Un message calculé à la virgule près
« Trump à ce qu’il faut pour mettre fin à la guerre », déclare-t-il. Puis il ajoute qu’il est « fatigué des beaux discours ». Que seule la pression américaine peut forcer Vladimir Poutine à négocier sérieusement. Que l’Ukraine est « prête à des compromis », mais pas aux ultimatums russes. Chaque mot est pesé. Chaque phrase est une brique dans une construction diplomatique que le reste du monde peine à voir.
Remarquez la finesse. Zelensky ne supplie pas. Il ne flatte pas non plus. Il place Trump dans une position où refuser d’agir deviendrait un aveu d’impuissance. C’est du judo diplomatique. L’homme qui n’a plus d’armée suffisante utilise les mots comme dernière arme.
Ce que les mots cachent
Derrière la phrase-titre se cache une réalité brutale. Zelensky sait que Trump lui a imposé un ultimatum informel. Le 7 février, le président ukrainien révélait que Washington avait fixé un délai jusqu’en juin 2026 pour conclure un accord de paix. Avant les élections de mi-mandat américaines. Avant que la guerre en Ukraine ne devienne un sujet politiquement encombrant pour Trump.
« Russia wants to make a deal and Zelensky is going to have to get moving. Otherwise, he’s going to miss a great opportunity », a lancé Trump le 13 février. Trois jours plus tard, à bord de Air Force One : « Ukraine better come to the table, fast. » Ce ne sont pas des suggestions. Ce sont des sommations.
Genève : autopsie d'un échec annoncé
Six heures, puis deux heures, puis plus rien
Les négociations de Genève représentaient le troisième round de pourparlers trilatéraux entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis. Les deux premiers rounds avaient eu lieu aux Émirats arabes unis fin janvier. À Genève, la première journée a duré six heures. La seconde s’est terminée après deux heures. L’agence TASS a qualifié les échanges de « tendus ». C’est le mot diplomatique russe pour dire que rien n’a avancé.
Vladimir Medinsky, le négociateur en chef russe, a maintenu une position inflexible. Moscou exige que l’Ukraine cède le Donbas — y compris les 20 % de la région de Donetsk que les forces russes n’ont pas encore réussi à conquérir en quatre ans de guerre. Et pourtant, c’est à l’Ukraine qu’on demande de « bouger ».
Il y à quelque chose de profondément dérangeant dans cette mécanique. L’agresseur bombarde depuis quatre ans. L’agresseur occupe 20 % du territoire. L’agresseur refuse tout cessez-le-feu significatif. Et c’est la victime qu’on presse de « faire des concessions ». À quel moment la logique s’est-elle inversée?
La proposition américaine qui ne passe pas
Washington a proposé une idée censée être un compromis : transformer le Donbas en zone économique libre. Un concept flou. Un habillage diplomatique pour une amputation territoriale que les Ukrainiens n’acceptent pas. Zelensky a répondu qu’il ne discuterait de ce scénario que si les forces russes reculaient d’une distance équivalente depuis les lignes de front. Autrement dit : jamais.
Côté russe, les délégués ont accusé Zelensky de négocier de mauvaise foi et de chercher à gagner en popularité avant d’éventuelles élections ukrainiennes. La Russie n’a offert qu’un cessez-le-feu d’un jour pour permettre un vote. Kiev exige un minimum de 60 jours. L’écart entre les positions n’est pas un fossé. C’est un abîme.
Les pressions américaines : quand l'allié devient l'arbitre
La mécanique de l’étau
Il a reconnu ressentir « un peu » de pression de la part de Trump. Un « un peu » diplomatique. Qui veut dire beaucoup. Qui veut dire que chaque appel téléphonique avec Washington est devenu un exercice de survie politique autant que militaire. « J’espère que ce ne sont que ses tactiques et pas sa décision », a confié Zelensky à Axios au sujet des demandes de Trump.
Quand un président en guerre doit « espérer » que les menaces de son principal allié ne sont « que des tactiques », on mesure l’isolement. Zelensky marche sur un fil. D’un côté, les bombes russes. De l’autre, les tweets américains. Les deux peuvent le faire tomber.
