De Briansk à Moscou, un couloir de feu
La cartographie de cette attaque raconte une histoire que le Kremlin préférerait effacer. Les drones n’ont pas frappé uniquement la capitale. Ils ont traversé 12 régions russes, dessinant un arc de vulnérabilité qui s’étend de la frontière ukrainienne jusqu’au cœur du pouvoir russe. Briansk : 118 drones abattus. Moscou : 40. Kalouga : 40. Puis Toula, Novgorod, Iaroslavl, Lipetsk, Smolensk, Koursk, Orel, Voronej, Riazan.
Chaque nom de ville est une gifle au récit officiel russe. Chaque drone abattu au-dessus d’une région russe est la preuve que la défense antiaérienne de la Russie — celle-là même qui devait protéger le territoire national — est saturée. Quand vous avez besoin d’intercepter 287 drones en quatre heures, ce n’est plus de la défense. C’est de la survie.
La Russie a envahi l’Ukraine pour contrôler son espace. Trois ans plus tard, elle ne contrôle même plus le sien.
Briansk, le bouclier qui craque
La région de Briansk, frontalière de l’Ukraine, a absorbé le plus gros de l’attaque avec 118 drones interceptés. Ce chiffre est à la fois impressionnant et révélateur. Impressionnant parce qu’il montre la capacité de la défense antiaérienne russe à engager un grand nombre de cibles. Révélateur parce que, malgré ce barrage, des dizaines de drones ont continué leur route vers Moscou. 118 arrêtés, mais combien sont passés?
Le système de défense russe fonctionne en couches succèssives. Chaque couche est censée filtrer les menaces. Et pourtant, 36 drones ont atteint l’espace aérien de la capitale. Ce qui signifie que le filtre est poreux. Que la profondeur stratégique de la Russie — cet avantage géographique que Napoléon et Hitler ont appris à redouter — ne protège plus contre des essaims de drones à bas coût.
Les aéroports : quand le ciel se referme
Cheremetievo, le géant cloué au sol
Cheremetievo. Le plus grand aéroport de Russie. Hub international par lequel transitent des millions de passagers chaque année. Les vols vers Istanbul, vers Dubaï, vers Pékin — les seules destinations encore accèssibles à une Russie sous sanctions. Ce 22 février, 30 vols au départ ont été retardés. 35 vols à l’arrivée. Des avions en approche ont été déroutés. Des passagers déjà à bord ont attendu sur le tarmac, sans information, sans horizon.
La situation la plus critique s’est concentrée à Cheremetievo, mais elle n’a épargné aucun aéroport. À Vnoukovo, 10 vols ont été purement annulés, y compris des liaisons vers Saint-Pétersbourg, Oufa et Istanbul. Quand un pays ne peut plus garantir la sécurité de ses propres aéroports, il ne peut plus garantir grand-chose.
Sept heures de fermeture. Sept heures pendant lesquelles la Russie a dû admettre, dans le silence de ses terminaux vides, qu’elle ne maîtrisait plus son propre ciel.
Le plan Kovior : l’aveu déguisé en protocole
Le plan Kovior. Ce nom technique, presque banal, désigne le protocole de fermeture d’urgence de l’espace aérien civil russe. Déclenché par Rosaviatsia à la demande des autorités militaires. En théorie, c’est une mesure de sécurité. En pratique, c’est un aveu d’impuissance. Quand vous fermez vos quatre aéroports principaux simultanément, vous reconnaissez que votre défense antiaérienne n’est pas suffisante pour garantir la sécurité du trafic civil pendant qu’elle combat une menace aérienne.
Le protocole a été levé, puis réintroduit à Vnoukovo et Cheremetievo. Les restrictions ont été imposées, levées, réimposées. Ce va-et-vient trahit une nervosité que les communiqués officiels tentent de masquer derrière un langage bureaucratique. « Restrictions temporaires », dit Rosaviatsia. Sept heures. 133 vols perturbés. Temporaire, vraiment?
Les dégâts que Moscou ne montre pas
Voronej : quand les débris tombent sur les civils
Le récit officiel russe parle d’interceptions réussies. De drones « détruits ». De « tentatives repoussées ». Ce qu’il ne dit pas, ce sont les conséquences au sol. À Voronej, les débris d’interception — ces morceaux de drones et de missiles qui retombent après chaque tir — ont endommagé des immeubles d’habitation. Une cage d’escalier s’est effondrée dans un bâtiment décrit comme « peu peuplé ». 80 résidents ont été évacués. 16 rues ont perdu l’électricité. Le réseau de chauffage a été endommagé.
