Mai 2024 : l’offensive qui a tout changé
Avant le 10 mai 2024, les habitants de Vovchansk avaient déjà survécu à une première occupation russe. Ils avaient connu les premiers jours de février 2022, la terreur, l’occupation, puis la libération lors de la contre-offensive ukrainienne de l’automne 2022. Ils avaient reconstruit. Pas entièrement, pas parfaitement, mais ils avaient essayé. Des commerces avaient rouvert. Des familles étaient revenues. La vie, avec toute sa fragilité obstinée, avait repris ses droits.
Il y à une cruauté particulière dans le fait d’être libéré, de reconstruire, puis de tout perdre une deuxième fois. La première occupation était un choc. La deuxième est une destruction méthodique. Les évacués de Vovchansk l’ont dit au Washington Post : la seconde invasion russe est pire que la première. Parce que cette fois, ils savaient exactement ce qu’ils allaient perdre.
L’évacuation de ceux qui pouvaient encore marcher
Les chiffres racontent une hémorragie. En quelques jours, plus de 6 000 personnes ont fui Vovchansk. L’IRC, le Comité international de secours, a aidé aux opérations d’évacuation dans la région de Kharkiv. Des bus, des voitures, des gens à pied sur les routes poussiéreuses, emportant ce qu’ils pouvaient porter. Des valises, des couvertures, des animaux de compagnie. Au total, plus de 10 500 résidents ont été évacués des zones touchées de l’oblast de Kharkiv.
Mais 200 à 300 civils sont restés à Vovchansk. Des personnes âgées incapables de se déplacer. Des gens qui refusaient d’abandonner ce qui leur restait. Des gens pour qui cette maison, même bombardée, même en ruines, restait leur maison. Le gouverneur de Kharkiv l’a confirmé : ces personnes sont encore là, quelque part dans les décombres, pendant que les obus tombent.
Anatomie d'une destruction totale
60 % anéanti, 18 % endommagé, 0 % intact
Les images satellites ne mentent pas. Elles montrent ce que les mots peinent à décrire. 60 % des bâtiments de Vovchansk ont été détruits. 18 % supplémentaires sont gravement endommagés. Le porte-parôle du groupe opérationnel-tactique de Kharkiv, Pavlo Shamshyn, a prononcé une phrase qui devrait hanter quiconque la lit : Vovchansk, en tant que ville habitable, n’existe plus. Elle a été complètement détruite. Pas un seul bâtiment n’est resté intact.
Pas un seul. Sur 17 000 habitants, il reste des gravats. Des murs éventrés. Des escaliers qui ne mènent nulle part. Des fenêtrès ouvertes sur le vide. Les rues ne sont plus des rues. Ce sont des corridors de décombres où les soldats avancent en rampant. L’artillerie a fait son travail avec une précision méthodique. Puis les drones kamikazes ont fini ce que l’artillerie avait commencé. Et les bombes aériennes guidées ont achevé le reste.
Soixante pour cent détruit. Dix-huit pour cent endommagé. Zéro pour cent intact. Ce ne sont pas des statistiques. C’est un acte de naissance inversé. La création d’un néant là où existait une communauté. Quand on rase une ville entière, on ne détruit pas que des bâtiments. On détruit des souvenirs, des repères, des raisons de revenir.
L’usine d’agrégats : dernier bastion dans les ruines
Les combattants russes tentent de traverser la rivière pour pousser vers le sud. Ils échouent. Ils reviennent. Ils échouent encore. C’est un cycle sans fin, un Sisyphe militaire où chaque mètre gagné est repris, chaque position conquise est bombardée, chaque avancée est suivie d’un recul sanglant. Et pourtant, les assauts continuent. Chaque jour. Sans exception.
Le hachoir à viande de Kharkiv
500 soldats russes éliminés en quatre mois
Le commandant ukrainien surnommé Fartovyi ne mâche pas ses mots. Depuis le début de 2025, en seulement quatre mois de combats, plus de 500 soldats russes ont été éliminés dans le secteur de Vovchansk. Son témoignage est glaçant dans sa simplicité factuelle : les premiers arrivent, ils meurent. Les deuxièmes arrivent, ils meurent. Et ils continuent de venir.
