Le port qui nourrit — et qui saigne
Odesa. Ville de marbre et de mer Noire, de passages couverts ottomans et de mémoire juive, de la célèbre Escalier Potemkine et des entrepôts qui longent les quais depuis des siècles. Cette nuit du 27 au 28 février, la Russie a frappé ses infrastructures portuaires. Des incendies. Des équipements endommagés. Des entrepôts détruits. Des conteneurs alimentaires en flammes. Le vice-Premier ministre ukrainien Oleksii Kuleba a confirmé les dégâts. Odesa est un port stratégique pour les exportations de céréales ukrainiennes — les mêmes céréales qui nourrissent des millions de personnes en Afrique et au Moyen-Orient. Frapper le port, c’est frapper une ligne de vie qui dépasse les frontières de la guerre russo-ukrainienne.
Depuis le début de l’invasion, Odesa a été frappée des dizaines de fois. Ses habitants dorment avec l’application d’alerte aux missiles sur leur téléphone. Les musées ont évacué leurs collections. Les cafés du bord de mer ont survécu à plusieurs saisons de guerre avec une obstination qui tient de l’acte de résistance. Mais chaque nuit de frappe laisse quelque chose en moins — des équipements, des infrastructures, des rêves de normalité. Un conteneur alimentaire en flammes à Odesa ne fait pas la une des journaux télévisés en Europe de l’Ouest. Il nourrit quand même moins de gens quelque part.
Il y a une carte mentale que j’ai construite au fil de ces 1 465 jours. Chaque ville ukrainienne y a une couleur. Odesa est rouge depuis le premier jour. Pas le rouge vif des urgences immédiates — le rouge sombre, persistant, de quelque chose qui couve et ne s’éteint jamais vraiment.
La centrale qui résiste — et le truc avec les fils électriques
À Energodar, ville occupée par la Russie depuis le début de l’invasion, se trouve la centrale nucléaire de Zaporizhzhia — la plus grande d’Europe. Ce samedi, les agences de presse russes ont rapporté qu’une trêve locale avait été établie autour de la centrale pour permettre la réparation de lignes électriques. C’est Rosatom, la société nucléaire d’État russe, qui l’a annoncé. La centrale, sous contrôle russe depuis mars 2022, fonctionne depuis au ralenti et en mode arrêt à froid, alimentée par des lignes de secours qui ont été endommagées plusieurs fois. L’Agence internationale de l’énergie atomique suit la situation de près depuis des mois, alertant sur le risque d’accident si l’alimentation électrique est coupée complètement.
Une trêve locale pour réparer des fils. Dans un monde normal, c’est une intervention technique banale. Dans cette guerre, c’est un moment qui retient le souffle de tout un continent, parce que derrière les fils électriques, il y a six réacteurs nucléaires. Et derrière les six réacteurs, il y a la mémoire de Tchernobyl. Personne ne le dit explicitement dans les communiqués officiels. Mais tout le monde y pense.
55 Ghanéens
Des jeunes hommes qui voulaient juste travailler
Le ministre des Affaires étrangères du Ghana, Samuel Okudzeto Ablakwa, a pris la parole ce samedi avec des chiffres qui auraient dû arrêter le monde. 55 Ghanéens ont été tués en Ukraine. Pas en train de combattre pour l’Ukraine — en combattant pour la Russie. Recrutés, attirés, piégés. Selon le ministre, quelque 272 citoyens ghanéens auraient été «leurés» pour combattre aux côtés des forces russes depuis 2022. Le mot «leurés» dit tout. Ces hommes n’ont pas choisi de mourir dans les tranchées du Donbass pour les ambitions impériales de Moscou. On leur a probablement promis du travail, de l’argent, une vie meilleure. On leur a donné une arme et un ordre d’avancer.