En plein hiver russe. Février. Les températures qui flirtent avec -15 degrés. Des familles sans chauffage, sans lumière, chassées de chez elles par les retombées d’une guerre que leur propre gouvernement a déclenchée. Et pourtant, dans les médias d’État russes, ces gens n’existent pas. Ils sont une note de bas de page dans un communiqué triomphal qui célèbre les « 287 drones abattus ».
Les résidents de Voronej ont perdu leur chauffage en plein hiver à cause de débris de drones interceptés. Leur gouvernement appelle ça une victoire. Eux appellent ça survivre.
Veliki Novgorod : les explosions que personne ne commente
Plus au nord, à Veliki Novgorod, des explosions et des incendies ont été signalés. Des rapports non confirmés évoquent une frappe potentielle sur l’usine Akron, un complexe de production d’engrais minéraux. Si cette information se confirme, elle s’inscrit dans une stratégie ukrainienne plus large : frapper l’infrastructure économique russe, pas seulement militaire.
L’usine Akron n’est pas une cible militaire au sens classique. Mais dans une guerre d’attrition, chaque usine qui brûle, chaque chaîne de production interrompue, chaque tonne d’engrais non produite affaiblit l’économie de guerre russe. Et pourtant, la Russie continue de prétendre que ces attaques sont « sans conséquence ». Si elles étaient vraiment sans conséquence, pourquoi fermer quatre aéroports pendant sept heures?
L'usine de Votkinsk : la frappe qui change la donne
Le Flamingo qui a frappé au cœur du nucléaire
Cette attaque massive sur Moscou ne s’est pas produite dans un vide stratégique. Quelques heures plus tôt, l’Ukraine a frappé l’usine de Votkinsk avec des missiles FP-5 « Flamingo ». Votkinsk. Ce nom devrait faire trembler le Kremlin. C’est là que la Russie produit ses missiles balistiques. Les Iskander. Les Topol. Les armes que la Russie utilise pour terroriser les villes ukrainiennes.
Les rapports indiquent des « dommages significatifs à l’un des ateliers de production clés ». Ce qui « pourrait affecter significativement la production de technologie missilière ». Chaque mot compte ici. « Significatif ». « Clé ». « Production ». L’Ukraine n’a pas frappé un entrepôt vide. Elle a frappé là où les missiles naissent. Là où la machine de guerre russe se reproduit.
L’Ukraine a frappé l’usine qui fabrique les missiles qui détruisent ses villes. Ce n’est pas de la vengeance. C’est de la légitime défense à la source.
Le FP-5 Flamingo : l’arme que la Russie n’attendait pas
Le FP-5 « Flamingo ». Un missile de fabrication ukrainienne. Dans les premières semaines de la guerre, en février 2022, l’Ukraine dépendait entièrement de l’aide occidentale pour ses capacités de frappe à longue portée. Quatre ans plus tard, elle produit ses propres missiles capables d’atteindre des installations stratégiques en profondeur du territoire russe.
Cette évolution est considérable. Chaque missile Flamingo qui frappe une usine russe est le produit d’une industrie de défense ukrainienne qui a appris, adapté, innové sous les bombes. Pendant que la Russie concentrait ses efforts pour détruire l’Ukraine, l’Ukraine construisait les armes qui frappent désormais le cœur industriel de la Russie. Et pourtant, le récit dominant en Occident continue de présenter l’Ukraine comme un pays en position de faiblessé qui devrait « négocier ».
Le message stratégique : vous n'êtes plus intouchables
La doctrine de la réciprocité
Chaque attaque de drone sur Moscou porte un message stratégique clair. Pendant des années, la Russie a bombardé les villes ukrainiennes en toute impunité. Kyiv, Kharkiv, Odessa, Dnipro — des millions de civils ont vécu sous la terreur des missiles de croisière, des drones Shahed, des bombes planantes. Les aéroports ukrainiens sont fermés depuis février 2022. Pas sept heures. Quatre ans.
Quand les drones ukrainiens ferment les aéroports de Moscou pendant sept heures, ils disent : ce que vous nous infligez, nous pouvons vous l’infliger. La différence d’échelle reste immense. L’Ukraine subit des bombardements quotidiens qui tuent des civils. Moscou subit des retards de vol. Mais le principe est posé. La Russie n’est plus un sanctuaire.
