long sur l’état des garanties de sécurité : « Nous aimerions voir le contingent plus près de la ligne de front. » Il parle du déploiement de troupes européennes comme garantie de sécurité. Pas dans les bureaux de Bruxelles. Près du front. C’est une demande directe, presque brutale dans sa franchise. Elle dit : si vous voulez la paix, venez la défendre. Pas avec des mots. Avec votre présence.
La stratégie russe en miettes : l'offensive d'été 2026 compromise
Les plans de Moscou déjoués
La contre-offensive ukrainienne dans le sud ne se contente pas de reprendre du terrain. Elle sabote directement les plans stratégiques russes. Selon des sources de renseignement, le commandement militaire russe préparait une offensive majeure pour l’été 2026, avec deux axes principaux : Sloviansk-Kramatorsk dans le Donbas, et Orikhiv-Zaporizhzhia dans le sud. Pour lancer cette offensive, la Russie avait besoin de positions de départ spécifiques. Des positions qu’elle avait passé des mois à conquérir.
L’Ukraine vient de lui reprendre une partie significative de ces positions. Les analystes militaires notent que Moscou « peine à saisir les positions de départ nécessaires » pour respecter son calendrier opérationnel. En d’autrès termes, l’offensive d’été 2026 que la Russie planifiait depuis des mois est désormais compromise. Pas annulée — la Russie dispose encore de ressources considérables — mais retardée, compliquée, rendue plus coûteuse. Et dans une guerre d’usure, chaque retard compte. Chaque mois gagné est un mois où l’industrie de défense ukrainienne se renforcé, où les livraisons d’armes arrivent, où la formation des nouvelles recrues se poursuit.
La Russie planifie. L’Ukraine agit. C’est peut-être la meilleure façon de résumer cette phase de la guerre. Pendant que les généraux russes dessinaient des flèches sur leurs cartes pour une offensive estivale, les soldats ukrainiens étaient déjà en train de reprendre le terrain que ces flèches devaient traverser.
L’échec structurel de l’armée russe
Les chiffres de la guerre racontent une histoire que le Kremlin préférerait oublier. Après quatre ans de guerre, la Russie n’a toujours pas conquis l’intégralité de la région de Donetsk, un de ses objectifs déclarés depuis 2022. La ville de Chasiv Yar, que la Russie tente de prendre, résiste depuis plus de 20 mois. L’avancée russe se fait au prix d’un soldat perdu tous les cinq mètres. Ce n’est pas une armée qui avance. C’est une armée qui saigne.
Et pourtant, la propagande russe continue de présenter la situation comme une série de victoires. Les cartes officielles montrent des gains territoriaux. Les discours de Poutine parlent de « progrès constants ». Mais les blogueurs militaires russes, ceux qui sont en contact avec les soldats sur le terrain, racontent une tout autre histoire. Ils parlent de communications coupées, de lignes qui s’effondrent, de pertes massives pour des gains minuscules. La vérité du terrain contredit systématiquement la vérité du Kremlin.
L'opération cyber : la guerre invisible qui a tout changé
L’infiltration des réseaux russes
L’histoire de la désactivation des terminaux Starlink russes mérite d’être racontée en détail, parce qu’elle illustre une dimension de cette guerre que le grand public ignore trop souvent. Les forces cyber ukrainiennes ont mené une opération d’une sophistication remarquable. Elles se sont fait passer pour un service d’activation lié aux réseaux russes, attirant les soldats de Moscou qui cherchaient à obtenir où restaurer leur accès Starlink. C’est une opération d’ingénierie sociale digne des meilleurs services de renseignement au monde.
Les 2 420 paquets de données collectés ont permis d’identifier les terminaux utilisés par les forces russes et de les transférer en « mode brique ». L’expression est parlante : le terminal devient un objet inerte, inutile, un morceau de plastique et de métal sans fonction. Pour une armée qui avait intégré Starlink dans sa doctrine opérationnelle — coordination des unités, pilotage des drones d’attaque, communication en temps réel — cette perte a été l’équivalent d’une cécité soudaine sur le champ de bataille.
