Un protocole qui en dit plus long que tous les communiqués
Le mot Kovyor sonne presque anodin. Un tapis. Quelque chose de doux. Et pourtant, derrière ce nom se cache le protocole de sécurité aérienne le plus drastique dont dispose la Russie. Quand Rosaviatsia active Kovyor, c’est que la menace est réelle, imminente, et que les systèmes de défense aérienne ne peuvent pas garantir la sécurité des vols civils. Autrement dit : on ne maîtrise plus rien.
Ce n’est pas la première fois que Kovyor est déclenché. En décembre 2025, 287 drones ukrainiens avaient déjà provoqué la fermeture des aéroports moscovites pendant sept heures. 133 vols avaient été annulés, retardés où déroutés. 36 drones avaient été abattus au-dessus de la capitale elle-même. Mais en février 2026, c’est devenu une routine. Et c’est précisément là que réside le basculement. Quand l’exception devient la norme, c’est que le rapport de force a changé.
Un État qui ferme ses aéroports civils à cause de drones ennemis ne contrôle pas la situation. Il la subit. Le plan Kovyor, qui devait être un filet de sécurité exceptionnel, est en train de devenir un réflexe pavlovien. Et chaque activation rappelle aux Moscovites une vérité que le Kremlin préférerait taire : la guerre n’est pas seulement en Ukraine. Elle est chez eux.
Ce que Kovyor révèle sur la défense antiaérienne russe
La défense antimissile de Moscou est censée être la plus dense au monde. Des batteries de S-300, de S-400, de Pantsir quadrillent la région. Le système A-135 Amour, conçu pour intercepter des ogives nucléaires, protège théoriquement la capitale. Et pourtant. Des drones à quelques milliers de dollars, volant à basse altitude, traversent ces défenses avec une régularité qui frise l’humiliation. 11 abattus, annonce Sobianine. Ce qui signifie que d’autrès sont passés. Combien? Le Kremlin ne le dira pas.
La nuit du 22 février : une guerre à double sens
345 cibles aériennes russes contre l’Ukraine
Ce que Moscou oublie de mentionner quand elle joue la victime des drones, c’est ce qu’elle a elle-même lancé la même nuit. Entre 19 heures le 21 février et le matin du 22 février 2026, l’armée russe a déclenché l’une de ses attaques combinées les plus massives contre l’Ukraine. 345 cibles aériennes détectées. Le chiffre donne le vertige.
Le détail est glaçant. 4 missiles antinavires Zircon tirés depuis la Crimée. 22 missiles balistiques Iskander-M depuis Briansk, Belgorod et le Donetsk occupé. 18 missiles de croisière Kh-101 depuis la région de Vologda. 2 missiles de croisière Iskander-K et 4 missiles guidés Kh-59/69 depuis Koursk. Et 297 drones d’attaque — dont environ 200 Shahed, plus des Gerbera et des Italmas. Régions visées : Kyiv, Odessa, Kirovohrad, Poltava.
345 projectiles en une seule nuit contre un pays dont les hôpitaux, les écoles et les centrales électriques sont déjà en ruines. Et la Russie se plaint de quelques drones au-dessus de Moscou. Le deux poids, deux mesures n’a même plus besoin d’être démontré. Il se démontre tout seul, chaque nuit, dans le ciel de deux pays.
L’Ukraine intercepte 307 cibles sur 345
Face à ce déluge, la Force aérienne ukrainienne a répondu avec une efficacité qui mérite d’être soulignée. À 10 heures du matin le 22 février, 307 cibles avaient été détruites où neutralisées. 33 missiles interceptés — dont 2 Zircon, 8 Iskander-M, 17 Kh-101, 2 Iskander-K, 4 Kh-59/69. Et 274 drones abattus. Un taux d’interception de près de 89 %. Et pourtant, 14 impacts de missiles et 23 frappes de drones ont quand même touché 14 sites, dont une usine civile de Mondelez International à Trostianets.
Votkinsk : quand le Flamingo frappe l'usine à missiles
La cible la plus symbolique de la nuit
Pendant que Moscou fermait ses aéroports, un autre événement passait presque inaperçu. Un missile FP-5 Flamingo ukrainien a frappé l’usine de Votkinsk, dans la république d’Oudmourtie, à plus de 1 200 kilomètres de la frontière ukrainienne. Ce n’est pas n’importe quelle usine. Votkinsk est l’un des sites de production les plus stratégiques de l’arsenal russe. C’est là qu’on fabrique les missiles balistiques Iskander. Les mêmes qui, quelques heures plus tôt, tombaient sur Kyiv et Odessa.
