Une île plongée dans les ténèbres
Pour comprendre pourquoi 8 millions de dollars représentent bien plus qu’un chèque dans le vide, il faut mesurer l’étendue réelle de ce que traversent les Cubains depuis maintenant plusieurs années — et qui s’est considérablement aggravé depuis 2024. Cuba fait face à une crise énergétique systémique : ses centrales thermiques vieillissantes tombent les unes après les autres. Le pays manque de fioul pour les faire tourner, manque de pièces détachées pour les réparer, manque de devises pour importer quoi que ce soit. En octobre 2024, l’ensemble du réseau électrique national s’est effondré, plongeant l’île entière dans l’obscurité totale pendant plusieurs jours. Ce type d’événement, autrefois exceptionnel, est devenu presque banal. Les pannes quotidiennes de 16 à 20 heures sont désormais la norme dans la plupart des provinces.
La crise alimentaire est tout aussi grave. Cuba importe environ 70 à 80 % de sa nourriture, et l’effondrement de ses réserves de devises étrangères rend ces importations de plus en plus difficiles à financer. Les rayons des magasins d’État sont vides. Le marché informel — seule bouée de sauvetage pour une grande partie de la population — fonctionne à des prix astronomiques, inaccessibles pour la majorité des travailleurs dont les salaires sont payés en pesos cubains dévalués. La malnutrition, autrefois rarissime à Cuba grâce aux programmes de distribution alimentaire de l’État, fait son retour inquiétant, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Le système de santé cubain, jadis présenté comme un modèle, manque désormais de médicaments de base, d’équipements chirurgicaux, de matériel médical élémentaire.
L’exode massif : le vote des pieds
Face à cette réalité, les Cubains votent avec leurs pieds. Depuis 2021, Cuba a connu l’une des vagues migratoires les plus importantes de son histoire. On estime que plus de 500 000 Cubains ont quitté l’île entre 2022 et 2024, soit environ 5 % de la population totale en l’espace de deux ans. Ces chiffres sont vertigineux. Ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des médecins, des enseignants, des ingénieurs, des jeunes parents qui ont décidé que l’avenir n’existait plus là où ils étaient nés. Cet exode aggrave encore la crise, en privant Cuba des forces vives dont elle aurait besoin pour se reconstruire. C’est un cercle vicieux brutal, et l’embargo américain le renforce à chaque tour de vis supplémentaire.
On parle de statistiques. Mais derrière chaque chiffre, il y a une mère qui fait la queue pendant des heures pour un pain, un médecin qui opère à la lampe de poche, un grand-père qui ne peut pas refroidir ses médicaments parce que l’électricité est coupée depuis l’aube. La crise cubaine n’est pas une abstraction géopolitique. Elle est faite de chair, de fatigue et de peur. Et ignorer cela au nom de la lutte contre un régime, c’est confondre la punition et la justice.
Trump et Cuba : la stratégie de l'asphyxie assumée
Soixante ans d’embargo, et une intensification délibérée
L’embargo américain contre Cuba — connu officiellement sous le nom de blocus du côté cubain — existe depuis 1962. Soixante-trois ans de restrictions commerciales, financières et économiques qui ont empêché Cuba d’accéder normalement aux marchés mondiaux, aux technologies, aux médicaments, aux pièces d’équipement. Cet embargo est l’un des plus longs de l’histoire contemporaine, et son efficacité à renverser le régime cubain est, après six décennies, au mieux douteuse. Le régime est toujours là. Et la population a payé un prix incalculable. Sous Barack Obama, une tentative de normalisation avait été amorcée : réouverture des ambassades, assouplissement des restrictions de voyage, dialogue diplomatique. Ce dégel, fragile, a été rapidement torpillé par la première administration Trump et n’a jamais été véritablement relancé.
Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, la stratégie d’asphyxie est non seulement maintenue, elle est intensifiée. Cuba a été replacée sur la liste des États parrains du terrorisme — une désignation qui entraîne des sanctions secondaires affectant quiconque fait des affaires avec l’île, y compris des entreprises et banques étrangères. Cette désignation, aux effets concrets dévastateurs, isole Cuba du système financier international, rend les transactions bancaires quasi impossibles, et décourage tout investissement étranger. Le message de l’administration Trump est limpide : Cuba doit souffrir jusqu’à ce que le régime tombe. Ce que cette stratégie omet de préciser, c’est que dans cette équation, ce sont les Cubains — pas leurs dirigeants — qui souffrent en premier.
