Un mot que Moscou et Kiev ne prononcent pas de la même façon
Le mot « compromis » revient sans cesse dans la bouche de Zelensky. Mais attention : ce n’est pas le compromis tel que l’entendent les chancelleries occidentales, confortablement installées loin des lignes de front. Pour le président ukrainien, le compromis a déjà commencé. Il a commencé le jour où l’Ukraine a accepté de s’asseoir à la même table que son agresseur. « Notre compromis, c’est déjà que nous parlons à l’agresseur de compromis », a-t-il déclaré. « Nous sommes prêts à parler de paix maintenant sur le principe du « on reste où on est ». C’est un gros compromis. »
Un gros compromis. Mesurez la portée de ces mots. L’Ukraine dit : nous acceptons, temporairement, de ne pas récupérer 20 % de notre territoire. Nous acceptons que des millions de nos compatriotes vivent sous occupation russe. Nous acceptons de geler une ligne de front qui traverse nos villes, nos villages, nos familles. Et en face, qu’est-ce que la Russie propose comme compromis ? Zelensky l’a résumé avec une lucidité glaçante : « Ils ont dit : « Nous sommes prêts à ne pas occuper vos autrès régions. » Mais c’est du terrorisme. Ce n’est pas un compromis. C’est un ultimatum. »
Quand l’agresseur dit « je ne prendrai pas le reste de votre maison si vous me donnez le salon et les chambres », ce n’est pas de la négociation. C’est du racket. Et le monde regarde, les bras croisés, en appelant ça de la diplomatie.
Le piège sémantique de la paix
C’est là que réside le piège fondamental de cette guerre. Le vocabulaire a été détourné. Le mot « paix » ne signifie plus la même chose selon qui le prononce. Pour Moscou, la paix signifie la capitulation ukrainienne. Pour Washington, la paix signifie la fin d’un dossier encombrant avant les prochaines élections. Pour l’Europe, la paix signifie le retour à un confort que la guerre a perturbé. Et pour l’Ukraine, la paix signifie survivre. Tout simplement survivre en tant que nation souveraine. Zelensky l’a martelé face à Galipeau : « Nous sommes prêts à des compromis qui respectent la souveraineté ukrainienne, notre armée, notre peuple et nos enfants. Mais nous ne sommes pas prêts pour un ultimatum. »
Et pourtant, c’est précisément un ultimatum que la Russie pose sur la table, habillé en proposition de paix. Quittez le Donbass. Renoncez à l’OTAN. Désarmez. Et nous serons magnanimes. Nous ne prendrons que ce que nous avons déjà pris. La générosité du voleur qui promet de ne pas revenir — à condition que vous lui laissiez ce qu’il a volé.
Le Donbass : la ligne rouge qu'on veut forcer Zelensky à franchir
Quand Washington et Moscou parlent d’une même voix
Zelensky a lâché une bombe lors de son entrevue avec l’AFP le 20 février 2026, deux jours avant l’entretien avec Radio-Canada. Une phrase qui devrait faire trembler chaque Ukrainien, chaque Européen, chaque être humain attaché au droit international : « Les Américains et les Russes disent que si vous voulez que la guerre se termine demain, sortez du Donbass. »
Relisez. Les Américains et les Russes. Ensemble. Les supposés alliés de l’Ukraine et son agresseur qui, sur ce point précis, tiennent le même discours. Qui exercent la même pression. Qui posent la même condition. Le pays qui a envoyé des Javelin pour défendre l’Ukraine dit maintenant la même chose que celui qui a envoyé des missiles pour la détruire. Ce n’est plus de la géopolitique. C’est de la trahison en costume-cravate.
Quand votre meilleur allié et votre pire ennemi vous disent exactement la même chose, vous savez que vous êtes seul. Vraiment seul. L’Ukraine vient de découvrir ce que signifie être un petit pays dans un monde de grands prédateurs.
