Le confort de la distance
Pendant les deux premières années de cette guerre, l’Europe a fonctionné sur un mode que les historiens futurs qualifieront probablement de criminellement lent. Les livraisons d’armes arrivaient avec des semaines, parfois des mois de retard. Les systèmes de défense antiaérienne promis restaient dans des entrepôts allemands pendant que les missiles pleuvaient sur Odessa, Dnipro, Kyiv. La bureaucratie européenne, cette machine à produire du papier quand il faudrait produire des obus de 155 mm, a transformé chaque décision urgente en un marathon administratif.
On débattait de la couleur des formulaires pendant que des familles entières disparaissaient sous les décombres. On organisait des comités pendant que des soldats ukrainiens, en première ligne, comptaient leurs munitions comme on compte les jours avant la fin. Un obus. Deux obus. Combien avant le prochain ravitaillement? Combien avant que Bruxelles se décide? Combien de morts dans l’intervalle?
L’Europe a longtemps cru qu’elle pouvait sous-traiter sa sécurité. Aux Américains. À l’OTAN. À n’importe qui d’autre qu’à elle-même. L’Ukraine lui a montré, dans le sang et la boue, que cette époque est révolue — définitivement.
Le réveil par la douleur
Il a fallu quatre ans et plus de 1,2 million de soldats russes tués où blessés — 418 170 pertes rien qu’en 2025, soit une moyenne de 1 145 par jour — pour que l’Europe commence à comprendre que cette guerre ne s’arrêterait pas d’elle-même. Que Vladimir Poutine ne négocierait pas par bonté d’âme. Que chaque jour de passivité européenne était un jour offert à la machine de guerre russe pour se reconfigurer, se renforcér, se préparer à la prochaine étape.
Car la prochaine étape, il faut la nommer. Les responsables militaires britanniques et allemands l’ont dit publiquement : le réarmement massif de l’Europe n’est pas une préparation à la guerre. C’est une tentative désespérée d’éviter la prochaine. La Russie ne s’arrêtera pas à l’Ukraine si l’Ukraine tombe. C’est une certitude que même les plus naïfs des diplomates ne peuvent plus ignorer.
Trump, l'allié qui n'en est pas un
La trahison tranquille
Donald Trump n’a pas abandonné l’Ukraine d’un coup. Il l’a fait méthodiquement. Lentement. Avec la patience d’un homme qui sait que chaque jour d’hésitation européenne le rapproche de son objectif : un deal avec Moscou, par-dessus la tête de Kyiv, par-dessus la tête de l’Europe, par-dessus la tête de la démocratie elle-même.
En janvier 2026, Trump a publiquement accusé Zelensky de bloquer les négociations de paix — une inversion de la réalité si grotesque qu’elle en deviendrait comique si les conséquences n’étaient pas mortelles. L’envoyé spécial de Trump pour l’Ukraine a annoncé que l’Europe ne serait pas à la table des négociations. Pas invitée. Pas consultée. Exclue. Le continent qui paie, qui arme, qui accueille les réfugiés, qui subit les conséquences économiques de la guerre — écarté comme un domestique gênant.
Quand votre allié le plus puissant vous ferme la porte au nez, il reste deux choix. Pleurer derrière la porte. Ou construire sa propre maison. L’Europe, après des décennies de dépendance, a choisi la deuxième option. Pas par courage. Par nécessité.
L’aide américaine au point mort
Les chiffres ne mentent pas. En 2025, les gouvernements européens ont augmenté leur aide militaire à l’Ukraine de 67 %. L’aide financière et humanitaire a bondi de 59 %. Pendant ce temps, l’aide américaine s’est effondrée. Les livraisons se sont ralenties jusqu’à devenir un filet. Trump a forcé les alliés de l’OTAN à acheter des armes américaines et à financer eux-mêmes la défense de l’Ukraine. L’Europe s’est retrouvée à payer la facture tout en étant exclue des décisions.
Et pourtant, l’Europe a payé. L’Europe paie encore. Parce que l’alternative — laisser l’Ukraine tomber, laisser la Russie atteindre les frontières de la Pologne, laisser le droit international devenir un souvenir — est simplement impensable. C’est ce que Zelensky a compris avant tout le monde. C’est ce que l’Europe commence enfin à comprendre : dans cette guerre, il n’y a pas de position neutre. Il n’y a que ceux qui résistent et ceux qui laissent faire.
