Un nom de code qui dit tout
Enigma 2.0. Le choix du nom n’est pas anodin. Comme la machine Enigma de la Seconde Guerre mondiale, dont le décryptage a changé le cours de l’histoire, cette opération repose sur le même principe : percer les codes de l’ennemi. Les services de renseignement russes pensaient que leurs communications étaient impénétrables. Ils utilisaient des messageries chiffrées, des portefeuilles de cryptomonnaies, des cartes bancaires étrangères. Ils recrutaient dans les prisons russes. Ils opéraient depuis la Moldavie, pays tiers, pour brouiller les pistes. Et pourtant, le contre-espionnage ukrainien a tout déchiffré.
L’opération conjointe a impliqué trois piliers institutionnels ukrainiens — le SSU, la Police nationale et le Bureau du procureur général — auxquels s’est ajoutée l’Inspection générale de police de Moldavie. Plus de 20 perquisitions ont été menées simultanément dans plusieurs régions ukrainiennes. Le butin saisi parle de lui-même : armes à feu, munitions, grenades, explosifs, équipements de communication, appareils numériques. Et surtout, les correspondances avec les commanditaires russes — la preuve irréfutable que tout venait de Moscou.
Quand un État envoie des tueurs déguisés en livreurs dans un pays souverain, on n’appelle pas ça de l’espionnage. On appelle ça du terrorisme d’État. La seule différence, c’est que celui qui le commet siège au Conseil de sécurité de l’ONU.
La mécanique du meurtre planifié
Le réseau ne fonctionnait pas comme une bande de criminels improvisés. C’était une structure militaire hiérarchisée. Au sommet, les commanditaires russes — des officiers des services de renseignement qui donnaient les ordres depuis Moscou. En dessous, un coordinateur basé en Moldavie. Puis des cellules spécialisées, chacune avec sa fonction précise. Les équipes de surveillance documentaient les habitudes des victimes potentielles : leurs domiciles, leurs lieux de travail, leurs itinéraires quotidiens, leurs dispositifs de sécurité. Certains opérateurs se faisaient passer pour des employés de services de livraison pour approcher les cibles sans éveiller les soupçons. Ils marquaient les emplacements sur Google Maps et faisaient régulièrement leurs rapports à leurs curateurs en Russie.
Les équipes d’exécution avaient préparé plusieurs scénarios d’assassinat. Tir à bout portant. Voiture piégée. Le choix de la méthode dépendait de la cible, de son niveau de protection et de l’impact médiatique recherché. Car c’était précisément l’objectif avoué de l’opération russe : générer la panique, produire une couverture médiatique négative et déstabiliser la perception sécuritaire en Ukraine. Tuer, oui — mais surtout terroriser. Montrer que personne n’est à l’abri. Que la Russie peut frapper n’importe qui, n’importe où, n’importe quand.
Les cibles : des visages derrière la liste de mort
Andrii Yusov, l’homme que Moscou voulait faire taire
En tête de la liste figurait Andrii Yusov, porte-parôle de la Direction principale du renseignement militaire (GUR) et vice-directeur du Quartier général de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre. Un homme dont le visage apparaît régulièrement sur les écrans ukrainiens et internationaux. Un homme qui communique sur les opérations de renseignement ukrainiennes, sur les échanges de prisonniers, sur les succès militaires. Un homme qui, par sa seule existence médiatique, rappelle au monde que l’Ukraine résiste, que l’Ukraine frappe et que l’Ukraine gagne des batailles dans l’ombre.
Pour Moscou, éliminer Yusov aurait eu une valeur symbolique considérable. Ce n’est pas un soldat anonyme sur le front. C’est un visage. Une voix. Le tuer, c’est envoyer un message : personne qui parle n’est en sécurité. C’est exactement la logique des assassinats politiques russes depuis des décennies — de Anna Politkovskaïa à Boris Nemtsov, de Alexandre Litvinenko à Alexeï Navalny. Faire taire ceux qui parlent. Terroriser ceux qui restent.