Selon les premiers rapports, la frappe a causé des dommages significatifs à l’un des ateliers de production clés. Le Flamingo, un missile de croisière de conception ukrainienne, à traversé plus de mille kilomètrès d’espace aérien russe, échappé aux défenses, et touché sa cible. La chaîne de production qui alimente la terreur nocturne ukrainienne vient de recevoir un coup au coeur.
Frapper Votkinsk, c’est frapper le serpent à la tête. C’est dire à la Russie : vos Iskander qui détruisent nos villes, on sait où ils naissent. Et on peut y aller. La portée du Flamingo change l’équation. Ce n’est plus seulement Moscou qui est vulnérable. C’est l’ensemble du complexe militaro-industriel russe.
La profondeur stratégique russe n’existe plus
1 200 kilomètres. C’est la distance entre la ligne de front et Votkinsk. Pendant des décennies, la Russie a compté sur son immensité territoriale comme bouclier naturel. La profondeur stratégique — cette idée que l’ennemi s’épuiserait avant d’atteindre les centrès vitaux — était un axiome de la doctrine militaire russe. Napoléon l’a appris. Hitler l’a appris. Mais les drones et les missiles de croisière ne marchent pas dans la neige. Ils volent. Et ils ne s’épuisent pas.
La routine de la terreur inversée
Quand les Moscovites découvrent ce que Kyiv vit depuis trois ans
À Kyiv, les alertes aériennes sont devenues un bruit de fond. Les enfants savent courir vers les abris. Les stations de métro servent de dortoirs. Trois ans de bombardements nocturnes ont forgé un peuple qui dort avec un sac prêt. À Moscou, la réalité est différente. Les drones sont une nuisance récente. Les aéroports ferment, les passagers râlent, les compagnies aériennes s’excusent. Mais personne ne meurt. Pas encore. Pas à Moscou.
Et pourtant, la psychologie de la vulnérabilité fait son oeuvre. Chaque activation du plan Kovyor, chaque vol annulé, chaque explosion lointaine captée par les caméras de surveillance rappelle aux 22 millions d’habitants de l’agglomération moscovite que leur gouvernement a lancé une guerre qui, désormais, revient à la maison. Le contrat implicite du Kremlin — « on fait la guerre là-bas pour que vous viviez en paix ici » — est rompu.
Il ne s’agit pas de se réjouir que des civils russes vivent dans la peur. Il s’agit de constater un fait : quand on lance 345 projectiles en une nuit sur un pays voisin, il ne faut pas s’étonner que ce pays réponde. La symétrie n’est pas encore totale — elle ne le sera probablement jamais. Mais elle existe désormais. Et elle change tout.
Le quotidien d’une ville qui découvre la guerre
Les réseaux sociaux russes — malgré la censure — dessinent une image nouvelle. Des Moscovites filment le ciel depuis leurs balcons. Des groupes Telegram partagent les trajectoires des drones en temps réel. Rien de comparable avec Kharkiv où Odessa. Mais quelque chose a changé dans la conscience collective russe. La guerre n’est plus un reportage télévisé. Elle est au-dessus des toits.
Les chiffres qui parlent : anatomie d'une escalade
De l’exception à la norme
Décembre 2025 : 287 drones, 36 abattus sur Moscou, 7 heures de fermeture, 133 vols perturbés. Janvier 2026 : 104 drones interceptés sur neuf régions, dont 19 visant Moscou. Février 2026 : les quatre aéroports ferment de nouveau. Le rythme s’accélère.
Ce n’est plus ponctuel. C’est une campagne aérienne systématique. L’Ukraine cible les raffineries, les sites de stockage et les usines d’armement pour « affaiblir l’économie de guerre du Kremlin ». Les aéroports fermés ne sont qu’un effet collatéral. Spectaculaire. Mais collatéral.