Moins de 20 % de Donetsk sous contrôle ukrainien
Les chiffres sont brutaux. L’Ukraine contrôle moins de 20 % de la région de Donetsk. Le reste est sous occupation russe où en zone de combat. Les forces russes avancent lentement, mètre par mètre, au prix de pertes colossales. Mais elles avancent. Et chaque mètre gagné par Moscou devient un fait accompli sur la carte des négociations. Chaque village pris est un village perdu à la table des pourparlers. Zelensky le sait. Il l’a dit à Léa Salamé sur France 2 : « Pour conquérir l’est de l’Ukraine, cela leur coûterait 800 000 cadavres supplémentaires. Il leur faudra deux ans au minimum, avec une progrèssion très lente. »
800 000 cadavres. C’est le prix que Zelensky attribue à la conquête militaire complète du Donbass. Pas le prix en dollars, en euros où en roubles. Le prix en vies humaines. Et la question que personne ne pose : Poutine est-il prêt à payer ce prix ? L’histoire de cette guerre suggère que oui. Parce que pour Poutine, les soldats russes ne sont pas des êtrès humains. Ce sont des unités de consommation dans une machine de guerre qui ne s’arrête que lorsqu’il n’y a plus rien à broyer.
Trump, le seul homme que Poutine craint -- selon Zelensky
Un pari risqué sur un allié imprévisible
Il y a dans la stratégie de Zelensky quelque chose qui relève autant du calcul politique que du pari existentiel. Face à Galipeau, face à Salamé, face à l’AFP — dans toutes ses interventions de février 2026 –, le président ukrainien martèle le même message : « Trump à ce qu’il faut pour mettre fin à la guerre. » C’est un pari. Un pari colossal. Car l’homme dont Zelensky attend le salut est le même qui a coupé l’essentiel de l’aide militaire américaine à l’Ukraine depuis son retour au pouvoir en 2025.
Et pourtant, Zelensky persiste. « Si le président Trump sait que Poutine a peur de lui, alors il ne peut pas accepter toutes les conditions que pose le président russe », a-t-il déclaré sur France 2. Le raisonnement est logique. Si Trump veut être perçu comme l’homme qui a mis fin à la guerre, il ne peut pas le faire en capitulant devant Poutine. L’ego de Trump — cet ego monumental, dévorant, omniprésent — pourrait paradoxalement être l’arme la plus efficace contre l’impérialisme russe. Parce que Trump ne supporte pas de perdre. Et accepter les conditions de Poutine, ce serait perdre.
Il y à quelque chose de vertigineux à voir le sort de 44 millions d’Ukrainiens suspendu à l’ego d’un seul homme. Mais c’est la réalité de 2026. La géopolitique mondiale ne se joue plus dans les institutions. Elle se joue dans les humeurs d’un président américain.
Les leviers que Washington refuse d’utiliser
Zelensky a énuméré les outils dont dispose Trump : « l’économie, les sanctions, les armes ». Trois leviers puissants. Trois leviers que les États-Unis ont choisi de ne pas utiliser pleinement. Depuis le retour de Trump au pouvoir, Washington s’est repositionné non plus comme allié de l’Ukraine, mais comme médiateur. Un médiateur entre l’agressé et l’agresseur. Comme si les deux positions se valaient. Comme si bombarder des hôpitaux et défendre sa souveraineté étaient deux points de vue également légitimes.
Et pourtant, les faits sont là. La Russie bombarde quotidiennement des zones civiles. Elle détruit systématiquement les infrastructures énergétiques. Elle plonge des millions de personnes dans le froid et l’obscurité en plein hiver. Et Washington, qui pourrait écraser l’économie russe d’un trait de stylo, regarde. Attend. Calcule. Zelensky l’a dit sans détour : « Poutine n’a pas peur des Européens, malheureusement. » Sous-entendu : seul Trump peut faire pencher la balance. Seul Trump peut transformer les mots en actes.
L'Ukraine ne perd pas la guerre -- mais à quel prix ?
Une phrase qui est à la fois vraie et déchirante
« On ne peut pas dire que nous perdons la guerre. Honnêtement, nous ne sommes certainement pas en train de la perdre. » Ce sont les mots de Zelensky à l’AFP, le 20 février 2026. Et il a raison. L’Ukraine ne perd pas la guerre. Les forces ukrainiennes ont même récemment repris environ 300 kilomètrès carrés lors de contre-offensives dans le sud. L’armée tient. Le front tient. Le pays tient. Mais à quel prix ?