La liste des États terroristes : un outil politique brutal
La désignation de Cuba comme État parrain du terrorisme est contestée par la quasi-totalité de la communauté internationale. Les Nations Unies ont voté, année après année, des résolutions condamnant l’embargo américain avec des majorités écrasantes — souvent à 185 ou 187 voix contre 2 ou 3. Les États-Unis et Israël se retrouvent systématiquement seuls à défendre cette position. Cette isolation internationale ne semble pas émouvoir l’administration Trump, qui y voit au contraire une confirmation de sa posture de force. Mais derrière la rhétorique, les conséquences sont réelles et documentées : le placement de Cuba sur cette liste amplifie les difficultés d’accès aux médicaments, aux équipements médicaux, à l’aide humanitaire internationale. Des organisations humanitaires ont rapporté des difficultés à transférer des fonds vers Cuba précisément à cause des restrictions bancaires liées à cette désignation. Ce n’est pas une guerre contre un régime. C’est une guerre contre un peuple.
Il faut appeler les choses par leur nom : utiliser la souffrance d’une population civile comme levier de pression politique est une forme de cruauté institutionnalisée. Peu importe l’idéologie du régime visé. Peu importe les crimes réels de ce régime. Les enfants cubains qui grandissent dans le noir n’ont pas choisi leurs dirigeants. Les faire payer pour des décisions prises avant leur naissance, c’est une forme de punition collective que le droit international condamne explicitement. Trump ne libère pas Cuba. Il la fait souffrir davantage.
La réponse canadienne : 8 millions de dollars et une posture diplomatique
Que finance concrètement cette aide ?
L’aide canadienne de 8 millions de dollars annoncée par le gouvernement fédéral est destinée à des programmes humanitaires concrets ciblant les populations les plus vulnérables de Cuba. Selon les informations disponibles, cette enveloppe vise à soutenir l’accès à la sécurité alimentaire, aux soins de santé de base, à l’eau potable et à des formes d’énergie alternatives pour les communautés les plus durement touchées par les pannes d’électricité. Il s’agit d’une aide acheminée via des organisations humanitaires reconnues, pas directement via le gouvernement cubain — une distinction importante, tant sur le plan de l’efficacité que sur celui de la lisibilité politique. Cette aide ne finance pas le régime. Elle finance des Cubains en détresse.
Le Canada entretient depuis des décennies une relation particulière avec Cuba. Ottawa a toujours refusé de se joindre à l’embargo américain, maintenant des relations diplomatiques et commerciales continues avec La Havane. Cette posture constante, maintenue à travers des dizaines d’années et de nombreux gouvernements canadiens de tous bords, a parfois créé des frictions avec Washington, mais elle reflète une vision fondamentalement différente de la façon d’influencer un régime autoritaire. Le Canada croit — ou prétend croire — que l’engagement, le dialogue et la présence économique créent davantage d’ouverture que l’isolation totale. Les résultats sont discutables, mais la philosophie est cohérente, et elle contraste radicalement avec la stratégie américaine du tout-ou-rien.
Un signal envoyé à Washington dans un moment de tension
Cette annonce survient dans un moment particulièrement délicat des relations Canada-États-Unis. L’administration Trump a multiplié les pressions sur Ottawa : menaces tarifaires, demandes de renégociation commerciale, rhétorique agressive sur la frontière et l’immigration. Dans ce contexte de tensions bilatérales, le Canada choisit d’affirmer une différence fondamentale de valeurs sur la question cubaine. Ce n’est pas une provocation frontale — Ottawa ne cherche pas l’affrontement direct avec Washington. Mais c’est un positionnement clair : le Canada ne suivra pas les États-Unis dans leur stratégie d’asphyxie de Cuba. Ce geste, modeste en termes absolus, prend une dimension symbolique considérable dans le contexte politique actuel.
Huit millions de dollars, c’est moins que ce que certaines municipalités canadiennes dépensent en décorations de Noël. En termes budgétaires purs, c’est presque rien. Mais en termes de signal politique, c’est immense. C’est Ottawa qui dit à Washington : nous ne sommes pas votre satellite. Nous avons une vision du monde qui n’est pas la vôtre. Et cette vision inclut l’idée qu’on ne laisse pas mourir des enfants pour gagner une partie d’échecs géopolitique commencée en 1962.
Le régime cubain : ni absous, ni seul responsable
Les faillites internes d’un système à bout de souffle
Défendre l’aide humanitaire à Cuba n’exige pas de fermer les yeux sur les responsabilités du régime cubain dans la crise actuelle. Il serait intellectuellement malhonnête de le faire. Le Parti communiste cubain dirige le pays sans opposition légale depuis plus de 60 ans. Les libertés politiques sont quasi inexistantes. La presse est contrôlée. Les dissidents sont emprisonnés — parfois dans des conditions sévères. Les manifestations de juillet 2021, les plus importantes depuis des décennies, ont été réprimées avec brutalité, avec des centaines d’arrestations et des condamnations à des peines d’emprisonnement disproportionnées. Ces faits sont documentés, et ils constituent une critique légitime et nécessaire du régime de La Havane.