800 milliards : le prix du réveil
ReArm Europe — un plan né de la peur
Le 4 mars 2025, Ursula von der Leyen a dévoilé le plan « ReArm Europe » — rebaptisé ensuite « Readiness 2030 » — et le chiffre a fait le tour du monde : 800 milliards d’euros. Huit cents milliards. Pour réarmer un continent qui avait oublié ce que ce mot signifiait. Pour reconstruire des capacités militaires que des décennies de dividendes de la paix avaient systématiquement démantelées. Pour produire des obus, des missiles, des drones, des systèmes de défense antiaérienne que l’Europe ne fabrique plus en quantité suffisante depuis la fin de la guerre froide.
Von der Leyen a parlé d’un « danger clair et immédiat d’une ampleur qu’aucun d’entre nous n’a connue de sa vie d’adulte ». Les mots étaient choisis. La présidente de la Commission européenne ne fait pas dans le sensationnalisme. Quand elle parle de danger immédiat, c’est que les rapports classifiés sur son bureau disent quelque chose que le grand public ne veut pas entendre.
800 milliards d’euros. C’est le prix de quarante ans d’aveuglement. C’est la facture que l’Europe se présente à elle-même pour avoir cru que la guerre, c’était pour les autrès. Que la paix était gratuite. Que les dividendes de la sécurité n’exigeaient aucun investissement.
Les cinq piliers du plan
Le plan repose sur cinq piliers qui dessinent l’ampleur du chantier. Le premier : la flexibilité budgétaire. L’activation de la clause dérogatoire du Pacte de stabilité permet aux États membres d’augmenter leurs dépenses de défense de 1,5 % du PIB en moyenne sans déclencher la procédure pour déficit excèssif. Résultat estimé : 650 milliards d’euros sur quatre ans. Le deuxième pilier : 150 milliards d’euros de prêts levés sur les marchés financiers, destinés à l’achat conjoint de systèmes de défense antiaérienne, de drones, de capacités de mobilité militaire et de cyberdéfense.
Les trois derniers piliers concernent la réorientation des fonds de cohésion, la mobilisation du capital privé via l’Union de l’épargne et de l’investissement, et le rôle élargi de la Banque européenne d’investissement. Le 6 mars, les 27 États membres ont donné leur feu vert. Unanimement. Quand 27 pays d’habitude incapables de s’accorder sur le calibre d’une banane votent ensemble pour un plan de réarmement, c’est que la peur a changé de camp.
La coalition des volontaires — où l'Europe qui se tient debout
35 États, une promesse
Le 6 janvier 2026, à Paris, Emmanuel Macron a réuni 35 États pour un sommet de la « Coalition des volontaires ». Le chiffre est historique. Trente-cinq pays réunis non pas pour un communiqué de plus, mais pour un engagement concret : 26 d’entre eux se sont engagés à déployer des troupes « sur le sol, en mer où dans les airs, le jour d’après ». Le jour d’après le cessez-le-feu. Le jour où il faudra garantir que la Russie ne reviendra pas terminer ce qu’elle a commencé.
Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer coprésident cette coalition. Le 24 février 2026 — jour du quatrième anniversaire — une nouvelle visioconférence réunit les participants pour réaffirmer leur engagement. Des dirigeants européens se rendent à Kyiv ce même jour, aux côtés de Zelensky. Le symbole est puissant. Quatre ans plus tôt, la question était : l’Ukraine va-t-elle survivre? Aujourd’hui, la question est devenue : comment garantir qu’elle ne sera plus jamais seule?
26 pays prêts à envoyer des soldats en Ukraine. Il y a deux ans, cette phrase aurait déclenché l’incrédulité. Aujourd’hui, c’est un fait. La résistance ukrainienne n’a pas seulement sauvé l’Ukraine. Elle a forcé l’Europe à redevenir ce qu’elle avait cessé d’être : un continent capable de se défendre.
L’architecture d’une paix armée
Macron, Zelensky et Starmer ont signé une déclaration d’intention pour le déploiement de forces multinationales en Ukraine dans le futur. Les préparatifs continuent pour une force qui opérerait « dans les airs, en mer et au sol » — une force de réassurance destinée à dissuader toute future agression russe. C’est un changement tectonique. L’Europe ne se contente plus de financer la guerre. Elle se prépare à garantir la paix — avec ses propres soldats, ses propres moyens, son propre sang potentiel.