Les aéroports ukrainiens sont fermés depuis quatre ans. Les aéroports de Moscou ont fermé pendant sept heures, et la Russie appelle cela un « acte de terrorisme ». La disproportion entre les mots et la réalité à quelque chose d’obscène.
L’économie comme cible légitime
L’Ukraine cible de plus en plus les raffineries, les dépôts de carburant, les terminaux d’exportation, les usines d’armement. La stratégie est limpide : affaiblir la machine économique de guerre russe. Chaque raffinerie en flammes, c’est du kérosène en moins pour les avions militaires. Chaque dépôt détruit, c’est du diesel en moins pour les chars. Chaque usine frappée, c’est des missiles en moins pour bombarder les maternités ukrainiennes.
Cette stratégie d’attrition économique est celle que l’Occident aurait dû mener depuis le début avec des sanctions véritablement paralysantes. Au lieu de quoi, les sanctions occidentales ont laissé des échappatoires béantes, permettant à la Russie de continuer à financer sa guerre via le pétrole et le gaz. Ce que la diplomatie n’a pas fait, les drones ukrainiens le font.
Les chiffres de Sobianine : la comptabilité du déni
11, 36 où 287 : le flou arithmétique du Kremlin
Les chiffres officiels russes sur cette attaque sont un exercice de confusion délibéré. Le maire Sobianine a d’abord annoncé 11 drones abattus en une heure. Puis 36 drones abattus au-dessus de la capitale. Le ministère de la Défense a revendiqué 71 interceptions en deux heures, puis 130 en quatre heures, puis 287 au total. Chaque nouveau communiqué gonflait les chiffres du précédent.
Cette inflation numérique pose une question simple : si la Russie a abattu 287 drones, combien l’Ukraine en a-t-elle lancé? Le Kyiv Post parle de « près de 300 ». Ce qui signifierait un taux d’interception proche de 100%. Un chiffre que même les systèmes les plus avancés de l’OTAN auraient du mal à atteindre. Soit les chiffres russes sont gonflés — ce qui est probable. Soit certains de ces « drones abattus » étaient des leurres, des pièces détachées, des fragments comptés deux fois.
La Russie affirme avoir abattu 287 drones. Et pourtant, elle a fermé ses quatre aéroports pendant sept heures. Si la victoire ressemble à cela, on n’ose imaginer à quoi ressemblerait une défaite.
Le silence sur les drones qui sont passés
Ce que les communiqués ne disent jamais, c’est combien de drones ont atteint leur cible. L’usine de Votkinsk a été frappée. Des explosions ont été signalées à Veliki Novgorod. Des dégâts ont été constatés à Voronej. Si tous les drones avaient été abattus, il n’y aurait pas de dégâts au sol. Il n’y aurait pas de cages d’escalier effondrées. Il n’y aurait pas d’usines en feu.
Le ministère russe de la Défense est devenu un maître dans l’art de revendiquer des succès défensifs tout en cachant les échecs. Chaque drone est « abattu ». Chaque missile est « intercepté ». Et pourtant, les explosions continuent. Les incendies se multiplient. Les usines brûlent. Et les aéroports ferment. La réalité à cette qualité implacable : elle ne se soucie pas des communiqués de presse.
Les passagers : otages collatéraux d'une guerre lointaine
133 vols, des milliers de vies suspendues
133 vols. Derrière ce chiffre, il y à des histoires. L’homme d’affaires turc bloqué à Cheremetievo, qui rate une réunion à Istanbul. La famille ouzbèke en transit vers Tachkent, avec deux enfants qui pleurent dans un terminal bondé. Le travailleur migrant qui devait rentrer à Douchanbé pour voir sa mère malade. 133 vols, c’est des milliers de personnes dont les plans, les promesses, les urgences ont été balayés par la guerre.
Ces passagers ne sont pas ukrainiens. Ils ne sont pas, pour la plupart, russes non plus. Ils sont les voyageurs de la mondialisation qui transitent par Moscou faute de mieux, depuis que les sanctions ont réduit les options de vol. Et ce jour-là, ils ont découvert que transiter par la capitale d’un pays en guerre comporte des risques que les agences de voyage ne mentionnent pas.
Quelque part dans un terminal de Cheremetievo, un enfant a demandé à sa mère pourquoi l’avion ne partait pas. Elle n’a pas su quoi répondre. Comment expliquer une guerre à un enfant quand les adultes eux-mêmes refusent de la comprendre?
