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BILLET : Cinq jours de silence — et si c’était ça, le vrai signal d’alarme de Washington
Crédit: Adobe Stock

Les institutions qui communiquent même dans la douleur

J’ai couvert suffisamment d’actualité militaire et géopolitique pour savoir comment les institutions américaines réagissent habituellement à la perte d’un actif militaire. Il y a des protocoles. Des porte-parole. Des briefings quotidiens où les journalistes accrédités posent leurs questions et obtiennent, au minimum, des non-réponses calibrées qui reconnaissent l’existence d’un incident sans en révéler les détails sensibles. Cette mécanique existe précisément pour maintenir la crédibilité institutionnelle — pour signaler au monde que l’institution sait ce qui se passe, même si elle ne peut pas tout dire. C’est la norme. C’est le protocole de base de la communication de crise militaire.

Cinq jours de silence absolu, c’est l’inverse de ce protocole. Ce n’est pas de la discrétion opérationnelle. La discrétion opérationnelle, ça ressemble à ceci: « Nous confirmons qu’un incident impliquant un actif de la Marine américaine s’est produit dans la région du Golfe Persique. Une enquête est en cours. Nous ne pouvons pas commenter davantage pour des raisons de sécurité opérationnelle. » Ça prend trente secondes à formuler. Et ça n’a pas été dit. Pas une fois. Ce qui signifie que le silence n’est pas un choix de prudence communicationnelle. C’est quelque chose d’autre. Et ce quelque chose d’autre me préoccupe infiniment plus que l’incident lui-même.

Les institutions qui savent gérer leurs crises parlent, même quand parler est difficile. Celles qui ne savent pas se taisent et espèrent que personne ne lève les yeux. Washington a choisi de se taire. Et tout le monde a levé les yeux quand même.

Ce que ce silence dit aux alliés — et aux adversaires

Voici ce que je ne peux pas sortir de ma tête depuis cinq jours: le silence de Washington n’est pas reçu dans un vide. Il est reçu simultanément par deux audiences qui ont des intérêts diamétralement opposés et qui en tirent des conclusions opposées — mais tout aussi dommageables pour les États-Unis. D’un côté, les alliés américains dans la région: Israël, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite. Ces pays regardent ce silence et se posent une question qui n’est jamais formulée dans les salles de conférence officielles mais qui circule dans les couloirs: est-ce que la garantie américaine est aussi solide que ce qu’on nous a vendu? De l’autre côté, les adversaires: l’Iran, soutenu par la Russie et la Chine. Eux regardent ce silence et y lisent une confirmation: leur action — quelle qu’elle soit — n’a pas déclenché de réponse visible. Pas même verbale. C’est une information stratégique d’une valeur considérable pour ceux qui testent les limites de la dissuasion américaine.

Les deux lectures sont fausses dans leur intégralité — je ne pense pas que la dissuasion américaine soit brisée, et je ne pense pas que l’Iran soit invulnérable. Mais les perceptions, dans la géopolitique des grandes puissances, ont une façon terrible de devenir des réalités. Et le silence de cinq jours a laissé ces perceptions s’installer, proliférer, se transformer en narratives dans les médias du monde entier — narratives que Washington n’a pas contredites, faute de trouver les mots.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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