Un slogan devenu raison d’État
« Marg bar Amreeka. » Mort à l’Amérique. Ce n’est pas un graffiti sur un mur. Ce n’est pas le cri d’un manifestant isolé. C’est un pilier fondateur de la République islamique d’Iran depuis 1979. Quarante-sept ans. Le slogan est scandé chaque vendredi dans les prières officielles. Il est crié dans les rassemblements d’État. Il est enseigné dans les écoles. Le 4 novembre — anniversaire de la prise de l’ambassade américaine — est un jour férié national officiellement nommé « Jour de la Mort à l’Amérique ». Un pays qui dédie un jour férié à souhaiter la mort d’un autre pays n’est pas dans la rhétorique. Il est dans la doctrine.
En novembre 2025, des parlementaires iraniens ont scandé « Mort à l’Amérique » dans l’hémicycle — pas dans la rue, dans le Parlement. En février 2026, quelques semaines avant les frappes, l’ayatollah Khamenei déclarait que les Iraniens avaient « le courage de scander Mort à l’Amérique » — comme si c’était une vertu nationale. Et à côté de « Mort à l’Amérique », il y a toujours eu « Mort à Israël ». La destruction de l’État hébreu n’est pas une opinion marginale en Iran. C’est une politique étrangère. C’est inscrit sur des missiles. C’est peint sur des murs officiels. C’est répété par le guide suprême depuis quatre décennies.
On peut débattre de la signification exacte du slogan. Le Pulitzer Center note que pour certains Iraniens, « Mort à l’Amérique » vise le gouvernement, pas le peuple. C’est possible. Mais quand un État inscrit ce slogan dans ses institutions, le finance avec son budget, le célèbre par un jour férié et le crie dans son Parlement — la nuance s’efface. À quel moment accepte-t-on qu’un pays qui répète depuis 47 ans qu’il veut notre mort le pense vraiment ?
Le peuple iranien — otage de son propre régime
Et pourtant, la réalité iranienne est plus complexe que le slogan. Un sondage GAMAAN publié en 2025 révèle que deux tiers des Iraniens souhaitent que leur gouvernement abandonne la rhétorique anti-israélienne. Deux tiers. La majorité du peuple iranien ne veut pas cette guerre. Ne veut pas ce slogan. Ne veut pas cette politique étrangère qui isole leur pays et appauvrit leurs familles depuis des décennies.
C’est la tragédie iranienne dans toute sa cruauté : un peuple cultivé, jeune, connecté au monde, pris en otage par un régime théocratique qui a fait de la haine de l’Occident sa seule légitimité. Les Iraniens qui manifestaient en 2022 sous le slogan « Femme, Vie, Liberté » ne criaient pas « Mort à l’Amérique ». Ils criaient le contraire. Ils voulaient rejoindre le monde. Et leur régime les a écrasés. Des centaines de morts. Des milliers d’arrestations. Et le slogan officiel a continué, plus fort que jamais, pour couvrir les cris de ceux qu’on tuait.
Breakout zéro — la bombe qui n'attendait plus
60 pour cent et le compteur à zéro
Les chiffres sont terrifiants dans leur précision. En mai 2025, l’AIEA — l’Agence internationale de l’énergie atomique — confirmait que l’Iran avait accumulé 441 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 pour cent. Pour comprendre ce que cela signifie : l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires civiles est enrichi à 3 à 5 pour cent. L’uranium pour une bombe commence à 90 pour cent. Et le passage de 60 à 90 pour cent est infiniment plus rapide que le passage de 5 à 60. C’est de la physique, pas de la politique.
L’Institute for Science and International Security a calculé que l’Iran pouvait convertir son stock en 233 kilogrammes d’uranium de qualité militaire en trois semaines. Trois semaines. Assez pour fabriquer neuf bombes nucléaires. Le temps de breakout — le délai entre la décision de fabriquer une bombe et la possession du matériau fissile — est estimé à pratiquement zéro. L’AIEA elle-même a déclaré que l’Iran est « le seul État non nucléaire au monde » qui produit et accumule de l’uranium enrichi à 60 pour cent. Le seul. Et pourtant, pendant des années, la communauté internationale a répondu par des résolutions.