L’industrie aérienne russe sous pression
L’aviation civile russe était déjà en crise avant cette attaque. Les sanctions occidentales ont coupé l’accès aux pièces détachées Boeing et Airbus. Les compagnies russes cannibalisent leurs propres flottes pour maintenir les avions en vol. Les inspections de sécurité sont devenues des formalités. Et maintenant, en plus de tout cela, les aéroports ferment régulièrement à cause des attaques de drones.
En septembre dernier, plus de 200 vols avaient été perturbés lors d’une attaque similaire mais de moindre ampleur. Si ces attaques deviennent hebdomadaires — ce qui est désormais envisageable — l’aviation civile russe ne pourra plus fonctionner normalement. Les compagnies étrangères qui osent encore desservir Moscou — Turkish Airlines, Emirates, Air China — devront recalculer leurs risques. Et pourtant, la Russie continue de traiter ces attaques comme des « incidents mineurs ».
La défense antiaérienne : le mythe de l'invincibilité
Les S-300 et S-400 face aux drones à bas coût
La Russie a investi des milliards de dollars dans ses systèmes de défense antiaérienne. Les S-300, les S-400, les Pantsir — des systèmes conçus pour intercepter des missiles de croisière et des avions de combat. Des systèmes que la Russie a vendus au monde entier comme l’élite de la défense aérienne. Et ces systèmes sont désormais utilisés pour abattre des drones qui coûtent une fraction de leur prix.
Chaque missile S-300 tiré contre un drone coûte entre 500 000 et 1 million de dollars. Chaque drone ukrainien coûte quelques dizaines de milliers de dollars. Le calcul est dévastateur. Pour abattre 287 drones, la Russie a potentiellement dépensé plus que la valeur totale de l’attaque qu’elle a repoussée. C’est l’asymétrie dans toute sa brutalité : l’Ukraine saigne la Russie économiquement à chaque vague de drones, même quand ces drones sont abattus.
La Russie tire des missiles à un million de dollars pour abattre des drones à vingt mille dollars. L’Ukraine n’a pas besoin de gagner chaque bataille. Elle a juste besoin que chaque bataille coûte plus cher à la Russie qu’à elle.
Le dilemme de la saturation
La stratégie ukrainienne repose sur un principe militaire ancien : la saturation. Envoyez suffisamment de projectiles, et même la meilleure défense finira par être submergée. 300 drones simultanément, c’est 300 cibles que les opérateurs radar doivent traquer, identifier, prioriser et engager. Les systèmes automatisés peuvent aider, mais chaque décision d’engagement mobilise des ressources — missiles, opérateurs, batteries de tir — qui ne sont plus disponibles pour les cibles suivantes.
Et l’Ukraine apprend. Chaque attaque est un test. Chaque vague de drones cartographie les failles du système de défense russe. Les corridors d’approche qui fonctionnent. Les altitudes qui échappent aux radars. Les moments de la nuit où la vigilance faiblit. La prochaine vague sera encore plus calibrée. Encore plus difficile à arrêter.
Le silence de l'Occident : quand la fatigue remplace la solidarité
Une attaque historique, un silence assourdissant
300 drones sur la capitale d’une puissance nucléaire. Quatre aéroports fermés. 133 vols perturbés. Une usine de missiles balistiques frappée. Et quelle a été la réaction de la communauté internationale? Le silence. Pas de condamnation de la Russie pour la guerre qui a rendu cette attaque nécessaire. Pas de soutien explicite à l’Ukraine pour sa capacité à frapper en profondeur. Juste le silence confortable de ceux qui espèrent que le problème se résoudra tout seul.
Ce silence est un choix politique. Un choix qui dit à l’Ukraine : débrouillez-vous. Un choix qui dit à la Russie : continuez. Un choix qui dit au monde : les principes sont négociables quand le gaz est cher. La « fatigue de la guerre » — cette expression que les diplomates occidentaux utilisent avec un soupir fatigué — n’est rien d’autre que la fatigue de devoir prétendre qu’on s’en soucie.
L’Ukraine frappe Moscou avec 300 drones et le monde bâille. L’Ukraine demande des armes et le monde hésite. L’Ukraine meurt et le monde regarde ailleurs. La fatigue de la guerre n’existe que pour ceux qui ne la vivent pas.
La question des négociations
Chaque attaque de drone sur Moscou relance le chœur des « il faut négocier ». Comme si la paix se trouvait dans un compromis entre l’agresseur et l’agressé. Comme si l’Ukraine, en frappant la Russie, commettait une escalade — et non un acte de légitime défense dans une guerre qu’elle n’a pas choisie.