Le délai de juin : une horloge qui tourne
Trump veut un accord avant juin. Avant que les élections de mi-mandat ne captent toute l’attention politique américaine. Avant que l’Ukraine ne devienne un sujet qui divise sa base électorale. Pour Trump, la paix en Ukraine est un trophée potentiel. Pour Zelensky, c’est une question de survie nationale. Ces deux temporalités ne sont pas compatibles. Et pourtant, elles doivent coexister.
Le calendrier politique américain dicte le rythme des négociations d’un conflit européen. Des milliers de vies ukrainiennes dépendent d’une échéance fixée en fonction de la dynamique électorale d’un pays situé à 8 000 kilomètres de Kharkiv. C’est l’architecture géopolitique de 2026. Absurde. Mais réelle.
Quatre ans de guerre : le bilan que personne ne veut lire
Les chiffres qui ne dorment pas
1 418 jours. C’est la durée de la guerre en Ukraine en février 2026. Ce chiffre dépasse désormais la durée des opérations soviétiques contre l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. La Russie de Poutine met plus de temps à conquérir le Donbas que l’URSS de Staline n’en a mis pour repousser la Wehrmacht de Moscou à Berlin.
Mais les chiffres les plus durs ne sont pas ceux du calendrier. Ce sont ceux des pertes humaines. Près de 2 millions de victimes militaires combinées. La Russie avance de 70 mètrès par jour en moyenne vers Pokrovsk, un hub de transport stratégique. 70 mètres. Par jour. Le secrétaire général de l’OTAN a comparé cette progrèssion à « la vitesse d’un escargot de jardin ». Un escargot nourri de sang.
Soixante-dix mètrès par jour. Des milliers de morts pour soixante-dix mètrès. Il faudrait des années à ce rythme pour atteindre Pokrovsk. Des décennies pour le Donbas entier. Poutine ne gagne pas la guerre. Il broie des vies dans un hachoir industriel pour des avancées qu’on mesure avec un ruban d’arpenteur.
Les drones : la nouvelle géographie de la mort
Chaque mètre de terrain est surveillé. Chaque mouvement est détecté. Chaque soldat qui se lève de sa tranchée prend le risque d’être repéré en quelques secondes. La guerre de position de 1914 rencontre la technologie de 2026. Et le résultat est un enfer hybride où la boue des tranchées côtoie le bourdonnement des rotors.
Zelensky face à Galipeau : le choix de Radio-Canada
Pourquoi cette entrevue compte
La correspondante Marie-Eve Bédard a préparé des reportages complémentaires documentant la situation actuelle sur le terrain — les pertes humaines, les destructions d’infrastructures, la vie quotidienne dans un pays qui a appris à fonctionner sous les bombes. Le rédacteur en chef Nicolas Doyon a piloté l’ensemble du projet. Une opération journalistique d’envergure pour un anniversaire que beaucoup auraient préféré ignorer.
Il faut saluer le geste. Quand tant de médias ont tourné leur regard ailleurs — vers les scandales domestiques, les guerres de tweets, les polémiques qui s’oublient en 24 heures — Radio-Canada a choisi d’envoyer son ancre à Kiev. De rappeler que cette guerre existe encore. Que ces gens meurent encore. Que le silence n’est pas une option.
Un président qui parle français au monde francophone
Et pourtant, combien de ces 300 millions connaissent le nom d’une seule ville ukrainienne bombardée cette semaine? Combien peuvent situer Pokrovsk sur une carte? Combien savent que 2025 a été l’année la plus meurtrière pour les civils ukrainiens depuis le début de l’invasion? L’entrevue avec Galipeau est un rappel. Un cri poli. Un « n’oubliez pas » habillé en interview télévisée.
Le compromis impossible : ce que Moscou exige vraiment
Le Donbas où rien
Les demandes russes à Genève étaient claires. Trop claires. Moscou veut que l’Ukraine cède l’intégralité du Donbas — y compris les portions que ses propres forces n’ont pas réussi à conquérir en quatre ans de combats acharnés. La Russie occupe environ 80 % de la région de Donetsk. Elle exige les 20 % restants par la voie diplomatique. Ce que les armes n’ont pas obtenu, les négociations doivent le livrer.