Andrii Yusov se lève chaque matin en sachant que le Kremlin veut sa mort. Il va quand même devant les caméras. Il parle quand même. Il y à un mot pour ça. Ce mot, c’est courage.
Dmitry Gordon et les autrès noms sur la liste noire
La liste ne s’arrêtait pas à Yusov. Le journaliste Dmitry Gordon, figure emblématique des médias ukrainiens, figurait aussi parmi les cibles prioritaires. Un homme que la Russie a classé sur sa liste d’« extrémistes » et qui est recherché par la police russe. Son crime aux yeux de Moscou : avoir donné la parôle à ceux que le Kremlin veut réduire au silence. Avoir documenté. Avoir posé des questions. Avoir refusé de se taire.
S’ajoutaient à cette liste macabre : un dirigeant d’une entreprise stratégique d’État, des militaires actifs de la Direction du renseignement, des combattants de la Légion internationale du GUR, des membres des Forces d’opérations spéciales et un activiste pro-ukrainien d’origine russe. Ce dernier détail est révélateur. La Russie ne cherche pas seulement à éliminer ses ennemis. Elle cherche à éliminer ses propres citoyens qui ont choisi le camp de la liberté. Un Russe qui soutient l’Ukraine n’est pas un dissident aux yeux du Kremlin. C’est un traître. Et les traîtrès, dans la Russie de Poutine, ont une espérance de vie limitée.
Le meneur : portrait d'un tueur recruté en prison
Șepeli Nicolae Andrei, 30 ans, tueur sous contrat
Au centre de ce réseau, un homme. Șepeli Nicolae Andrei, 30 ans, citoyen moldave, récidiviste. Son parcours raconte à lui seul comment fonctionne le recrutement des services russes. Condamné en 2017 en Russie pour trafic de drogue, il a été transféré en Moldavie en 2019 pour purger la fin de sa peine. C’est dans les prisons russes que les services de renseignement l’ont repéré, approché, recruté. Un homme avec un casier, sans avenir, sans scrupules — le candidat parfait.
En 2022, Șepeli a bénéficié d’une grâce présidentielle accordée par Maia Sandu, la présidente moldave. La grâce faisait suite à des pétitions de l’intéressé et du parquet. Une procédure banale, administrative. Personne ne pouvait savoir que cet homme libéré allait devenir le coordinateur d’un réseau d’assassins au service de Moscou. Dès sa libération, Șepeli a été dépêché par ses commanditaires russes en Moldavie pour y assembler une unité agent-combat opérant sous supervision directe du Kremlin.
Un criminel recruté en prison russe, gracié en Moldavie, envoyé tuer en Ukraine. Trois pays. Un seul commanditaire. Et au bout de la chaîne, toujours les mêmes mains qui tirent les ficelles — celles qui siègent au Kremlin.
La grâce révoquée : Chișinău réagit
Le 19 février 2026, l’administration de Maia Sandu a révoqué la grâce présidentielle de Șepeli, invoquant « de nouvelles circonstances fournies par les autorités compétentes ». Un geste nécessaire, mais qui pose une question dérangeante : combien d’autrès Șepeli ont été libérés des prisons russes avec une mission dans la poche ? Combien d’autrès criminels de droit commun ont été recyclés en agents dormants, en exécutants, en instruments de la politique étrangère russe ?
La Moldavie se retrouve dans une position inconfortable. Pays candidat à l’Union européenne, gouverné par une présidente résolument pro-européenne, Chișinău a coopéré pleinement avec Kyiv dans cette opération. Trois suspects arrêtés sur sol moldave, dont le coordinateur du réseau. Et pourtant, c’est aussi depuis la Moldavie que le réseau opérait. C’est aussi la Moldavie qui avait libéré l’homme qui le dirigeait. La coopération est exemplaire. Mais la faille sécuritaire est réelle. Et la Russie l’avait exploitée avec une précision chirurgicale.