Le prix, ce sont ces 55 000 cercueils officiels. Ces dizaines de milliers de disparus. Ces millions de réfugiés éparpillés à travers l’Europe. Ces enfants qui grandissent dans des sous-sols. Ces familles séparées par des lignes de front. Ces villes réduites en poussière. Cette infrastructure énergétique méthodiquement détruite, hiver après hiver, pour transformer chaque nuit en épreuve de survie. L’Ukraine ne perd pas la guerre. Mais l’Ukraine se vide de son sang, goutte par goutte, jour après jour, depuis 1 461 jours.
« Nous ne perdons pas. » C’est vrai. Mais il y à une différence entre ne pas perdre et gagner. Et cette différence se mesure en vies brisées, en hivers sans chauffage, en enfants qui ne connaîtront jamais le silence de la paix.
La question que Zelensky pose au monde
« La question est de savoir si nous allons gagner », a ajouté Zelensky. Et cette question, il ne la pose pas à son peuple — son peuple se bat déjà. Il ne la pose pas à son armée — son armée meurt déjà. Il la pose au monde. Il la pose au Canada. Il la pose à chaque téléspectateur de Radio-Canada qui a regardé cette entrevue depuis le confort de son salon chauffé. Voulez-vous que l’Ukraine gagne ? Pas dans les discours. Pas dans les résolutions de l’ONU. Pas dans les communiqués de presse. Dans les faits.
Parce que ne pas perdre, c’est survivre. Mais gagner, c’est récupérer son territoire, sa souveraineté, sa dignité. Gagner, c’est ramener les prisonniers. Gagner, c’est reconstruire les écoles, les hôpitaux, les centrales électriques. Gagner, c’est dire à Poutine que le droit international n’est pas une suggestion. Et pour gagner, il faut des armes, de l’argent, et surtout — surtout — de la volonté politique. Celle que l’Occident perd un peu plus chaque jour.
Les garanties de sécurité : l'Europe en première ligne, enfin ?
La Déclaration de Paris et la coalition des volontaires
Le 6 janvier 2026, 35 pays réunis à Paris ont validé ce qu’on appelle la « Déclaration de Paris ». Un document qui détaille des « garanties de sécurité robustes pour une paix solide et durable » en Ukraine. Pour la première fois, la France et le Royaume-Uni ont confirmé qu’ils étaient prêts à déployer des troupes sur le sol ukrainien après un cessez-le-feu. Pas sur la ligne de front. Mais dans des points stratégiques, pour servir de force de dissuasion et de réassurance.
Zelensky a été clair sur ce point lors de son entretien sur France 2 : « Si on gèle la ligne de front et qu’on garde nos positions respectives, c’est déjà une concession énorme. » Mais il a posé une condition : « Entre nous, il faut une force d’interposition internationale, une présence internationale. » Des soldats européens — français, britanniques, et potentiellement d’autrès nationalités — positionnés entre les forces ukrainiennes et les forces russes. Un bouclier humain fait de drapeaux occidentaux. La logique est simple : Poutine hésitera-t-il à tirer sur des soldats français où britanniques ?
Après quatre ans de « soutien indéfectible » qui consistait surtout en déclarations solennelles et en livraisons au compte-gouttes, l’Europe semble enfin prête à mettre ses soldats là où elle mettait ses mots. Il était temps. Mais est-ce trop tard ?
La menace russe : des « cibles légitimes »
La réponse de Moscou a été aussi prévisible que glaçante. La Russie a déclaré qu’elle considérerait les troupes de l’OTAN présentes sur le territoire ukrainien comme des « cibles légitimes ». En clair : si des soldats français où britanniques mettent le pied en Ukraine, la Russie se réserve le droit de les tuer. C’est du chantage nucléaire à peine voilé. C’est la même stratégie que Poutine utilise depuis 2022 : menacer l’escalade pour obtenir la paralysie.
