Les morts qu’on ne compte plus
Les chiffres sont vertigineux. Des dizaines de milliers de soldats ukrainiens tués. Des milliers de civils fauchés — dans leurs immeubles, leurs écoles, leurs hôpitaux. Des millions de déplacés, à l’intérieur du pays et à travers l’Europe. Dix-huit pour cent du territoire ukrainien occupé par les forces russes. Des villes entières — Marioupol, Bakhmout, Avdiivka — réduites à des paysages lunaires où plus rien ne pousse, où plus rien ne vit.
Encore le 21 février 2026 — hier, jour 1 458 de cette guerre — la Russie lançait un missile balistique et 128 drones en une seule nuit. L’Ukraine en a abattu 107. Dans la région de Kharkiv, le bilan d’une frappe sur un entrepôt à Malynivka est monté à trois morts après la découverte de corps sous les décombres. Deux policiers ont été tués par un drone près de Serednii Burluk alors qu’ils évacuaient des civils. À Zaporizhzhia, des bombes guidées ont blessé une femme de 22 ans et un homme de 27 ans. Des vies ordinaires. Des prénoms qu’on ne retiendra pas. Et pourtant, chacune de ces vies comptait.
On s’habitue aux chiffres. C’est le piège. Quand on lit « des dizaines de milliers de morts », on ne voit plus rien. On ne sent plus rien. Alors rappelons-nous : derrière chaque chiffre, il y à une chaise vide à une table familiale. Un enfant qui attend un parent qui ne reviendra pas. Un prénom murmuré dans le noir.
La géographie de la destruction
La région de Poltava — cœur historique de l’Ukraine, là où les Cosaques ont forgé leur identité — voit ses infrastructures pétrolières et gazières systématiquement ciblées. Les réseaux énergétiques sont frappés méthodiquement, dans une stratégie délibérée visant à plonger la population dans le froid et l’obscurité. La centrale nucléaire de Zaporizhzhia, occupée par la Russie depuis 2022, reste une bombe à retardement écologique au cœur de l’Europe. Et pourtant, le monde s’y est habitué. Comme on s’habitue à tout ce qui devrait être insupportable.
La guerre ne se mesure pas seulement en kilomètrès carrés perdus où repris. Elle se mesure en écoles détruites, en hôpitaux bombardés, en infrastructures critiques systématiquement anéanties. La Russie ne fait pas que conquérir du territoire. Elle efface les conditions de la vie. C’est une guerre contre l’existence même d’une nation.
L'innovation née du désespoir : quand l'Ukraine réinvente la guerre
La révolution des drones
Si cette guerre à une leçon militaire universelle, c’est celle-ci : l’innovation bat la masse. L’Ukraine, avec une armée numériquement inférieure, des ressources limitées, un territoire partiellement occupé, a fait ce qu’aucun état-major au monde n’avait théorisé à cette échelle. Elle a décentralisé sa production de drones. Des composants imprimés en 3D dans des centaines d’ateliers dispersés à travers le pays. Près de 3 millions de drones produits en une année. Des machines volantes qui changent la face de la guerre — du petit drone kamikaze au véhicule autonome capable de frapper des cibles à 3 000 kilomètres du front du Donbas.
Les Ukrainiens ont détruit des bombardiers stratégiques russes à des distances que personne n’imaginait possibles. Ils ont coulé des navires de guerre sans posséder de marine. Ils ont neutralisé des colonnes blindées avec des engins qui coûtent quelques centaines de dollars. L’asymétrie technologique ne joue pas en faveur du géant — elle joue en faveur de celui qui pense plus vite, qui s’adapte plus vite, qui innove plus vite.
Il y à quelque chose de profondément humain dans cette histoire. Un peuple menacé d’extinction qui trouve dans l’ingéniosité la force que les arsenaux conventionnels ne pouvaient lui donner. David contre Goliath — sauf que David à un drone et une imprimante 3D.
