La mécanique de l’acharnement russe
Pour comprendre ce qui se passe à Yampil, il faut comprendre la doctrine offensive russe de février 2026. Elle tient en trois mots : masse, sacrifice, répétition. Les commandants russes envoient des vagues. Pas des soldats — des vagues. Vingt-six fois en une journée. Vingt-six fois, des hommes ont été lancés contre des positions ukrainiennes fortifiées, avec l’ordre de prendre Yampil où de mourir en essayant.
Le 21 février, la veille, le Commandement opérationnel Est avait déjà signalé 8 tentatives d’avancée vers Yampil, Dronivka et Zakitne. Le 22, ce chiffre a plus que triplé. L’ennemi ne recule pas devant ses propres pertes. Il les accumule comme on accumule des dettes — en espérant que quelqu’un d’autre paiera la facture. La Russie jette ses soldats dans le broyeur de Yampil avec la même indifférence qu’elle les a jetés dans celui de Bakhmout, de Avdiivka, de Vuhledar.
Il y à un mot pour désigner un commandement militaire qui envoie ses propres hommes mourir 26 fois dans la même direction en une seule journée. Ce mot n’est pas « stratégie ». C’est « mépris ».
L’arsenal de la défense : drones, mines et artillerie
Face à cette marée humaine, les Forces de défense ukrainiennes ont déployé un dispositif défensif multicouche. La reconnaissance aérienne détecte les mouvements ennemis avant même qu’ils ne franchissent la ligne de départ. Les routes probables sont minées. Les équipages de drones de frappe attendent, écrans allumés, doigts sur les commandes. Et quand les Russes avancent malgré tout — parce qu’ils avancent toujours, l’artillerie finit le travail.
Un char russe a été détruit par un drone FPV dans la journée du 22 février. Un seul drone. Un seul char. Le rapport coût-efficacité est dévastateur pour Moscou. Un drone à quelques centaines de dollars contre un blindé à plusieurs millions. C’est l’équation qui tue l’armée russe à petit feu. Et pourtant, elle continue d’envoyer des chars. Elle continue d’envoyer des hommes. Comme si les mathématiques ne s’appliquaient pas à l’empire.
Le front de Sloviansk : une géographie de la douleur
Yampil, Dronivka, Zakitne — le triangle de feu
Le secteur de Sloviansk n’est pas qu’un nom sur une carte d’état-major. C’est un triangle de feu dont les sommets s’appellent Yampil, Dronivka et Zakitne. Trois localités. Trois points d’ancrage de la défense ukrainienne. Trois cibles que Moscou veut absolument enfoncer pour ouvrir la route vers Sloviansk et Kramatorsk — les deux villes jumelles qui constituent le cœur administratif du Donbass encore sous contrôle ukrainien.
Le 22 février 2026, les Forces de défense ont stoppé 9 tentatives d’avancée vers ces trois localités. La veille, 8 attaques. L’avant-veille, des chiffres similaires. Chaque jour, le même scénario se répète avec la régularité d’un métronome macabre. Les Russes attaquent. Les Ukrainiens repoussent. Les Russes laissent des corps. Les Russes reviennent.
Il y a dans cette répétition quotidienne quelque chose qui dépasse l’entendement militaire. Quelque chose qui relève moins de la guerre que de l’obstination pathologique d’un régime qui refuse d’admettre que le réel lui résiste.
Pourquoi Sloviansk compte
Si Yampil tombe, la route s’ouvre vers Sloviansk. Si Sloviansk tombe, Kramatorsk est menacée. Si Kramatorsk tombe, le Donbass ukrainien n’existe plus. C’est un effet domino que chaque soldat dans chaque tranchée de Yampil comprend avec une clarté absolue. Ils ne défendent pas un village. Ils défendent une ligne. Ils défendent un pays. Ils défendent l’idée même qu’un peuple souverain à le droit de dire non à un empire.
Et pourtant, dans les capitales occidentales, on continue à parler de « fatigue de guerre ». Comme si c’étaient les Ukrainiens qui étaient fatigués. Comme si c’était à eux qu’on devait demander des concessions. Les hommes de la 24e brigade mécanisée ne sont pas fatigués. Ils sont épuisés, ce qui est très différent. L’épuisement n’empêche pas de se battre. La fatigue, elle, est un luxe de spectateur.