Il y à un mot pour ça. Un mot que les manuels d’histoire utiliseront. Sacrifice. Non pas le sacrifice noble qu’on célèbre dans les discours. Le sacrifice absurde, bureaucratique, comptable, de corps humains jetés dans un hachoir parce qu’un homme au Kremlin a décidé qu’un point sur une carte valait plus qu’une vie. Cinq cents vies en quatre mois. Dans une seule ville. Une ville qui n’existe même plus.
Les groupes d’assaut de trois à cinq hommes
La tactique russe à Vovchansk est aussi prévisible qu’elle est mortelle. De petits groupes d’assaut de trois à cinq soldats sont envoyés sous couvert de drones. Ils avancent dans les ruines, cherchent des ouvertures, tentent de s’infiltrer dans les positions ukrainiennes. La plupart ne reviennent pas. Ceux qui survivent à la première tentative sont renvoyés pour une deuxième. Pavlo Shamshyn confirme que ces actions d’assaut se produisent presque quotidiennement.
Les drones, nouveaux maîtrès du ciel de Vovchansk
Un bourdonnement qui ne s’arrête jamais
La Brigade présidentielle décrit un environnement où la fumée est permanente, où les rues entières brûlent sous les frappes combinées d’artillerie et de drones. Les chiffres du front confirment cette saturation aérienne : en une seule journée récente, les forces russes ont utilisé 2 798 drones kamikazes sur l’ensemble du front ukrainien, accompagnés de 55 frappes aériennes et de 5 062 tirs d’artillerie, dont 114 provenant de systèmes de roquettes.
La guerre de drones a changé les règles de ce que signifie se battre dans une ville. À Vovchansk, le ciel n’appartient à personne et appartient à tout le monde en même temps. C’est un espace partagé de mort où les machines traquent les hommes avec une patience que les hommes n’ont plus. Le soldat d’aujourd’hui ne combat pas seulement l’ennemi devant lui. Il combat le ciel au-dessus de lui.
Quand la météo devient une arme
Il y à une ironie cruelle dans le fait que les conditions météorologiques sont devenues un facteur militaire décisif à Vovchansk. Viktor Tregubov, responsable du département de communication des Forces conjointes, l’a expliqué sans ambiguïté : quand le mauvais temps empêche les drones de voler, les Russes en profitent pour envoyer davantage d’hommes. Leur supériorité numérique compense alors l’absence de couverture aérienne.
Les jours de pluie, de brouillard, de neige épaisse deviennent les jours les plus dangereux pour les défenseurs ukrainiens. Car ces jours-là, ce ne sont plus trois à cinq soldats qui approchent. Ce sont des vagues plus importantes, exploitant chaque minute de visibilité réduite. Le temps, à Vovchansk, n’est pas un sujet de conversation. C’est une question de vie où de mort.
La guerre des tranchées au XXIe siècle
Là où il n’y a pas d’infanterie, il n’y a pas de front
Nous sommes en 2026 et les soldats se battent comme en 1916. Dans la boue, dans les trous, avec leur corps comme seule barricade. Toute la technologie du monde n’a pas changé cette réalité fondamentale : à un moment donné, quelqu’un doit se lever et avancer. À Vovchansk, se lever, c’est mourir un peu. Rester couché, c’est perdre.
L’usine comme forteresse improvisée
Dans un paysage où chaque structure est réduite à l’état de squelette, l’usine d’agrégats représente une anomalie. Assez massive pour résister partiellement aux bombardements, assez complexe pour offrir des positions défensives multiples, elle est devenue le cœur du dispositif ukrainien. Les forces ont mené des opérations spécifiques pour la libérer, la nettoyer pièce par pièce, étage par étage, puis l’intégrer à leur ligne de défense.
Viktor Tregubov a souligné le problème fondamental : il n’y a tout simplement plus assez de bâtiments pour s’ancrer. Dans un combat urbain classique, les défenseurs utilisent les immeubles comme des fortifications naturelles. À Vovchansk, les fortifications ont été réduites en poussière. Défendre une ville sans bâtiments, c’est comme défendre une forêt sans arbres. Les règles du combat urbain deviennent obsolètes quand il n’y a plus de ville.