55. Cinquante-cinq familles au Ghana qui ont reçu une nouvelle. Peut-être par téléphone. Peut-être par un inconnu qui s’est présenté à leur porte. Cinquante-cinq mères, pères, frères, enfants. Et derrière eux, les 217 qui survivent encore dans cette guerre qui n’est pas la leur, enrôlés par un système de recrutement qui exploite la désespoir économique de jeunes hommes d’Afrique pour alimenter une guerre en Europe de l’Est. Si quelqu’un doutait encore que cette guerre russe avait des ramifications mondiales, des conséquences qui dépassent les frontières entre l’Ukraine et la Russie — voilà. Le Ghana pleure des fils morts dans les boues du Donbass.
Je pense à ces familles ghanéennes. Je pense à ce que ça signifie d’expliquer à un enfant que son père est mort en Ukraine pour la Russie. Que quelqu’un lui a promis quelque chose. Et que la promesse était un mensonge. La Russie recrute la misère du monde pour nourrir sa guerre. Ce n’est pas une métaphore. C’est ce que ces 55 morts disent, en silence.
Biliakivka — un nom de village, une ville de plus
Dans la région de Dnipropetrovsk, à l’est de l’Ukraine, les forces russes ont pris le contrôle du village de Biliakivka. L’agence d’État russe RIA Novosti, citant le ministère de la Défense, l’a annoncé ce samedi. Biliakivka. Dix lettres. Un village dont la plupart des lecteurs n’avaient jamais entendu le nom hier, et qui est aujourd’hui sous occupation russe. Ses habitants — ceux qui n’ont pas fui — vivent maintenant sous une administration que personne n’a choisie. Cette région de Dnipropetrovsk, un temps considérée comme relativement à l’abri, ressent la pression croissante des avancées russes le long de l’axe oriental. Chaque village conquis est un pas de plus vers les villes. Chaque ville est une population.
En Ukraine, simultanément, les forces militaires ont frappé un dépôt de pétrole dans la région du Luhansk occupée par la Russie, déclenchant un incendie majeur. C’est la guerre dans ses deux sens. D’un côté, la Russie avance, village par village, avec une obstination mortifère. De l’autre, l’Ukraine frappe en profondeur, visant les approvisionnements, les raffineries, les dépôts — la logistique qui fait tourner la machine de guerre de Moscou. Deux mouvements opposés, simultanés, permanents. C’est ça, 1 465 jours de guerre.
ArcelorMittal ferme, Kryvyi Rih saigne
L’économie de guerre a un visage
Le géant sidérurgique ArcelorMittal a annoncé la fermeture d’une autre division de son usine de Kryvyi Rih, ville natale du président Zelensky et centre historique de l’industrie ukrainienne. La raison : la crise énergétique causée par les frappes russes continues sur le système électrique ukrainien. La Russie frappe les centrales, les transformateurs, les lignes haute tension depuis des mois avec une systématicité qui ne laisse aucun doute sur l’intention : détruire la capacité productive de l’Ukraine, priver ses habitants d’électricité, rendre le pays impossible à vivre. Les usines ferment parce qu’elles n’ont plus l’énergie pour fonctionner. Des travailleurs perdent leur emploi. Des familles perdent un revenu. Une économie qui tenait saigne un peu plus.
Et pourtant, simultanément, le Fonds Monétaire International a approuvé ce samedi un prêt de 8,1 milliards de dollars sur quatre ans pour l’Ukraine, ancrant un package de soutien international plus large de 136,5 milliards de dollars. La Banque mondiale estime à 588 milliards de dollars le coût de la reconstruction d’après-guerre. Ces deux chiffres coexistent dans la même journée : le FMI prête 8,1 milliards pour maintenir le pays à flot, et on estime qu’il faudra 588 milliards pour le reconstruire. La guerre ne détruit pas seulement des vies. Elle détruit du capital humain, des infrastructures, des décennies de développement. Et pendant ce temps, les usines ferment à Kryvyi Rih, une division après l’autre.
Il y a des travailleurs d’ArcelorMittal à Kryvyi Rih qui vont rentrer chez eux ce soir sans emploi. Qui vont expliquer ça à leur conjoint, à leurs enfants. Pas parce que l’entreprise a fait de mauvaises décisions de gestion. Pas parce que le marché de l’acier s’est effondré. Parce que la Russie a frappé les centrales électriques. Cette chaîne causale — missiles russes, usines fermées, familles sans revenu — est invisible dans les bilans de guerre. Elle est pourtant bien réelle.