Le champ de bataille connecté
Le paysage de l’est ukrainien raconte cette guerre d’un genre nouveau. Des filaments de fibre optique jonchent les champs et les routes — vestiges des systèmes de guidage russes utilisant la fibre pour diriger leurs propres drones. La Russie aussi innove. La Russie aussi s’adapte. Mais l’Ukraine à un avantage que l’argent ne peut pas acheter : la motivation de celui qui défend sa maison, sa famille, son existence.
Les forces armées ukrainiennes ont intégré l’intelligence artificielle dans leurs opérations de reconnaissance. Des systèmes automatisés analysent les images satellites en temps réel. Des réseaux décentralisés coordonnent des essaims de drones. C’est une guerre du XXIe siècle menée par un pays que le monde entier donnait perdant. Et pourtant, quatre ans plus tard, c’est la Russie qui cherche désespérément des renforts — jusqu’en Corée du Nord.
L'ennemi de l'intérieur : quand les alliés vacillent
Trump et l’abandon américain
La menace la plus grave qui pèse sur l’Ukraine ne vient peut-être pas de Moscou. Elle vient de Washington. Le président Donald Trump a abandonné l’aide militaire à l’Ukraine. Il a adopté une posture neutre à hostile envers les intérêts ukrainiens. Il a envoyé comme émissaire Steve Witkoff — un milliardaire de l’immobilier sans aucune expérience diplomatique — pour négocier la paix. Witkoff s’est rendu six fois en Russie. Il n’a jamais mis les pieds en Ukraine.
Six visites à Moscou. Zéro à Kyiv. Ce simple fait résume toute la posture américaine. Comme l’a noté la chercheuse Angela Stent, l’approche de Trump consiste à permettre les préférences russes tout en exerçant une pression maximale sur les concessions ukrainiennes. Un plan de paix de 28 points aurait fuité — contenant les exigences maximales de la Russie : cessions territoriales dans le Donbas, réduction de l’armée ukrainienne, exclusion de l’OTAN. Un plan de capitulation déguisé en diplomatie.
L’histoire retiendra que le pays le plus puissant du monde, celui qui se proclamait leader du monde libre, a envoyé un promoteur immobilier négocier le sort de 44 millions de personnes. Et qu’il l’a envoyé chez l’agresseur, pas chez la victime. Six fois.
Le silence complice
Zelensky lui-même l’a déclaré le 21 février : il n’y a « aucun mouvement positif » dans les négociations de paix médiatisées par les États-Unis. Le porte-parôle du Kremlin, Dmitri Peskov, ne peut même pas confirmer le lieu des prochains pourparlers. Genève est évoquée. Mais à quoi bon une table de négociation quand l’un des interlocuteurs continue de bombarder des entrepôts, des maternités et des infrastructures énergétiques pendant qu’il négocie?
La Hongrie de Viktor Orbán bloque un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, en représailles à la suspension du transit pétrolier via l’oléoduc Droujba. Un pays membre de l’Union européenne, un pays membre de l’OTAN, qui utilise les intérêts pétroliers comme levier pour paralyser l’aide à une nation en guerre. Pendant que des policiers ukrainiens meurent en évacuant des civils, Budapest négocie du pétrole.
Poutine : l'homme qui ne peut plus s'arrêter
L’économie de guerre comme prison
Comprendre Poutine en 2026, c’est comprendre un homme piégé par sa propre guerre. Les dépenses militaires russes représentent désormais environ la moitié du budget fédéral. L’économie entière a été restructurée autour de la production de guerre. Le régime ne peut plus reculer sans s’effondrer. La légitimité politique de Poutine dépend désormais de la réalisation des objectifs qu’il a lui-même fixés : la soumission totale de l’Ukraine.
Les sanctions internationales ont isolé la Russie sur la scène mondiale. Moscou dépend désormais de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran — trois régimes autoritaires qui fournissent armes, soldats et composants technologiques. Des soldats nord-coréens combattent sur le sol européen. Des drones iraniens frappent des villes ukrainiennes. C’est un axe autocratique qui se dessine, une alliance du désespoir entre régimes que rien d’autre que la violence ne maintient au pouvoir.