Moscou et l'assassinat comme instrument diplomatique
Une tradition qui remonte bien avant Poutine
L’opération Enigma 2.0 n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une tradition longue et documentée d’assassinats politiques orchestrés par les services russes. Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium-210 à Londres en 2006. Anna Politkovskaïa, abattue dans l’ascenseur de son immeuble moscovite la même année. Boris Nemtsov, assassiné à quelques pas du Kremlin en 2015. Sergueï Skripal, empoisonné au Novitchok à Salisbury en 2018. Alexeï Navalny, mort dans une colonie pénitentiaire arctique en 2024.
À chaque fois, le même schéma. À chaque fois, le même démenti cynique. À chaque fois, la même impunité. Et à chaque fois, le monde exprime son « inquiétude », adopte des « sanctions », publie des « communiqués » — puis passe à autre chose. Et pourtant, les assassinats continuent. Ils s’intensifient même, maintenant que la guerre en Ukraine offre un terrain d’opération sans précédent. Le SSU a révélé que d’autrès complots avaient été déjoués récemment, y compris des opérations impliquant des agentes du FSB fabriquant des engins explosifs improvisés destinés à des lieux publics bondés à Kyiv et Jytomyr.
Litvinenko. Politkovskaïa. Nemtsov. Skripal. Navalny. Et maintenant, Yusov, Gordon, des dizaines d’autrès. La liste s’allonge. La communauté internationale s’indigne. Puis elle oublie. Et Moscou recommence.
Le meurtre comme message géopolitique
Pour comprendre pourquoi la Russie organise des assassinats ciblés en pleine guerre, il faut comprendre la logique qui les sous-tend. Ce n’est pas de la vengeance. Ce n’est pas de l’impulsivité. C’est de la stratégie. Chaque assassinat — réussi où déjoué — envoie un triple message. Aux Ukrainiens : vous n’êtes en sécurité nulle part. Aux alliés occidentaux : nous pouvons frapper au-delà des lignes de front. Au peuple russe : nous punissons les traîtres.
Le procureur général ukrainien Ruslan Kravchenko l’a formulé sans détour : « La partie russe a promis aux exécutants jusqu’à 100 000 dollars — le montant dépendait de la notoriété et de l’influence de la victime potentielle. » Cette phrase est glaçante dans sa banalité comptable. Il y à une grille tarifaire. Un porte-parôle militaire vaut plus cher qu’un activiste. Un journaliste célèbre vaut plus qu’un officier anonyme. La Russie a littéralement mis un prix sur la tête de citoyens ukrainiens — et ce prix fluctue selon l’impact médiatique de leur mort.
Les livreurs de la mort : quand les tueurs sonnent à votre porte
Se déguiser pour mieux tuer
Un détail de l’enquête restera gravé. Les membres du réseau se faisaient passer pour des employés de services de livraison. Ils sonnaient aux portes. Ils repéraient les entrées, les sorties, les horaires. Ils notaient les habitudes des cibles sur Google Maps. La banalité du mal, dans sa version 2026. Un livreur qui sonne à votre porte avec un colis. Sauf que le colis, c’est une reconnaissance de terrain. Et la prochaine visite, ce sera peut-être une balle.
Ce mode opératoire dit quelque chose de profond sur la guerre hybride russe. Elle ne se contente pas des chars et des missiles. Elle s’infiltre dans le quotidien. Elle transforme un geste anodin — recevoir un colis — en menace potentielle. Elle empoisonne la confiance. Elle installe la paranoïa. Et c’est exactement l’objectif. L’enquête a établi que les commanditaires russes voulaient « générer l’alarme publique » et produire une « couverture médiatique négative ». Le meurtre n’est pas la fin. C’est le moyen. La fin, c’est la peur.
Imaginez. On sonne chez vous. Vous ouvrez. Un livreur sourit. Il répart. Vous ne savez pas qu’il vient de photographier votre porte, votre couloir, votre routine. Vous ne savez pas que demain, ce sera quelqu’un d’autre qui viendra. Avec autre chose qu’un colis.