La Russie aussi souffre — mais différemment
Les économistes ont publié ce samedi leurs analyses sur l’état de l’économie russe : elle «se débat avec d’importantes dépenses militaires d’État» parallèlement à des «défis structurels croissants», dont des pénuries de main-d’œuvre et une inflation élevée. La Russie a mobilisé des centaines de milliers d’hommes. Ces hommes ne travaillent plus dans les usines, les champs, les bureaux. L’économie de guerre absorbe des ressources colossales. L’inflation ronge le pouvoir d’achat des Russes ordinaires. Mais Poutine tient. Et pendant que la Russie souffre à l’intérieur de ses frontières, elle continue de bombarder l’Ukraine à l’extérieur. L’équation est brutale : la Russie est prête à accepter la souffrance économique de sa propre population en échange de la continuation de la guerre.
C’est une réalité que les Occidentaux ont du mal à intégrer dans leurs modèles. On espérait que les sanctions économiques déclencheraient une révolte populaire ou forceraient une retraite stratégique. Ce n’est pas ce qui s’est passé. La Russie a trouvé des contournements, des marchés alternatifs, des partenaires en Chine, en Inde, en Iran. Elle a militarisé son économie et dit à ses citoyens que la douleur est un sacrifice patriotique. Le peuple russe ne se révolte pas — du moins pas à une échelle visible. Et la guerre continue.
Genève n'a rien résolu
Des tables, des mots, et une guerre qui avance
Les négociations bilatérales entre responsables américains et ukrainiens à Genève se sont conclues jeudi. Le chef négociateur ukrainien Rustem Umerov a déclaré que des discussions avaient eu lieu «en deux formats» — des réunions séparées avec les États-Unis et une session trilatérale impliquant les États-Unis et la Suisse. Il a dit que des préparatifs sont en cours pour la prochaine série de négociations, censée être «aussi substantielle que possible». La formule diplomatique impeccable du vide. «Aussi substantielle que possible» — c’est la langue des gens qui se préparent à des résultats décevants et qui veulent se laisser une porte de sortie.
Pendant ce temps, à Berlin, le chancelier allemand Friedrich Merz a été plus direct : «La diplomatie ne peut pas réussir en ce moment» avec la Russie, a-t-il dit, ajoutant qu’il faudrait mettre l’accent sur la défense de l’Ukraine. C’est la tension fondamentale de ce moment géopolitique : d’un côté, des négociations à Genève qui cherchent une sortie diplomatique, de l’autre, des dirigeants européens qui estiment que la Russie n’est pas prête pour la paix et qu’il faut continuer à soutenir militairement Kyiv. Ces deux logiques coexistent, se contredisent, se paralysent mutuellement. Et pendant qu’on négocie et qu’on débat, les drones volent et les bombes tombent.
Genève, c’est une ville propre, bien rangée, où on sert du bon café dans des salles feutrées. Les mots y ont l’air plus doux qu’ailleurs. Mais les mots prononcés à Genève jeudi ne changeront pas ce qui s’est passé à Odesa vendredi soir. Il y a un gouffre entre la diplomatie des couloirs et la réalité des quais brûlants. Ce gouffre, après 1 465 jours, commence à ressembler à un abîme.
Zelensky et les armes nucléaires — la phrase qui dit tout
Le président Zelensky a répondu aux accusations du Service de renseignement étranger russe (SVR), qui prétendait que le Royaume-Uni et la France travaillaient à fournir à Kyiv une bombe nucléaire. Zelensky a dit qu’aucune telle offre n’avait été faite — mais que si elle l’était, il l’accepterait «avec plaisir». Cette phrase, dite avec le sourire amer d’un homme qui gouverne un pays envahi par une puissance nucléaire, dit plus long que n’importe quel discours. En 1994, l’Ukraine a abandonné son arsenal nucléaire — le troisième plus grand au monde à l’époque — en échange de garanties de sécurité. Ces garanties, contenues dans le Mémorandum de Budapest, n’ont pas empêché l’invasion de 2014. Ni celle de 2022.