Par ailleurs, le régime cubain porte une part significative de responsabilité dans la faillite économique du pays. Des décennies de mauvaise gestion économique, d’économie centralisée dysfonctionnelle, de refus des réformes de marché, de dépendance excessive à l’égard de Venezuela d’abord, de l’Union soviétique avant — tout cela a contribué à fragiliser les structures productives cubaines. L’embargo américain est réel et dévastateur, mais il n’explique pas tout. La combinaison toxique d’un système économique sclérosé et d’un blocus externe impitoyable a produit le désastre actuel. Reconnaître les deux réalités simultanément est une exigence de lucidité, pas un exercice de neutralité complaisante.
Distinction cruciale : peuple et régime
La question centrale, celle qui devrait guider toute politique internationale vis-à-vis de Cuba, est la suivante : est-ce que la pression économique maximale fait tomber les régimes autoritaires, ou est-ce qu’elle fait surtout souffrir les populations ? L’histoire récente offre peu d’exemples concluants où l’asphyxie économique totale d’un pays a conduit à une transition démocratique pacifique. On pense à la Corée du Nord, soumise aux sanctions les plus dures qui existent, et qui reste l’un des régimes les plus fermés et oppressifs de la planète. On pense à l’Iran, sanctionné depuis des décennies, dont le régime théocratique reste solidement en place. On pense à la Russie, sanctionnée massivement depuis 2022, et dont Poutine ressort renforcé dans sa rhétorique nationaliste grâce aux difficultés économiques qu’il impute aux Occidentaux. La stratégie de la douleur maximale a un bilan historique médiocre. Mais elle a un coût humain toujours maximal.
Critiquer un régime autoritaire ET refuser que sa population serve de variable d’ajustement — ces deux positions ne sont pas contradictoires. Elles sont complémentaires. La clarté morale n’exige pas de choisir son camp entre un régime oppressif et une stratégie de punition collective. Elle exige de mettre les êtres humains au centre. Toujours. Et c’est là que l’administration Trump échoue spectaculairement : dans l’obsession idéologique, les Cubains de chair et d’os ont disparu.
La communauté internationale : entre condamnations et indifférence
Un consensus mondial ignoré par Washington
La position américaine sur Cuba est, dans le concert des nations, profondément isolée. Depuis 1992, l’Assemblée générale des Nations Unies vote chaque année une résolution non contraignante demandant la fin de l’embargo américain contre Cuba. En 2023, cette résolution a été adoptée à 187 voix pour, 2 contre — les États-Unis et Israël. Aucun autre pays dans le monde ne soutient officiellement l’embargo. Cette isolation spectaculaire n’a pas modifié d’un iota la politique américaine, qui est protégée par son droit de veto au Conseil de sécurité et par l’absence de mécanismes contraignants à l’ONU pour forcer un membre permanent à changer de politique. Mais ce consensus mondial dit quelque chose d’important sur la légitimité de la position américaine.
L’Union européenne, qui maintient une Position commune conditionnant ses relations avec Cuba à des progrès en matière de droits humains, n’applique néanmoins pas de sanctions économiques comparables à celles des États-Unis. De nombreux pays européens maintiennent des relations commerciales et diplomatiques avec La Havane. Le Canada, le Mexique, les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, la Chine, la Russie, et la quasi-totalité du Sud global rejettent l’embargo comme illégal en droit international et contre-productif en pratique. Dans ce contexte, l’aide canadienne de 8 millions de dollars s’inscrit dans une logique partagée par la majorité de la planète : l’engagement et l’aide valent mieux que l’exclusion totale.
Les organisations humanitaires face aux sanctions
Ce qui est moins connu du grand public, c’est à quel point les sanctions américaines affectent même les organisations humanitaires qui tentent d’aider Cuba. Des ONG, des agences onusiennes, des organisations médicales internationales ont rapporté des difficultés concrètes à opérer à Cuba à cause des restrictions bancaires découlant des sanctions. Des transferts de fonds bloqués, des fournisseurs étrangers réticents à livrer des équipements médicaux par peur des sanctions secondaires, des assureurs refusant de couvrir des opérations à Cuba — autant d’obstacles qui réduisent l’efficacité de l’aide humanitaire internationale. Le Canada, en annonçant son aide, s’engage implicitement à naviguer dans cet environnement compliqué, en utilisant des canaux et des partenaires capables de contourner ces obstacles légaux et logistiques.
Quand les sanctions d’un pays rendent plus difficile l’acheminement de médicaments aux enfants malades d’un autre pays, on a franchi une ligne. Ce n’est plus de la politique étrangère — c’est de la brutalité administrative. Le fait que cela se produise à travers des mécanismes légaux et des règlements bancaires plutôt qu’à travers des bombes ne le rend pas plus acceptable. Ça le rend juste plus invisible. Et l’invisibilité est le meilleur ami de l’injustice.