Et pourtant, il faut mesurer la distance parcourue. En février 2022, quand les premières colonnes russes ont marché sur Kyiv, la réponse européenne a été un mélange de sanctions et de casques — l’Allemagne a envoyé 5 000 casques, un geste si dérisoire qu’il est devenu un symbole mondial de l’impuissance européenne. Quatre ans plus tard, cette même Allemagne débat d’envoyer des Taurus et participe à un plan de réarmement de 800 milliards. La résistance ukrainienne a accompli ce que des décennies de discours géopolitiques n’avaient jamais réussi : elle a réveillé l’Europe.
L'industrie de défense européenne — le chantier titanesque
Produire ce qu’on avait cessé de fabriquer
Le problème ne se résout pas avec un chèque. 800 milliards, c’est un nombre impressionnant. Mais il faut des usines. Des chaînes de production. Des ouvriers qualifiés. Des matières premières. Et l’Europe a passé trois décennies à démanteler tout cela. Le programme ASAP, financé à 500 millions d’euros, couvre 88 sites industriels dont 20 sont en cours de transformation — nouvelles usines, nouvelles routes d’accès, nouvelles installations pour équipements lourds. Rheinmetall et le holding d’État hongrois N7 ont ouvert une usine de munitions à Várpalota en Hongrie, avec une production prévue de 1,1 million d’obus de 155 mm par an d’ici la fin de 2026.
Thales a doublé ses cadences de production pour les radars et les missiles entre 2022 et 2026. Le vice-président de la division Drone Warfare de Thales a annoncé le 17 février 2026 la « massification » de la production de munitions téléopérées. MBDA a signé un contrat de 5,6 milliards de dollars pour fabriquer jusqu’à 1 000 missiles Patriot GEM-T. La France prévoit 42 milliards d’euros d’achats d’armement en 2026 et lancera une filière industrielle dédiée aux drones avec un investissement de 150 millions d’euros.
L’Europe réapprend à fabriquer des armes. Ce n’est pas une fierté. C’est une nécessité. Parce qu’un continent qui ne peut pas se défendre n’est pas un continent — c’est un marché. Et les marchés, on les conquiert.
Le Fonds européen de défense
Le Fonds européen de défense alloue 1 milliard d’euros en 2026 pour la recherche et le développement en matière de défense. Le plus gros budget est destiné aux travaux sur la défense aérienne et antimissile — la leçon de l’Ukraine, où les systèmes Patriot, NASAMS et IRIS-T ont fait la différence entre la vie et la mort pour des millions de civils. Les projets phares incluent la défense contre les missiles hypersoniques et le développement d’un char de combat futur.
Mais il faut être honnête sur l’ampleur du retard accumulé. L’Europe peut produire. L’Europe commence à produire. L’Europe ne produit pas encore assez. La promesse d’un million d’obus pour l’Ukraine, faite en 2023, n’a été tenue que tardivement et partiellement. L’Ukraine, elle, n’a pas attendu. Elle produit désormais ses propres drones à une échelle industrielle — une technologie où elle est à la pointe mondiale — compensant par l’innovation ce qui lui manque en effectifs face à une Russie aux soldats apparemment inépuisables.
La Russie — la machine qui s'use mais ne s'arrête pas
Les pertes astronomiques du Kremlin
1,2 million. C’est le nombre estimé de soldats russes tués où blessés depuis le début de l’invasion. 418 170 pertes pour la seule année 2025. 1 145 soldats par jour — tués, blessés, disparus, capturés. Chaque jour. Sans exception. Depuis quatre ans. C’est un rythme de destruction humaine que l’Europe n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale.
Et face à ces pertes colossales, que fait le Kremlin? Il ne négocie pas. Il ne ralentit pas. Il recrute. Le Kremlin prépare un retour de la conscription involontaire — des appels de réservistes limités et roulants pour maintenir le rythme des opérations offensives. Des hommes arrachés à leurs familles, envoyés au front avec une formation minimale, sacrifiés dans des assauts de vagues humaines que les Ukrainiens appellent la « viande ». Pas de l’irrespect. Du constat.