Et pourtant, cette menace, si on la regarde froidement, est aussi un aveu de faiblessé. Si la Russie n’avait pas peur d’une présence européenne en Ukraine, elle ne menacerait pas. On ne menace pas ce qu’on ne craint pas. Le simple fait que Moscou s’agite à l’idée de soldats européens sur le terrain prouve que cette option fonctionne. Que cette dissuasion est réelle. Que Poutine calcule, hésite, et recule quand le risque d’affronter directement l’Occident devient tangible. Et pourtant, une partie de l’Europe — l’Italie de Giorgia Meloni en tête — a déjà exclu d’envoyer ses troupes. La solidarité européenne, comme toujours, est à géométrie variable.
La stratégie russe : briser le moral des civils
L’hiver comme arme de guerre
Il ne suffit pas de bombarder des positions militaires. La Russie a compris depuis longtemps que la vraie bataille se joue dans les foyers, dans les cuisines, dans les chambres d’enfants où la température descend sous zéro. La stratégie est documentée, systématique, délibérée : détruire les infrastructures énergétiques de l’Ukraine pour transformer chaque hiver en épreuve de survie. Centrales électriques. Réseaux de chauffage. Stations de pompage d’eau. Tout ce qui permet à une société de fonctionner est visé, méthodiquement, nuit après nuit.
L’Ukraine affronte en 2026 sa pire crise énergétique depuis le début de l’invasion. Les coupures d’électricité sont quotidiennes. Le chauffage est intermittent. L’eau courante est un luxe. Et pendant que les Ukrainiens grelottent, les négociateurs à Genève et à Abou Dhabi parlent de « zones économiques spéciales » et de « lignes de démarcation ». La déconnexion entre ceux qui subissent la guerre et ceux qui en parlent n’a jamais été aussi obscène.
Un enfant de Kharkiv ne sait pas ce qu’est une « zone économique spéciale ». Il sait ce qu’est une nuit sans chauffage. Il sait ce qu’est le bruit d’un missile qui approche. Il sait ce qu’est le silence qui suit. C’est ça, la réalité de cette guerre. Tout le reste, c’est de la littérature diplomatique.
La Presse le confirme : briser le moral, pas les lignes
La Presse titrait le 21 février 2026 : « La stratégie, c’est de briser le moral des civils ». Pas les lignes de défense. Pas les positions militaires. Les civils. Les gens ordinaires. Ceux qui n’ont pas demandé cette guerre, qui n’ont pas voté pour cette guerre, qui n’ont aucun pouvoir sur cette guerre. La Russie ne cherche plus à vaincre l’armée ukrainienne sur le terrain — elle est incapable de le faire rapidement. Elle cherche à épuiser la population. À la rendre si fatiguée, si désespérée, si brisée qu’elle finira par accepter n’importe quoi pour que ça s’arrête.
C’est une stratégie de terreur. Et elle porte un nom en droit international : ce sont des crimes de guerre. Cibler délibérément les infrastructures civiles pour affamer et geler une population entière, c’est un crime de guerre. Et pourtant, les pourparlers se poursuivent comme si de rien n’était. Et pourtant, on invite la Russie à Genève, à Abou Dhabi, on lui tend des chaises autour de tables de négociation, on lui offre du café et des poignées de main. Pendant qu’elle bombarde des maternités.
Soyons honnêtes : les Russes veulent juste me remplacer
La lucidité désarmante de Zelensky
Au milieu des formules diplomatiques et des phrases calibrées, Zelensky a lâché une vérité nue : « Soyons honnêtes, les Russes veulent juste me remplacer. » Pas négocier. Pas trouver un compromis. Me remplacer. Installer à Kiev un gouvernement fantoche, soumis à Moscou, qui transformerait l’Ukraine en une nouvelle Biélorussie. Un pays souverain sur le papier, un vassal dans les faits. C’est l’objectif réel de Poutine. Pas le Donbass. Pas la Crimée. L’Ukraine entière.
Le Donbass n’est qu’un prétexte. La dénazification était un prétexte. La protection des russophones était un prétexte. Chaque excuse avancée par Moscou depuis 2014 n’était qu’un habillage pour un projet simple et ancien : absorber l’Ukraine. Effacer son identité. Nier son existence même en tant que nation. Zelensky le sait. Et il le dit avec une franchise que les dirigeants occidentaux devraient envier : « Si nous devenons une partie de la Russie, ce serait une perte absolument monstrueuse. »
Quand un président de guerre vous dit « ils veulent me remplacer », il ne parle pas de politique. Il parle de survie. La sienne, celle de son peuple, celle de l’idée même qu’un pays puisse exister à côté de la Russie sans lui appartenir.