Le paradoxe trumpien : prêcher la liberté, pratiquer l'asphyxie
La rhétorique de la liberté et la réalité des sanctions
Donald Trump et ses partisans présentent systématiquement la politique américaine envers Cuba comme une défense de la liberté contre la tyrannie. La rhétorique est puissante, elle a une longue histoire dans la politique américaine, et elle trouve un écho sincère et compréhensible chez les Cubains de la diaspora, particulièrement ceux de Floride, qui ont fui le régime castriste et portent des blessures réelles et légitimes. Cette réalité émotionnelle et politique doit être reconnue. Mais la question n’est pas de savoir si le régime cubain mérite d’être critiqué — il le mérite. La question est de savoir si la stratégie adoptée contribue réellement à libérer les Cubains ou si elle les enfonce davantage dans la misère tout en renforçant la propagande du régime.
Le paradoxe est criant : en maintenant et en intensifiant l’embargo, l’administration Trump offre au régime cubain son argument de légitimité le plus précieux. Depuis 60 ans, les dirigeants cubains expliquent à leur population que toutes les difficultés économiques du pays sont la faute des Yankees et de leur blocus inhumain. Cet argument, même s’il est utilisé cyniquement pour masquer les faillites internes du régime, contient une part de vérité suffisamment grande pour rester crédible. Chaque durcissement de l’embargo recharge la batterie propagandiste du régime, lui fournissant un ennemi extérieur à désigner comme responsable de la misère. En serrant l’étau, Trump ne renverse pas Castro — il lui rend service.
La Floride, le lobby cubain et le calcul électoral
Pour comprendre la persistance de la politique américaine d’embargo malgré son bilan douteux, il faut comprendre la politique intérieure américaine. La communauté cubano-américaine de Floride, concentrée dans le comté de Miami-Dade et ses environs, représente un bloc électoral influent dans un État pivot. Historiquement — bien que cette tendance évolue avec les générations — cette communauté a été majoritairement favorable au maintien de l’embargo, par hostilité viscérale au régime qui a exproprié leurs familles, emprisonné leurs proches, forcé leur exil. Les politiciens américains, particulièrement les républicains, ont depuis des décennies intégré le soutien à l’embargo comme un marqueur identitaire obligatoire pour séduire cet électorat. Le résultat : la politique étrangère américaine envers Cuba est largement déterminée par des calculs électoraux dans un seul comté d’un seul État. C’est de la géopolitique façonnée par le scrutin de Floride.
Voilà la vérité nue que personne ne veut dire dans les dîners en ville de Washington : l’embargo contre Cuba n’est pas maintenu parce qu’il fonctionne. Il est maintenu parce qu’il rapporte des votes en Floride. Des décennies de souffrance pour 11 millions de personnes, calculées en points de pourcentage dans un État américain. Si ça ne vous révolte pas, je ne sais pas ce qui le fera.
Qu'est-ce que ça change vraiment pour les Cubains ?
L’aide humanitaire : nécessaire mais insuffisante
Soyons honnêtes sur ce que 8 millions de dollars peuvent et ne peuvent pas faire. Cette somme, aussi bienvenue soit-elle dans le contexte actuel, ne résoudra pas la crise énergétique cubaine. Elle ne relancera pas l’économie, ne réparera pas les centrales thermiques effondrées, ne compensera pas les effets de l’embargo sur le système bancaire. Elle ne changera pas le régime politique. Elle ne libérera pas les prisonniers politiques. Ce que cette aide peut faire, c’est atténuer la souffrance immédiate de certaines des populations les plus vulnérables : fournir de la nourriture à des familles en insécurité alimentaire, des médicaments à des malades chroniques qui ne peuvent plus les trouver, de l’eau potable dans des communautés dont les infrastructures s’effondrent, peut-être des solutions d’énergie alternatives à petite échelle pour des centres de santé ou des écoles. C’est précieux. C’est réel. Mais ce n’est pas une solution structurelle.
La solution structurelle à la crise cubaine, si elle existe, passe par une combinaison de réformes économiques internes que le régime cubain résiste farouchement à entreprendre, et d’un allègement des pressions externes qui permettrait à Cuba de retrouver un accès normal aux marchés, aux technologies, aux investissements. L’une sans l’autre est insuffisante. Les réformes sans allègement se heurtent à une contrainte externe infranchissable. L’allègement sans réformes perpétue un système économique inefficace. Le dénouement de la crise cubaine exigerait une volonté politique simultanée de La Havane et de Washington que rien, dans le contexte actuel, ne laisse entrevoir.