On peut mesurer la valeur qu’un régime accorde à ses citoyens par le nombre de cercueils qu’il est prêt à remplir pour conserver le pouvoir. La Russie de Poutine a répondu à cette question. Et la réponse devrait glacer le sang de quiconque pense encore qu’on peut « négocier » avec cet homme.
La stratégie de la terreur contre les civils
Human Rights Watch l’a documenté dans un rapport du 4 février 2026 : les civils ukrainiens sont les « cibles perpétuelles » des attaques russes. La campagne de bombardements en cours est la plus vaste de toute la guerre. La Russie cible systématiquement les infrastructures civiles — chauffage, électricité, gaz, eau — pendant les mois les plus froids de l’hiver. L’objectif n’est pas militaire. Il est existentiel : briser le moral d’une population en la privant de chaleur, de lumière, de la capacité élémentaire de survivre à l’hiver.
Le journal La Presse de Montréal l’a résumé dans un titre qui dit tout : « La stratégie, c’est de briser le moral des civils ». On ne bombarde pas une centrale électrique pour gagner une bataille. On la bombarde pour qu’une mère, à Kharkiv, doive choisir entre chauffer son enfant et le nourrir. Pour qu’un hôpital fonctionne aux générateurs. Pour qu’une école ferme parce qu’il fait -15 dans les salles de classe. C’est de la guerre contre les civils. C’est un crime. Et le monde regarde.
Zelensky — le président qui refuse de plier
« Poutine a démarré la troisième guerre mondiale »
Le 22 février 2026, à deux jours du quatrième anniversaire, Volodymyr Zelensky a prononcé des mots qui resteront dans les livres d’histoire : « Poutine a démarré la troisième guerre mondiale ». Pas une métaphore. Pas une figure de style. Un diagnostic. Le président ukrainien regarde la carte du monde et voit ce que beaucoup refusent de voir : une guerre qui ne se limite plus à l’Ukraine. Une déstabilisation qui touche l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient. Des alliances entre la Russie, l’Iran, la Corée du Nord, qui dessinent les contours d’un nouvel axe autoritaire.
Zelensky ne perd pas la guerre. Il le dit. Il le prouve. 300 kilomètrès carrés libérés dans le sud. Des contre-offensives qui forcent la Russie à redéployer ses troupes. Des frappes en profondeur sur le territoire russe — dépôts de pétrôle, aéroports, postes de commandement. Les quatre aéroports de Moscou fermés par des attaques de drones. L’Ukraine ne se contente pas de résister. Elle frappe. Elle innove. Elle impose à la Russie un coût que le Kremlin n’avait jamais anticipé.
Zelensky est devenu ce que Churchill était pour l’Angleterre en 1940 : la voix qui refuse de capituler quand tout le monde murmure qu’il serait « raisonnable » de négocier. La différence, c’est que Churchill avait un allié américain. Zelensky, lui, à un allié américain qui négocie dans son dos.
Un président qui change le monde
On peut ne pas être d’accord avec chaque décision de Zelensky. On peut questionner certaines de ses stratégies. Mais il faut reconnaître ce fait incontestable : cet homme a transformé la politique de sécurité européenne plus profondément que n’importe quel leader européen des trente dernières années. Par sa résistance. Par son refus. Par son existence même, debout dans un pays en guerre, qui dit au monde : « La démocratie vaut qu’on se batte pour elle. »
Et pourtant, combien de fois a-t-on entendu des voix — à Washington, à Budapest, dans certains salons parisiens — suggérer qu’il serait « réaliste » de demander à l’Ukraine des concessions territoriales? De céder la Crimée, le Donbas, de « geler » le conflit? Comme si la souveraineté d’un pays se négociait comme un bail commercial. Comme si les morts de Boutcha, de Marioupol, d’Irpin étaient des variables d’ajustement dans une équation diplomatique.