Contourner ce qu'on ne peut pas prendre
La stratégie russe du débordement
Face à la résistance ukrainienne dans les ruines, le commandement russe a adapté sa stratégie. Viktor Tregubov l’a confirmé : les Russes tentent de contourner Vovchansk. Leur objectif est de prendre position à Vilcha et d’atteindre Vovchanski Khutory, les localités avoisinantes. S’ils ne peuvent pas repousser les défenseurs ukrainiens frontalement, ils essaient d’avancer par les champs ouverts pour occuper les villages voisins et encercler la garnison.
Cette tactique de débordement révèle un aveu implicite. Et pourtant, ils persistent. Les Russes ne peuvent pas prendre Vovchansk de front. Malgré leur supériorité numérique, malgré la destruction totale qu’ils ont infligée, malgré les assauts quotidiens, les défenseurs tiennent. Alors Moscou cherche à rendre leur position intenable par l’encerclement plutôt que par l’assaut direct. C’est un hommage involontaire au courage de ceux qui refusent de reculer.
Quand un adversaire avec plus d’hommes, plus d’armes, plus de drones et plus de bombes doit contourner votre position parce qu’il ne peut pas vous en déloger, cela dit tout ce qu’il y a à dire sur la qualité de votre résistance. Les Russes ont détruit Vovchansk. Ils n’ont pas détruit ceux qui la défendent.
Dvorichna, Lyptsi et la forêt de Berlin
Le combat ne se limite pas à Vovchansk. Le front de Kharkiv s’étend sur des dizaines de kilomètres, avec des points chauds à Dvorichna, sur la rive occidentale de l’Oskil, et à Lyptsi, près du massif forestier de Berlin. Les villages de Kamianka, Fyhulivka, Krasne Pershe et Stroivka sont tous des zones de combats actifs. Neuf attaques repoussées un jour. Onze le lendemain. Le rythme est implacable.
La pression russe est décrite comme constante. Contrairement à Kupiansk, que les Russes avaient abandonné et ne peuvent plus reprendre, Vovchansk reste sous assaut permanent. La proximité de la frontière russe permet un réapprovisionnement rapide en hommes et en matériel. C’est un robinet de guerre que personne ne peut fermer, alimenté par la profondeur stratégique du territoire russe juste de l’autre côté.
Les 200 qui sont restés
Ceux qui n’ont pas pu partir
Entre 200 et 300 civils vivent encore quelque part dans les ruines de Vovchansk. Le gouverneur de Kharkiv l’a confirmé alors que les avancées russes se poursuivaient. Ce chiffre est à la fois minuscule et vertigineux. Minuscule parce que, sur 17 000 habitants, il représente moins de 2 % de la population d’avant-guerre. Vertigineux parce que chacune de ces personnes vit dans un enfer quotidien de bombardements, de tirs d’artillerie et de combats rapprochés.
Qui sont-ils? Des personnes âgées, pour la plupart. Des gens dont les jambes ne portent plus, dont les moyens ne permettent pas un nouveau départ, dont l’attachement à leur terre dépasse la peur de mourir. Certains vivent dans des caves, à quelques mètrès des combats. Ils entendent les tirs. Ils sentent les vibrations des explosions dans leurs os. Ils ne savent pas si le prochain obus tombera sur leur tête où à côté.
On parle beaucoup des soldats. On parle moins de ceux qui vivent entre les lignes. Ces 200 à 300 fantômes civils de Vovchansk sont les oubliés de cette guerre. Trop vieux pour fuir, trop attachés pour abandonner, trop invisibles pour qu’on s’en souvienne. Ils existent dans un entre-deux que personne ne devrait connaître : ni combattants, ni évacués, juste des êtrès humains coincés dans les décombres de leur propre vie.
La deuxième invasion est pire que la première
Le front invisible : 176 engagements en 24 heures
Les chiffres que le monde ne lit plus
176 engagements de combat en 24 heures. Ce chiffre devrait faire la une de chaque journal du monde. Il ne la fait pas. Il est devenu un bruit de fond, une statistique noyée dans le flux d’informations. Les directions les plus actives : Pokrovsk, Lyman, Toretsk. Et Vovchansk, toujours Vovchansk, où les assauts ne cessent jamais. Un missile. 55 frappes aériennes. 2 798 drones kamikazes. 5 062 tirs d’artillerie. En une seule journée.