L’exigence d’élections : le cheval de Troie
La Russie et les États-Unis exigent que l’Ukraine organise des élections rapidement. En apparence, c’est une demande démocratique. En réalité, c’est un piège. Organiser des élections en temps de guerre, avec 20 % du territoire occupé, des millions de réfugiés à l’étranger, des millions de déplacés internes, une mobilisation générale en cours — c’est techniquement impossible et politiquement suicidaire. Selon les sondages, la majorité des Ukrainiens s’y opposent. Parce qu’ils comprennent que des élections dans ces conditions ne produiraient pas de la démocratie. Elles produiraient du chaos. Et le chaos, c’est exactement ce que Poutine attend.
C’est une vieille recette du Kremlin : déstabiliser de l’intérieur ce qu’on ne peut pas conquérir de l’extérieur. Forcer l’Ukraine à se diviser, à se quereller, à s’affaiblir politiquement pendant que l’armée russe continue d’avancer sur le terrain. Et le fait que Washington relaie cette exigence — cette exigence qui sert objectivement les intérêts russes — en dit long sur l’état de l’alliance occidentale.
Le Canada dans tout ça : entre solidarité et silence
Carney, les 2,5 milliards, et la question de la durée
Le Canada n’est pas un acteur de second plan dans cette guerre. Mark Carney, le premier ministre canadien, a annoncé 2,5 milliards de dollars en soutien à l’Ukraine lors d’une rencontre avec Zelensky. C’est un chiffre impressionnant. C’est un geste significatif. Mais la question n’est pas le montant. La question est : combien de temps ? Combien de temps le Canada va-t-il maintenir cet effort ? Combien de temps avant que la fatigue politique, la pression budgétaire, les prochaines élections ne viennent rogner cette solidarité ?
L’entrevue de Galipeau avec Zelensky tombe à un moment charnière pour le Canada. Le pays est tiraillé entre sa tradition de défense du droit international et la pression de son voisin américain qui, sous Trump, pousse pour un règlement rapide — même si ce règlement se fait au détriment de l’Ukraine. Zelensky face à Galipeau, c’est aussi l’Ukraine face au Canada. Un pays qui demande à un autre : es-tu avec nous jusqu’au bout, où seulement jusqu’à ce que ça devienne inconfortable ?
Le Canada a toujours aimé se voir comme le pays qui fait ce qui est juste. L’Ukraine est le test. Pas dans les discours à l’ONU. Dans les faits. Dans les livraisons d’armes. Dans la durée. La solidarité qui s’essouffle n’est pas de la solidarité. C’est une mise en scène.
Radio-Canada à Kiev : le pouvoir de montrer
Il faut saluer la décision de Radio-Canada d’envoyer Céline Galipeau à Kiev. Dans un paysage médiatique où la guerre en Ukraine a glissé vers les pages intérieures, où les alertes ne font plus sursauter, où les chiffres de morts sont devenus des statistiques abstraites, cette émission spéciale est un acte de résistance journalistique. Montrer Zelensky dans son environnement de guerre, pas dans un sommet international aseptisé, c’est rappeler au public canadien que cette guerre existe encore. Qu’elle tue encore. Qu’elle détruit encore.
Marie-Eve Bédard, sur le terrain, documente ce que les images satellites ne montrent pas : les visages. Les regards. Les silences. L’épuisement d’un peuple qui tient debout par la seule force de sa volonté. Et quand Nicolas Doyon, rédacteur en chef, valide cette couverture spéciale, il fait un choix éditorial qui dit : cette histoire compte encore. Elle devrait compter pour tout le monde. Mais surtout pour nous, Canadiens, qui avons une des plus grandes diasporas ukrainiennes au monde.
Genève, Abou Dhabi, et l'illusion des pourparlers
Des négociations où personne ne négocie vraiment
Les pourparlers trilatéraux se multiplient. Genève. Abou Dhabi. Des capitales de luxe pour discuter de la destruction d’un pays. Zelensky a reconnu que les positions « diffèrent toujours » après les pourparlers de Genève. C’est un euphémisme diplomatique pour dire : on n’a rien obtenu. Les Russes posent leurs conditions. Les Américains jouent les médiateurs. Les Ukrainiens refusent de se rendre. Et tout le monde recommence la semaine suivante.