Neuf bombes. Trois semaines. Breakout zéro. Ces trois données suffisent à expliquer pourquoi, du point de vue occidental, l’inaction n’était plus une option. On peut discuter de la légitimité des frappes. On peut débattre du droit international. Mais on ne peut pas ignorer que le pays qui scande « Mort à l’Amérique » depuis 47 ans était à trois semaines d’avoir neuf bombes nucléaires. À un moment, les mots cessent d’être de la rhétorique et deviennent une menace existentielle.
L’AIEA — la limite de la diplomatie
L’AIEA a fait ce qu’elle pouvait. Des rapports. Des inspections — quand l’Iran les autorisait. Des recommandations au Conseil de sécurité. Mais l’agence n’a pas de divisions blindées. Elle n’a pas de missiles. Elle a des inspecteurs avec des compteurs Geiger et des diplomates avec des résolutions. En février 2026, l’AIEA a confirmé que l’Iran stockait la majeure partie de son uranium hautement enrichi dans un complexe souterrain à Ispahan — sous des tunnels, hors de portée des inspections régulières.
Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a multiplié les avertissements. En vain. L’Iran a restreint l’accès des inspecteurs, désinstallé des caméras de surveillance et accéléré son enrichissement après le retrait américain de l’accord de 2015. Et pourtant, certains continuaient d’appeler à la diplomatie. La diplomatie avec un pays qui cache son uranium dans des tunnels et refuse les inspections. La diplomatie avec un régime qui enrichit à 60 pour cent tout en criant « Mort à l’Amérique ». À quel moment la diplomatie cesse d’être de la sagesse et devient de la naïveté ?
Le CRINK — frapper le maillon faible pour briser la chaîne
L’alliance qui n’existait que sur le papier
Le CRINK — Chine, Russie, Iran, Corée du Nord — était présenté comme le bloc qui allait défier l’hégémonie occidentale. Le CSIS — Center for Strategic and International Studies — a consacré des dizaines de rapports à cette alliance. Les analystes parlaient d’un « Axe de l’Instabilité ». D’un monde multipolaire où quatre puissances révisionnistes coordonneraient leurs actions pour contester l’ordre américain. Le 29 janvier 2026, un mois avant les frappes, un pacte trilatéral Chine-Russie-Iran était signé avec des promesses de « coopération stratégique sans précédent ».
Un mois plus tard, les bombes tombaient sur l’Iran. Et les deux autres signataires du pacte ont répondu par des communiqués. La Russie a « condamné ». La Chine s’est déclarée « hautement préoccupée ». Aucun navire. Aucun avion. Aucun missile. Le Steptoe Risk Outlook qualifie le CRINK d’« alliance de convenance transactionnelle » — des partenariats motivés par des griefs anti-occidentaux communs, pas par une vision partagée. Et quand les bombes tombent, les griefs ne suffisent pas.
Washington ne se battait pas seulement contre l’Iran le 28 février. Il testait le CRINK. Et le CRINK a échoué au test. En frappant le membre le plus vulnérable de l’alliance, les États-Unis ont démontré au monde entier que Pékin et Moscou ne viendront pas. Pas pour l’Iran. Pas pour la Corée du Nord. Probablement pas l’un pour l’autre. Le message n’était pas dans les bombes — il était dans le silence de ceux qui auraient dû répondre.
Ce que l’Iran apportait — et ce que le CRINK perd
L’Iran n’était pas un allié symbolique dans le CRINK. Il était fonctionnel. L’Iran fournissait à la Russie des drones Shahed pour sa guerre en Ukraine — des centaines, peut-être des milliers. L’Iran achetait des Su-35 russes et des missiles antiaériens Verba. L’Iran vendait 90 pour cent de son pétrole à la Chine — environ 1,38 million de barils par jour, représentant 13 à 14 pour cent des importations chinoises par voie maritime. L’Iran contrôlait, directement ou par proxys, le détroit d’Ormuz, la mer Rouge via les Houthis, le Liban via le Hezbollah, Gaza via le Hamas.
Avec l’Iran affaibli, le CRINK perd son fixateur au Moyen-Orient. La Russie perd un fournisseur de drones. La Chine perd un fournisseur de pétrole bon marché. Et les deux perdent le seul allié qui immobilisait des ressources américaines dans le Golfe — des ressources qui peuvent maintenant être redéployées vers le Pacifique. Car c’est là que se joue la vraie partie.