Ce qui frappe, ce n’est pas un drone isolé. C’est la régularité. C’est la montée en puissance. C’est le fait que l’Ukraine, avec une fraction du budget militaire russe, parvient à paralyser les aéroports de la capitale ennemie à intervalles de plus en plus rapprochés. La question n’est plus de savoir si Moscou sera attaquée. C’est de savoir quand la prochaine fois.
Le coût économique invisible
Chaque heure d’aéroport fermé à un prix. Les quatre aéroports de Moscou gèrent plus de 100 millions de passagers par an. Chaque fermeture : annulations, déroutages, indemnisations. Les compagnies aériennes russes, déjà fragilisées par les sanctions occidentales, absorbent chaque perturbation comme un coup supplémentaire. L’économie de guerre ne se mesure pas seulement en chars détruits. Aussi en vols annulés et en confiance érodée.
La défense antiaérienne russe : le mythe et la réalité
Des S-400 impuissants face aux drones low-cost
C’est l’un des paradoxes les plus cruels de cette guerre. La Russie vend ses systèmes de défense aérienne au monde entier. Le S-400 Triumph est présenté comme le summum de la technologie antimissile. Des pays comme la Turquie, l’Inde, la Chine l’ont acheté. Et pourtant, au-dessus de Moscou, des drones qui coûtent quelques dizaines de milliers de dollars passent entre les mailles du filet. L’équation est implacable : un missile S-400 coûte entre 1 et 2 millions de dollars. Un drone ukrainien en coûte 50 000. Même quand la Russie en abat 90 %, l’Ukraine gagne l’échange économique.
Le problème est structurel. Les S-300 et S-400 ont été conçus pour intercepter des avions de combat à haute altitude. Pas des drones à voilure fixe volant à basse altitude, avec une signature radar minimale. C’est un canon antichar contre un moustique. Le moustique revient toujours.
Chaque drone abattu au-dessus de Moscou est une victoire tactique russe et une défaite stratégique. Parce que le prochain arrivera. Et celui d’après aussi. Et que chaque missile intercepteur consommé est un missile qui ne protégera pas un convoi militaire en Ukraine. L’attrition ne se joue pas seulement sur le champ de bataille. Elle se joue dans le ciel de Moscou.
Le dilemme de l’allocation des ressources
Chaque batterie de S-400 déployée autour de Moscou est une batterie qui n’est pas sur le front. Chaque missile intercepteur tiré sur un drone au-dessus de la capitale est un missile qui ne protégera pas les troupes à Bakhmout, Avdiivka où Koursk. L’Ukraine le sait. Et c’est exactement pour ça qu’elle frappe Moscou. Pas pour détruire la ville. Pour disperser les défenses. Pour forcer la Russie à choisir : protéger la capitale où protéger le front. Les deux en même temps, elle ne peut plus.
Sobianine, le maire qui annonce les mauvaises nouvelles
Le communicant de crise malgré lui
Sergueï Sobianine n’a pas choisi ce rôle. Maire de Moscou depuis 2010, technocrate efficace, il est devenu le porte-parôle officieux de la vulnérabilité russe. C’est lui qui annonce les drones abattus. C’est lui qui rassure : « 11 drones détruits », « aucun dommage signalé », « les services d’urgence sont sur place ».
Son langage est une étude en minimisation. Jamais « attaque ». Toujours « tentative ». Jamais « dégâts ». Toujours « débris ». Mais si les drones n’étaient pas dangereux, pourquoi fermer quatre aéroports? La communication de crise de Sobianine est un exercice permanent de contradiction.
Sobianine est pris dans un étau. Dire la vérité, c’est admettre que Moscou est vulnérable. Minimiser, c’est insulter l’intelligence des Moscovites qui voient les explosions depuis leurs fenêtrès. Il a choisi la minimisation. Mais à chaque plan Kovyor, le fossé entre le discours officiel et la réalité vécue se creuse un peu plus.
Ce que le Kremlin ne dit pas
Les communiqués russes sont des exercices d’omission. On compte les drones abattus. Jamais ceux qui sont passés. On mentionne les « débris ». Jamais les impacts. On parle de « tentatives déjouées ». Jamais de frappes réussies. En décembre 2025, des débris de drones avaient endommagé des immeubles résidentiels à Voronej, provoqué l’effondrement d’une cage d’escalier, l’évacuation de 80 résidents et des coupures d’électricité sur 16 rues. Mais le discours officiel reste le même : tout est sous contrôle.