Ce que les Cubains pensent — quand on les écoute
Les Cubains eux-mêmes — ceux qui vivent sur l’île, pas seulement ceux de la diaspora — présentent des positions plus nuancées et complexes que les clichés habituels ne le laissent supposer. Les sondages indépendants réalisés à Cuba sont rares et méthodologiquement difficiles, mais les témoignages recueillis par des journalistes, des chercheurs et des humanitaires dressent un tableau de lassitude profonde : lassitude envers un régime qui promet depuis 60 ans un avenir meilleur sans le livrer, lassitude envers un embargo qui, selon beaucoup de Cubains, leur impose une punition qu’ils n’ont pas méritée, lassitude envers un conflit entre deux géants dont ils subissent les conséquences sans avoir voix au chapitre. Ce que beaucoup de Cubains ordinaires semblent vouloir, c’est simplement pouvoir manger, avoir de l’électricité, soigner leurs enfants, et parfois partir s’ils le souhaitent. Des aspirations étonnamment universelles, étonnamment humaines.
On parle souvent de Cuba comme d’un symbole — symbole de la résistance socialiste, symbole de la tyrannie communiste, symbole de l’impérialisme américain. Tout le monde projette sur cette île ses propres guerres idéologiques. Mais les Cubains, eux, ne veulent pas être un symbole. Ils veulent que l’électricité fonctionne. Ils veulent que leurs enfants aient à manger. Et dans cette demande absolument raisonnable, tout le monde les a abandonnés — le régime qui les gouverne et l’empire qui les asphyxie.
Le Canada dans le monde de Trump : naviguer sans se noyer
La souveraineté canadienne sous pression constante
L’annonce de cette aide à Cuba ne peut pas être lue indépendamment du contexte plus large des relations Canada-États-Unis sous la deuxième administration Trump. Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, Ottawa fait face à des pressions multiples et intenses : menaces tarifaires sur les exportations canadiennes, en particulier dans les secteurs de l’acier, de l’aluminium et des produits agricoles ; rhétorique annexionniste sur le Canada comme « 51e État » ; pressions sur les dépenses de défense dans le cadre de l’OTAN ; demandes d’alignement plus strict sur les politiques migratoires et frontalières américaines. Dans ce contexte de pression tous azimuts, maintenir une politique étrangère distincte sur des sujets comme Cuba est un exercice d’équilibre délicat.
Le gouvernement canadien doit constamment arbitrer entre deux impératifs contradictoires : maintenir une relation fonctionnelle avec son principal partenaire commercial — les États-Unis absorbent environ 75 % des exportations canadiennes — et affirmer une identité diplomatique distincte, une vision du monde proprement canadienne qui ne se réduit pas à l’écho de Washington. L’aide à Cuba est l’un des rares terrains où le Canada a une longue tradition de divergence assumée avec les États-Unis, une tradition bipartisane qui a survécu à des gouvernements libéraux comme conservateurs. La maintenir dans le contexte actuel est un signal que certaines lignes rouges canadiennes ne bougent pas sous pression.
Le multilatéralisme canadien face à l’unilatéralisme américain
Plus généralement, la position canadienne sur Cuba illustre une différence philosophique profonde entre Ottawa et l’administration Trump sur la manière de gérer les affaires internationales. Le Canada est un défenseur traditionnel du multilatéralisme, des institutions internationales, du droit international humanitaire, des normes de l’ONU. L’administration Trump, de son côté, pratique un unilatéralisme assumé, traitant les institutions internationales avec méfiance ou mépris lorsqu’elles ne servent pas directement les intérêts américains tels qu’elle les définit. Sur Cuba, l’ONU demande la fin de l’embargo. Trump l’intensifie. Le Canada envoie une aide humanitaire. Ce n’est pas seulement un désaccord sur Cuba — c’est un désaccord fondamental sur la façon dont les nations devraient se comporter les unes envers les autres.
Il y a quelque chose de profondément canadien dans cette décision, au sens le plus noble du terme. Non pas le Canada naïf qui croit qu’un chèque de 8 millions peut sauver le monde. Mais le Canada qui refuse de croire que laisser souffrir des gens est une politique étrangère acceptable. C’est un Canada qui dit : nous existons, nous avons des valeurs, et ces valeurs ne sont pas à vendre même quand Washington fait les gros yeux. Ce Canada-là mérite d’être vu.
Ce que cette aide révèle sur les valeurs en jeu
L’aide humanitaire comme boussole morale
Au-delà de la géopolitique, au-delà des calculs diplomatiques, il y a une question fondamentalement éthique au cœur de ce débat : a-t-on le droit de laisser souffrir des populations civiles pour faire plier leurs gouvernements ? La réponse du droit international humanitaire est claire et non ambiguë : non. Le droit international interdit explicitement d’utiliser la famine ou le dénuement des populations civiles comme arme de guerre ou de pression politique. Ces principes, codifiés dans les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, dans la Charte des Nations Unies, dans des décennies de jurisprudence internationale, constituent un socle minimal de civilisation que la communauté internationale s’est engagée à respecter.