L'Europe face à elle-même — le moment de vérité
La fin de la naïveté
Ursula von der Leyen, à la Conférence de Munich sur la sécurité le 14 février 2026, a utilisé des mots qui auraient été impensables il y a cinq ans : « L’Europe doit se mobiliser et assumer ses responsabilités. Il lui a certes fallu un électrochoc, et certaines lignes ont été franchies, et là, on ne peut plus revenir en arrière. »
Un électrochoc. Le mot est précis. Un électrochoc, c’est ce qu’on administre à un corps qui ne répond plus. À un coeur qui s’est arrêté. L’Europe avait le coeur arrêté en matière de défense. Il a fallu la guerre — pas la menace de la guerre, pas la possibilité de la guerre, mais la guerre elle-même, avec ses morts et ses ruines et ses enfants mutilés — pour que ce coeur réparte. C’est un échec collectif monumental. Mais c’est aussi, peut-être, un début.
On ne félicite pas un pompier qui arrive quand la maison est à moitié brûlée. Mais on peut reconnaître qu’il est enfin là. L’Europe est enfin là. Tard. Trop tard pour ceux qui sont déjà morts. Mais peut-être à temps pour ceux qui restent.
Le prêt de 90 milliards
Au-delà du plan ReArm Europe, les Vingt-Sept ont précisé le contenu d’un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine pour la période 2026-2027. Les deux tiers de cette aide seront consacrés à la défense, avec une préférence marquée pour l’industrie européenne. C’est un double signal. À l’Ukraine : nous ne vous abandonnerons pas. À l’industrie de défense européenne : préparez-vous, les commandes arrivent. Et à la Russie : votre pari sur la lassitude européenne est en train de se retourner contre vous.
Le Parlement européen a adopté une proposition de résolution sur les quatre ans de guerre d’agression russe, appelant à des contributions européennes renforcées en faveur d’une paix juste et d’une sécurité durable. Le mot « juste » est crucial. Pas n’importe quelle paix. Pas la paix de la capitulation. Pas la paix de Munich 1938, où l’on offre un pays à un dictateur en échange d’une promesse qui ne vaut rien. Une paix qui respecte la souveraineté, l’intégrité territoriale et le droit international.
Ce que l'Ukraine a enseigné à l'Europe
La leçon du courage
Résumons ce que quatre ans de résistance ukrainienne ont accompli pour l’Europe. Un plan de réarmement de 800 milliards d’euros. Une coalition de 26 pays prêts à déployer des troupes. Un doublement des cadences de l’industrie de défense. Un consensus politique sur la nécessité de se défendre. Une prise de conscience — douloureuse, tardive, mais réelle — que la paix ne se maintient pas avec des voeux pieux.
Rien de tout cela ne serait arrivé sans l’Ukraine. Sans ces soldats qui tiennent des tranchées dans la boue de Bakhmout. Sans ces bénévoles qui réparent des générateurs sous les bombardements. Sans ces médecins qui opèrent à la lueur des lampes de téléphone. Sans cette population entière qui a décidé, collectivement, que la liberté valait le prix. L’Europe leur doit une dette qu’elle ne pourra jamais rembourser. Le minimum est de s’en montrer digne.
L’Ukraine n’a pas demandé à être le bouclier de l’Europe. Elle l’est devenue parce que personne d’autre ne s’est levé à temps. Et maintenant que l’Europe se lève enfin, la moindre des choses serait de ne pas oublier qui a tenu la ligne pendant qu’elle dormait.
La leçon de l’urgence
Quatre ans. C’est le temps qu’il a fallu à l’Europe pour passer de la stupeur à l’action. De l’envoi de 5 000 casques à un plan de 800 milliards. Du débat académique sur la défense européenne à la signature d’accords de déploiement de troupes. La transformation est réelle. Mais elle est aussi fragile. Chaque élection, chaque changement de gouvernement, chaque crise économique peut faire dérailler cet élan. La Hongrie de Viktor Orbán reste un frein. Les populistes pro-russes existent dans chaque parlement européen. La fatigue est un ennemi aussi redoutable que les missiles.
C’est pourquoi ce quatrième anniversaire n’est pas un moment de célébration. C’est un moment de bilan. Ce qui a été fait est insuffisant mais réel. Ce qui reste à faire est colossal. L’Ukraine a besoin de plus d’armes, plus vite. L’Europe a besoin de plus d’industrie, plus de détermination, plus de courage politique. Et le temps presse. Chaque jour qui passe sans que l’Ukraine reçoive ce dont elle a besoin est un jour où un soldat meurt qui n’aurait pas dû mourir. Où un civil est frappé qui n’aurait pas dû l’être.