Aujourd’hui, Zelensky dirige un pays qui vit sous la menace constante d’armes nucléaires russes, brandies à chaque fois que l’Occident veut renforcer son soutien à Kyiv. Sa réponse — «avec plaisir» — est celle d’un homme qui a tiré les leçons de l’histoire. La leçon : les garanties sans armes ne valent rien face à un agresseur nucléaire. Ce n’est pas une position irrationnelle. C’est la logique froide de 1 465 jours de guerre.
La Pologne vote, l'Europe se réarme
SAFE — l’acronyme qui cache une révolution
Le parlement polonais a approuvé ce samedi une loi mettant en œuvre le programme SAFE — Security Action for Europe — initiative de l’Union européenne visant à renforcer l’état de préparation militaire de ses États membres. La Pologne est en première ligne : elle partage une frontière avec la Russie via l’enclave de Kaliningrad, avec la Biélorussie alliée de Moscou, et avec l’Ukraine en guerre. Elle a massivement augmenté ses dépenses de défense depuis 2022, visant 4% de son PIB — un record parmi les membres de l’OTAN. Ce vote n’est pas symbolique. C’est une accélération.
L’Europe réapprend la défense. Après des décennies de «dividende de la paix» — cette période post-Guerre froide où les budgets militaires fondaient parce qu’on croyait la paix garantie — le continent reconstruit sa capacité. La France augmente son budget. L’Allemagne a activé son Zeitenwende, le tournant historique de sa politique de défense. Les pays baltes atteignent et dépassent les 2% du PIB exigés par l’OTAN. C’est une transformation profonde, accélérée par 1 465 jours de guerre aux portes de l’Europe. Elle aurait dû commencer plus tôt. Elle commence maintenant.
Il y a quelque chose d’amer à observer l’Europe se réarmer parce qu’une guerre l’a forcée à regarder la réalité en face. On aurait pu — on aurait dû — prendre les avertissements au sérieux bien avant février 2022. Les pays baltes, la Pologne, la Finlande criaient dans le désert depuis des années. Personne n’écoutait vraiment. Aujourd’hui, tout le monde reconstruit des armées. Le prix de cette lenteur, ce sont les 1 465 jours ukrainiens.
La Hongrie, le pétrole russe et la solidarité à géométrie variable
La Croatie examine si elle peut légalement importer du pétrole brut russe par voie maritime pour alimenter la Hongrie et la Slovaquie via son pipeline Adria. L’histoire : les livraisons via la section ukrainienne du pipeline Druzhba — vers la Hongrie et la Slovaquie, les deux seuls pays de l’UE qui importent encore du pétrole russe — ont été interrompues le mois dernier suite à des dommages qu’Kyiv attribue à une frappe de drone russe. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a posté une vidéo sur Facebook demandant à Zelensky d’autoriser des inspecteurs hongrois et slovaques à accéder au pipeline pour le réparer.
Ce tableau est révélateur de la géographie morale de cette guerre en Europe. Deux pays membres de l’UE et de l’OTAN continuent d’acheter du pétrole russe, finançant directement la machine de guerre qui bombarde un État voisin et allié. La Hongrie d’Orbán a systématiquement bloqué ou ralenti les aides européennes à l’Ukraine, maintenu des liens avec Moscou, et reçu du pétrole russe pendant que ses partenaires adoptaient des sanctions. La solidarité européenne, dans ce conflit, a toujours été à géométrie variable.
Les Paralympiques et la question du drapeau
Un boycott qui en dit long
La Finlande, l’Ukraine et la République tchèque boycotteront la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Milano-Cortina en protestation contre la participation d’athlètes russes sous leur propre drapeau pendant que la guerre en Ukraine est en cours. Ce n’est pas un geste anodin. Des athlètes handisport, certains peut-être devenus handicapés précisément à cause d’une guerre, d’une bombe, d’un accident lié à un conflit, voient les représentants du pays qui bombarde des civils ukrainiens parader sous leurs couleurs nationales dans une cérémonie sportive internationale.