Le problème fondamental est structurel. On ne peut pas négocier avec quelqu’un qui ne veut pas la paix. Poutine ne veut pas la fin de la guerre. Il veut la victoire. Et tant que cette réalité ne sera pas admise par les négociateurs occidentaux, les pourparlers resteront ce qu’ils sont : un théâtre. Une mise en scène pour les médias. Un exercice de relations publiques déguisé en diplomatie. Et pourtant, à chaque round de négociations, on y retourne. On espère. On se dit que cette fois sera différente. Comme dans les relations toxiques.
Les pourparlers de paix sont devenus un rituel vide. On s’assoit. On parle. On se lève. Rien ne change. Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber sur des gens qui n’ont jamais été invités à la table des négociations.
Le rôle de Starlink : quand la technologie change la donne
Zelensky a mentionné un élément rarement discuté dans les analyses géopolitiques classiques : l’impact de Starlink. Les perturbations de l’accès russe à Starlink début février 2026 ont aidé les opérations militaires ukrainiennes, même si les forces ukrainiennes ont elles aussi subi des réductions de connectivité. C’est un rappel que cette guerre se joue aussi dans l’espace, dans les satellites, dans les réseaux. Et que le sort de millions de personnes peut dépendre des décisions d’un milliardaire de la Silicon Valley autant que de celles d’un président.
La dépendance technologique de l’Ukraine envers des entreprises privées américaines est une vulnérabilité que ni Zelensky ni les Européens ne peuvent ignorer. Quand votre réseau de communication militaire dépend d’une entreprise dont le propriétaire entretient des relations ambiguës avec le Kremlin, vous avez un problème. Un problème existentiel.
Les troupes nord-coréennes : quand la guerre devient mondiale
Des soldats du Juche dans les tranchées européennes
Zelensky a rappelé un fait que le monde semble avoir déjà normalisé : des troupes nord-coréennes combattent aux côtés de la Russie en Ukraine. Des soldats de la RPDC — un régime totalitaire situé à des milliers de kilomètrès — se battent sur le sol européen. Et pire encore : ces soldats apprennent. Ils apprennent la guerre de drones. Ils acquièrent une expérience de combat qu’ils ramèneront chez eux. Vers la péninsule coréenne. Vers les frontières du Japon et de la Corée du Sud.
Ce n’est plus une guerre entre la Russie et l’Ukraine. C’est un conflit mondial qui ne dit pas son nom. La Corée du Nord fournit des soldats. L’Iran fournit des drones. La Chine fournit un soutien diplomatique. Et en face, l’Occident fournit des armes au compte-gouttes et des déclarations de soutien. L’asymétrie est frappante. Les alliés de Poutine donnent tout. Les alliés de Zelensky donnent juste assez pour que l’Ukraine ne meure pas, mais pas assez pour qu’elle gagne.
Des soldats nord-coréens apprennent la guerre des drones en Ukraine. Quand ils rentreront chez eux, ils ne seront plus les mêmes. Et leurs voisins — le Japon, la Corée du Sud — ne seront plus en sécurité de la même façon. Ce qui se passe en Ukraine ne reste pas en Ukraine. Le monde ne l’a pas encore compris.
L’extension des fronts invisibles
La guerre en Ukraine à des ramifications que peu de gens mesurent. Les frappes américaines en Syrie, les tensions autour du Groenland, la militarisation de l’Arctique, le réarmement de l’Europe — tout est connecté. La décision de Poutine d’envahir l’Ukraine le 24 février 2022 a déclenché une réaction en chaîne qui redessine l’ordre mondial. Et Zelensky, depuis Kiev, face à une caméra de Radio-Canada, est au centre de ce séisme. Pas parce qu’il l’a voulu. Parce qu’il n’a pas eu le choix.