En réponse, les forces ukrainiennes ont frappé 22 concentrations ennemies, deux points de commandement et six positions d’artillerie. C’est David contre Goliath, version XXIe siècle. Et pourtant, David tient. Les neuf attaques repoussées un jour, les onze repoussées le lendemain, ne sont pas des victoires triomphales. Ce sont des survivances. Des refus de mourir. Des doigts crispés sur le bord du précipice.
Quand 176 engagements de combat en une journée deviennent un chiffre ordinaire, c’est que quelque chose s’est brisé dans notre capacité à comprendre ce que nous lisons. Chaque engagement est un moment où des êtrès humains se tirent dessus. Chaque chiffre est un soldat qui a vu la mort passer. Nous avons normalisé l’innommable. Et cette normalisation est peut-être la victoire la plus insidieuse de cette guerre.
Le silence entre les salves
Entre deux bombardements, il y à un silence. Les soldats de Vovchansk connaissent ce silence mieux que quiconque. Ce n’est pas un silence paisible. C’est un silence chargé, tendu comme un arc, qui précède la prochaine explosion. C’est le silence pendant lequel on vérifie ses munitions, on regarde le camarade à côté, on se demande si le prochain drone qui passe est un drone de reconnaissance où un drone kamikaze.
Pourquoi défendre ce qui n'existe plus
La logique stratégique derrière l’apparente absurdité
Défendre Vovchansk, c’est accepter de combattre dans un cimetière pour protéger les vivants qui sont derrière. C’est une arithmétique macabre où chaque vie perdue dans les ruines en sauve potentiellement des milliers à Kharkiv. Les soldats le savent. Ils ne se battent pas pour des décombres. Ils se battent pour ce que les décombres protègent encore.
La différence avec Kupiansk
Viktor Tregubov a établi une distinction cruciale. Contrairement à Kupiansk, que les Russes avaient abandonné lors de la contre-offensive de 2022 et qu’ils ne parviennent plus à reprendre, la pression à Vovchansk reste constante. La raison est géographique : cinq kilomètres de la frontière. Kupiansk est plus profond en territoire ukrainien. Les lignes d’approvisionnement russes y sont plus longues, plus vulnérables. À Vovchansk, l’ennemi peut se réapprovisionner en quelques minutes.
Ce que Vovchansk dit du monde
Une ville sacrifiée sur l’autel de l’indifférence
Vovchansk est devenue un test. Un test de ce que le monde est prêt à accepter. Une ville entière a été rasée. 17 000 personnes ont été déracinées. Des soldats meurent chaque jour dans des combats que personne ne couvre plus. Et le monde continue de tourner. Les Bourses montent et descendent. Les élections vont et viennent. Les algorithmes des réseaux sociaux ont depuis longtemps relégué Vovchansk sous les vidéos de chats et les recettes de cuisine.
Le rapport de l’AFP et de Bellingcat sur la destruction de Vovchansk a été publié. Les images satellites ont été analysées. Les chiffres ont été compilés. Et puis quoi? Qui a changé de politique à cause de ces chiffres? Qui a envoyé une brigade supplémentaire? Qui a imposé de nouvelles sanctions? La vérité est brutale : Vovchansk est un dommage collatéral acceptable dans le calcul géopolitique de ceux qui ne vivent pas sous les bombes.
À quel moment avons-nous décidé qu’une ville pouvait disparaître et que ce n’était pas grave? À quel moment 17 000 vies déplacées sont devenues un paragraphe dans un rapport qu’on parcourt en diagonale? Vovchansk n’est pas un cas unique. C’est un modèle. Un template de destruction que la Russie applique méthodiquement, ville après ville, et que le monde regarde méthodiquement, sans bouger.
La fatigue compassionnelle de l’Occident
Un an après : le bilan d'une résistance impossible
Le 34e bataillon et la mémoire des murs
Le 34e bataillon d’infanterie motorisée a pris position à Vovchansk dès le premier jour de l’offensive de mai 2024. Un an plus tard, il est toujours là. Un an à défendre le même secteur, à repousser les mêmes assauts, à enterrer les mêmes camarades. Ce bataillon est devenu le gardien d’un lieu qui n’existe plus, le veilleur d’une ville morte qui refuse de se laisser oublier.