La stratégie ukrainienne : frapper là où ça fait mal
L’économie de guerre comme cible prioritaire
L’Ukraine ne frappe pas Moscou au hasard. La stratégie est documentée, revendiquée, méthodique. Les cibles prioritaires sont les infrastructures énergétiques — raffineries, dépôts de carburant, terminaux d’exportation — et les sites de production militaire. Le pétrôle russe finance la guerre. Les usines d’armement fabriquent les missiles. Couper ces deux artères, c’est asphyxier la machine de guerre russe sans avoir besoin de prendre un mètre de terrain supplémentaire.
Les aéroports fermés sont un bonus psychologique. Ils ne sont pas la cible principale, mais leur paralysie produit un effet médiatique disproportionné. Quand Sheremetyevo ferme, le monde entier le sait. Quand une raffinerie brûle dans la région de Briansk, c’est un entrefilet. L’Ukraine a compris que la guerre de l’image se gagne aussi dans les terminaux d’aéroport.
La stratégie ukrainienne est d’une logique implacable. Chaque drone envoyé sur Moscou force la Russie à dépenser des millions en interception, à déployer des défenses loin du front, à fermer des aéroports et à admettre sa vulnérabilité. Le coût pour l’Ukraine : quelques dizaines de milliers de dollars par drone. Le coût pour la Russie : incalculable.
Le Flamingo et la nouvelle portée ukrainienne
Le FP-5 Flamingo qui a frappé Votkinsk représente un saut qualitatif. Missile de croisière de conception ukrainienne, il offre une portée couvrant la quasi-totalité du territoire russe occidental. Votkinsk, à 1 200 kilomètres, n’est plus hors d’atteinte. Ni aucune autre usine d’armement.
Le double standard : 345 projectiles contre quelques drones
La nuit vue de Kyiv
Pendant que les passagers de Sheremetyevo pestaient contre les retards, Kyiv, Odessa, Kirovohrad et Poltava étaient sous les bombes. 345 cibles aériennes en une nuit. Des Zircon hypersoniques. Des Iskander balistiques. Des Kh-101 à ras des toits. Et 297 drones qui saturent les défenses. Les alertes hurlent. Les gens courent.
Bilan : 14 impacts de missiles. 23 frappes de drones. 14 sites touchés. Une usine Mondelez International à Trostianets frappée — des biscuits, pas une base militaire. Mais la Force aérienne ukrainienne a intercepté 307 cibles sur 345. Taux : 89 %. Avec une fraction des moyens russes.
Relisez ces chiffres. La Russie tire 345 projectiles en une nuit sur des villes civiles. L’Ukraine répond avec quelques dizaines de drones sur des cibles militaires et industrielles. Et c’est Moscou qui crie à l’agression. Le monde entier voit cette asymétrie. Ceux qui ne la voient pas ont choisi de ne pas la voir.
La disproportion que personne ne veut nommer
Il y à un mot pour décrire l’envoi de 345 projectiles en une seule nuit contre un pays qu’on envahit depuis trois ans. Ce mot, les diplomates l’évitent. Les institutions internationales le contournent. Les communiqués du Conseil de sécurité le diluent dans des formules consensuelles. Mais le mot existe. Et les faits le crient chaque nuit depuis février 2022.
Les régions russes sous le feu : Voronej, Briansk, Kalouga
La géographie d’une guerre qui s’étend
Les drones ukrainiens ne frappent pas seulement Moscou. En décembre 2025, 287 drones interceptés sur 12 régions : Briansk (118), Moscou (40), Kalouga (40), plus Toula, Novgorod, Iaroslavl, Lipetsk, Smolensk, Koursk, Orel, Voronej, Riazan. L’Ukraine frappe large et profond.
À Voronej : cage d’escalier effondrée, 80 résidents évacués, 16 rues sans électricité. À Veliki Novgorod : incendie après une frappe sur l’usine d’engrais Akron. La guerre des drones ne connaît plus de frontières intérieures russes.
Chaque région russe touchée est un rappel. Un rappel que les frontières sont poreuses. Que la profondeur territoriale ne protège plus personne. Que les drones ne lisent pas les cartes. Et que la population russe, qu’on a longtemps crue indifférente à la guerre, commence à la sentir physiquement.