Taïwan — la guerre de l'ombre que personne ne nomme
2027 : le calendrier de Pékin
L’amiral Phil Davidson, ancien commandant de l’Indo-Pacific Command, a déclaré devant le Congrès que la Chine avait donné instruction à l’Armée populaire de libération d’être prête à prendre Taïwan d’ici 2027. Ce n’est pas une théorie conspirationniste. C’est un témoignage sous serment devant le Congrès américain. Le Pentagone a confirmé dans son rapport annuel de décembre 2025 que l’APL « continue de progresser régulièrement » vers ses objectifs de 2027 — atteindre une capacité de « victoire stratégique décisive » sur Taïwan.
Taïwan produit plus de 90 pour cent des semi-conducteurs avancés du monde via TSMC. Ces puces sont dans chaque téléphone, chaque ordinateur, chaque système d’arme, chaque voiture connectée sur la planète. Si la Chine prend Taïwan, elle contrôle l’approvisionnement mondial en puces. C’est un levier stratégique plus puissant que le pétrole. Et c’est pourquoi la National Defense Strategy américaine de 2026 — même si elle ne mentionne plus Taïwan par son nom — est entièrement construite autour de la défense de la première chaîne d’îles du Pacifique.
Voici ce que personne ne dit à voix haute : frapper l’Iran, c’est préparer Taïwan. Chaque navire américain qui n’est plus nécessaire dans le Golfe peut être redéployé vers le Pacifique. Chaque dollar de budget militaire libéré par la neutralisation de la menace iranienne peut être investi dans la dissuasion face à Pékin. Et chaque message envoyé au CRINK — « vos alliés ne viendront pas » — est un message destiné à Xi Jinping. Vous pensez que la Russie vous soutiendra si vous envahissez Taïwan ? Regardez ce qu’elle a fait pour l’Iran.
L’énergie — le talon d’Achille de Pékin
Taïwan importe 97 pour cent de son énergie. C’est une vulnérabilité existentielle que la Foundation for Defense of Democracies a documentée en détail : en cas de blocus chinois, Taïwan pourrait perdre son approvisionnement énergétique en quelques semaines. Mais la Chine aussi a un talon d’Achille énergétique. 40 pour cent du pétrole chinois vient du Moyen-Orient. Et il transite par — devinez — le détroit d’Ormuz.
En neutralisant l’Iran et en sécurisant Ormuz, les États-Unis obtiennent un levier direct sur l’approvisionnement énergétique chinois. Si demain Pékin menace Taïwan, Washington n’a pas besoin de tirer un seul coup de feu vers la Chine. Il lui suffit de contrôler le détroit par lequel transitent 40 pour cent de son pétrole. Et pourtant, dans les analyses médiatiques des frappes sur l’Iran, Taïwan n’apparaît nulle part. Comme si le Moyen-Orient et le Pacifique étaient deux mondes séparés. Ils ne le sont pas. Ils sont les deux faces de la même stratégie.
Le réseau de proxys — quatre décennies de déstabilisation
L’Axe de la Résistance en ruines
L’Iran n’agissait pas seul. Il agissait à travers un réseau de proxys construit sur quatre décennies — le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et en Syrie. Ce réseau, baptisé « l’Axe de la Résistance », permettait à Téhéran de frapper indirectement sans jamais se salir directement les mains. Des roquettes sur Israël tirées depuis le Liban. Des attaques sur des pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Des missiles sur des bases américaines en Irak. Des perturbations du trafic maritime en mer Rouge.
En février 2026, ce réseau est en lambeaux. Yahya Sinwar, cerveau du 7 octobre, tué en octobre 2024. Son frère Mohammed Sinwar, chef militaire du Hamas, tué en mai 2025 dans les tunnels de Khan Younès. Le Hezbollah a perdu ses commandants clés, ses hubs d’expertise, sa capacité offensive. Assad est tombé en Syrie, emportant avec lui les bases logistiques iraniennes. Seuls les Houthis résistent encore — mais isolés, sans la coordination qui faisait la force du réseau. L’American Enterprise Institute titre sur « le silence assourdissant des proxys iraniens ». Ce silence est le son d’un empire régional qui s’effondre.