Vingt perquisitions simultanées, un réseau démantelé
La réponse ukrainienne a été massive et coordonnée. Plus de 20 perquisitions simultanées dans plusieurs régions du pays. Les forces de l’ordre ont saisi des téléphones portables, des armes à feu, des munitions, des grenades, des explosifs et du matériel informatique. Mais le plus précieux, c’est ce qui se trouvait dans les appareils numériques : les correspondances avec les commanditaires russes. Les ordres. Les montants. Les noms de code. La preuve, noire sur blanc, que tout remontait à Moscou.
Les sept suspects arrêtés en Ukraine font face à des accusations qui peuvent leur valoir la prison à vie avec confiscation des biens. Préparation de meurtre avec préméditation sur commande. Possession illégale d’armes et d’explosifs. D’autrès charges pourraient s’ajouter au fur et à mesure que l’enquête progrèsse. En Moldavie, les trois suspects — dont le coordinateur Șepeli — font face à des procédures similaires dans le cadre de l’équipe d’enquête conjointe ukraino-moldave.
La Moldavie prise entre deux feux
Un allié fiable mais une terre de transit
La coopération entre Kyiv et Chișinău dans l’opération Enigma 2.0 est un signal fort. La Moldavie de Maia Sandu a choisi son camp. Elle coopère avec l’Ukraine. Elle arrête des suspects sur son sol. Elle révoque des grâces présidentielles quand la situation l’exige. Et pourtant, la Moldavie reste un terrain de transit privilégié pour les opérations russes. Sa proximité géographique avec l’Ukraine, la présence de la Transnistrie — région séparatiste où stationnent encore des troupes russes — et la porosité relative de ses frontières en font un point d’entrée logique pour les réseaux clandestins.
Le cas Șepeli est emblématique. Un homme condamné en Russie, transféré en Moldavie, gracié par la présidente, puis recruté par Moscou pour organiser des assassinats en Ukraine. Trois pays traversés. Trois systèmes judiciaires. Et à la fin, c’est le contre-espionnage ukrainien qui a dû faire le travail. La question que personne ne pose : combien d’autrès réseaux opèrent en ce moment même depuis la Moldavie ? Depuis la Géorgie ? Depuis les Balkans ?
La Moldavie fait ce qu’elle peut. Maia Sandu joue le jeu. Mais quand votre voisin est un État qui transforme vos prisons en centrès de recrutement pour ses tueurs, la bonne volonté à ses limites.
La Transnistrie, trou noir sécuritaire aux portes de l’Europe
On ne peut pas parler de la Moldavie sans parler de la Transnistrie. Cette bande de terre coincée entre le Dniestr et la frontière ukrainienne, où 1 500 soldats russes stationnent depuis les années 1990. Un territoire fantôme, non reconnu par la communauté internationale, mais parfaitement opérationnel pour les services russes. Un trou noir sécuritaire aux portes de l’Europe, où les lois moldaves ne s’appliquent pas et où Moscou dispose d’une base arrière permanente.
L’enquête sur Enigma 2.0 n’a pas révélé de lien direct avec la Transnistrie. Mais la question se pose naturellement. Quand la Russie recrute des Moldaves pour tuer des Ukrainiens, quand elle finance des réseaux clandestins dans un pays qui abrite déjà une de ses garnisons, les connexions logistiques sont une évidence géographique. Et pourtant, la communauté internationale continue de traiter la question transnistrienne comme un « conflit gelé ». Gelé pour qui ? Certainement pas pour ceux qui figurent sur les listes de cibles russes.
Le front invisible : la guerre des services secrets
Une guerre qui ne fait pas la une
Pendant que le monde compte les kilomètrès de front, les chars détruits et les missiles interceptés, une autre guerre se mène dans l’ombre. Celle des services de renseignement. Celle des opérations clandestines. Celle des assassinats déjoués et de ceux qui ne le sont pas. Cette guerre-là ne produit pas d’images spectaculaires pour les journaux télévisés. Pas de colonnes de fumée. Pas de cratères dans les immeubles résidentiels. Mais elle est tout aussi mortelle. Et tout aussi décisive.