L’effet sur la population civile russe
Les sondages russes ne mesurent pas la peur. Mais les comportements la trahissent. Les recherches pour « abri antiaérien Moscou » ont explosé. Les groupes Telegram de signalement de drones comptent des centaines de milliers d’abonnés. La guerre que Poutine voulait invisible est devenue omniprésente.
La réponse internationale : entre indifférence et calcul
Le silence assourdissant des capitales occidentales
Quand Moscou ferme ses aéroports, les réactions internationales se résument à des dépêches factuelles. Pas de condamnation. Pas de soutien explicite aux frappes ukrainiennes. Pas non plus de critique. Un silence diplomatique qui en dit long. Les capitales occidentales qui fournissent des armes à l’Ukraine n’ont aucun intérêt à commenter les frappes sur le territoire russe. Approuver, c’est escalader. Condamner, c’est trahir un allié. Alors on se tait.
Et pourtant, les frappes en profondeur ukrainiennes reposent sur un écosystème technologique en partie occidental. Les composants électroniques, les systèmes de navigation ne surgissent pas du néant. L’Ukraine fabrique ses drones. Mais la ligne entre « aide défensive » et « aide offensive » est devenue invisible.
Le silence occidental n’est ni de l’indifférence ni de la lâcheté. C’est du calcul. Laisser l’Ukraine frapper sans commenter permet de maintenir la pression sur la Russie sans en porter la responsabilité publique. C’est commode. C’est aussi profondément cynique. Mais dans cette guerre, le cynisme est devenu la norme diplomatique.
L’OTAN et la question des lignes rouges
Où sont les lignes rouges? La Russie les a brandies cent fois. Les HIMARS devaient provoquer la Troisième Guerre mondiale. Les chars Leopard aussi. Les F-16 aussi. Rien n’est arrivé. Des missiles ukrainiens frappent à 1 200 kilomètres à l’intérieur de la Russie. Les lignes rouges de Poutine ont la solidité d’un trait de crayon sur du sable mouillé.
La guerre des drones : le champ de bataille du XXIe siècle
L’Ukraine, laboratoire mondial de la guerre autonome
Ce qui se joue au-dessus de Moscou dépasse ce conflit. C’est la première guerre des drones à grande échelle de l’histoire. L’Ukraine est devenue le laboratoire vivant d’une révolution militaire. Les drones sont des armes stratégiques capables de paralyser les aéroports d’une superpuissance et de frapper ses usines d’armement à mille kilomètrès.
Le Pentagone prend des notes. Pékin analyse. Tel-Aviv adapte. La leçon : la masse l’emporte sur la sophistication. Cent drones à 50 000 dollars sont plus efficaces qu’un missile à 5 millions. L’avenir de la guerre est bon marché, nombreux et autonome.
Les militaires appellent ça la « masse distribuée ». Les économistes appelleraient ça la « disruption ». En langage clair, ça veut dire que la Russie a dépensé des milliards pour un bouclier antimissile qui ne peut pas arrêter des armes cent fois moins chères. Et que cette réalité ne changera pas. Elle va s’amplifier.
L’intelligence artificielle dans le ciel de guerre
Les drones ukrainiens de 2026 ne sont plus ceux de 2022. L’intelligence artificielle embarquée leur permet de modifier leur trajectoire, d’éviter les défenses et de coordonner leurs essaims sans intervention humaine. Le brouillage électronique russe perd en efficacité face à des machines qui calculent toutes seules. La course technologique est lancée. L’Ukraine mène.
Que signifie cette escalade pour la suite du conflit?
Les scénarios qui se dessinent
La fermeture des aéroports de Moscou le 22 février 2026 n’est pas un incident isolé. C’est un marqueur. Le conflit a franchi un seuil dont il ne reviendra pas. La production ukrainienne de drones et de missiles de croisière augmente chaque mois. Les capacités de frappe vont croître, pas diminuer.
Pour la Russie, les options sont limitées. Renforcer les défenses de Moscou signifie les affaiblir ailleurs. Escalader les bombardements sur l’Ukraine ne fait qu’augmenter la détermination ukrainienne à frapper en retour. Négocier impliquerait d’admettre que la guerre n’est pas la « opération spéciale » victorieuse promise. Chaque option à un coût que le Kremlin n’est pas prêt à payer.