Poutine a construit une machine de guerre qu’il ne peut plus éteindre. Chaque rouble investi dans les chars est un rouble retiré aux hôpitaux russes. Chaque soldat envoyé au front est un père, un fils, un mari qui ne reviendra peut-être jamais dans un village déjà vidé de sa jeunesse. La Russie aussi paie le prix de cette guerre. Mais personne à Moscou n’a le droit de le dire.
Les vrais objectifs du Kremlin
Comme le souligne l’analyste Andriy Zagorodnyuk, les revendications territoriales de Poutine ne sont qu’un outil de négociation. L’objectif réel est la subjugation totale de l’Ukraine. L’installation d’un régime aligné sur Moscou. La négation même de la souveraineté ukrainienne. Poutine l’a répété à maintes reprises : l’Ukraine n’est pas un État légitime. Sa guerre ne vise pas à conquérir quatre régions — elle vise à effacer une nation.
C’est pourquoi le scepticisme ukrainien face aux négociations n’est pas de l’intransigeance. C’est du réalisme. Comment négocier avec un homme qui considère que votre pays n’a pas le droit d’exister? Comment signer un accord de paix avec un régime dont la survie économique dépend de la continuation de la guerre? La question n’est pas de savoir si Poutine veut la paix. La question est de savoir s’il peut se le permettre.
L'Europe se réveille — enfin
La coalition des volontaires
Le 24 février 2026, jour anniversaire de l’invasion, le président français Emmanuel Macron et le premier ministre britannique Keir Starmer co-présideront une vidéoconférence de la « Coalition des Alliés ». La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Pologne, les pays nordiques, les pays baltes et le Canada forment un front de soutien qui, lentement, prend le relais de Washington.
Cette coalition développe actuellement des systèmes de défense aérienne à faible coût — une réponse directe aux essaims de drones et de missiles qui frappent l’Ukraine chaque nuit. La Grande-Bretagne et ses alliés européens — France, Allemagne, Italie, Pologne — travaillent sur des armes de défense aérienne nouvelle génération. L’Europe réarme. L’Europe investit. L’Europe, pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, prend sa défense au sérieux.
Il aura fallu quatre ans de guerre, des centaines de milliers de morts et l’abandon américain pour que l’Europe comprenne qu’elle ne pouvait plus sous-traiter sa sécurité à Washington. Mieux vaut tard que jamais — mais combien de vies auraient pu être sauvées si ce réveil avait eu lieu en 2022?
Le monde post-américain
L’Europe agit désormais de manière de plus en plus indépendante de la tutelle américaine. C’est une transformation géopolitique majeure, accélérée par l’imprévisibilité de Washington. Les Européens achètent des armes pour l’Ukraine, restructurent leurs chaînes d’approvisionnement énergétiques, repensent leurs architectures de défense. L’Allemagne a pris le contrôle administratif des actifs de Rosneft dans la raffinerie de Schwedt — un geste impensable il y a cinq ans, quand Berlin dépendait du gaz russe comme un nouveau-né dépend du lait maternel.
Mais cette indépendance européenne à un coût. Elle prend du temps. Et pendant que l’Europe construit lentement ses capacités, l’Ukraine saigne. Chaque mois de retard dans les livraisons d’armes se traduit en vies perdues. Chaque hésitation diplomatique se paie en territoires occupés. L’Europe se réveille, oui. Mais le réveil est lent, et l’Ukraine n’a pas le luxe du temps.
Les femmes ukrainiennes : la résistance invisible
Celles qui tiennent le pays debout
Comme le documente ONU Femmes, les femmes ukrainiennes font face à une crise de financement et d’énergie qui s’approfondit. Elles sont sur les lignes de front, dans les hôpitaux, dans les centrès de bénévolat, dans les usines de drones. Des milliers de femmes ont rejoint les forces armées. D’autrès maintiennent les services essentiels — écoles, santé, aide humanitaire — dans des conditions que la plupart d’entre nous ne pourraient même pas imaginer.