Le contexte national : un front qui brûle de partout
138 affrontements en 24 heures
Yampil ne se bat pas seul. Le 22 février 2026, l’état-major ukrainien a comptabilisé 138 affrontements de combat sur l’ensemble du front. 890 soldats russes éliminés en une seule journée. 9 chars détruits. 6 véhicules de combat d’infanterie. 41 systèmes d’artillerie. 1 705 drones neutralisés. Et 205 véhicules automobiles mis hors service.
Ces chiffres sont vertigineux. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, les pertes russes cumulées approchent désormais 1 259 780 soldats. Un million deux cent cinquante-neuf mille hommes. Blessés, tués, disparus. Des familles brisées à Oufa, à Krasnoïarsk, à Grozny, dans les villages oubliés de Sibérie et du Caucase. Des mères qui ne reverront pas leurs fils. Des enfants qui grandiront sans père.
Un million deux cent cinquante-neuf mille. Ce chiffre est si gros qu’il en devient abstrait. Alors ramenons-le à l’échelle humaine : c’est comme si toute la population d’une ville comme Prague avait été fauchée. En moins de quatre ans.
Le déluge de feu quotidien
La journée du 22 février a aussi vu la Russie lancer 1 frappe de missile, 97 frappes aériennes larguant 280 bombes guidées, 8 328 drones kamikazes et 3 389 pilonnages dont 80 tirs de lance-roquettes multiples. Chaque chiffre est une explosion. Chaque explosion est une maison, un abri, une route, un champ qui n’existe plus.
Et la veille, le 21 février, les chiffres étaient à peine différents : 121 affrontements, 68 frappes aériennes, 178 bombes guidées, 5 522 drones kamikazes, 2 411 pilonnages. C’est la routine de l’horreur. C’est la normalisation de l’insoutenable. C’est un pays entier qui vit sous un déluge de feu quotidien pendant que le reste du monde débat, hésite, temporise.
Pokrovsk et Myrnohrad : les villes sœurs dans l'étau
La tenaille qui se referme
Pendant que Yampil repousse ses 26 assauts, plus au sud, la situation est encore plus critique. Pokrovsk et Myrnohrad, les deux villes sœurs du Donbass, sont prises dans un mouvement de tenaille russe. Le 22 février, les forces ukrainiennes ont repoussé 29 actions d’assaut dans la direction de Pokrovsk — le secteur le plus actif du front avec celui de Huliaipilske, qui en comptait 35.
Les forces russes ont déployé environ 100 000 hommes dans la direction de Pokrovsk. Cent mille. L’équivalent de la population d’une ville moyenne, mobilisé pour écraser deux localités. Les Russes attaquent depuis le nord — Kotlyne, Rodynske — et depuis l’est — Myrnohrad — dans un mouvement d’encerclement classique. Le projet Deep State estime que l’écart entre les deux pinces n’est plus que de cinq kilomètres.
Cinq kilomètrès. C’est la distance entre la vie et la mort pour les défenseurs de Pokrovsk. Cinq kilomètrès, c’est ce qui sépare encore l’encerclement de la résistance. Et chaque jour, ces cinq kilomètrès rapetissent un peu plus.
Myrnohrad : le spectre de la chute
Le 17 février 2026, le groupe de surveillance Deep State a marqué Myrnohrad comme occupée sur sa carte. L’état-major ukrainien n’a pas encore confirmé la perte de la ville. Ce silence est éloquent. Il dit ce que les mots officiels ne peuvent pas encore dire : que Myrnohrad est peut-être déjà tombée, où qu’elle est dans cet entre-deux où la résistance se poursuit mais où le contrôle territorial n’est plus viable.
Les Russes intensifient la pression sur la partie nord de la ville, déployant de l’armement lourd supplémentaire et du personnel pour une « manœuvre d’enveloppement et assaut subséquent ». Les Forces d’assaut aériennes ukrainiennes ont signalé que les Russes tentent un mouvement de pince pour encercler la zone urbaine de Pokrovsk. C’est la doctrine du broyeur à l’échelle d’une agglomération.