Un an dans le même secteur. Un an à regarder une ville se transformer en poussière. Il y a dans cette durée quelque chose qui dépasse l’endurance militaire normale. C’est une forme de fidélité qui ne porte pas de nom dans les manuels. Quand le dernier mur tombe et que le soldat reste, ce n’est plus la ville qu’il défend. C’est l’idée même qu’il existe des choses pour lesquelles on ne recule pas.
Les leçons tactiques d’un combat sans précédent
Les analystes militaires du monde entier étudient Vovchansk. Ce qui s’y passe ne ressemble à rien dans les manuels. Le combat urbain classique présuppose une ville. Des bâtiments à occuper, des rues à contrôler, des points hauts à saisir. À Vovchansk, il n’y a plus rien de tout cela. C’est un combat post-urbain, un genre nouveau de guerre dans un environnement que la guerre elle-même a créé.
La combinaison de drones omniprésents, de destruction totale et de proximité frontalière crée un laboratoire tactique que les écoles de guerre de West Point à Saint-Cyr devront intégrer dans leurs enseignements. Comment défendre sans abri? Comment attaquer sans couvert? Comment survivre quand le ciel entier est un champ de bataille de drones? Vovchansk fournit les réponses. Et ces réponses sont écrites dans le sang.
L'horizon de Vovchansk
Ce qui vient après la destruction totale
Que reste-t-il quand tout a été détruit? Cette question n’est pas philosophique à Vovchansk. Elle est opérationnelle. La ville n’a plus d’infrastructure pouvant servir de barrière, comme l’a souligné Tregubov. Les défenseurs doivent s’adapter à un terrain qui change chaque jour, au rythme des bombardements qui transforment les derniers murs debout en nouveaux tas de gravats.
La Russie tente d’élargir l’offensive au-delà de Vovchansk. Les tentatives de percée vers Lyptsi, les manœuvres vers Vovchanski Khutory, les assauts sur Dvorichna dessinent une stratégie d’élargissement progrèssif. L’objectif final reste Kharkiv. La ville de Vovchansk devait être un marchepied. Elle est devenue un bourbier. Mais les bourbiers, dans cette guerre, ont la fâcheuse tendance à s’étendre plutôt qu’à se résorber.
Vovchansk est un mot que le monde devrait connaître. Pas parce qu’il est facile à prononcer. Pas parce qu’il fait de bons titrès. Mais parce qu’il concentre tout ce que cette guerre a de plus cruel et de plus admirable à la fois. La cruauté de raser une ville entière. L’admiration pour ceux qui défendent ses cendres. Si un jour cette guerre se termine, Vovchansk sera l’un des noms qu’il faudra graver dans le marbre. Pour ne pas oublier ce que des hommes sont capables de détruire. Et ce que d’autrès sont capables d’endurer.
La question que personne ne pose
À quel moment une ville est-elle officiellement morte? Est-ce quand le dernier bâtiment tombe? Quand le dernier civil part? Quand le dernier soldat recule? Vovchansk pose cette question avec une insistance douloureuse. Les bâtiments sont tombés. La plupart des civils sont partis. Mais les soldats n’ont pas reculé. Et tant qu’un soldat ukrainien tient position dans les décombres, Vovchansk existe. Non pas comme une ville. Mais comme un acte de résistance.
Les cartes militaires continuent de montrer Vovchansk. Les communiqués quotidiens continuent de mentionner Vovchansk. Les drones continuent de survoler Vovchansk. Mais ce qu’ils survolent n’est plus une ville. C’est un champ de bataille qui porte le nom d’un endroit qui fut un jour vivant. Et dans ce champ de bataille, des hommes défendent l’idée même qu’un lieu, aussi détruit soit-il, mérite qu’on se batte pour lui.
Le nom qu'on n'oubliera pas
De Marioupol à Bakhmout, de Bakhmout à Vovchansk
La liste s’allonge. Marioupol. Bakhmout. Avdiivka. Et maintenant Vovchansk. Des noms de villes qui, avant la guerre, ne disaient rien à personne en dehors de l’Ukraine. Des noms qui sont devenus des synonymes de destruction, des marqueurs de souffrance, des cicatrices géographiques sur la carte de l’Europe. Chaque ville à sa propre histoire. Mais toutes partagent le même schéma : bombardement, destruction, résistance, et un monde qui observe sans intervenir assez.