Pendant quatre décennies, l’Iran a construit un réseau conçu pour une seule chose : menacer Israël et les intérêts occidentaux sans risquer de représailles directes. Les roquettes partaient du Liban — pas d’Iran. Les missiles partaient du Yémen — pas d’Iran. Les attentats venaient d’Irak — pas d’Iran. Et Téhéran pouvait nier, condamner, se poser en victime. Ce jeu est terminé. Les frappes du 28 février ne visaient pas seulement les installations nucléaires. Elles visaient la capacité de l’Iran à jouer double jeu. Et ce double jeu coûtait des vies — des vies israéliennes, des vies libanaises, des vies yéménites, des vies irakiennes. Des vies sacrifiées par Téhéran pour sa stratégie.
Le coût humain de la stratégie iranienne
Les chiffres du réseau de proxys ne sont pas abstraits. Le 7 octobre 2023 — financé, armé et encouragé par l’Iran — a coûté la vie à 1 200 Israéliens en une seule journée. La guerre qui a suivi a tué des dizaines de milliers de Palestiniens à Gaza — des victimes directes de la stratégie iranienne qui a poussé le Hamas à l’attaque. Au Liban, les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont déplacé plus de 64 000 personnes. Au Yémen, les frappes de la coalition contre les Houthis ont aggravé une crise humanitaire déjà catastrophique.
Chaque proxy iranien a créé une zone de souffrance. Pas en Iran — à l’extérieur. Les Libanais paient pour le Hezbollah. Les Palestiniens paient pour le Hamas. Les Yéménites paient pour les Houthis. Et les Iraniens eux-mêmes paient pour un régime qui investit des milliards dans ses proxys pendant que l’économie nationale s’effondre. Et pourtant, quand les frappes occidentales visent à démanteler ce réseau, c’est l’Occident qu’on accuse d’agression. Pas le régime qui a construit la machine à tuer.
Ormuz — 20 pour cent du pétrole mondial dans un couloir de 33 kilomètres
Le verrou que l’Iran tenait
Vingt millions de barils par jour. C’est le volume de pétrole qui transite quotidiennement par le détroit d’Ormuz — un corridor maritime de 33 kilomètres de large entre l’Iran et Oman. Vingt pour cent de l’approvisionnement pétrolier mondial. Près de 500 milliards de dollars de commerce énergétique annuel. Si l’Iran fermait Ormuz — même temporairement — les prix du pétrole exploseraient. L’économie mondiale serait ébranlée. L’Europe, qui dépend encore du Golfe pour une partie de son énergie, serait directement touchée.
L’Iran le savait. Et il utilisait cette position comme un levier. Chaque crise diplomatique s’accompagnait de la même menace implicite : nous pouvons fermer Ormuz. Chaque escalade s’accompagnait de manoeuvres navales iraniennes dans le détroit. Des vedettes rapides, des mines sous-marines, des missiles antinavires côtiers. L’Iran ne pouvait pas gagner une guerre conventionnelle contre les États-Unis. Mais il pouvait empoisonner l’économie mondiale en bloquant 33 kilomètres d’eau. Et cette capacité de nuisance maintenait l’Occident dans une position de prudence permanente.
Le détroit d’Ormuz est le goulot d’étranglement de l’économie mondiale. Pendant des décennies, l’Iran a tenu ce goulot avec un couteau — pas assez puissant pour couper, mais assez visible pour que tout le monde fasse attention. Neutraliser la capacité militaire iranienne, c’est retirer le couteau. C’est transformer Ormuz d’une menace permanente en un couloir sécurisé. Et pour l’Occident, un Ormuz sécurisé vaut infiniment plus que toutes les résolutions du Conseil de sécurité.
La Chine piégée par sa propre dépendance
Et voici le coup de billard stratégique que personne ne commente. La Chine achète 90 pour cent du pétrole iranien. Environ 1,38 million de barils par jour. C’est du pétrole bon marché, vendu sous les prix du marché parce que l’Iran est sous sanctions et n’a pas d’autre client majeur. Un Iran affaibli, c’est un Iran qui produit moins et exporte moins. C’est une Chine qui doit acheter son pétrole ailleurs — plus cher, sur des marchés où elle est en concurrence avec l’Europe et le Japon.