Elles enseignent dans des sous-sols transformés en salles de classe. Elles soignent dans des hôpitaux bombardés. Elles élèvent des enfants seules pendant que leurs maris, leurs frères, leurs pères sont au front — où sous terre. La résistance ukrainienne n’est pas seulement une affaire de soldats et de drones. C’est une affaire de mères qui refusent que leurs enfants grandissent dans un pays occupé. De professeures qui continuent d’enseigner l’histoire de leur nation à des élèves qui l’écrivent en temps réel.
On parle des héros du front. On montre les soldats, les généraux, les stratèges. Mais la colonne vertébrale de cette résistance, ce sont les femmes qui tiennent tout ensemble pendant que tout s’effondre autour d’elles. Sans elles, il n’y a pas de front. Il n’y a pas de pays. Il n’y a rien.
La crise humanitaire genrée
Les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre par les forces russes sont documentées par les Nations Unies. Les déplacements forcés frappent disproportionnément les femmes et les enfants. Les infrastructures de santé reproductive sont détruites où inaccèssibles dans les zones de combat. Et la communauté internationale, fatiguée de cette guerre qui dure, réduit ses financements au moment exact où les besoins augmentent.
Le Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine documente depuis quatre ans l’impact cumulatif de l’invasion sur les droits fondamentaux et la protection des civils. Quatre ans de preuves. Quatre ans de rapports. Quatre ans de documentation méticuleuse de crimes qui, dans un monde juste, mèneraient devant un tribunal international. Et pourtant, les responsables dorment tranquilles.
L'axe autocratique : la guerre des mondes
Iran, Corée du Nord, Chine : les complices
Cette guerre a révélé quelque chose que les stratèges occidentaux refusaient de voir : les puissances autocratiques se coordonnent. Économiquement, technologiquement, militairement — de manière sans précédent. Des armes iraniennes frappent des villes européennes. Des soldats nord-coréens meurent sur le sol européen. La Chine fournit les composants technologiques que les sanctions étaient censées bloquer.
C’est un théâtre de guerre élargi que personne n’avait anticipé. L’Ukraine ne se bat pas seulement contre la Russie. Elle se bat contre un réseau mondial d’autocraties qui ont compris que la victoire de l’une renforcé toutes les autrès. Si Poutine gagne en Ukraine, le message envoyé à Pékin sera clair : Taïwan est prenable. Le message à Téhéran sera limpide : la force paie. Le message à Pyongyang sera définitif : le monde ne réagit pas.
L’Ukraine ne défend pas seulement son territoire. Elle défend l’idée même qu’un petit pays à le droit d’exister face à un grand. Que les frontières signifient quelque chose. Que la force brute n’est pas le dernier mot. Si cette idée meurt en Ukraine, elle mourra partout.
La guerre qui change le monde
Comme le souligne Foreign Policy, ce conflit à des ramifications qui dépassent largement l’Europe de l’Est. Il redessine les alliances mondiales. Il accélère le réarmement européen. Il transforme les marchés de l’énergie. Il pousse des pays qui se croyaient à l’abri à repenser leurs stratégies de défense. L’imprévisibilité de cette guerre soulève des inquiétudes sur des conflits futurs — en Iran, en Asie du Sud, dans la péninsule coréenne, autour de Taïwan.
Les échecs de renseignement initiaux ont été massifs. Les analystes occidentaux ont complètement sous-estimé la capacité de résistance ukrainienne, le rythme de l’innovation technologique, les taux de pertes russes et l’émergence de combattants nord-coréens sur le théâtre européen. Chaque prédiction s’est révélée fausse. Chaque modèle a été pulvérisé par la réalité. Et la réalité, c’est que l’Ukraine tient toujours.
La négociation impossible
Négocier avec celui qui nie votre existence
Deux pistes de négociation existent en parallèle. Des discussions bilatérales américano-russes, focalisées sur les intérêts commerciaux. Et des pourparlers trilatéraux États-Unis-Russie-Ukraine. L’Europe — qui fournit pourtant l’essentiel du soutien financier et militaire — est largement exclue des deux procèssus. C’est comme organiser un dîner sans inviter celui qui a payé l’addition.