La guerre des drones : la révolution silencieuse de Yampil
Le char et le drone — une fable moderne
Il y à quelque chose de profondément symbolique dans la destruction de ce char russe par un drone de frappe à Yampil. C’est l’image d’une guerre qui a muté. Le char d’assaut, symbole de la puissance blindée depuis la Seconde Guerre mondiale, réduit en ferraille fumante par un engin télécommandé qui coûte le prix d’un téléphone portable.
Les équipages de drones FPV ukrainiens sont devenus les artisans invisibles de cette résistance. Ils opèrent depuis des sous-sols, des caves, des positions camouflées. Ils voient l’ennemi arriver sur un écran. Ils guident leur drone vers la cible. Et quand l’impact se produit, il ne reste qu’un nuage de fumée et des débris. Pas de corps à corps. Pas de charge héroïque. Juste la précision froide d’un opérateur et la technologie contre la masse.
David avait une fronde. Les défenseurs de Yampil ont des drones FPV. La métaphore est usée mais elle reste vraie : quand un peuple se bat pour sa survie, il trouve toujours l’arme que l’empire n’a pas prévue.
Les chiffres de la guerre des drones
Le 22 février 2026, les forces ukrainiennes ont neutralisé 1 705 drones russes. La veille, la Russie avait lancé 5 522 drones kamikazes. Et le 22, elle en a lancé 8 328. Le ciel au-dessus du Donbass est devenu un espace contesté permanent, où des milliers d’engins volants se croisent, se chassent, s’abattent. C’est une guerre dans la guerre. Une bataille invisible qui se joue à quelques dizaines de mètrès d’altitude, et dont chaque victoire où défaite change le cours des combats au sol.
À Yampil, cette supériorité tactique dans l’emploi des drones est ce qui fait la différence. Les groupes d’infanterie russes sont détectés, suivis, engagés avant même d’atteindre les positions ukrainiennes. Le communiqué du Commandement Est le dit avec une froideur militaire glaçante : les groupes d’infanterie ennemis « passent systématiquement sous le feu et sont exterminés ». Systématiquement. Pas parfois. Pas souvent. Systématiquement.
Les assauts dans le brouillard : quand Moscou exploite la météo
Le brouillard comme arme de guerre
Dans le secteur de Pokrovsk, les forces russes ont développé une tactique sinistre : l’assaut sous couvert de brouillard. « Sous couvert du brouillard, l’ennemi a tenté d’avancer en utilisant des voitures, des motos et des VTT », rapporte une unité ukrainienne. Des voitures. Des motos. Des VTT. C’est l’armée russe en 2026 : la deuxième puissance militaire mondiale qui envoie ses soldats au combat sur des véhicules tout-terrain civils.
Lors d’un seul assaut, jusqu’à 90 soldats russes ont été engagés avec ce type de véhicules. La brigade Spartan de la Garde nationale ukrainienne a rapporté avoir éliminé 80 soldats russes, blessé 2 et capturé 2 lors d’une de ces attaques. « Presque quatre pelotons de Russes ont été détruits », selon la brigade. 10 VTT détruits. 4 motos. 6 véhicules. Le bilan matériel d’un seul engagement.
Des motos et des VTT contre des drones et de l’artillerie. Il y a dans cette image toute la faillite d’une armée qui a sacrifié la vie de ses soldats sur l’autel de l’arrogance impériale. On n’envoie pas des hommes sur des motos dans un champ de mines. Sauf quand on considère que ces hommes ne valent rien.
Le deuxième assaut : blindés contre détermination
Après l’échec de l’assaut sur motos, les Russes ont lancé un assaut mécanisé avec trois véhicules blindés sur le village de Hryshyne. La 7e brigade d’assaut aéroporté ukrainienne a documenté la destruction de plus de 10 soldats russes et de 2 véhicules blindés lors de cet engagement. L’attaque a été filmée par drone, comme presque tout dans cette guerre. Les images montrent les blindés qui avancent, puis les explosions, puis les colonnes de fumée, puis plus rien.