Le sport a toujours prétendu être au-dessus de la politique. Cette prétention n’a jamais bien résisté à l’examen. Pendant les Jeux olympiques de Berlin en 1936, le monde du sport prétendait aussi qu’il n’était pas politique. Aujourd’hui, trois pays disent : non, pas sous nos yeux, pas pendant cette guerre. C’est peu. C’est peut-être insuffisant. Mais c’est honnête.
Je pense aux athlètes ukrainiens handisport qui vont à Milano-Cortina. Certains ont peut-être perdu l’usage d’un membre dans ce conflit, directement ou indirectement. Ils vont concourir dans la même compétition que des athlètes russes. Ils vont devoir partager des couloirs, des vestiaires, des podiums avec des compatriotes d’un pays qui bombarde leur pays. Et le monde du sport dit que c’est la neutralité. Non. C’est une forme d’indifférence habillée en principe.
Rishi Sunak conseille Zelensky — et l’ironie de l’histoire
L’ancien Premier ministre britannique Rishi Sunak a commencé à conseiller le gouvernement ukrainien sur le redressement économique, alors que Kyiv travaille à reconstruire son secteur énergétique avant le prochain hiver. C’est l’une de ces nouvelles qui semblent anecdotiques et qui ne le sont pas. Sunak, chassé du pouvoir par les urnes britanniques en 2024, retrouve une utilité dans l’espace post-fonction où les anciens dirigeants occidentaux mettent parfois leur expertise au service de causes qui les ont définis. Le Royaume-Uni sous Sunak avait été un soutien solide de l’Ukraine. Il continue, d’une autre manière.
Ce détail dit quelque chose sur la nature de cette guerre : elle a créé une industrie entière d’experts, de conseillers, de programmes de reconstruction, d’initiatives de soutien. Des milliards circulent. Des compétences s’organisent. 588 milliards, estime la Banque mondiale, seront nécessaires pour la reconstruction. C’est un chiffre qui appartient à un futur hypothétique — celui d’une Ukraine en paix. Pour l’instant, on reconstruit d’une main pendant qu’on détruit de l’autre.
Jour 1 465 — ce que ça dit de nous tous
L’usure que personne ne veut nommer
Il y a un mot que les dirigeants occidentaux refusent d’utiliser : fatigue. La fatigue de la guerre. L’épuisement des opinions publiques, des budgets politiques, des priorités médiatiques. Après 1 465 jours, la guerre en Ukraine concurrence dans les colonnes des journaux avec des crises climatiques, des élections, des scandales, des catastrophes naturelles. Le monde a une capacité limitée d’attention soutenue. Cette limitation est normale, humaine. Elle est aussi dangereuse.
Parce que Moscou a compris et intégré cette fatigue dans sa stratégie. Tenir. Durer. Attendre que l’Occident se lasse. Attendre que les sondages montrent que les opinions publiques européennes et américaines veulent qu’on en finisse — à n’importe quel prix. Ce «n’importe quel prix» pourrait être une paix négociée qui récompense l’agression, qui valide le principe que les frontières peuvent être modifiées par la force. Ce serait une catastrophe stratégique pour l’ordre mondial — mais ça serait «la paix». Et la paix, après 1 465 jours, sonne bien dans une phrase.
Et pourtant, l’Ukraine tient. Après 1 465 jours de bombardements, de pénuries, de deuils, de villages perdus et de villes défendues, l’Ukraine tient. Ce n’est pas rien. C’est peut-être le fait le plus important de cette chronique. Pas les chiffres du FMI. Pas les pipelines. Pas Genève. Le fait que ce pays existe encore, résiste encore, se bat encore. C’est ça, le vrai headline du jour 1 465.