Le SSU a révélé qu’en parallèle de l’opération Enigma 2.0, d’autrès complots avaient été déjoués récemment. Des agentes du FSB fabriquaient des engins explosifs improvisés destinés à des lieux publics bondés à Kyiv et à Jytomyr. Des bombes dans des marchés. Des explosifs dans des centrès commerciaux. La guerre totale, menée non pas contre l’armée ukrainienne, mais contre la population civile. Contre des gens qui font leurs courses. Qui achètent du pain. Qui vivent.
Il y à la guerre qu’on voit. Les missiles, les drones, les tranchées. Et il y a celle qu’on ne voit pas. Les tueurs déguisés en livreurs, les bombes dans les marchés, les listes de cibles tapées sur un clavier moscovite. Cette guerre-là ne fait jamais la une. Et pourtant, elle tue tout autant.
Le SSU, rempart silencieux
Le Service de sécurité d’Ukraine opère dans des conditions que peu de services de renseignement occidentaux peuvent imaginer. Un pays en guerre ouverte. Un ennemi qui dispose de l’un des plus grands appareils de renseignement au monde. Des ressources limitées face à un adversaire qui n’a aucune contrainte légale, morale où budgétaire. Et malgré cela, opération après opération, le SSU démantèle des réseaux, arrête des agents, sauve des vies.
L’opération Enigma 2.0 démontre un niveau de sophistication opérationnelle remarquable. Infiltrer un réseau compartimenté. Identifier les membres d’une organisation qui communique par canaux chiffrés et se paie en cryptomonnaie. Coordonner des perquisitions simultanées dans plusieurs régions. Coopérer avec un service étranger pour des arrestations synchronisées dans deux pays. Tout cela en temps de guerre, sous bombardement constant, avec des effectifs qui sont aussi sollicités sur le front. Et pourtant, ils l’ont fait. Ils réussissent. Encore et encore.
Les charges et la justice : peines maximales en vue
Prison à vie avec confiscation des biens
Les suspects arrêtés en Ukraine font face à des charges qui ne laissent pas de place à l’ambiguïté. Préparation de meurtre avec préméditation sur commande — article du Code pénal ukrainien qui prévoit la réclusion à perpétuité avec confiscation des biens. Détention et manipulation illégales d’armes et d’explosifs. L’enquête préliminaire est en cours, et d’autrès charges pourraient s’ajouter au fur et à mesure que les appareils numériques saisis livrent leurs secrets.
Le procureur général Ruslan Kravchenko a été clair : « Dans le cadre du travail d’une équipe d’enquête conjointe d’agents de la force publique ukrainiens et moldaves, un groupe organisé a été démasqué qui préparait des meurtrès sur commande de citoyens ukrainiens et d’étrangers connus. » La formulation est juridique, précise, calibrée pour le tribunal. Mais derrière chaque mot se cache une réalité humaine : des gens qui allaient mourir. Des familles qui allaient être détruites. Des vies qui allaient s’arrêter net, sur ordre d’un bureau à Moscou.
Prison à vie. C’est ce que risquent les exécutants. Mais les commanditaires, eux, restent à Moscou. Intouchables. Protégés par le pouvoir qui les a envoyés. Les petites mains tombent. Les cerveaux prospèrent.
Le défi de la justice transnationale
L’équipe d’enquête conjointe ukraino-moldave est un modèle de coopération judiciaire en temps de guerre. Mais elle expose aussi les limites du droit international face au terrorisme d’État russe. Les exécutants seront jugés. Les intermédiaires seront condamnés. Mais les officiers du renseignement russe qui ont conçu l’opération, recruté les agents, fixé les prix et désigné les cibles ? Ils ne seront jamais inquiétés. Pas tant que Vladimir Poutine dirigera la Russie. Pas tant que Moscou disposera de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.
Et pourtant, la documentation est là. Les preuves sont là. Les correspondances entre les suspects et leurs commanditaires russes ont été saisies. Les chaînes de communication, les transferts de fonds, les ordres d’exécution — tout est documenté. Le jour viendra, peut-être, où ces preuves serviront. Où un tribunal international demandera des comptes. Ce jour n’est pas pour demain. Mais les preuves, elles, ne disparaîtront pas.