Modern Diplomacy a publié une analyse détaillée de cette dépendance en janvier 2026 : 40 pour cent du pétrole chinois vient du Moyen-Orient. Si l’Iran est neutralisé comme fournisseur fiable, la Chine perd un avantage énergétique qu’elle exploitait depuis des années. Et pourtant, Pékin n’a rien fait pour protéger cet avantage. Quatre phrases de communiqué. Pas un navire. Le calcul chinois est clair : l’Iran ne vaut pas une confrontation avec Washington. Mais le prix de cette prudence se paiera en barils plus chers et en influence perdue.
Le bilan stratégique — ce que l'Occident gagne
Washington : cinq victoires en une seule opération
Alignons les gains. Un : le programme nucléaire iranien est frappé — les installations d’enrichissement d’Ispahan et de Natanz sont touchées, repoussant le breakout de plusieurs années. Deux : le CRINK est fracturé — l’alliance a échoué son premier vrai test, et le monde entier l’a vu. Trois : le réseau de proxys est en ruines — le Hezbollah décimé, le Hamas détruit, l’Axe de la Résistance brisé. Quatre : le contrôle d’Ormuz est sécurisé, la menace de fermeture neutralisée. Cinq : le terrain est préparé pour Taïwan — des ressources libérées, un message envoyé à Pékin, un levier énergétique en main.
Cinq objectifs stratégiques accomplis en une seule opération. Et chacun de ces objectifs servait un intérêt européen autant qu’américain — même si l’Europe préfère ne pas le reconnaître. L’Europe n’a pas de programme nucléaire iranien à craindre ? Les missiles de Téhéran atteignent l’Europe. L’Europe n’est pas concernée par Ormuz ? Si, elle l’est — chaque hausse du prix du pétrole frappe directement l’économie européenne. L’Europe ne se soucie pas de Taïwan ? Chaque ordinateur, chaque voiture, chaque appareil médical en Europe fonctionne avec des puces de TSMC.
L’Europe regarde les frappes sur l’Iran avec une gêne polie. Elle condamne du bout des lèvres. Elle appelle à la retenue. Elle invoque le droit international. Et dans le silence de ses bureaux, elle calcule les bénéfices. Un Iran nucléaire neutralisé. Un détroit sécurisé. Un réseau terroriste démantelé. Des puces taïwanaises protégées. L’Europe ne l’admettra jamais publiquement. Mais elle dormira mieux ce soir grâce à des bombes qu’elle n’a pas larguées.
Ce que l’Europe gagne sans jamais le dire
La France a un porte-avions dans l’océan Indien. Le Royaume-Uni a des forces dans le Golfe. L’Allemagne a des intérêts économiques dans toute la région. Mais aucun de ces pays n’a la capacité — ni la volonté — de faire ce que les États-Unis viennent de faire. L’Europe sous-traite sa sécurité stratégique à Washington depuis 1945. Les frappes sur l’Iran ne changent pas cette réalité — elles la confirment.
L’Union européenne importe encore une partie significative de son énergie du Golfe. L’Iran International a documenté que le prix du pétrole a bondi de 8 pour cent immédiatement après les frappes — mais les analystes projettent une stabilisation rapide une fois Ormuz sécurisé. À moyen terme, un Iran sans capacité de nuisance sur le détroit, c’est un prix du pétrole plus prévisible. C’est une chaîne d’approvisionnement plus fiable. C’est une Europe qui ne tremble plus à chaque tweet de Téhéran. Et pourtant, Bruxelles continuera d’appeler à la retenue — parce que c’est gratuit et ça ne coûte aucun soldat.
Conclusion : Le prix — et la question qui reste
Ce que ça coûte
Cette analyse serait malhonnête si elle s’arrêtait aux bénéfices stratégiques. Les frappes du 28 février ont un prix. Un prix humain. Plus de 200 morts iraniens selon le Croissant-Rouge. Des civils. Des familles. Des gens qui ne scandaient pas « Mort à l’Amérique » — qui faisaient leurs courses, emmenaient leurs enfants à l’école, vivaient leur vie dans un pays gouverné par un régime qu’ils n’avaient pas choisi. Les bombes ne distinguent pas les bourreaux des innocents. La stratégie ne console pas les orphelins.