La réalité est plus simple. L’Ukraine frappe Moscou parce que la Russie frappe l’Ukraine. L’Ukraine cible les usines d’armement russes parce que ces usines produisent les armes qui tuent les civils ukrainiens. L’Ukraine ferme les aéroports de Moscou parce que les aéroports ukrainiens sont fermés depuis 1 449 jours. La négociation viendra quand la Russie comprendra que cette guerre lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte. Et chaque drone sur Moscou rapproche ce moment.
Moscou découvre la guerre : le quotidien sous les drones
La nuit du 22 février vue d’en bas
Imaginez. Vous êtes Moscovite. Il est 3 heures du matin. Vous dormez. Puis les sirènes. Les notifications sur votre téléphone. Le canal Telegram de Sobianine qui annonce des « tentatives de drones repoussées ». Les explosions sourdes au loin — où peut-être pas si loin. Vous ne savez pas si c’est un drone abattu où un drone qui a touché sa cible. Vous ne savez pas si votre immeuble est visé. Vous ne savez rien.
Puis le matin. Vous devez prendre un avion. Vous arrivez à l’aéroport. Fermé. Vous attendez. Une heure. Deux heures. Sept heures. Votre vol est annulé. Vous rentrez chez vous dans un taxi qui coûte trois fois le prix normal parce que tout le monde veut rentrer en même temps. Et dans votre tête, une pensée que vous n’osez pas formuler à voix haute : combien de temps ça va durer?
Les Moscovites découvrent l’insomnie des sirènes. Les Ukrainiens la connaissent depuis 1 449 nuits. La différence, c’est que les Moscovites peuvent encore prendre un taxi pour rentrer chez eux. Les Ukrainiens, souvent, n’ont plus de chez-eux.
Le contrat social qui se fissure
Le contrat social implicite entre le Kremlin et les Moscovites a toujours été simple : vous ne vous mêlez pas de politique, et nous vous garantissons le confort. Les magasins pleins. Les cafés ouverts. Les vols à l’heure. La guerre est là-bas, loin, abstraite, un sujet pour la télévision et les chaînes Telegram patriotiques. Pas quelque chose qui touche votre vie quotidienne.
Ce contrat se fissure. Quand vos aéroports ferment, la guerre n’est plus abstraite. Quand des débris tombent sur des immeubles à Voronej, la guerre n’est plus lointaine. Quand votre vol pour Istanbul est annulé parce que des drones ukrainiens survolent la capitale, la guerre entre dans votre salon. Et la question que le Kremlin redoute par-dessus tout commence à germer : pourquoi?
La montée en puissance ukrainienne : chronologie d'une révolution militaire
De la dépendance à l’autonomie
En février 2022, l’Ukraine n’avait aucune capacité de frappe en profondeur contre le territoire russe. Pas de missiles à longue portée. Pas de drones d’attaque. Rien. Quatre ans plus tard, elle lance 300 drones simultanément sur Moscou et frappe des usines de missiles balistiques avec des armes de sa propre fabrication. Cette transformation est l’une des révolutions militaires les plus remarquables de l’histoire moderne.
L’industrie de défense ukrainienne a accompli en quatre ans ce que beaucoup de pays n’accomplissent pas en vingt ans. Elle a conçu, testé, produit et déployé des systèmes de drones capables de frapper à des centaines de kilomètres de profondeur. Le FP-5 Flamingo n’est que la pointe visible de cet iceberg. Derrière, il y à des dizaines de types de drones différents, chacun optimisé pour un rôle spécifique.
L’Ukraine a transformé la nécessité en innovation. Ce que les sanctions et l’aide occidentale n’ont pas pu faire — neutraliser la machine de guerre russe –, les ingénieurs ukrainiens le font depuis leurs ateliers, un drone à la fois.
Le facteur multiplicateur : quantité contre qualité
La force de l’approche ukrainienne ne réside pas dans la sophistication individuelle de chaque drone, mais dans leur nombre. 300 drones en une nuit. Même si chaque drone ne porte qu’une charge limitée, leur effet cumulé est dévastateur. Ils forcent la Russie à dépenser des ressources disproportionnées en défense. Ils usent les stocks de missiles intercepteurs. Ils fatiguent les opérateurs radar. Ils saturent les systèmes.
Et chaque vague augmente en taille. Septembre : 41 drones. Février : 300 drones. La progrèssion est exponentielle. Si cette courbe se maintient, les prochaines attaques pourraient impliquer des centaines de drones supplémentaires. À quel moment la défense russe atteindra-t-elle son point de rupture?