La guerre moderne se gagne aussi dans l’invisible. Pendant que les chars avancent et que l’artillerie tonne, des opérateurs cyber travaillent dans l’ombre pour couper les yeux et les oreilles de l’ennemi. L’Ukraine a compris cela mieux que quiconque. Et le résultat est sur la carte : 300 kilomètrès carrés.
La complicité involontaire de SpaceX
SpaceX a déclaré officiellement ne faire « aucune affaire d’aucune sorte avec le gouvernement russe où son armée ». C’est techniquement vrai. Mais la réalité est plus nuancée. Les terminaux Starlink arrivaient aux forces russes via des intermédiaires, des réseaux de contrebande, des individus qui les achetaient dans des pays tiers et les revendaient à l’armée russe. Ce commerce existait depuis des mois. Les forces ukrainiennes avaient documenté « des centaines » d’attaques menées par des drones équipés de Starlink contre des positions ukrainiennes.
La question qui se pose est celle du délai. Pourquoi a-t-il fallu aussi longtemps pour agir? Les preuves s’accumulaient depuis des mois. Les drones russes équipés de Starlink frappaient des positions ukrainiennes avec une précision accrue. Et pourtant, ce n’est qu’en février 2026 que les terminaux ont été désactivés. Ce retard à un coût. Un coût qui se mesure en vies ukrainiennes perdues entre le moment où le problème a été identifié et le moment où il a été résolu.
Le contexte diplomatique : l'Ukraine prise en étau
La pression américano-russe
La contre-offensive ukrainienne dans le sud ne se déroule pas dans un vide diplomatique. Elle survient dans un contexte où les États-Unis et la Russie se sont rapprochés autour d’une idée qui glace le sang à Kyiv : un cessez-le-feu qui impliquerait le retrait ukrainien du Donbas. Les deux puissances, l’agresseur et celui qui se présentait comme le protecteur, demandent à la victime de céder son territoire.
C’est dans ce contexte que les 300 kilomètrès carrés prennent leur pleine signification. Ce n’est pas seulement une victoire militaire. C’est un message politique. Zelensky dit au monde : vous ne pouvez pas nous demander de céder un territoire que nous sommes en train de reprendre. Vous ne pouvez pas prétendre que la guerre est perdue quand nos soldats avancent. Vous ne pouvez pas négocier notre terre sans notre consentement. Et pourtant, c’est exactement ce que certains tentent de faire.
À quel moment la diplomatie internationale a-t-elle décidé que c’était à la victime de faire des concessions à l’agresseur? À quel moment « négocier la paix » est devenu synonyme de « récompenser l’invasion »? Ces 300 kilomètrès carrés sont la réponse de l’Ukraine à cette logique perverse. Une réponse inscrite dans la terre, pas dans un communiqué.
L’Europe entre deux chaises
L’Europe, de son côté, se retrouve dans une position inconfortable. Les livraisons d’armes continuent, mais à un rythme que Kyiv juge insuffisant. Les déclarations de soutien se multiplient, mais les actes ne suivent pas toujours. Zelensky demande des troupes européennes déployées « plus près de la ligne de front » comme garantie de sécurité. La demande est claire. La réponse, pour l’instant, reste floue.
L’ironie est cruelle. L’Ukraine se bat non seulement contre la Russie, mais aussi contre l’indécision de ses propres alliés. Elle doit prouver, encore et encore, qu’elle mérite le soutien qu’on lui promet. Chaque victoire militaire est aussi un argument dans un plaidoyer permanent auprès de capitales occidentales qui calculent, qui hésitent, qui pondèrent le coût du soutien contre le coût de l’abandon. 300 kilomètrès carrés, c’est l’argument le plus puissant que l’Ukraine pouvait avancer. La preuve par les faits que l’investissement dans la défense ukrainienne produit des résultats.