Zelensky a été catégorique dans son entrevue avec Galipeau : les concessions territoriales exigées par Moscou sont inacceptables. Il a répété que l’Ukraine est prête à des compromis — le mot revient comme un refrain — mais pas à des ultimatums. La nuance est essentielle. Un compromis suppose une réciprocité. Un ultimatum suppose une capitulation.
Imaginez le scénario inversé. Imaginez que le Canada perde 20 % de son territoire sous une invasion. Que l’envahisseur exige ensuite les 20 % qu’il n’a pas réussi à prendre. Et que nos alliés nous disent : « Soyez raisonnables, donnez-leur ce qu’ils demandent. » Absurde? C’est exactement ce qu’on demande à l’Ukraine.
Les « racines historiques » de Medinsky
Vladimir Medinsky, le négociateur russe, continue d’insister sur le récit des « racines historiques » du Kremlin concernant l’Ukraine. Une narration qui nie l’existence même de l’identité ukrainienne distincte. Zelensky a qualifié cette approche d’improductive. C’est un euphémisme. Quand votre interlocuteur commence par nier votre droit d’exister en tant que nation, les négociations sont mortes avant de commencer.
Medinsky a décrit les discussions comme « difficiles, mais professionnelles ». Le vocabulaire diplomatique russe à ses codes. « Difficile » signifie que rien n’a bougé. « Professionnel » signifie que personne n’a quitté la table en claquant la porte. Ce n’est pas un progrès. C’est un statu quo habillé en communiqué de presse.
Trump, l'Ukraine et l'art du deal impossible
Le marchand face au guerrier
Trump a dit que des milliers de vies perdues rendent le conflit entier « injuste ». Il n’a pas tort sur ce point précis. Mais sa solution — presser l’Ukraine de céder du terrain pour obtenir la paix — revient à dire au propriétaire d’une maison cambriolée de donner les clés au voleur pour que le bruit s’arrête. Le bruit s’arrête, oui. Mais le voleur garde tout.
Trump veut un deal. Zelensky veut la survie. Poutine veut l’Ukraine. Ces trois objectifs ne cohabitent pas dans la même équation. Quelqu’un va perdre. Et dans l’histoire des « deals » entre grandes puissances et petites nations, c’est rarement la grande puissance qui fait des sacrifices.
Le trophée et le prix
L'Europe entre deux chaises : solidarité verbale, paralysie réelle
Les discours et les actes
Pendant que Zelensky parle à Radio-Canada depuis Kiev, l’Europe observe. Elle condamne. Elle promet. Elle hésite. Le Royaume-Uni et la France ont proposé d’installer des « hubs militaires » en Ukraine dans le cadre d’un plan de paix. C’est un pas. Mais un pas après quatre ans de guerre, c’est un pas qui arrive 1 400 jours trop tard.
L’Ukraine se bat avec les armes que l’Occident lui fournit au compte-gouttes. Chaque obus livré avec trois mois de retard, c’est une position perdue. Chaque hésitation politique, c’est un village conquis par Moscou. L’Europe aide. Mais l’Europe aide comme on aide un noyé en lui lançant une bouée depuis le rivage — sans jamais se mouiller les pieds.
Le Canada dans l’équation
Le choix de Radio-Canada d’aller chercher cette entrevue n’est pas innocent. Le Canada abrite la plus grande diaspora ukrainienne au monde après la Russie — environ 1,4 million de Canadiens d’origine ukrainienne. La guerre en Ukraine n’est pas un conflit lointain pour le Canada. C’est un conflit qui touche des familles canadiennes. Des cousins à Kharkiv. Des grands-parents à Odessa. Des amis d’enfance à Dnipro.
Quand Zelensky regarde la caméra de Galipeau, il regarde aussi ces familles. Il leur dit : je suis encore là. Votre pays d’origine tient encore debout. Et j’ai besoin que vous ne détourniez pas le regard.
Le cessez-le-feu : un mot que la Russie refuse d'entendre
Un jour où soixante jours
À Genève, la question du cessez-le-feu a cristallisé l’impasse. La Russie a proposé un cessez-le-feu d’un jour. Vingt-quatre heures. Le temps d’organiser un semblant d’élection que Moscou pourrait utiliser comme outil de propagande. Kiev demande un cessez-le-feu de 60 jours minimum — le temps nécessaire pour organiser un référendum légitime sur un éventuel accord de paix, accompagné d’élections nationales.