Zelensky et le message aux ennemis de l'Ukraine
Un président forgé par la guerre
Volodymyr Zelensky sait mieux que quiconque ce que signifie être sur une liste de cibles russes. Depuis le premier jour de l’invasion, en février 2022, il vit sous la menace permanente d’un assassinat. Les premières heures de la guerre ont vu des groupes de sabotage russes tenter de l’atteindre à Kyiv. Quatre ans plus tard, la menace n’a pas diminué. Elle s’est sophistiquée. Et quand Zelensky prend la parôle pour saluer ceux qui neutralisent les tueurs envoyés par Moscou, il parle aussi en connaissance de cause. Il parle aussi de sa propre survie.
En juin 2025, les services de sécurité polonais avaient déjà déjoué un complot visant directement le président ukrainien. L’opération Enigma 2.0 de février 2026 visait d’autrès cibles, mais le message reste le même : la Russie ne cessera pas. Pas tant que l’Ukraine existera comme État souverain. Pas tant que des voix libres s’élèveront contre la guerre d’agression russe. Chaque assassinat déjoué est une victoire. Mais chaque victoire rappelle que la prochaine tentative est déjà en préparation.
Zelensky remercie ses services secrets. Mais derrière les remerciements officiels, il y à cette réalité que tout le monde connaît et que personne ne dit : lui-même est la cible numéro un. Chaque jour. Depuis quatre ans. Et il est toujours là.
Le message : nous vous trouverons
Au-delà de la gratitude exprimée, les mots de Zelensky portent un avertissement. Aux services russes : nous vous trouverons. À ceux qui acceptent de tuer pour Moscou : vous finirez en prison. Aux alliés de l’Ukraine : regardez ce que nous affrontons. Et au monde entier : voilà la nature du régime contre lequel nous nous battons. Un régime qui envoie des tueurs déguisés en livreurs. Un régime qui recrute des criminels dans ses prisons pour assassiner des journalistes dans un pays étranger. Un régime qui met un prix sur la tête de ceux qui disent la vérité.
L’opération Enigma 2.0 est aussi un message à l’Occident. Au moment où certaines voix appellent à des « négociations » avec Moscou, au moment où des politiciens suggèrent que l’Ukraine devrait « faire des concessions », cette opération rappelle avec qui, exactement, on propose de négocier. Avec un État qui recrute des tueurs à gages pour assassiner des civils. Avec un régime qui planifie des attentats dans des lieux publics. Avec un gouvernement pour lequel la vie humaine à un prix de marché — et ce prix est de 100 000 dollars.
La guerre de l'ombre ne s'arrêtera pas
Après Enigma 2.0, il y aura Enigma 3.0
Soyons lucides. L’opération Enigma 2.0 est un succès. Dix suspects arrêtés. Un réseau démantelé. Des vies sauvées. Mais ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le début de la fin. C’est un épisode dans une guerre de l’ombre qui dure depuis des décennies et qui s’est intensifiée de façon dramatique depuis 2022. Le numéro « 2.0 » dans le nom de l’opération dit tout : il y a eu un Enigma 1.0. Il y aura un Enigma 3.0. Et entre ces opérations, combien de complots ne seront pas déjoués ?
La Russie dispose de ressources quasi illimitées pour ce type d’opérations. Le FSB, le SVR, le GRU — trois services de renseignement avec des dizaines de milliers d’agents, des budgets colossaux et une absence totale de contraintes morales. Pour chaque réseau démantelé, deux autrès peuvent être constitués. Pour chaque tueur arrêté, dix autrès peuvent être recrutés dans les prisons russes. La mathématique de l’horreur joue en faveur de Moscou. Et pourtant, l’Ukraine tient. Et pourtant, le SSU déjoue. Et pourtant, les cibles survivent.