Les précédents : une armée qui a appris à contre-attaquer
De Dobropillia à Huliaipole
La contre-offensive dans le sud de Zaporizhzhia n’est pas un coup isolé. Elle s’inscrit dans un pattern que les forces ukrainiennes ont développé et perfectionné. En 2025, l’opération de Dobropillia avait permis de libérer environ 170 kilomètrès carrés en quelques semaines. Dans la région de Kupiansk, plus de 100 kilomètrès carrés avaient été reconquis entre septembre et décembre 2025.
Chaque opération a été un laboratoire. Les forces ukrainiennes ont appris de chaque contre-attaque, affinant leurs tactiques, améliorant leur coordination, exploitant les faiblessés de l’ennemi avec une précision croissante. La contre-offensive actuelle est le résultat de cet apprentissage. Elle est plus rapide que les précédentes — les analystes la qualifient de « l’avancée la plus rapide depuis 2023 » — et plus étendue. C’est une armée qui apprend en combattant, qui s’adapte en temps réel, qui transforme chaque leçon en avantage tactique.
Les armées occidentales étudient la doctrine militaire dans des écoles de guerre. L’Ukraine écrit la sienne sur le champ de bataille. Et le chapitre sur la contre-offensive de Zaporizhzhia sera étudié pendant des décennies.
L’évolution tactique ukrainienne
Ce qui distingue cette contre-offensive des précédentes, c’est l’intégration des capacités. L’Ukraine ne se contente plus de lancer des assauts d’infanterie. Elle combine la guerre cyber (désactivation des Starlink russes), la guerre électronique (perturbation des communications), l’artillerie de précision, les drones, et les opérations d’infanterie dans une approche que les militaires appellent la « guerre multi-domaine ». C’est exactement ce que l’OTAN enseigne dans ses doctrines. Sauf que l’Ukraine le fait sous le feu, avec des moyens limités, contre un ennemi numériquement supérieur.
La désactivation de Starlink a créé une fenêtre d’opportunité. Les forces ukrainiennes l’ont exploitée immédiatement. Ce n’est pas un hasard. C’est de la planification. La coupure des communications russes et le lancement de la contre-offensive sont synchronisés. C’est le signe d’un état-major qui pense à plusieurs coups d’avance, qui prépare le terrain avant de frapper, qui exploite chaque avantage avec une efficacité maximale.
La réaction russe : entre déni et panique
Le silence du Kremlin
La réaction officielle de Moscou à la perte de 300 kilomètrès carrés est révélatrice : le silence. Pas de communiqué officiel reconnaissant les pertes territoriales. Pas de conférence de presse du ministère de la Défense expliquant ce qui s’est passé. Juste le silence. Et ce silence est plus éloquent que n’importe quel discours. Il dit que le Kremlin ne sait pas comment présenter cette défaite à sa population. Il dit que la narrative de la « victoire inévitable » que la propagande russe martèle depuis quatre ans vient de prendre un coup sérieux.
Les blogueurs militaires russes, eux, sont moins discrets. Certains ont exprimé leur surprise face à l’annonce de Zelensky. Même Mariana Bezuglya, députée ukrainienne habituellement critique envers le commandement militaire ukrainien, a été « surprise » par l’ampleur des gains annoncés. Quand les critiques des deux camps sont étonnés par le même chiffre, c’est que ce chiffre a du poids. Les 300 kilomètrès carrés ne sont pas de la propagande. Ce sont des faits cartographiques.
Le silence du Kremlin face aux 300 kilomètrès carrés perdus contraste avec les fanfares qui accompagnent la moindre maison capturée par l’armée russe. Cette asymétrie dans la communication dit tout ce qu’il y a à savoir sur la réalité du terrain versus la réalité du discours officiel russe.
La crise de commandement
La perte de communications fiables a révélé une faiblessé structurelle de l’armée russe que les analystes soupçonnaient depuis longtemps : sa dépendance excèssive aux outils de communication civils. Une armée moderne qui dépend de Starlink et de Telegram pour coordonner ses opérations n’est pas une armée moderne. C’est une armée qui a bricolé des solutions de fortune pour compenser l’absence de systèmes militaires fiables.