La différence entre un jour et soixante jours n’est pas une question de calendrier. C’est une question de légitimité. Un cessez-le-feu d’un jour, c’est une pause photo. Un cessez-le-feu de soixante jours, c’est une respiration démocratique. La Russie choisit la première option parce qu’elle n’a aucun intérêt à ce que la démocratie ukrainienne ait le temps de s’exprimer.
Un jour. Moscou propose un cessez-le-feu d’un jour. Pour des élections. Dans un pays de 44 millions d’habitants dont des millions sont déplacés. Où les infrastructures électorales sont en ruines. Où des régions entières sont sous occupation. Un jour. La proposition n’est pas sérieuse. Elle est insultante.
Le face-à-face que Zelensky réclame
Le président ukrainien a demandé à son équipe de poursuivre des rencontrès directes avec Vladimir Poutine. Il croit qu’un face-à-face pourrait briser l’impasse territoriale. C’est une position audacieuse. Peut-être naïve. Mais elle dit quelque chose sur la détermination de l’homme : après quatre ans de bombardements, d’accusations de « dictateur sans élections » par Trump, de pressions de toutes parts, Zelensky veut regarder Poutine dans les yeux.
Poutine, lui, n’a montré aucune intention de se prêter à l’exercice. Pourquoi le ferait-il? Il à le temps. Il a les ressources. Il à un allié de circonstance à la Maison-Blanche qui presse l’Ukraine plutôt que la Russie. Pour Poutine, chaque jour qui passe sans accord est un jour de plus avec le Donbas sous contrôle russe.
La guerre des mots : anatomie d'une phrase
« Trump à ce qu’il faut »
Revenons à la phrase. « Trump à ce qu’il faut pour mettre fin à la guerre. » Six mots. Analysons-les. « A ce qu’il faut » — pas « veut », pas « va ». A. C’est un constat de capacité, pas de volonté. Zelensky dit que Trump pourrait. Pas qu’il va. C’est la différence entre décrire un outil et prédire son utilisation.
Les grands leaders ne supplient pas. Ils repositionnent le débat. En une phrase, Zelensky a transformé le récit. Ce n’est plus « l’Ukraine refuse la paix ». C’est « Trump à le pouvoir d’imposer la paix — va-t-il s’en servir? » Le fardeau a changé d’épaules. Et Trump, qui déteste qu’on le mette au défi, devra répondre.
Les mots que Zelensky n’a pas prononcés
Ce que Zelensky n’a pas dit à Galipeau est aussi important que ce qu’il a dit. Il n’a pas dit que Trump était un allié fiable. Il n’a pas dit que les négociations allaient dans la bonne direction. Il n’a pas dit qu’il avait confiance dans le procèssus. Il a dit que Trump avait « ce qu’il faut ». Point. Le reste est du silence calculé.
Le piège du « réalisme » : quand accepter l'inacceptable devient raisonnable
L’argument des « pragmatiques »
Ils sont nombreux, les commentateurs qui appellent à la « raison ». Qui expliquent que l’Ukraine devrait accepter ses pertes et signer un accord. Qui qualifient Zelensky d’« intransigeant ». Qui parlent de « paix réaliste ». Ces mêmes voix qui, en 1938, auraient applaudi Munich. Qui auraient dit que les Sudètes n’étaient qu’un petit morceau de terre. Que la paix valait bien quelques concessions.
L’histoire à un verdict impitoyable sur le « réalisme » face aux dictateurs. Chaque concession non méritée nourrit l’appétit suivant. La Crimée en 2014 n’a pas satisfait Poutine. Le Donbas en 2022 ne l’a pas satisfait. Qu’est-ce qui garantit que le Donbas entier en 2026 le satisfera? Rien. Absolument rien. Et pourtant, c’est le pari que certains veulent forcer l’Ukraine à prendre.
Le « réalisme » a bon dos. Quand c’est votre territoire qu’on négocie, ça s’appelle du réalisme. Quand c’est le mien, ça s’appelle une trahison. Le réalisme de ceux qui n’ont rien à perdre est toujours généreux — avec les pertes des autrès.