Un plan de paix aurait fuité. Puis un deuxième — réduit de 28 à 20 points après les protestations. Mais le fond reste le même : des concessions territoriales ukrainiennes, une réduction militaire forcée, l’exclusion de l’OTAN. C’est la définition même de la capitulation présentée dans un emballage diplomatique. Comme le note Andriy Zagorodnyuk, le conflit est perçu en Ukraine comme existentiel — pas négociable. On ne négocie pas son droit à exister.
La paix, tout le monde la veut. Mais pas n’importe quelle paix. Pas une paix qui récompense l’agresseur. Pas une paix qui valide le bombardement d’hôpitaux. Pas une paix qui dit aux dictateurs du monde entier : envahissez, bombardez, attendez — et on vous donnera ce que vous voulez.
La stratégie de Poutine : négocier pour gagner du temps
Poutine utilise les négociations comme un outil performatif. Il négocie pour satisfaire Trump, pas pour atteindre la paix. Il sait que le temps joue en sa faveur — où du moins, il le croit. Chaque mois de négociation est un mois de bombardements supplémentaires. Chaque round de pourparlers est une opération de relations publiques destinée à donner l’illusion de la bonne foi pendant que ses missiles continuent de frapper.
Mais cette stratégie à une faille. La Russie n’a pas les ressources infinies qu’elle prétend avoir. Son économie de guerre consomme la moitié du budget fédéral. Ses pertes humaines — plus de 1,2 million de casualties — sont insoutenables à long terme. Ses alliés — Chine, Iran, Corée du Nord — ont leurs propres intérêts et ne sont pas des partenaires fiables. La Russie est plus fragile qu’elle ne le montre. Et l’Ukraine est plus forte qu’on ne le croit.
Le peuple qui refuse de mourir
La cohésion nationale comme arme
Avant le 24 février 2022, l’Ukraine était un pays divisé. Linguistiquement — entre russophones et ukrainophones. Politiquement — entre pro-européens et hésitants. Régionalement — entre l’ouest tourné vers l’Europe et l’est plus proche de la Russie. Poutine comptait sur ces fractures pour briser le pays de l’intérieur. Il a obtenu l’exact opposé.
La cohésion nationale ukrainienne dépasse aujourd’hui tout ce que le pays a connu dans son histoire. Les russophones de Kharkiv se battent avec la même férocité que les ukrainophones de Lviv. Les divisions politiques se sont effacées devant l’urgence existentielle. Poutine voulait diviser l’Ukraine. Il l’a soudée comme jamais. C’est peut-être sa plus grande défaite — une défaite que les chars et les missiles ne pourront jamais inverser.
Il y à une ironie cruelle dans cette histoire. L’homme qui affirmait que l’Ukraine n’était pas une vraie nation a créé, par sa guerre, la nation la plus unie, la plus déterminée, la plus consciente d’elle-même en Europe. La violence censée détruire l’identité ukrainienne l’a forgée dans l’acier.
Résister au quotidien
La résistance ukrainienne ne se limite pas au champ de bataille. Elle est dans les boulangers qui continuent de faire du pain sous les bombardements. Dans les conducteurs de tramway qui reprennent leur service dès que les sirènes se taisent. Dans les médecins qui opèrent à la lumière de leurs téléphones quand l’électricité est coupée. Dans les enseignants qui donnent leurs cours dans des abris anti-aériens. Chaque geste ordinaire devient un acte de résistance quand l’ennemi veut vous effacer.
Des milliers de volontaires ont déclaré leur dévouement au service de leur pays — sur les lignes de front, comme médecins de combat, dans l’aide humanitaire. Ce n’est pas de la propagande. C’est du vécu. C’est un peuple qui a décidé, collectivement, viscéralement, que mourir debout valait mieux que vivre à genoux. Et cette décision, prise par 44 millions de personnes, est la raison pour laquelle l’Ukraine existe encore.