Ce que le monde doit à l’Ukraine
Il y a une dette qui s’accumule depuis 1 465 jours. Pas une dette financière — bien que celle-là aussi existe, calculée en milliards. Une dette morale. L’Ukraine a résisté là où la plupart des experts militaires prévoyaient une capitulation en quelques jours. Elle a tenu les lignes au prix d’un sacrifice humain que nous, en Europe de l’Ouest, au Canada, dans les pays qui ont dormi en sécurité ces quatre ans, commençons à peine à saisir. Les soldats ukrainiens qui meurent dans le Donbass aujourd’hui tiennent une ligne qui protège aussi Varsovie, Vilnius, Tallinn. Ils ne le font pas seuls — ils reçoivent de l’aide, des armes, du soutien diplomatique. Mais ce sont eux qui meurent. Pas nous.
Le chancelier Merz dit que la diplomatie ne peut pas réussir en ce moment. Il a raison. Et la réponse à cette impossibilité diplomatique n’est pas de choisir une paix de capitulation qui protège les gains russes. Elle est de continuer à soutenir un pays qui, après 1 465 jours, a démontré quelque chose que nous aurions voulu croire vrai mais que nous n’osions pas : que la résistance est possible. Que la liberté se défend. Que les petits pays ne meurent pas nécessairement quand les grands les attaquent. Ces leçons, l’Ukraine les enseigne au monde avec son sang. Le monde a intérêt à écouter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte le point de vue d’un observateur engagé qui considère l’invasion russe de l’Ukraine comme une agression illégale et injustifiable au regard du droit international. Ce positionnement n’est pas neutre — il est assumé et documenté. La chronique défend le droit de l’Ukraine à se défendre, le droit des peuples à l’autodétermination, et l’importance du soutien international à un pays qui résiste à une invasion armée. Elle critique les tentatives de normalisation de l’agression russe et les politiques qui contournent les sanctions pour maintenir des relations économiques avec Moscou.
L’auteur reconnaît la complexité humaine et géopolitique de ce conflit, notamment les victimes innocentes des deux côtés, les conséquences mondiales de la guerre, et les défis réels de la diplomatie dans ce contexte. La critique de certaines décisions ou acteurs ne doit pas être interprétée comme un manque de nuance, mais comme un engagement honnête avec des réalités difficiles.
Méthodologie et sources
Les faits rapportés dans cette chronique sont tirés des événements du jour 1 465 tels que documentés par Al Jazeera et les agences de presse AFP, Reuters, et les sources officielles ukrainiennes, russes, roumaines, ghanéennes, polonaises et européennes citées dans l’article original. Les chiffres (nombre de Ghanéens, montant du prêt FMI, estimations de reconstruction) proviennent de déclarations officielles. Aucun témoignage n’a été inventé. Les analyses et interprétations engagent la responsabilité de l’auteur.
La méthodologie de cette chronique privilégie la mise en perspective narrative de faits bruts, cherchant à humaniser des statistiques et à révéler les connexions causales entre des événements qui peuvent sembler distincts mais qui s’inscrivent dans le même tissu de cette guerre.
Nature de l’analyse
Cette chronique est un exercice de mise en récit d’une journée de guerre à travers le prisme d’un observateur engagé. Elle ne prétend pas à l’exhaustivité — une journée de guerre produit plus d’informations qu’un seul article ne peut en contenir. Elle cherche plutôt à capturer l’essentiel émotionnel et stratégique d’un jour parmi 1 465, à rappeler au lecteur que derrière chaque bulletin d’information, il y a des vies, des familles, des villages, et une résistance qui continue.
Sources
Sources primaires
Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,465 — Al Jazeera, 28 février 2026
Romania scrambles jets, shoots down drone near Ukraine border — Reuters, 28 février 2026
IMF approves $8.1 billion loan for Ukraine — Reuters, 28 février 2026
Sources secondaires
Deadly drone strikes cloud US-brokered Russia-Ukraine talks in Geneva — Al Jazeera, 14 février 2026
Mapping Russian attacks and territorial gains across Ukraine — Al Jazeera, 24 février 2026
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