À Yampil, le même schéma se reproduit. Les Russes tentent d’utiliser du matériel blindé. Les équipages de drones de frappe les attendent. Un char détruit le 22 février. Combien la veille? Combien le lendemain? Les communiqués militaires ne donnent pas toujours le détail. Mais le résultat est là : Yampil tient. Et chaque char détruit est un char de moins pour la prochaine attaque.
La 24e brigade mécanisée : les fantômes du roi Danylo
Une brigade forgée dans le feu du Donbass
La 24e brigade mécanisée, qui porte le nom du roi Danylo de Galicie, n’est pas une unité comme les autrès. Elle est l’une des brigades les plus expérimentées de l’armée ukrainienne, forgée dans les combats du Donbass depuis les premiers jours de la guerre. Elle a combattu à Chasiv Yar, où ses soldats ont capturé des fantassins russes. Elle combat maintenant dans le secteur de Sloviansk, où elle tient la ligne à Yampil.
La photo officielle accompagnant le communiqué du 22 février est créditée à cette brigade. Ce n’est pas un hasard. C’est un message. Le message dit : nous sommes là. Nous ne partons pas. Et chaque mètre que vous essayez de prendre vous coûtera plus cher que le précédent. La 24e brigade incarne cette résistance professionnelle qui a transformé l’armée ukrainienne de 2022 — sous-équipée et en retrait — en une force défensive redoutable en 2026.
Le roi Danylo de Galicie a unifié les terres ukrainiennes au XIIIe siècle face aux envahisseurs mongols. Sept cents ans plus tard, ses héritiers symboliques font exactement la même chose : unifier la résistance d’un peuple face à un empire qui refuse de comprendre que cette terre ne lui appartient pas.
L’opérateur de drone qui ne dort plus
Il n’a pas de nom dans les communiqués. Il est juste « équipage de drone de frappe ». Mais derrière cette désignation anonyme, il y à un être humain. Un homme où une femme, probablement jeune, qui passe ses journées et ses nuits devant un écran, à guider des drones chargés d’explosifs vers des cibles en mouvement. Qui voit les visages des soldats ennemis sur son écran avant de les tuer. Qui détruit un char puis passe au suivant sans avoir le temps de trembler.
C’est le nouveau visage de la guerre. Pas de médailles sur la poitrine. Pas de défilés. Juste un sous-sol humide, un écran lumineux, et la responsabilité écrasante de protéger ses camarades avec une machine volante qui pèse moins qu’un sac de courses. Et pourtant, ce soldat invisible est celui qui empêche Yampil de tomber. C’est lui qui détruit les chars. C’est lui qui extermine les groupes d’infanterie. C’est lui, le héros discret que personne ne connaîtra jamais.
La propagande russe face au réel : le mensonge contre les faits
Moscou revendique ce que Moscou n’a pas
Pendant que les Forces de défense ukrainiennes repoussent 26 assauts à Yampil, la machine de propagande russe raconte une autre histoire. Elle parle d’avancées. De gains territoriaux. De victoires. Le ministère russe de la Défense publie ses propres communiqués, où chaque jour est un jour de triomphe. Où l’opération militaire spéciale progrèsse selon les plans.
L’Ukraine a explicitement démenti les revendications russes concernant Yampil. Le Commandement Est a réaffirmé le contrôle ukrainien de la localité. Les forces ukrainiennes ont mené des raids pour repousser les infiltrateurs russes qui tentaient de s’implanter dans certaines positions. C’est la réalité documentée contre le récit fabriqué. Les faits contre la fiction. Le terrain contre le télégramme.
La propagande de Moscou fonctionne comme un miroir inversé : chaque défaite devient une victoire, chaque retraite une « manœuvre de regroupement », chaque massacre un « dommage collatéral ». Mais le réel est têtu. Et à Yampil, le réel s’appelle 26 assauts repoussés.