La leçon que personne ne veut apprendre
La guerre en Ukraine enseigne quelque chose que le monde refuse d’entendre. Le droit international ne protège que ceux qui ont les moyens de le défendre. La souveraineté nationale est un concept théorique quand une puissance nucléaire décide de l’ignorer. Et les alliances sont des promesses qui se dissolvent dans l’eau tiède de l’opportunisme politique.
Zelensky le sait. C’est pour ça qu’il continue de parler. À Galipeau. À Axios. À quiconque tend un micro. Parce que le jour où il se tait, le monde aura l’excuse parfaite pour tourner la page. Et tourner la page sur l’Ukraine, c’est tourner la page sur tout ce que l’Occident prétend défendre.
Après Genève : la route cahoteuse vers une paix incertaine
Ce qui vient ensuite
Aucune date n’a été fixée pour le prochain round de négociations. La Maison-Blanche affirme que les discussions reprendront. Zelensky demande des pourparlers « sérieux, substantiels, utiles pour tous ». Medinsky insiste sur les « racines historiques ». Les médiateurs américains parlent de « progrès ». Et sur le terrain, les drones continuent de bourdonner, les obus continuent de tomber, les soldats continuent de mourir.
Le délai de juin approche. Chaque semaine sans accord renforcé la position de Poutine — qui contrôle le terrain et n’a aucune raison de se presser. Et chaque semaine rapproche les élections de mi-mandat américaines — après lesquelles l’Ukraine risque de disparaître de l’agenda de Washington. Zelensky le sait. Son entrevue avec Galipeau n’était pas un exercice de communication. C’était un acte de survie diplomatique.
Quatre ans. Deux millions de victimes. Des villes en ruines. Des enfants qui n’ont connu que la guerre. Et au bout de tout ça, la question reste la même qu’au premier jour : le monde va-t-il laisser la Russie récompenser l’agression? La réponse que nous donnerons définira non seulement l’avenir de l’Ukraine — mais le nôtre.
La patience d’un homme qui n’en a plus
Zelensky a dit à Al Jazeera que la patience de l’Ukraine s’amenuise face au procèssus de paix américain. Que la Russie « esquive la pression » pendant que Kiev la subit de plein fouet. Que les États-Unis demandent « trop souvent » des concessions à l’Ukraine et « pas assez » à la Russie. Ces mots, prononcés quelques jours avant l’entrevue avec Galipeau, colorent tout ce qu’il dit à Radio-Canada.
Quand il affirme que Trump a « ce qu’il faut », il dit aussi : utilisez-le. Pressez la Russie avec la même énergie que vous nous pressez. Imposez à Poutine les mêmes délais, les mêmes ultimatums, les mêmes menaces que vous nous imposez. Et si vous ne le faites pas, l’histoire retiendra que vous aviez « ce qu’il faut » — et que vous ne vous en êtes pas servi.
Le quatrième anniversaire : mémoire et résistance
Ce que le monde a oublié
Le 24 février 2022, le monde entier regardait l’Ukraine. Les drapeaux bleu et jaune flottaient sur les balcons de Paris, Berlin, Montréal. Les gens manifestaient. Les gouvernements promettaient. Les réseaux sociaux brûlaient de solidarité. Quatre ans plus tard, l’Ukraine est devenue un bruit de fond. Un conflit parmi d’autrès. Une ligne dans le défilement des nouvelles qu’on survole avant de passer à la météo.
Et pourtant. La guerre continue. Plus meurtrière qu’avant. Plus technologique. Plus désespérée. Zelensky ne parle plus depuis un studio improvisé en chandail kaki. Il parle depuis un bureau où chaque fenêtre est renforcée contre les éclats. Où chaque visite officielle est précédée d’un briefing sur les menaces. Où la possibilité d’un missile balistique pendant l’entrevue avec Galipeau n’est pas une hypothèse, mais une probabilité statistique.
Nous avons changé de chaîne. L’Ukraine, non. Le luxe de l’oubli, c’est le privilège de ceux qui ne reçoivent pas de bombes. Zelensky accepte l’entrevue avec Galipeau parce qu’il n’a pas le choix. Parce que chaque caméra braquée sur lui est une caméra de moins braquée sur le néant. Parce que l’indifférence du monde est une arme que Poutine manie aussi bien que ses missiles.