Et c’est là que le calcul occidental révèle sa face la plus froide. Washington a décidé que le coût humain des frappes était inférieur au coût de l’inaction. Que 200 morts aujourd’hui valaient mieux que des milliers demain — dans une guerre nucléaire iranienne, dans une escalade régionale incontrôlée, dans un blocus d’Ormuz qui affamerait des millions de personnes. Ce calcul est peut-être juste. Il est certainement défendable. Mais il n’est pas propre. Et quiconque prétend que la géopolitique est propre n’a jamais regardé une carte avec les yeux ouverts.
La question qui reste n’est pas de savoir si les frappes étaient stratégiquement justifiées — elles l’étaient, du point de vue occidental. La question est de savoir si nous sommes prêts à regarder en face ce que cette justification implique. Que des vies ont été pesées sur une balance. Que des familles iraniennes paient le prix d’une stratégie qui les protège, eux aussi, en théorie — mais les tue en pratique. Que la paix que nous espérons est construite sur des décombres. Il n’y a pas de réponse confortable à cette question. Il n’y en a jamais eu.
Le monde qui vient
Les frappes sur l’Iran ne sont pas une fin. Elles sont un début. Le CRINK est fracturé, mais pas mort. La Chine recalcule, mais ne renonce pas à Taïwan. La Russie est embourbée, mais toujours nucléaire. La Corée du Nord est marginale, mais imprévisible. Le monde qui émerge du 28 février 2026 n’est pas plus sûr. Il est plus clair. Les lignes sont tracées. Les alliances ont été testées. Les bluffs ont été révélés.
Et maintenant que le calcul est exposé, une question hante — non pas les gouvernements, mais les citoyens. Nous, lecteurs, contribuables, électeurs des démocraties occidentales dont les armées viennent de frapper. Sommes-nous d’accord avec ce calcul ? Sommes-nous prêts à accepter que notre sécurité repose sur des bombes larguées sur un pays à 5 000 kilomètres ? Sommes-nous prêts à dire — à voix haute, pas dans le confort d’une analyse — que cette guerre servait nos intérêts ? Parce que c’est la vérité. Et la vérité, en géopolitique, n’est jamais confortable. Elle est juste nécessaire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est rédigé par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant publié sur MSN. Je ne suis pas journaliste et ne prétends pas à la neutralité. Cette analyse examine les raisons stratégiques derrière les frappes occidentales sur l’Iran, du point de vue des intérêts occidentaux. Elle ne constitue ni une approbation ni une condamnation des frappes — elle vise à expliquer le calcul stratégique que les médias ne détaillent pas.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur des rapports du CSIS, de l’AIEA, du Pentagone, de l’American Enterprise Institute, de la Foundation for Defense of Democracies, de Heritage Foundation, d’Iran International, de Modern Diplomacy, du Pulitzer Center et de médias internationaux. Les données sur le programme nucléaire iranien proviennent des rapports officiels de l’AIEA. Les données sur le CRINK proviennent du programme dédié du CSIS.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une analyse stratégique qui expose les intérêts occidentaux servis par les frappes sur l’Iran. L’argument central — que l’opération sert simultanément cinq objectifs stratégiques (nucléaire, CRINK, proxys, Ormuz, Taïwan) — est une interprétation éditoriale fondée sur des données publiques et vérifiables. Le prix humain des frappes est reconnu et intégré à l’analyse.
Sources
Sources primaires
CSIS — A New CRINK Axis of China, Russia, Iran and North Korea?
Heritage Foundation — Defending Taiwan from an Invasion: Next Steps
Al Jazeera — What would blocking Strait of Hormuz mean for oil and LNG?
FDD — Chinese Coercion of Taiwan’s Energy Lifelines
Sources secondaires
Britain’s World — Is the CRINK in crisis?
Modern Diplomacy — China’s Dependence on Iranian Oil: Strategic Leverage and Exposure
The Hill — Don’t expect China and Russia to save Iran
Foreign Policy — Ayatollah Khamenei’s Politics of Martyrdom
AEI — The Deafening Silence of Iran’s Proxies
Steptoe — CRINK: The Strategic Limits of the New Axis of Upheaval
Pulitzer Center — What Does ‘Death to America’ Really Mean?
Iran International — Khamenei says Iranians have courage to chant ‘death to America’
Human Security Centre — The 2026 U.S. National Defense Strategy: It’s Still About China and Taiwan
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.