Les chiffres que le Kremlin ne montre pas
890 soldats russes éliminés le 22 février. 1 259 780 pertes cumulées depuis le début de l’invasion. 9 chars, 41 systèmes d’artillerie, 1 705 drones détruits en une seule journée. Ces chiffres n’existent pas dans l’univers médiatique russe. Les mères de Bouriatie, de Touva, du Daghestan ne les verront jamais à la télévision. Leurs fils sont partis « en exercice » et ne sont jamais revenus.
Et pourtant, ces chiffres sont vérifiables. Documentés par l’état-major ukrainien, recoupés par les analystes indépendants du groupe Critical Threats et de l’Institute for the Study of War. Ils ne sont pas parfaits — aucun bilan de guerre ne l’est — mais ils dessinent une tendance incontestable : la Russie paie un prix astronomique pour chaque kilomètre carré de terre ukrainienne. Un prix que même un empire ne peut pas payer indéfiniment.
Le front de Kostiantynivka : l'autre bataille
13 assauts dans la direction de Kostiantynivka
Pendant que Yampil absorbe ses 26 attaques, la direction de Kostiantynivka en subit 13. Le 22 février, 10 actions offensives russes ont été signalées dans ce secteur. La veille, 13 tentatives d’assaut. C’est le même schéma d’usure : attaquer partout, tout le temps, pour épuiser les défenseurs, les forcer à disperser leurs forces, créer une brèche quelque part.
C’est la logique de l’attrition poussée à son paroxysme. Moscou mise sur le fait que l’Ukraine a moins d’hommes, moins de matériel, moins de profondeur stratégique. Que chaque jour qui passe érode la capacité ukrainienne à tenir tous les points du front simultanément. C’est un calcul cynique mais pas irrationnel. Et c’est précisément pour cela que la résistance de Yampil est si importante : elle prouve que le calcul russe peut échouer, localité par localité, jour après jour.
L’armée russe attaque sur 138 points du front en une seule journée. Et sur chacun de ces 138 points, il y à des hommes et des femmes ukrainiens qui se lèvent le matin en sachant qu’ils devront peut-être mourir avant le soir. Cent trente-huit fois par jour, quelqu’un choisit de rester.
Le secteur de Lyman : la pression constante
Au nord de Yampil, dans la direction de Lyman, les forces ukrainiennes ont repoussé 6 attaques près de Hrekivka, Stavky, Drobysheve et Maslyakivka le 21 février. Le secteur de Lyman est un front secondaire qui ne fait jamais les gros titrès, mais où des hommes meurent chaque jour avec la même régularité silencieuse. C’est la guerre d’usure dans sa forme la plus pure : pas de percées spectaculaires, pas de batailles épiques, juste le frottement quotidien de deux armées qui s’entredéchirent pour des hameaux dont personne hors d’Ukraine ne connaît le nom.
Le secteur de Kupiansk, plus au nord encore, connaît une activité similaire. Le front ukrainien est une ligne de 1 200 kilomètres qui brûle sur toute sa longueur. Et chaque point de cette ligne exige des hommes, des munitions, des drones, de l’artillerie. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. La question est de savoir combien de temps le monde va la regarder tenir seule.
Ce que Yampil dit de cette guerre
La leçon des villages qui refusent de mourir
Bakhmout est tombée. Avdiivka est tombée. Vuhledar est tombée. Myrnohrad est peut-être en train de tomber. Mais Yampil tient. Et dans ce contraste entre les villes perdues et le village qui résiste, il y à une leçon que les stratèges de Moscou refusent d’apprendre : la victoire territoriale n’est pas la victoire tout court. On peut prendre des villes et perdre une guerre. On peut avancer sur la carte et reculer dans le réel.
Chaque ville que la Russie a prise lui a coûté des mois et des milliers de vies. Bakhmout : 10 mois, des estimations de 20 000 à 30 000 pertes russes. Avdiivka : des mois de siège pour un champ de ruines. Et maintenant Yampil, un village du secteur de Sloviansk, qui repousse 26 assauts en une journée et reste ukrainien. Le coût humain de cette guerre pour la Russie dépasse ce que tout modèle mathématique pouvait prévoir.