Les noms qu’on ne prononce plus
Boutcha. Irpin. Marioupol. Izioum. Ces noms ont fait la une pendant quelques semaines. Les fosses communes. Les corps ligotés. Les enfants déportés. Puis d’autrès nouvelles sont arrivées, et ces noms se sont enfoncés dans le sable de l’actualité. Mais les fosses sont toujours là. Les familles cherchent toujours leurs disparus. Les enfants déportés en Russie n’ont toujours pas été rendus.
Le quatrième anniversaire devrait être un moment de mémoire. Pas de célébration. De mémoire. Parce que 14 999 civils tués, ce n’est pas un chiffre. C’est 14 999 noms. 14 999 chaises vides à des tables familiales. 14 999 histoires interrompues au milieu d’une phrase.
Conclusion : La phrase qui reste
Un message pour l’histoire
Zelensky a parlé à Céline Galipeau. Il a parlé au Canada. Il a parlé au monde francophone. Mais son véritable interlocuteur, c’est l’histoire. Celle qui jugera si le monde a laissé un peuple se faire démembrer parce que c’était plus pratique. Celle qui demandera : vous saviez, et qu’avez-vous fait?
Quatre ans. Zelensky est toujours debout. L’Ukraine est toujours debout. Le prix est incalculable. Et la question n’est plus de savoir si Trump « à ce qu’il faut ». La question est de savoir si nous avons, collectivement, ce qu’il faut pour refuser qu’une guerre d’agression soit récompensée. Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Le silence après les mots
L’entrevue se termine. La caméra s’éteint. Galipeau range ses notes. Zelensky retourne à ses briefings sécuritaires. Dehors, Kiev continue de vivre sa vie sous la menace permanente. Les cafés sont ouverts. Les métros roulent. Les gens marchent dans les rues en écoutant de la musique dans leurs écouteurs. Et quelque part au-dessus de leurs têtes, un drone russe trace peut-être sa trajectoire.
Il n’y a rien à ajouter. Juste le silence. Et l’absence de ceux qui ne reviendront pas.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur et rédacteur indépendant. Ce texte est une chronique d’opinion, pas un reportage factuel. Mon positionnement est clair : je considère que l’invasion russe de l’Ukraine est une violation flagrante du droit international et que les demandes de concessions territoriales imposées à la victime d’une agression constituent un précédent dangereux pour l’ordre mondial. Ce positionnement est assumé et transparent.
Cette chronique ne prétend pas à la neutralité. Elle prétend à l’honnêteté. Chaque fait avancé est sourcé. Chaque opinion est identifiée comme telle. Le lecteur dispose de toutes les informations nécessaires pour se forger sa propre opinion.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur l’entrevue exclusive de Céline Galipeau avec le président Volodymyr Zelensky, diffusée au Téléjournal de Radio-Canada le 23 février 2026. Les données sur les négociations de Genève proviennent de sources multiples incluant TIME, CBC, Axios, Al Jazeera, Novaya Gazeta Europe et le Globe and Mail. Les statistiques sur les pertes humaines proviennent du CSIS, de l’ONU (OHCHR) et des déclarations officielles du président Zelensky. Les citations de Trump proviennent de déclarations publiques rapportées par les agences de presse internationales.
Toutes les sources primaires sont référencées en fin d’article avec leurs liens complets.
Nature de l’analyse
Ce texte mêle analyse factuelle et commentaire éditorial. Les passages en italique représentent les opinions personnelles de l’auteur. Les passages en texte standard contiennent des faits vérifiables et des citations sourcées. Le lecteur est invité à consulter les sources pour se faire sa propre idée et à exercer son esprit critique sur l’ensemble du texte, y compris les opinions de l’auteur.
Sources
Sources primaires
Radio-Canada — Entretien privilégié avec Volodymyr Zelensky — Vidéo intégrale, 23 février 2026
TIME — Ukraine-Russia Peace Talks End Abruptly, février 2026
CBC News — Zelenskyy says US too often asks Ukraine, not Russia, for concessions, février 2026
Sources secondaires
Axios — Zelensky says Trump wants Russia-Ukraine peace deal by June, 7 février 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.