Vovchansk est plus petite que Marioupol, moins médiatisée que Bakhmout. Mais sa destruction est tout aussi totale. Et la résistance de ses défenseurs est tout aussi acharnée. La différence, c’est que le monde avait encore de la capacité d’indignation pour Marioupol. Pour Vovchansk, il ne reste que l’habitude. L’habitude de lire des noms de villes détruites comme on lit la météo : un fait, pas une émotion.
Chaque ville détruite devrait être un séisme dans la conscience collective. Chaque nom ajouté à cette liste devrait provoquer un sursaut. Mais les séismes, quand ils se répètent, deviennent du bruit de fond. Vovchansk mérite mieux que le bruit de fond. Vovchansk mérite qu’on s’arrête, qu’on lise son nom, et qu’on se souvienne que derrière chaque syllabe, il y avait des vies.
Graver dans la mémoire ce que les bombes ont effacé du sol
Un jour, la guerre se terminera. Les historiens écriront leurs livres. Les diplomates signeront leurs accords. Les politiciens prononceront leurs discours sur la paix retrouvée. Et il faudra se souvenir de Vovchansk. Non pas comme une note de bas de page dans un chapitre sur la guerre en Ukraine. Mais comme un avertissement. Un rappel de ce qui arrive quand le monde détourne le regard assez longtemps pour qu’une ville entière disparaisse.
Les briques éparpillées de Vovchansk ne se recolleront jamais. Les murs effondrés ne se relèveront pas d’eux-mêmes. Mais la mémoire de ce qui s’est passé ici, elle, peut survivre. Si on décide de la porter. Si on refuse de passer à autre chose. Si on accepte que se souvenir n’est pas un luxe, mais un devoir.
Conclusion : Les ruines ne capitulent pas
Ce qui reste quand il ne reste rien
Le commandant Fartovyi le dit : là où il n’y a pas d’infanterie, il n’y a pas de front. L’infanterie est là. Le front tient. Et tant que le front tient, Vovchansk refuse de devenir un simple fait accompli, un simple point noir sur une carte. La ville est morte. Ses défenseurs sont vivants. Et les vivants se battent pour les morts, parce que les morts ont encore quelque chose à dire.
La réponse à la question impossible
Non, cette terre ne vous appartient pas. Non, vous ne passerez pas. Non, nous ne reculerons pas. Et tant que ce non sera prononcé dans les ruines de Vovchansk, la ville existera. Non pas comme un lieu. Comme une promesse. La promesse que les ruines ne capitulent pas.
Maintenant, vous savez. Vous savez que quelque part dans l’est de l’Ukraine, à cinq kilomètrès de la frontière russe, des hommes défendent une ville morte. Vous savez que 200 civils vivent dans ses décombres. Vous savez que 500 soldats russes y sont morts en quatre mois et que d’autrès arrivent chaque jour. Vous savez que 176 engagements de combat se produisent en une seule journée sur ce front. La question, désormais, est la seule qui compte : maintenant que vous savez, qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cet article est une chronique d’opinion et d’analyse, pas un reportage factuel neutre. L’auteur, Maxime Marquette, est un chroniqueur indépendant qui assume ses prises de position éditoriales.
Je ne suis pas journaliste et je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse et à la compréhension approfondie des enjeux.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels, déclarations publiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse (Reuters, AP, AFP).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies.
Nature de l’analyse
Les analyses et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Sources
Sources primaires
RBC-Ukraine : Vovchansk is in ruins, but Russia keeps attacking in small groups
RBC-Ukraine : Russian army destroys Ukraine’s Vovchansk and tries to advance
RBC-Ukraine : One year into Russian offensive — Volchansk in Kharkiv région
Kyiv Indépendent : Governor — Up to 300 civilians remain in Vovchansk amid Russian advances
Euromaidan Press : Defending a city that no longer exists — Ukraine’s impossible fight in Vovchansk
Sources secondaires
Mezha : Russian Advances in Vovchansk Amidst Urban Ruins Challenge Ukrainian Defense
UNITED24 Media : Photos Reveal Vovchansk in Kharkiv Region in Ruins After Fierce Battles
CEDMO : Unveiling the Ruins — Vovchansk’s Destruction, Special Report by AFP and Bellingcat
Washington Post : Second Russian invasion is worse than the first, Kharkiv évacuéees say
Critical Threats : Russian Offensive Campaign Assessment, January 4, 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.