La Russie ne gagne pas une guerre. Elle accumule des ruines. Elle collectionne des décombres. Elle plante son drapeau sur des cimetières qu’elle a elle-même créés. Et elle appelle cela une victoire.
L’Ukraine en 2026 : épuisée mais debout
Nous sommes en février 2026. Bientôt quatre ans d’invasion à grande échelle. Bientôt douze ans de guerre si on compte depuis l’annexion de la Crimée en 2014. L’Ukraine n’aurait jamais dû tenir aussi longtemps. Tous les analystes, tous les experts, tous les services de renseignement avaient prédit une chute rapide. Kyiv en trois jours, disaient-ils. Nous en sommes au jour 1 460. Et Yampil tient.
Il y à quelque chose d’inexplicable dans cette résistance. Quelque chose qui dépasse la logistique, la stratégie, le matériel. C’est cette chose qu’aucune armée ne peut acheter et qu’aucun empire ne peut briser : la conviction qu’on se bat pour quelque chose de juste. Les soldats de Yampil ne se battent pas pour un salaire. Ils se battent pour que leurs enfants grandissent dans un pays libre. C’est une motivation que les recrues forcées de Moscou ne connaîtront jamais.
Le silence occidental : l'autre front
Pendant que Yampil se bat, l’Occident hésite
Le 22 février 2026, pendant que 26 assauts étaient repoussés à Yampil, que faisaient les capitales occidentales? Elles débattaient. Elles négociaient. Elles calculaient. Elles pesaient les coûts politiques d’un soutien accru contre les bénéfices électoraux d’un désengagement progrèssif. La guerre en Ukraine est devenue un dossier parmi d’autres sur le bureau des dirigeants. Un sujet de politique intérieure. Un argument de campagne.
Et pendant ce temps, des hommes meurent dans un village que personne en Occident ne sait prononcer. Des drones détruisent des chars. Des mines déchiquettent des colonnes d’infanterie. Des obus labourent des tranchées. Tout cela se passe en temps réel, documenté, filmé, publié sur les réseaux sociaux — et tout cela disparaît dans le bruit de fond d’un monde qui a décidé que la fatigue informationnelle justifiait le détournement du regard.
Il n’y a pas de « fatigue de guerre » pour celui qui reçoit les obus. Il n’y a pas de « lassitude » pour la mère qui attend des nouvelles de son fils. La fatigue est un privilège de spectateur. Les soldats de Yampil n’ont pas ce luxe.
La question que personne ne pose
Que se passera-t-il quand les munitions manqueront? Quand les drones ne seront plus remplacés assez vite? Quand les hommes, épuisés par quatre ans de combat, ne pourront plus repousser 26 assauts par jour? Cette question hante chaque commandant ukrainien. Elle devrait hanter chaque dirigeant occidental. Parce que la réponse ne dépend pas seulement du courage des défenseurs de Yampil. Elle dépend de nous. De nos choix. De nos livraisons. De notre capacité à comprendre que cette guerre n’est pas leur guerre. C’est la nôtre.
Chaque obus livré à l’Ukraine est un obus qui protège Yampil. Chaque drone fourni est un char russe de moins. Chaque système de défense aérienne est une école, un hôpital, une maternité qui ne sera pas bombardée. L’équation est simple. La volonté politique de la résoudre ne l’est pas.
La dimension humaine : derrière les communiqués
Les visages qu’on ne verra pas au journal télévisé
Le communiqué du Commandement Est ne donne pas de noms. Il parle d’« unités des Forces de défense », d’« équipages de drones de frappe », d’« opérations de recherche et destruction ». Derrière ces termes cliniques, il y à un soldat qui a 27 ans et qui était professeur de mathématiques avant la guerre. Il y à une femme de 34 ans qui pilote des drones et qui appelle sa fille chaque soir quand le réseau le permet. Il y à un père de famille de 45 ans qui a tout quitté pour défendre son pays et qui ne sait pas si son entreprise existera encore quand il rentrera.
Ces gens ne sont pas des statistiques. Ce ne sont pas des pions sur un échiquier géopolitique. Ce sont des êtrès humains qui ont fait un choix que la plupart d’entre nous n’auront jamais à faire : risquer leur vie pour que d’autrès puissent vivre la leur. Et ils le font dans un village que le monde entier ignore, contre un ennemi qui dispose de ressources quasi illimitées, avec un soutien occidental qui arrive au compte-gouttes.