Trois ans après le début de l’invasion, la Russie se retrouve dans une position que personne n’avait anticipée : défendre son propre ciel contre un pays qu’elle devait conquérir en trois jours. Le plan Kovyor n’est pas un protocole de sécurité. C’est le symbole d’un échec stratégique colossal.
Le facteur temps
Le temps joue contre la Russie sur ce front précis. Chaque mois, l’Ukraine produit plus de drones. Chaque mois, la portée de ses missiles augmente. Chaque mois, la Russie consomme des missiles intercepteurs qu’elle ne peut pas remplacer au même rythme — les sanctions occidentales sur les composants électroniques compliquent la production. L’attrition asymétrique est en marche. Et elle favorise celui qui dépense le moins par frappe.
Conclusion : Le ciel de Moscou ne sera plus jamais le même
Ce que cette nuit nous apprend
Le 22 février 2026, quatre aéroports ont fermé. Des passagers ont attendu. Des drones ont été abattus. Et le monde a continué de tourner. En apparence, un incident mineur. En réalité, un basculement historique. La Russie, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, deuxième arsenal militaire de la planète, n’est plus capable de garantir la sécurité de son propre espace aérien au-dessus de sa propre capitale.
Ce n’est pas un échec ponctuel. C’est un verdict. Une guerre lancée avec arrogance, menée avec brutalité, qui se retourne contre celui qui l’a déclenchée. Les drones ukrainiens ne gagneront pas la guerre. Mais ils ont gagné autre chose : la démonstration que personne, pas même Moscou, n’est au-dessus des conséquences de ses actes.
Moscou ferme ses aéroports. Kyiv enterre ses morts. La disproportion est obscène. Mais il y à quelque chose de neuf dans le ciel de ce 22 février. Quelque chose qui ressemble, peut-être, au début d’un rééquilibrage. Pas de la justice. Pas encore. Mais d’une vérité que la Russie ne peut plus ignorer : la guerre est un boomerang. Et il est en train de revenir.
La question qui reste
Maintenant, vous savez. Vous savez que 345 projectiles ont été tirés sur l’Ukraine en une nuit. Vous savez que l’Ukraine a répondu avec des drones qui ont fermé les aéroports de Moscou. Vous savez que le Flamingo frappe à 1 200 kilomètres. Vous savez que le plan Kovyor est devenu une routine. Vous savez que Votkinsk a été touché. Vous savez que la défense antiaérienne russe ne suffit plus.
La question : combien de temps encore le monde va-t-il regarder cette guerre sans la nommer?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique d’opinion, rédigée par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant. Je ne suis pas journaliste. Je ne prétends pas à la neutralité. Je revendique une lucidité analytique qui assume ses prises de position. Cette chronique s’inscrit dans une démarche de décryptage critique de l’actualité internationale, avec un positionnement clair en faveur du droit international, de la souveraineté des États et de la protection des populations civiles.
Méthodologie et sources
Les faits rapportés dans cette chronique proviennent de sources primaires (communiqués officiels ukrainiens et russes, déclarations du maire de Moscou, données de la Force aérienne ukrainienne) et de sources secondaires (médias internationaux reconnus : Kyiv Indépendent, Kyiv Post, Ukrainska Pravda, Defence-UA, UNN, The Star). Les analyses et interprétations sont celles de l’auteur et n’engagent que lui. Les chiffres militaires provenant de sources officielles belligérantes doivent être considérés avec la prudence habituelle en temps de guerre.
Nature de l’analyse
Cette chronique est une synthèse critique et contextuelle. Elle combine des faits vérifiés avec une analyse éditoriale assumée. Les passages en italique (em) représentent les opinions et réflexions personnelles du chroniqueur. Le reste du texte s’appuie sur des faits documentés et sourcés. Le lecteur est invité à consulter les sources originales pour se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
UNN — Moscow attacked by UAVs, airports in the Russian capital restricted opérations
Defence-UA — Ukrainian Air Force shows how it repelled Russia’s combined night attack on February 22
Sources secondaires
Kyiv Post — Drone Blitz Closes Moscow Airports for 7 Hours, Nearly 300 Shot Down Nationwide
The Star — Moscow airports restrict flights amid drone attack
WION News — Moscow airports closed after Ukrainian drone attacks
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