Enigma 2.0 est terminée. Quelque part dans une prison russe, un nouveau Șepeli écoute une proposition qu’il ne peut pas refuser. Quelque part à Moscou, un officier du renseignement ouvre un nouveau dossier. La guerre de l’ombre ne fait jamais de pause.
Ce que le monde devrait comprendre
Quand un État envoie des tueurs à gages dans un pays souverain pour assassiner des journalistes, des officiers de renseignement et des activistes, ce n’est pas un « incident ». Ce n’est pas une « provocation ». C’est du terrorisme d’État — dans sa forme la plus pure, la plus organisée, la plus documentée. L’opération Enigma 2.0 fournit les preuves. Les correspondances. Les ordres. Les montants. Les noms. Tout est là. La question n’est plus de savoir si la Russie assassine des gens à l’étranger. La question est de savoir pourquoi le monde continue de tolérer que la Russie assassine des gens à l’étranger.
La réponse, hélas, est connue. Le pétrôle russe coule toujours. Le gaz russe chauffe toujours des foyers européens. Les oligarques russes possèdent toujours des propriétés à Londres, à Paris, à Genève. Et le siège permanent de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU garantit que toute résolution significative sera vetée. Alors les assassinats continuent. Les opérations sont planifiées. Les prix sont fixés. Et le monde exprime sa « profonde préoccupation ».
Conclusion : Le silence et le bruit
Les noms qu’on ne connaîtra jamais
Il y a les noms qu’on connaît. Andrii Yusov. Dmitry Gordon. Des visages publics, médiatiques, reconnaissables. Et puis il y a tous les autrès. Les militaires anonymes du GUR qui figuraient sur la liste. Les combattants de la Légion internationale qui ne font pas la une des journaux. L’activiste d’origine russe dont le nom n’a pas été dévoilé — pour sa propre sécurité. Le dirigeant d’entreprise stratégique dont on ne sait rien. Des êtrès humains réduits à des catégories dans un communiqué de presse. Des cibles sur une liste. Des prix dans un fichier Excel quelque part dans un bureau du FSB.
L’opération Enigma 2.0 les a sauvés. Cette fois-ci. Mais ils le savent, et nous le savons : il y aura une prochaine fois. Il y aura toujours une prochaine fois. Tant que la Russie considérera que l’assassinat est un outil politique légitime. Tant que le Kremlin pourra recruter des tueurs dans ses prisons, les envoyer à travers les frontières et les payer en cryptomonnaie. Tant que le monde fermera les yeux.
Quelque part en Ukraine, un homme se lève ce matin. Il sait que son nom figure sur une liste à Moscou. Il sait que le prix de sa tête est de cent mille dollars. Il prend son café. Il embrasse ses enfants. Et il part travailler. Parce que c’est ça, la résistance. Pas les discours. Pas les défilés. Se lever le matin en sachant qu’on veut vous tuer — et y aller quand même.
Maintenant, vous savez
Vous connaissez maintenant les détails de l’opération Enigma 2.0. Vous savez que la Russie recrute des criminels dans ses prisons pour assassiner des citoyens ukrainiens. Vous savez qu’elle paie 100 000 dollars par tête. Vous savez qu’elle envoie des tueurs déguisés en livreurs. Vous savez qu’elle cible des journalistes, des militaires, des activistes. Vous savez que sans le travail du SSU, de la Police nationale, du procureur général et des autorités moldaves, ces gens seraient morts aujourd’hui.
Maintenant, vous savez. La question qui reste est toujours la même, article après article, révélation après révélation, assassinat déjoué après assassinat déjoué : qu’est-ce qu’on fait avec ce qu’on sait ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Zelensky commends special services for neutralizing Russian mercenaries
Kyiv Post — Ukraine, Moldova Foil Russian Plot to Assassinate Journalists, Intel Officers
The Moscow Times — Kyiv Says It Thwarted Russian Plot to Kill Ukrainian Political Figures
Sources secondaires
Ukrainska Pravda — Suspect in Ukraine assassination plot was pardoned in Moldova in 2022
Kyiv Indépendent — Ukraine war latest: 10 detained after Russian-ordered assassination plot foiled
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