Un professeur de mathématiques qui pilote un drone de combat. Une mère qui mine des routes. Un père qui dort dans une tranchée. Ce sont eux, les défenseurs de Yampil. Pas des héros de cinéma. Des gens ordinaires dans une situation extraordinaire. Et c’est précisément ce qui rend leur combat si bouleversant.
Ce que Yampil enseigne au monde
Yampil enseigne que la résistance n’est pas un concept abstrait. C’est 26 assauts repoussés. C’est un char détruit par un drone. C’est des routes minées à trois heures du matin. C’est des yeux rouges devant un écran de contrôle. Yampil enseigne que la supériorité numérique ne garantit pas la victoire. Que la motivation peut compenser le matériel. Que la détermination d’un peuple libre est une arme que les dictateurs ne savent pas fabriquer.
Yampil enseigne aussi que le monde à la mémoire courte. Que les guerres lointaines deviennent des guerres oubliées. Que la souffrance des autres à une date de péremption dans nos consciences. Et que le courage, aussi immense soit-il, finit par s’épuiser quand il est seul.
Conclusion : Yampil ne demande rien -- et c'est ce qui devrait nous hanter
Le silence après les 26 assauts
Quand le dernier assaut du 22 février a été repoussé, il y a eu un silence. Pas le silence de la paix. Le silence de l’attente. Parce que demain, il y aura 27 assauts. Ou 30. Ou 15. Le chiffre changera. L’acharnement russe, lui, ne changera pas. Et les soldats de Yampil le savent. Ils savent que cette nuit est un répit, pas une trêve. Que le matin viendra avec de nouvelles colonnes, de nouveaux chars, de nouvelles vagues d’infanterie.
Le communiqué du Commandement Est finit comme il a commencé. Quatre lignes. Factuelles. « Yampil est sous le contrôle des unités des Forces de défense ukrainiennes. » Pas de plainte. Pas d’appel au secours. Pas de demande. Juste un constat. Nous sommes là. Nous tenons. Venez nous chercher si vous l’osez.
Yampil ne demande rien. Pas de médailles. Pas de reconnaissance. Pas de standing ovation dans un parlement étranger. Yampil se bat. Yampil tient. Et ce silence stoïque, cette dignité brute dans le chaos absolu, c’est peut-être la chose la plus puissante — et la plus déchirante — que cette guerre nous ait donnée à voir.
Maintenant, vous savez
Vous savez qu’un village du Donbass a repoussé 26 assauts en une journée. Vous savez que 890 soldats russes sont morts le même jour. Vous savez que 138 affrontements ont eu lieu sur un front de 1 200 kilomètres. Vous savez que les drones FPV détruisent des chars. Vous savez que les Russes attaquent sur des motos et des VTT. Vous savez que Myrnohrad est peut-être tombée et que Pokrovsk est menacée d’encerclement.
Maintenant, vous savez. La question est celle que pose chaque guerre, chaque injustice, chaque moment où le silence devient complicité : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Defense Forces control Yampil, 22 février 2026
UNN — 121 combat engagements on February 21, General Staff of the Armed Forces of Ukraine
Mezha — Ukrainian General Staff Reports 890 Russian Soldier Losses in 138 Clashes, 22 février 2026
RBC-Ukraine — Ukraine confirms Yampil still under control, denies Russian claims
Sources secondaires
Kyiv Post — Fog-Covered Russian Assaults Collapse Near Pokrovsk, Nearly 100 Troops Killed
Critical Threats — Russian Offensive Campaign Assessment, February 21, 2026
Ukrainska Pravda — Russians trying to encircle Pokrovsk urban area in pincer movement
RBC-Ukraine — Ukrainian forces hold firm in Yampil as raids target Russian infiltrators
Kyiv Indépendent — Russia scales up offensive from north of Pokrovsk
Kyiv Indépendent — Ukrainian forces hold key positions in Myrnohrad
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