Les sanctions économiques, lorsqu’elles sont conçues de manière à priver délibérément des populations civiles de nourriture, de médicaments et d’énergie, posent un problème juridique et moral sérieux que les défenseurs de l’embargo américain esquivent systématiquement. Il ne s’agit pas d’absoudre le régime cubain de ses responsabilités propres. Il s’agit de reconnaître que, quel que soit le gouvernement en place à La Havane, des millions de personnes n’ayant aucun contrôle sur ce gouvernement n’ont pas à en être les otages. C’est cette ligne morale que le Canada, avec ses 8 millions de dollars, choisit de ne pas franchir. Et c’est cette ligne que l’administration Trump franchit allègrement, au nom d’une lutte pour la liberté dont les Cubains ordinaires ne voient pas la couleur.
L’argent des contribuables canadiens et la question de l’efficacité
Une question légitime mérite d’être posée : l’aide humanitaire à Cuba est-elle efficace ? Est-elle correctement ciblée ? Atteint-elle vraiment les populations dans le besoin, ou est-elle en partie captée ou détournée par les structures de l’État cubain ? Ces questions sont sérieuses et méritent des réponses sérieuses. Les organisations humanitaires qui opèrent à Cuba — parmi lesquelles des agences onusiennes comme le Programme alimentaire mondial, des ONG internationales reconnues, des organisations confessionnelles avec une longue présence sur le terrain — ont développé des mécanismes de distribution directe qui contournent autant que possible les structures étatiques. L’aide canadienne, acheminée via ces canaux établis et auditables, bénéficie de décennies d’expérience opérationnelle dans un environnement difficile. Rien n’est parfait. Mais l’alternative — ne rien faire au motif que l’acheminement est imparfait — est une capitulation morale habillée en prudence budgétaire.
Les contribuables canadiens ont le droit de savoir comment leur argent est dépensé. C’est une exigence légitime de transparence démocratique. Mais exiger la preuve d’efficacité absolue avant d’aider des gens qui souffrent, c’est se donner une excuse pour ne jamais aider personne. L’aide humanitaire ne sera jamais parfaite dans un environnement politique hostile. Elle sera toujours imparfaite, partiellement détournée, insuffisante. Et elle reste nécessaire. Comme le sont toutes les choses imparfaites qui se battent contre l’inacceptable.
Les droits humains à Cuba : une réalité qu'on ne peut pas ignorer
La répression des voix dissidentes
Aider Cuba sur le plan humanitaire ne signifie pas garder le silence sur les violations des droits humains documentées par des organisations comme Amnistie Internationale, Human Rights Watch ou le Comité pour la protection des journalistes. Le régime cubain emprisonne ses opposants. Les manifestants du 11 juillet 2021 — des milliers de Cubains descendus spontanément dans les rues pour crier leur ras-le-bol — ont été arrêtés en masse, jugés dans des procédures expéditives, et condamnés à des peines allant de plusieurs mois à plus de 20 ans de prison pour certains. Des artistes, des journalistes, des blogueurs, des militants des droits civiques croupissent dans les geôles cubaines. Ces réalités existent. Elles doivent être dénoncées. Et elles coexistent avec la réalité d’une population civile en détresse qui a besoin d’aide pour survivre.
Le Canada, dans sa relation avec Cuba, a généralement adopté une approche dite d’engagement conditionnel : maintenir le dialogue, fournir de l’aide, mais soulever les questions de droits humains dans le cadre de ce dialogue plutôt que de couper tous les ponts. Cette approche a ses défenseurs et ses critiques. Ses défenseurs font valoir qu’elle maintient des canaux d’influence que l’isolation totale ferait disparaître. Ses critiques arguent qu’elle légitime un régime qui n’a accordé aucune concession significative sur les droits politiques depuis des décennies. Ce débat est légitime, et ses contours ne sont pas simples. Mais dans l’immédiat, face à une population qui manque de nourriture et d’électricité, il est possible de maintenir la critique politique et de fournir une aide humanitaire simultanément. Ce ne sont pas des positions incompatibles. Ce sont des responsabilités qui se cumulent.
La diaspora cubaine : des voix multiples et contradictoires
La diaspora cubaine mondiale — estimée à plus de 2 millions de personnes, répartie entre la Floride, l’Espagne, le Mexique, le Canada et d’autres pays — n’est pas monolithique dans ses positions. Si la communauté cubano-américaine de Floride est traditionnellement perçue comme favorable à l’embargo, des nuances importantes existent, particulièrement chez les générations plus jeunes et chez les vagues migratoires plus récentes. Beaucoup de Cubains de la diaspora, y compris certains qui ont fui le régime, ont des membres de leur famille restés sur l’île. Ils envoient des remises — des transferts d’argent — qui constituent l’une des principales sources de revenus pour de nombreuses familles cubaines. Ces mêmes personnes voient d’un mauvais œil les restrictions américaines sur les remises, qui pénalisent directement leurs familles. La réalité vécue de la diaspora est souvent bien plus complexe que la rhétorique politique de certains de ses représentants autoproclamés ne le laisse paraître.