Les leçons que le monde refuse d'apprendre
L’apaisement ne fonctionne jamais
L’éditorial du Kyiv Post le dit sans détour : l’apaisement a historiquement échoué. Munich 1938. La Géorgie 2008. La Crimée 2014. Chaque fois que le monde a choisi de fermer les yeux, l’agresseur est revenu plus fort et plus audacieux. L’invasion de 2022 est la conséquence directe de l’inaction de 2014. Et si l’Ukraine tombe aujourd’hui, la prochaine cible sera un pays membre de l’OTAN.
Le soutien occidental reste insuffisant. Trop lent. Trop hésitant. Trop calibré pour ne pas « provoquer » Moscou — comme si bombarder des maternités n’était pas en soi une provocation maximale. Chaque ligne rouge posée par l’Occident a été franchie par la Russie sans conséquence. Chaque escalade russe a été suivie d’une déclaration de préoccupation et d’une réunion du Conseil de sécurité où la Russie dispose d’un veto. Le système est brisé. Et c’est l’Ukraine qui paie la facture.
On connaît la phrase : « Ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter. » Mais c’est pire que ça. On connaît l’histoire. On a les livres. On a les photos. On a les documentaires. Et on répète quand même. Ce n’est pas de l’ignorance — c’est du choix.
Ce que l’Ukraine enseigne au monde
Quatre ans de guerre ont pulvérisé toutes les certitudes géopolitiques. Que la technologie peut compenser le nombre. Que la motivation d’un défenseur surpasse les ressources d’un agresseur. Que les experts peuvent avoir totalement tort. Que la volonté d’un peuple est une force que les modèles mathématiques ne savent pas calculer. L’Ukraine est la preuve vivante que rien n’est écrit d’avance.
Mais cette leçon à un corollaire sombre. Si l’Ukraine est abandonnée, si les négociations aboutissent à une capitulation déguisée, le message envoyé au monde sera dévastateur. Ce sera la preuve que la résistance ne paie pas. Que la communauté internationale abandonne ceux qui se battent pour les valeurs qu’elle prétend défendre. Que le droit international est un joli concept — tant que l’agresseur n’a pas de bombe nucléaire.
Jour 1 461 : le combat continue
Ce matin encore
Ce matin, 22 février 2026, quelque part dans la région de Kharkiv, un soldat ukrainien s’est réveillé dans une tranchée. Il a vérifié son drone. Il a bu un café tiède. Il a regardé le ciel pour voir si des missiles arrivaient. Puis il a pris sa position. Comme hier. Comme demain. Comme chaque jour depuis quatre ans.
Quelque part à Zaporizhzhia, une femme de 22 ans se remet d’une blessure causée par une bombe guidée russe. Quelque part dans la région de Poltava, des techniciens réparent des infrastructures énergétiques frappées pour la énième fois. Quelque part à Kyiv, des familles préparent des commémorations pour l’anniversaire de l’invasion. Elles porteront des fleurs. Elles prononceront des noms. Elles pleureront. Puis elles retourneront au travail, à l’école, à la vie — parce que la vie continue, même quand elle ne devrait pas avoir à être aussi difficile.
Quatre ans. Et pas un jour où l’Ukraine a envisagé de se rendre. Pas un jour où le drapeau a été baissé. Pas un jour où le peuple a cessé de croire que demain serait mieux qu’aujourd’hui. Cette obstination, cette foi inébranlable dans leur propre droit d’exister — c’est ce qui sépare les nations qui survivent de celles qui disparaissent.
Le monde regarde — et sera jugé
Dans dix ans, dans vingt ans, quand les historiens écriront le récit de cette guerre, ils ne jugeront pas seulement la Russie. Ils jugeront le monde. Ils jugeront les pays qui ont aidé et ceux qui ont hésité. Ceux qui ont envoyé des armes et ceux qui ont envoyé des communiqués. Ceux qui se sont tenus aux côtés de l’Ukraine et ceux qui ont marchandé des accords pétroliers avec son bourreau.