L’alibi nucléaire de la Russie
Chaque fois que l’Ukraine frappe le territoire russe, les propagandistes du Kremlin agitent le spectre nucléaire. « L’Ukraine pousse le monde vers la Troisième Guerre mondiale », martèlent les talk-shows russes. « Toute attaque sur le sol russe est une ligne rouge », menacent les responsables. Et l’Occident, tétanisé par cette rhétorique, hésite. Ralentit ses livraisons d’armes. Impose des restrictions d’emploi. Demande à l’Ukraine de faire preuve de « retenue ».
Mais l’Ukraine n’a pas le luxe de la retenue. La retenue, c’est ce que pratiquent ceux qui ne sont pas bombardés quotidiennement. La retenue, c’est le privilège de ceux dont les enfants vont encore à l’école et non dans des abris souterrains. La retenue, c’est le confort moral de ceux qui regardent la guerre de loin en sirotant leur café.
La Russie menace le monde de l’arme nucléaire chaque fois que l’Ukraine se défend. C’est l’équivalent géopolitique d’un cambrioleur qui menace de brûler la maison si sa victime ose appeler la police.
Le calcul cynique de l’inaction
L’inaction occidentale face à cette guerre repose sur un calcul cynique. Le gaz russe coûte cher à remplacer. Les élections approchent dans plusieurs pays. L’opinion publique est fatiguée. Et puis, l’Ukraine est loin, n’est-ce pas? Ce n’est pas « notre » guerre. Sauf que chaque frontière violée impunément est un précédent. Chaque génocide toléré est une invitation au suivant. Chaque dictateur qui regarde Poutine s’en tirer prend des notes.
Les drones ukrainiens sur Moscou ne sont pas seulement une arme militaire. Ils sont un message politique. Un message qui dit : nous ne nous rendrons pas. Nous ne « négocierons » pas notre existence. Nous frapperons aussi longtemps et aussi fort qu’il le faudra. Et si le monde ne veut pas nous aider, nous nous aiderons nous-mêmes.
Conclusion : Le ciel de Moscou n'est qu'un début
Ce que cette nuit annonce
Le 22 février 2026 restera dans l’histoire de cette guerre comme le jour où l’Ukraine a démontré qu’elle pouvait paralyser la capitale russe. Pas la détruire — l’Ukraine n’a ni les moyens ni l’intention de bombarder des civils comme la Russie le fait quotidiennement. Mais la paralyser. Fermer ses aéroports. Perturber ses vols. Forcer ses habitants à lever les yeux vers un ciel qu’ils croyaient inviolable.
Cette capacité ne fera que croître. Les drones ukrainiens deviendront plus nombreux, plus sophistiqués, plus difficiles à intercepter. Les cibles s’élargiront. Les raffineries, les dépôts, les usines, les infrastructures — tout ce qui alimente la machine de guerre russe est désormais à portée. Et chaque jour qui passe, l’Ukraine renforcé cette capacité.
Moscou a fermé ses aéroports pendant sept heures. L’Ukraine n’a pas d’aéroports depuis quatre ans. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut frapper Moscou. La question est de savoir combien de temps Moscou peut encaisser avant de comprendre que cette guerre est perdue.
Le choix qui reste
La Russie à un choix. Elle peut continuer cette guerre, et chaque mois apportera de nouvelles vagues de drones, de nouvelles usines frappées, de nouveaux aéroports fermés, de nouvelles fissures dans le contrat social avec ses citoyens. Ou elle peut arrêter. Se retirer du territoire ukrainien. Accepter que cette invasion était une erreur stratégique catastrophique.
Le monde aussi à un choix. Il peut continuer à regarder, à « s’inquiéter », à appeler à la « retenue » des deux côtés comme si l’agresseur et l’agressé étaient interchangeables. Ou il peut agir. Armer l’Ukraine. Sanctionner véritablement la Russie. Choisir un camp — celui du droit international, celui de la souveraineté, celui de la vérité.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
UNN — Moscow attacked by UAVs – airports in the Russian capital restricted opérations
Kyiv Post — Drone Blitz Closes Moscow Airports for 7 Hours, Nearly 300 Shot Down Nationwide
Sources secondaires
Pravda Turkey — More than 100 flights delayed or cancelled in Moscow amid massive UAV attack
The Star — Moscow airports restrict flights amid drone attack
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.