Quand ces solutions de fortune ont disparu, l’armée russe s’est retrouvée dans une situation que les manuels militaires décrivent comme le « brouillard de guerre » — mais un brouillard auto-infligé. Les unités ne savaient plus ce que faisaient leurs voisines. Les ordres ne descendaient plus. Les renforts ne savaient pas où aller. Et les forces ukrainiennes, elles, savaient exactement où frapper. Le résultat est inscrit sur la carte. 300 kilomètrès carrés.
Ce que signifient ces 300 km2 pour l'avenir de la guerre
Un tournant psychologique
Au-delà de sa valeur militaire, la reprise de 300 kilomètrès carrés à une valeur psychologique immense. Pour les soldats ukrainiens au front, c’est la preuve que la contre-attaque est possible. Que la guerre n’est pas un mouvement inexorable vers la défaite. Que l’initiative peut changer de camp. Dans une guerre d’usure où le moral est aussi important que les munitions, ce message vaut de l’or.
Pour la société ukrainienne, fatiguée par quatre ans de guerre, ces 300 kilomètrès carrés sont un souffle. Un rappel que les sacrifices ne sont pas vains. Que chaque fils, chaque père, chaque frère envoyé au front ne se bat pas pour rien. Que la terre ukrainienne peut être reprise. Pas demain. Pas dans un hypothétique accord de paix. Maintenant. Par ceux qui la défendent. Et pourtant, cette victoire ne doit pas masquer la réalité : la guerre continue, les pertes s’accumulent, et le chemin vers une paix juste reste long et incertain.
Un peuple qui reprend sa terre, mètre par mètre, contre un envahisseur qui dispose de ressources supérieures — c’est une histoire aussi vieille que l’humanité. Et à chaque fois, c’est la même leçon : on ne conquiert pas durablement un peuple qui refuse de se soumettre. La Russie l’apprend à ses dépens. Le monde devrait en prendre note.
Les scénarios pour les mois à venir
La question qui se pose maintenant est celle de la durabilité de ces gains. L’Ukraine peut-elle maintenir sa contre-offensive? Peut-elle l’élargir? Ou la Russie va-t-elle concentrer ses forces pour reprendre le terrain perdu? Les réponses dépendent de plusieurs facteurs. Le premier est le soutien occidental : si les livraisons d’armes et de munitions se maintiennent, l’Ukraine pourra consolider ses gains et potentiellement les étendre. Si elles faiblissent, la fenêtre d’opportunité se refermera.
Le second facteur est la capacité russe de récupération. Moscou va-t-elle trouver des alternatives à Starlink? Ses systèmes de communication militaires peuvent-ils compenser la perte? Son industrie de défense peut-elle remplacer les équipements perdus? Le troisième facteur est le moral. Côté ukrainien, la victoire galvanise. Côté russe, la défaite démoralise. Mais la Russie a montré par le passé sa capacité à absorber des revers et à revenir. La prudence reste de mise.
Le silence des capitales : quand le monde regarde ailleurs
L’indifférence qui tue
Pendant que les soldats ukrainiens reprenaient 300 kilomètrès carrés dans le sud, que faisaient les capitales occidentales? Elles discutaient. De budgets. De livraisons. De calendriers. De conditions. L’urgence du front ne se traduit pas en urgence politique. Il y à un décalage temporel entre le rythme de la guerre et le rythme de la diplomatie qui coûte des vies chaque jour.
Zelensky le sait. C’est pourquoi il multiplie les messages. Chaque victoire est un rappel. Chaque chiffre est un argument. 300 kilomètrès carrés, c’est la preuve que l’investissement dans la défense ukrainienne fonctionne. Que les armes livrées sont utilisées efficacement. Que chaque euro dépensé dans le soutien à l’Ukraine produit des résultats concrets, mesurables, cartographiables. Mais est-ce que ce message sera entendu? Ou sera-t-il noyé dans le bruit de la lassitude et du calcul politique?