L’Ukraine ne demande pas la charité. Elle demande les moyens de se défendre. Elle ne demande pas qu’on se batte à sa place. Elle demande des armes, des munitions, des systèmes de défense aérienne — et elle fera le reste. Elle l’a prouvé pendant 1 461 jours. Elle le prouvera encore demain.
Conclusion : Slava Ukraini — et que ce ne soit pas un slogan vide
La vérité nue
Voici la vérité, débarrassée de la diplomatie et des euphémismes. Un pays de 44 millions d’habitants se bat depuis quatre ans contre une puissance nucléaire. Il a perdu des dizaines de milliers de ses enfants. Il a vu ses villes réduites en poussière. Il a été trahi par certains de ceux qui se disaient ses alliés. Et il tient encore. Il se bat encore. Il espère encore.
La guerre en Ukraine n’est pas un conflit régional. C’est un test. Un test pour l’Europe. Un test pour l’OTAN. Un test pour le droit international. Un test pour l’idée même que les frontières ne se redessinent pas par la force. Si l’Ukraine perd, nous perdons tous. Si l’Ukraine tombe, c’est l’architecture de sécurité mondiale construite depuis 1945 qui tombe avec elle.
Slava Ukraini. Gloire à l’Ukraine. Trois syllabes en ukrainien qui résument quatre ans de sang, de larmes, de courage et de foi. Que ces mots ne deviennent jamais un slogan vidé de son sens. Que derrière chaque fois qu’on les prononce, il y ait des actes — des armes livrées, des sanctions appliquées, un soutien réel et tangible. L’Ukraine ne demande pas notre admiration. Elle demande notre engagement. Et elle le mérite.
Ce que nous devons à l’Ukraine
Nous leur devons la vérité. La vérité sur ce qui se passe. La vérité sur qui est l’agresseur et qui est la victime. La vérité sur les compromissions et les lâchetés de ceux qui préfèrent le confort du silence à l’inconfort de la justice. Nous leur devons de ne pas détourner le regard. De ne pas passer à autre chose. De ne pas laisser cette guerre devenir un bruit de fond qu’on n’entend plus.
L’Ukraine se bat pour elle-même. Mais en se battant pour elle-même, elle se bat pour nous tous. Pour l’idée que les petites nations ont le droit d’exister. Que la démocratie, même imparfaite, vaut d’être défendue. Que la liberté n’est pas un mot creux qu’on sort dans les discours — c’est quelque chose pour lequel on vit, on souffre et, si nécessaire, on meurt.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, c’est-à-dire un texte d’opinion et d’analyse. Il ne prétend pas à la neutralité. Mon parti pris est explicite: je me positionne du côté des victimes civiles, du droit international et des droits fondamentaux.
Je ne suis pas journaliste. Je suis chroniqueur indépendant. Je n’ai pas de carte de presse, je n’appartiens à aucune rédaction et je ne prétends pas à l’objectivité journalistique traditionnelle. Ma démarche est celle d’un commentateur engagé qui assume ses positions.
Méthodologie et sources
Les faits cités proviennent de sources ouvertes (médias internationaux, rapports d’organisations, documents officiels). Chaque fait est vérifiable via les sources listées en fin d’article. L’interprétation et l’analyse sont les miennes.
Ce texte a été rédigé avec l’assistance de Claude, une intelligence artificielle d’Anthropic. Claude a contribué à la recherche, la structuration et la rédaction. Le positionnement éditorial, les opinions et les choix d’angle sont entièrement les miens.
Nature de l’analyse
Ce texte mélange faits vérifiables et opinions assumées. Les passages en italique (comme ceci) signalent explicitement les moments où je donne mon avis personnel. Le reste s’appuie sur des faits documentés, même si le choix des faits et leur mise en perspective reflètent mon angle éditorial.
Sources
Sources primaires
Foreign Policy — 4 Years of Russia-Ukraine War and Its Global Geopolitical Impact (20 février 2026)
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,458 (21 février 2026)
Sources secondaires
OIIP — The War in Ukraine: The Moment of Truth in 2026
CUNY — Marking Four Years of Russia’s Full-Scale War Against Ukraine (16 février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.