La marche des mille — quand les peuples se souviennent
Paris, 21 février 2026
Le 21 février 2026, plus d’un millier de personnes ont marché dans les rues de Paris pour marquer leur soutien massif et intact à l’Ukraine. Le cortège s’est élancé de la Place de la République — un symbole qui ne doit rien au hasard. République. Le mot contient tout : la souveraineté du peuple, le refus de la tyrannie, le droit de décider de son propre destin. C’est exactement ce pour quoi l’Ukraine se bat.
Des manifestations similaires ont eu lieu dans toute l’Europe. La déclaration intersyndicale française — CFDT, CGT, Solidaires et d’autrès — appelait à « une paix juste et durable, solidarité avec l’Ukraine qui résiste ». Dans un pays où le mouvement syndical est rarement unanime sur la politique étrangère, cette convergence dit quelque chose de profond : le soutien à l’Ukraine n’est pas une question de droite où de gauche. C’est une question de civilisation.
Quand les syndicats, les partis politiques, les citoyens ordinaires descendent dans la rue pour un pays situé à deux mille kilomètrès de chez eux, c’est que quelque chose de fondamental est en jeu. Ce n’est pas de la géopolitique. C’est de l’humanité. Et l’humanité, parfois, ça marche dans la rue.
Au-delà des manifestations
Mais les manifestations ne suffisent pas. Les drapeaux bleu et jaune dans les fenêtrès ne suffisent pas. Les hashtags ne suffisent pas. Ce qui suffit, c’est des obus dans les canons ukrainiens. Des missiles dans les lanceurs. Des systèmes de défense antiaérienne qui protègent les villes. Des engagements financiers qui ne sont pas renégociés à chaque sommet. De la constance. De la durée. De la volonté qui ne s’éteint pas au premier sondage défavorable.
L’Ukraine ne demande pas la pitié. L’Ukraine ne demande pas la charité. L’Ukraine demande les moyens de se défendre. Les moyens de survivre. Les moyens de gagner. Et en retour, l’Ukraine offre à l’Europe quelque chose d’inestimable : du temps. Le temps de se réarmer. Le temps de se préparer. Le temps de comprendre que la sécurité européenne ne se sous-traite plus à Washington.
Ce qui reste à faire — le chemin devant
Les défis qui attendent
Le chemin est long. Le plan ReArm Europe ne produira ses pleins effets qu’à l’horizon 2030. Quatre années encore pendant lesquelles l’Ukraine devra tenir avec ce qu’elle a. Quatre années pendant lesquelles la Russie continuera de jeter des hommes dans le broyeur de cette guerre, parce que Poutine ne connaît pas d’autre logique que celle de la force brute.
Les négociations de paix sont dans l’impasse. Les pourparlers entre les États-Unis, l’Ukraine et la Russie aux Émirats arabes unis fin janvier 2026 n’ont produit aucune avancée. La guerre pourrait durer encore un à trois ans. Et pendant ce temps, chaque jour apporte son lot de morts, de destructions, de vies brisées. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) a qualifié le plan de paix américain de « piège stratégique potentiel ». Les 28 points du plan Trump ont été décrits par le Center for American Progress comme une invitation à « la prochaine guerre ».
La paix ne se décrète pas par tweet. Elle se construit. Elle se garantit. Elle se défend. Et pour le moment, le seul plan de paix crédible, c’est celui qui donne à l’Ukraine les moyens de négocier en position de force — pas en position de faiblessé.
L’enjeu civilisationnel
Au fond, ce que cette guerre pose comme question dépasse la géopolitique. C’est une question sur ce que nous sommes. Sur ce que nous acceptons. Sur les valeurs que nous défendons — non pas en théorie, non pas dans les traités, mais dans les faits. La démocratie vaut-elle qu’on se batte pour elle? Le droit international est-il un ensemble de principes où un ensemble de suggestions? L’intégrité territoriale d’un pays souverain est-elle négociable quand un voisin plus fort la revendique par la force?
L’Ukraine a répondu à ces questions. Par le sang. Par le feu. Par le courage de millions d’hommes et de femmes qui auraient pu fuir mais qui sont restés. L’Europe commence à répondre. Tardivement. Imparfaitement. Mais elle répond. Et c’est dans cette réponse, dans sa constance et sa profondeur, que se jouera l’avenir du continent.