Il est facile de défendre l’embargo depuis une villa de Coral Gables. C’est beaucoup plus difficile à défendre quand votre mère à La Havane ne peut pas mettre sa médication au frais parce qu’il n’y a pas d’électricité depuis seize heures. La diaspora cubaine mérite mieux que d’être instrumentalisée par des politiciens qui ont besoin de ses votes et lui vendent de l’idéologie à la place de solutions. Elle mérite une politique qui tienne compte de la complexité de ce qu’elle vit vraiment.
L'histoire longue : 60 ans d'un conflit qui n'en finit pas
De la Révolution à aujourd’hui : une chronologie de l’entêtement
Pour saisir l’absurdité de la situation actuelle, un rappel historique s’impose. La Révolution cubaine de 1959 porte Fidel Castro au pouvoir. Dès 1960, les États-Unis commencent à imposer des restrictions commerciales. En 1961, la désastreuse invasion de la Baie des Cochons, organisée par la CIA, renforce Castro dans sa posture antiaméricaniste et le rapproche de l’Union soviétique. En 1962, la crise des missiles place le monde au bord de la guerre nucléaire. L’embargo est formalisé et durci. Pendant trois décennies, Cuba est une pièce sur l’échiquier de la Guerre froide. La Guerre froide se termine. Cuba reste sous embargo. L’Union soviétique s’effondre. Cuba reste sous embargo. Fidel Castro meurt en 2016. Cuba reste sous embargo. Son frère Raúl passe la main en 2021. Cuba reste sous embargo. Les raisons invoquées changent selon les époques, mais la politique, elle, ne change pas. Soixante-trois ans. Onze présidents américains. Et l’embargo est toujours là, immuable comme un monument à l’entêtement idéologique.
La parenthèse Obama reste l’exception la plus prometteuse et la plus frustrante de cette histoire. Entre 2014 et 2016, les deux pays ont rouvert leurs ambassades, assoupli certaines restrictions, amorcé un dialogue diplomatique. Obama s’est rendu à Cuba — premier président américain en exercice à le faire depuis Calvin Coolidge en 1928. Ce dégel, fragile et encore loin d’une normalisation complète, avait créé un espoir tangible. Il a été systématiquement démantelé par la première administration Trump à partir de 2017, et la deuxième administration n’a montré aucun signe d’intention de le relancer. L’histoire de Cuba et des États-Unis est une histoire de rendez-vous manqués, de portes ouvertes puis reclaquées, d’occasions perdues dont les Cubains ordinaires ont toujours été les premières victimes.
Ce que l’avenir pourrait ressembler — si quelqu’un le voulait vraiment
Il n’est pas utopique d’imaginer une politique américaine différente envers Cuba. Les outils existent. Le président américain dispose de larges pouvoirs exécutifs pour assouplir ou lever l’embargo sans même passer par le Congrès sur de nombreux points. Une levée totale de l’embargo nécessiterait un vote du Congrès — politiquement difficile mais pas impossible dans un contexte différent. Les études économiques disponibles suggèrent qu’une normalisation des relations commerciales entre Cuba et les États-Unis bénéficierait aux deux pays : accès au marché américain pour les produits cubains, accès au marché cubain pour les entreprises américaines, développement du tourisme, des biotechnologies cubaines — reconnues mondialement —, des énergies renouvelables. La transition vers les énergies renouvelables, d’ailleurs, offre à Cuba une voie de sortie partielle de sa dépendance aux hydrocarbures importés, si les investissements et technologies nécessaires pouvaient être accessibles. Tout cela est possible. Rien de tout cela ne se fera tant que la politique américaine envers Cuba sera dictée par les urnes de Miami-Dade plutôt que par une vision stratégique cohérente.
L’espoir n’est pas naïf. L’espoir est la reconnaissance que les situations humaines ne sont pas figées pour l’éternité. Cuba a survécu à 60 ans d’embargo. Elle a survécu à la chute de l’URSS, à la fin du pétrole vénézuélien subventionné, à la pandémie. Elle survit aujourd’hui aux pannes d’électricité et à la faim. Cette résilience forcée, douloureuse, est aussi une forme de preuve : ce peuple est là. Il attend. Et il attend, entre autres choses, que deux gouvernements — le sien et celui de Washington — décident enfin de faire passer sa survie avant leurs obsessions.