Les 26 pays qui se sont engagés dans la « force de réassurance » en septembre 2025, les 35 pays de la coalition des volontaires de janvier 2026, les milliards de dollars en aide militaire et économique — tout cela témoigne d’une prise de conscience. Mais une prise de conscience qui arrive quatre ans après le début de la catastrophe. Quatre ans de bombes, de morts, de destructions avant que le monde ne se dise : peut-être qu’on devrait faire quelque chose.
Si on perd cette guerre : les mots qui résonnent
La phrase la plus importante de l’entretien
« Si on perd cette guerre, on perd l’indépendance de notre pays. » C’est peut-être la phrase la plus importante prononcée par Zelensky en quatre ans de conflit. Pas la plus spectaculaire. Pas la plus médiatique. La plus vraie. Parce qu’elle dit exactement ce qui est en jeu. Pas du territoire. Pas des ressources. Pas de l’influence géopolitique. L’existence même d’un pays de 44 millions d’habitants.
Et Zelensky a ajouté, avec une assurance qui force le respect : « Je suis sûr que ça n’arrivera pas. » Après 1 461 jours de guerre. Après 55 000 soldats tués. Après des villes entières rasées. Après des hivers sans chauffage. Après avoir vu ses alliés hésiter, reculer, marchander. Après tout ça, cet homme dit : « Je suis sûr que ça n’arrivera pas. » Ce n’est pas de l’arrogance. Ce n’est pas du déni. C’est la conviction d’un homme qui sait que s’il cesse de croire, son pays cesse d’exister.
Il y à des phrases qui ne s’analysent pas. Qui ne se commentent pas. Qui se reçoivent. « Je suis sûr que ça n’arrivera pas. » C’est la phrase d’un homme qui porte un pays sur ses épaules et qui refuse, physiquement, de le laisser tomber.
Ce que le monde risque de perdre
Si l’Ukraine tombe, ce n’est pas un seul pays qui disparaît. C’est un principe. Le principe qu’un pays souverain ne peut pas être envahi, démembré, absorbé par son voisin plus puissant. Si Poutine obtient ce qu’il veut en Ukraine, chaque dictateur du monde en prendra note. Taïwan regardera. Les pays baltes regarderont. La Moldavie regardera. La Géorgie regardera. Et ils comprendront tous le même message : la force l’emporte sur le droit. La taille l’emporte sur la légitimité. Et l’Occident ne viendra pas.
Zelensky l’a répété face à Galipeau comme il le répète à chaque micro qu’on lui tend : « En Europe, la vie est cool, c’est agréable… c’est pour ça que je dis qu’on est tous en train de se battre pour défendre ce mode de vie. » Ce mode de vie. Celui où les enfants vont à l’école le matin. Où l’électricité fonctionne. Où les missiles ne tombent pas du ciel. Où la démocratie n’est pas un mot vide. C’est pour ça que l’Ukraine se bat. Pas pour elle seule. Pour tout le monde.
Céline Galipeau face à l'histoire
L’entrevue comme acte de mémoire
Quand Céline Galipeau s’assoit face à Zelensky, elle ne fait pas qu’une entrevue. Elle fait un acte de mémoire. Elle enregistre les mots d’un homme qui, dans dix ans, dans vingt ans, sera soit dans les livres d’histoire comme celui qui a sauvé son pays, soit comme celui qui a tout fait pour le sauver sans y parvenir. Il n’y a pas de troisième option. Et la caméra de Radio-Canada capture ce moment suspendu entre les deux destins.
L’ONU a publié un rapport en février 2026 décrivant une « société épuisée » après quatre ans de guerre. C’est le mot juste. Épuisée. Pas vaincue. Pas résignée. Épuisée. Et c’est dans cet épuisement que réside le danger. Parce qu’une société épuisée finit par accepter ce qu’elle aurait refusé en temps normal. Parce que la fatigue est l’arme la plus efficace de Poutine. Plus efficace que les missiles. Plus efficace que les chars. La fatigue qui érode la résistance de l’intérieur, lentement, jour après jour, hiver après hiver.
Radio-Canada à Kiev, c’est le Canada qui regarde l’Ukraine dans les yeux. Pas à travers un communiqué de presse. Pas à travers un fil d’agence. Dans les yeux. Et ce qu’on voit dans ces yeux, c’est quatre ans de guerre, zéro jour de paix, et une détermination qui défie toute logique.