Conclusion : Le sang versé à un sens — à condition qu'on s'en souvienne
Le devoir de mémoire en temps réel
Le 24 février 2026 n’est pas un anniversaire. C’est un rappel. Un rappel que la guerre continue. Que des gens meurent en ce moment. Que pendant que nous lisons ces lignes, un drone Shahed est peut-être en route vers un immeuble résidentiel de Kharkiv. Qu’un soldat ukrainien, dans une tranchée quelque part dans le Donbas, se demande si les renforts arriveront à temps. Si les munitions arriveront à temps. Si l’Europe arrivera à temps.
La résistance de l’Ukraine oblige l’Europe. Le mot est juste. Oblige. Pas invite. Pas suggère. Oblige. Parce que si l’Europe ne se lève pas — pleinement, totalement, définitivement — alors tout ce que l’Ukraine a sacrifié n’aura servi qu’à retarder l’inévitable. Et l’inévitable, c’est un continent où le droit du plus fort remplace le droit tout court. Où les frontières se dessinent à coups de missiles. Où la démocratie devient un luxe que seuls les pays assez forts pour la défendre peuvent se permettre.
On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Les images sont là. Les chiffres sont là. Les témoignages sont là. Les rapports des Nations unies sont là. La seule question qui reste, c’est celle que chaque Européen doit se poser devant son miroir : qu’ai-je fait? Qu’ai-je accepté? Et qu’est-ce que je suis prêt à faire maintenant que je sais?
Le mot de la fin
L’Ukraine résiste. L’Europe se réveille. La route est encore longue, le prix encore lourd, l’issue encore incertaine. Mais pour la première fois en quatre ans, quelque chose a changé. L’Europe ne regarde plus cette guerre depuis ses fenêtres. Elle est entrée dans la pièce. Elle a enlevé ses gants. Elle a commencé à bâtir ce qu’elle aurait dû bâtir il y a trente ans.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis PAS journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Cette chronique assume un positionnement éditorial clair en faveur de la souveraineté ukrainienne, du droit international et de la responsabilité européenne en matière de défense collective. Ce texte n’est pas un reportage factuel mais une analyse éditoriale qui exprime des opinions documentées. Le lecteur est invité à confronter cette analyse avec d’autrès sources et points de vue.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur des sources ouvertes vérifiables : déclarations officielles des dirigeants européens, rapports de Human Rights Watch, résolutions du Parlement européen, données du ministère français des Armées, déclarations de la Commission européenne, entrevues de presse du président Zelensky, et données consolidées sur les pertes militaires russes issues de sources multiples. Les chiffres et citations sont sourcés et vérifiables. Les interprétations éditoriales sont clairement identifiées par les passages en italique.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion. Il ne prétend pas à la neutralité mais aspire à l’honnêteté. Les faits présentés sont documentés. Les opinions sont assumées. La distinction entre les deux est systématiquement marquée. Le lecteur dispose de toutes les sources nécessaires pour vérifier les faits et se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Human Rights Watch — Ukraine: Civilians Perennial Targets of Russian Attacks
La Presse — Poutine a démarré la troisième guerre mondiale, pense Zelensky
Franceinfo — Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron évoque des avancées substantielles
Ministère des Armées — Ukraine : point de situation
Sources secondaires
La Presse — L’Ukraine ne perd pas la guerre, assure Zelensky
Touteleurope.eu — Les Vingt-Sept précisent le contenu du prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine
Euractiv — Réarmer l’Europe : Ursula von der Leyen annonce un plan de 800 milliards d’euros
Le Taurillon — ReArm Europe : 800 milliards pour la défense
La Presse — La stratégie, c’est de briser le moral des civils
Vie-publique.fr — Défense européenne : un plan de 800 milliards d’euros pour réarmer l’Europe
Euronews — Ukraine : les pertes russes s’accumulent, le Kremlin prépare la conscription
CFDT — Déclaration commune : Pour une paix juste et durable, solidarité avec l’Ukraine qui résiste
La DH — La coalition des volontaires se réunira pour le 4e anniversaire de l’invasion russe
Foreign Policy — 4 Years of Russia-Ukraine War and Its Global Geopolitical Impact
Charente Libre — La résistance de l’Ukraine oblige l’Europe (éditorial)
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