Conclusion : 8 millions de dollars et une question sans réponse
Un geste juste dans un monde injuste
Le Canada a fait le bon geste. 8 millions de dollars vers Cuba, dans un contexte où l’administration Trump choisit délibérément d’aggraver la crise humanitaire, est une décision qui mérite d’être saluée sans être idéalisée. Ce n’est pas la solution. Ce n’est pas la fin du problème. Ce n’est pas une politique étrangère complète. C’est un geste humain, concret, immédiatement utile à des gens qui en ont besoin maintenant. Dans un monde politique où les grands discours remplacent souvent l’action, 8 millions qui arrivent sur le terrain valent plus que mille communiqués de presse sur les valeurs démocratiques. Ottawa a mis de l’argent là où ses valeurs sont censées être. C’est le minimum. C’est aussi, par les temps qui courent, quelque chose.
Mais au-delà du geste canadien, la question fondamentale reste entière et sans réponse satisfaisante : jusqu’à quand acceptera-t-on que des millions de personnes servent de monnaie d’échange dans un conflit idéologique qui dure depuis plus d’un demi-siècle ? Jusqu’à quand les Cubains devront-ils payer — de leur faim, de leur obscurité, de leur exil — pour une querelle entre un régime autoritaire qui refuse de se réformer et une superpuissance qui refuse de changer une politique qui ne fonctionne pas ? Ces deux entêtements ont un coût humain que les chiffres peinent à exprimer. Et ce coût, chaque jour, est payé par des gens qui n’ont rien demandé à personne, sinon de vivre.
Ce que l’histoire retiendra
Dans dix ans, dans vingt ans, quand les historiens analyseront cette période, que verront-ils ? Ils verront une île en crise profonde, une administration américaine qui a choisi d’aggraver cette crise par calcul électoral, une communauté internationale qui a condamné en paroles et agi peu en pratique, et quelques pays — dont le Canada — qui ont refusé de regarder ailleurs. Ils verront peut-être aussi le début d’une transition cubaine, lente, douloureuse, qui se fera avec ou sans la bénédiction de Washington. Ou ils verront l’effondrement d’une société épuisée, une catastrophe humanitaire que personne n’aura voulu prévenir. L’issue n’est pas écrite. Mais les choix qui la détermineront, eux, se font maintenant. Et chaque acteur — Washington, La Havane, Ottawa, Bruxelles, les organisations humanitaires, la diaspora, les journalistes et les chroniqueurs — a une part de responsabilité dans ce qui viendra.
Cuba n’est pas un symbole. Cuba, c’est 11 millions de personnes qui voudraient que leur réfrigérateur fonctionne, que leurs enfants aient de quoi manger, que leurs parents malades aient accès à leurs médicaments. C’est une aspiration d’une banalité absolue. Et c’est précisément cette banalité — ce caractère universel et irréfutable de la demande — qui rend l’indifférence du monde si difficile à pardonner. Le Canada a envoyé 8 millions de dollars. C’est un début. C’est un signal. C’est insuffisant. Et c’est nécessaire.
On referme cet article avec une certitude et une question. La certitude : laisser souffrir des civils pour faire tomber un régime est toujours moralement inacceptable, quel que soit ce régime. La question : combien de temps encore les Cubains devront-ils attendre que les grandes puissances finissent leur partie d’échecs ? Je n’ai pas de réponse. Je ne suis pas sûr que quelqu’un en ait une. Mais je suis certain qu’on n’a pas le droit de cesser de poser la question.
Signé Jacques Pj Provost
Cet article a été rédigé à partir de sources publiques vérifiées. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et n’engagent pas les partenaires de diffusion. Aucune information commerciale n’a influencé le contenu éditorial. Les données chiffrées proviennent d’organisations internationales reconnues et de médias de référence. L’auteur est chroniqueur et rédacteur indépendant, pas journaliste accrédité.
Sources
Sources primaires
Affaires mondiales Canada — Annonce de l’aide humanitaire à Cuba, décembre 2024
BuzzNews.ca — Le Canada annonce 8M$ pour Cuba alors que Trump veut la crise humanitaire, 2025
Département d’État américain — Désignation de Cuba comme État parrain du terrorisme, janvier 2025
Sources secondaires
Human Rights Watch — Rapport mondial 2024, chapitre Cuba
Amnistie Internationale — Rapport annuel Cuba 2023-2024
Reuters — Cuba blackout : collapse of the national power grid, octobre 2024
Associated Press — Cuba energy crisis deepens as blackouts reach 20 hours daily, 2024
Le Monde — Cuba : effondrement du réseau électrique national, octobre 2024
BBC News — Cuba migration crisis : half a million leave in two years, 2023
Programme alimentaire mondial — Présence et programmes à Cuba, 2024
Council on Foreign Relations — US-Cuba Relations : backgrounder, mis à jour 2025
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