Le devoir de ne pas détourner le regard
La diffusion sur ICI RDI à 21h, sur ICI TÉLÉ à 22h, et sur ICI TOU.TV garantit une accèssibilité maximale. C’est un choix éditorial qui dit : tout le monde doit voir ça. Pas seulement les passionnés de géopolitique. Pas seulement la diaspora ukrainienne. Tout le monde. Parce que cette guerre nous concerne tous. Parce que les valeurs que l’Ukraine défend — la souveraineté, la démocratie, le droit de choisir son propre avenir — sont les mêmes que celles sur lesquelles le Canada s’est construit.
Et si nous détournons le regard, si nous changeons de chaîne, si nous scrollons vers le prochain tweet divertissant, nous devenons les complices silencieux de ce que Poutine fait à l’Ukraine. Pas par action. Par inaction. Par cette forme d’indifférence qui permet aux atrocités de se normaliser, de devenir du bruit de fond, de disparaître dans le flux incessant de l’information.
Conclusion : Maintenant, vous savez
Un homme, un pays, une question pour nous tous
Zelensky face à Radio-Canada, c’est un homme qui parle à un pays. Mais c’est aussi un miroir. Un miroir tendu au Canada, à l’Europe, à l’Occident tout entier. La question n’est plus de savoir si l’Ukraine va résister. Elle résiste depuis quatre ans. La question est de savoir si nous allons l’aider à gagner. Pas à survivre. À gagner.
55 000 soldats morts. Des centaines de milliers de blessés. Des millions de réfugiés. Des villes fantômes. Des hivers sans lumière. Et un homme en kaki qui dit encore, après tout ça : « Nous ne sommes pas prêts pour un ultimatum. » Ce n’est pas de l’entêtement. C’est de la dignité. La dignité d’un peuple qui refuse de se prosterner devant la force brute.
Quatre ans. 1 461 jours. 55 000 cercueils. Et un homme qui refuse de plier. La question n’est plus « que fait l’Ukraine ? ». L’Ukraine fait tout ce qu’elle peut. La question, c’est nous. Maintenant que nous savons, maintenant que nous avons vu, maintenant que Zelensky a parlé face à une caméra canadienne dans une ville bombardée — qu’est-ce que nous allons en faire ?
Le silence après l’entrevue
Quand la caméra s’éteint, quand Galipeau referme son calepin, quand le Téléjournal passe au sujet suivant, Zelensky reste à Kiev. Dans une ville qui peut être bombardée à n’importe quel moment. Dans un pays qui entre dans sa cinquième année de guerre. Avec un peuple qui attend de savoir si le monde va continuer à l’aider où s’il va l’abandonner comme on abandonne un sujet d’actualité devenu trop vieux pour faire du clic.
Cette entrevue n’est pas un épisode de plus dans la couverture médiatique de la guerre. C’est un appel. Un appel lancé depuis les décombres d’un pays qui se bat pour nous tous. Pour le droit. Pour la liberté. Pour le principe que les frontières ne se déplacent pas à coups de missiles. Zelensky a dit ce qu’il avait à dire. Radio-Canada l’a montré. Maintenant, c’est à nous. À chacun de nous. La question restera sans réponse ce soir. Mais elle hantera. Elle devrait hanter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Entretien privilégié avec Volodymyr Zelensky — Radio-Canada, 23 février 2026
« Trump à ce qu’il faut pour mettre fin à la guerre », dit Zelensky — Radio-Canada, février 2026
L’Ukraine ne perd pas la guerre, assure Zelensky — La Presse, 20 février 2026
Cinq séquences à retenir de l’interview de Zelensky sur France 2 — France Info, février 2026
Sources secondaires
Les positions « diffèrent » toujours après les pourparlers à Genève, selon Zelensky — Radio-Canada
Ukraine : après quatre ans de guerre, une société épuisée — ONU Info, février 2026
La stratégie, c’est de briser le moral des civils — La Presse, 21 février 2026
Carney annonce 2,5 G$ en soutien pour l’Ukraine — Radio-Canada
Zelenskyy reveals 55,000 Ukrainian soldiers killed — Al Jazeera, 5 février 2026
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