Quatre ans de guerre. Quatre ans de promesses. Quatre ans de « nous sommes avec l’Ukraine ». Et à chaque fois qu’il faut passer des paroles aux actes, le silence s’installe. Les soldats ukrainiens, eux, n’ont pas le luxe du silence. Ils avancent où ils meurent.
La mémoire courte de l’Occident
Il y à une maladie qui frappe les démocraties occidentales face à cette guerre : la fatigue. Pas la fatigue des soldats qui se battent. La fatigue de ceux qui regardent. La fatigue du spectateur qui finit par changer de chaîne. Après quatre ans, la guerre en Ukraine n’est plus en première page. Les 300 kilomètrès carrés repris font l’objet de quelques articles, puis le cycle de l’information passe à autre chose.
Mais la guerre, elle, ne passe pas à autre chose. Les bombes continuent de tomber. Les soldats continuent de mourir. Les civils continuent de fuir. Et chaque jour d’indifférence occidentale est un jour où la Russie se renforcé, se réorganise, prépare sa prochaine offensive. La lassitude de l’Occident est le meilleur allié de Poutine. Il le sait. Il compte dessus. Et chaque fois que nous détournons le regard, nous lui donnons raison.
Conclusion : 300 kilomètrès carrés de vérité
Ce que dit la terre reprise
300 kilomètrès carrés. Ce chiffre restera dans l’histoire de cette guerre comme un point de bascule. Non pas parce qu’il change fondamentalement l’équilibre des forces — la guerre est loin d’être terminée. Mais parce qu’il prouve quelque chose que certains avaient commencé à oublier : l’Ukraine peut reprendre son territoire. Pas dans un hypothétique accord de paix. Pas grâce à la générosité des grandes puissances. Par la force de ses armes, le courage de ses soldats, et l’intelligence de ses stratèges.
Zelensky a posé ce chiffre sur la table avec la sobriété d’un homme qui sait que la guerre ne se gagne pas avec des discours. « 300 kilomètrès carrés ont été libérés. » Point. Pas de fanfare. Pas de triomphalisme. Juste un fait. Et ce fait dit au monde que l’Ukraine est debout. Qu’elle se bat. Qu’elle avance. Que la pression diplomatique pour la forcer à céder son territoire se heurte à une réalité militaire qui la contredit.
Maintenant, vous savez. Vous savez que pendant que les diplomates discutent de combien de territoire ukrainien offrir à la Russie, des soldats reprennent ce territoire au prix de leur sang. Vous savez que 300 kilomètrès carrés ne sont pas un chiffre abstrait, mais la somme de milliers d’actes de courage. La question, maintenant, c’est ce que vous allez en faire. Car le silence aussi est un choix. Et dans cette guerre, le silence à un coût.
Le dernier mot
Quelque part dans la boue de Zaporizhzhia, un soldat ukrainien plante un drapeau sur une position reprise. Il ne sait pas que son combat fait l’objet d’analyses géopolitiques. Il ne sait pas que des diplomates discutent de son territoire dans des salles climatisées. Il sait juste que ce morceau de terre est ukrainien. Qu’il l’était hier. Qu’il l’est aujourd’hui. Et qu’il le sera demain.
300 kilomètrès carrés. Ce n’est pas un chiffre. C’est une promesse. La promesse que l’Ukraine ne cèdera pas. Qu’elle se battra pour chaque village, chaque route, chaque champ. Que la Russie peut envoyer 700 000 soldats, couper les communications, pilonner les villes — l’Ukraine tiendra. Et quand l’occasion se présentera, elle reprendra ce qui lui appartient. Comme elle vient de le faire. Comme elle continuera de le faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
United24 Media — How Ukraine Liberated 200 Sq Km in Its Fastest Push Since 2023 (18 février 2026)
RBC-Ukraine — Starlink and Telegram disruptions helped Ukrainian forces — ISW analysis
RBC-Ukraine — Ukrainian Armed Forces regain control in Zaporizhzhia région
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