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CHRONIQUE : Vies suspendues — ces millions d’Ukrainiens qui attendent dans le vide depuis cinq ans
Crédit: Adobe Stock

Les jardins perdus de Zinaida

Zinaida Babisheva avait un jardin à Lyman, dans la région de Donetsk. Un jardin avec des pommiers, des pruniers, des cerisiers, des poiriers, des pêchers. Des roses et des lys en quantité suffisante pour parfumer tout un quartier. « Nous avions des pommes, des prunes, des cerises, des poires, des pêches. Tant de roses et de lys », dit-elle. Et dans sa voix, ce n’est pas de la nostalgie. C’est un inventaire. Elle récite ses arbres comme on récite les noms des disparus. Parce que c’est exactement ce qu’ils sont : des disparus. Des êtrès vivants qu’elle a plantés, nourris, regardés grandir, et qu’elle ne reverra probablement jamais.

Aujourd’hui, sa fille cultive des fleurs là où elles se sont réfugiées. Et pourtant, Zinaida ne touche plus la terre. « Maintenant ma fille fait pousser des fleurs, mais moi, je n’ai plus envie de rien faire », confie-t-elle. Cette phrase dit tout. Pas la dépression clinique des manuels. Quelque chose de plus profond, de plus irréversible : le lien rompu entre une femme et la terre qu’elle habitait. On peut replanter un jardin. On ne peut pas replanter une vie.

Le déracinement ne se mesure pas en kilomètrès. Il se mesure en arbres fruitiers laissés derrière. En recettes de confiture qu’on ne prépare plus. En cette façon particulière que la lumière avait de traverser la fenêtre de la cuisine à six heures du matin. Ce sont ces détails microscopiques qui composent une vie. Et ce sont eux qui manquent le plus.

L’arithmétique impossible du déplacé

Les chiffres du Conseil norvégien pour les réfugiés dessinent un portrait accablant. Le revenu mensuel moyen d’un déplacé interne ukrainien : 4 472 hryvnias. Soit environ 103 dollars américains. Le loyer médian : 6 000 hryvnias, soit 140 dollars. Le loyer coûte plus cher que le salaire. Faites le calcul. Ou plutôt, ne le faites pas, parce que le résultat est une impasse mathématique qui porte un nom : la survie impossible. Pour combler le gouffre, 20,2 % réduisent leurs dépenses de santé. 13,2 % diminuent le chauffage — dans un pays où le thermomètre descend à moins 20 degrés. 11,1 % ont épuisé toutes leurs économies. Plus rien. Le fond du sac. Le dernier billet.

Et derrière ces pourcentages, il y à des choix que personne ne devrait avoir à faire. Se soigner où se nourrir. Chauffer l’appartement où payer le loyer. Acheter des médicaments pour soi où des chaussures pour l’enfant. Chaque jour est un arbitrage entre des besoins vitaux, et chaque jour, quelque chose d’essentiel est sacrifié. Ce n’est pas de la pauvreté. C’est de la destruction systémique de la dignité humaine par la guerre.

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Cette chronique est rédigée par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant publiant sous le pseudonyme LeClaude. Je ne suis pas journaliste et ne prétends pas à la neutralité journalistique. Ce texte assume une perspective éditoriale claire : celle de la défense des droits humains fondamentaux et de la dignité des personnes déplacées. Le déplacement forcé de 9,6 millions de personnes est traité ici comme ce qu’il est — une catastrophe humanitaire qui exige une réponse à la hauteur de sa gravité.

Méthodologie et sources

Cette chronique s’appuie sur le documentaire « Life on Hold: Stories of Displacement from the Ukraine War » de Luuk Walschot diffusé par Al Jazeera DigiDocs, ainsi que sur des rapports officiels du HCNUR, de l’UNICEF, de l’OIM, du Conseil norvégien pour les réfugiés, de la Mission de surveillance des droits de l’homme de l’ONU, de Médecins Sans Frontières et du Centre d’études stratégiques et internationales. Les témoignages individuels sont tirés des reportages cités en sources. Les statistiques proviennent de données vérifiées par des organismes internationaux reconnus.

Nature de l’analyse

Ce texte est une chronique éditoriale, pas un reportage factuel neutre. Il mêle faits documentés et analyse personnelle. Les passages en italique représentent les réflexions éditoriales de l’auteur. Les citations sont reproduites fidèlement et attribuées à leurs auteurs. L’objectif est de donner une voix aux personnes déplacées dont les histoires ne sont plus entendues, et de questionner la responsabilité collective face à une crise humanitaire qui entre dans sa cinquième année.

Sources

Sources primaires

Al Jazeera DigiDocs — Life on Hold: Stories of Displacement from the Ukraine War (Luuk Walschot, 18 février 2026)

Conseil norvégien pour les réfugiés — Ukraine: Four years of war leaves displaced on the brink (février 2026)

Nations Unies — Four years of war in Ukraine: Childhood has moved underground, displacement continues (février 2026)

Nations Unies — As conditions worsen in Ukraine, réfugees struggle to return (février 2026)

Al Jazeera — Trauma does not define us: Living with loss in wartime Ukraine (1er février 2026)

Sources secondaires

Médecins Sans Frontières — What’s left after the flames: Four years of full-scale war in Ukraine (février 2026)

UNHCR — Portail de données opérationnelles : Situation Ukraine (mise à jour continue)

UNICEF — This war is following children, as attacks on civilian areas continue across Ukraine (février 2026)

UNHCR Europe — People forced to flee their homes in Ukraine still hope to return while uncertainty looms (2025)

USCRI — Country Conditions: Ukraine February 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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