Un trajet de 2 500 kilomètres qui raconte une guerre hors de contrôle
Le missile balistique est tiré depuis le territoire iranien. Sa trajectoire le fait passer au-dessus de l’Irak — un pays souverain dont l’espace aérien est violé sans préavis. Puis au-dessus de la Syrie — un pays en ruines où plus personne ne contrôle le ciel. Puis il fonce vers la Turquie — un membre de l’OTAN depuis 1952, la deuxième armée conventionnelle de l’Alliance, un pays de 85 millions d’habitants.
Le ministère turc de la Défense confirme que le missile a été « détecté et neutralisé en temps utile » par les éléments de défense aérienne et antimissile de l’OTAN stationnés en Méditerranée orientale. Les débris retrouvés à Dörtyol appartiennent à l’intercepteur, pas au missile entrant. Le système a fonctionné. Mais la question reste entière : où allait ce missile?
Un missile balistique ne se perd pas. Il ne prend pas un mauvais virage. Il est programmé, calculé, lancé vers des coordonnées précises. Quand il traverse trois pays pour foncer vers un quatrième, ce n’est pas un accident logistique. C’est un acte de guerre — ou un dysfonctionnement si grave qu’il en devient encore plus terrifiant.
L’hypothèse Chypre : une base britannique dans le viseur
Un responsable turc avance une hypothèse qui glace : « Nous pensons qu’il visait une base à Chypre grecque, mais qu’il a dévié de sa trajectoire. » La base en question, c’est RAF Akrotiri — la base souveraine britannique à Chypre, celle-là même qui a déjà été touchée par un drone le 1er mars. Celle où les avions américains se sont repositionnés selon les Gardiens de la Révolution. Le général Sardar Jabbari de l’IRGC l’avait dit clairement : « Akrotiri est dans le viseur. »
Si cette hypothèse est correcte, le missile n’a pas raté la Turquie. Il a raté Chypre. Et la Turquie s’est retrouvée sur le chemin d’un missile qui visait une base britannique utilisée par les Américains. Le Royaume-Uni. Les États-Unis. La Turquie. Trois membres de l’OTAN impliqués dans un seul tir iranien.
L'hypothèse des "forces isolées" : quand l'Iran perd le contrôle de ses propres missiles
Un tir qui contredit la stratégie iranienne
Depuis le début des frappes américano-israéliennes le 28 février, l’Iran a maintenu une ligne claire : ne pas viser la Turquie. Pas un missile, pas un drone n’a été tiré vers l’espace aérien turc. Téhéran sait que la Turquie héberge des forces et installations américaines. Téhéran sait aussi que frapper un membre de l’OTAN risque de déclencher l’Article 5 — la clause de défense collective qui stipule qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous.
Et pourtant. Un missile balistique fonce vers la Turquie. Le site Middle East Eye rapporte que le tir pourrait provenir d’« éléments isolés » au sein des forces iraniennes. Des unités qui agissent sans ordres. Des commandants locaux qui tirent sans coordination avec Téhéran. L’hypothèse est terrifiante — pas parce qu’elle innocente l’Iran, mais parce qu’elle révèle quelque chose de pire : un État qui ne contrôle plus ses propres armes.
Qu’est-ce qui est le plus dangereux? Un État qui vise délibérément un membre de l’OTAN? Ou un État dont les forces armées tirent des missiles balistiques sans autorisation centrale? La première option est un acte de guerre. La seconde est le chaos. Et dans les deux cas, des débris tombent sur une ville turque.
Le précédent pakistanais, le souvenir soviétique
En novembre 2022, un missile ukrainien S-300 retombe sur le village polonais de Przewodów, tuant deux personnes. La Pologne, membre de l’OTAN. Pendant quelques heures, le monde retient son souffle. L’Article 5 est sur toutes les lèvres. Puis l’enquête conclut à un accident défensif, et la tension retombe.
Mais ici, ce n’est pas un accident défensif. C’est un missile balistique offensif tiré depuis l’Iran, qui traverse trois pays, et qui fonce vers un quatrième. Que la cible ait été la Turquie ou Chypre, le missile était en mode attaque. Et il se dirigeait vers un pays de l’OTAN.
La réponse turque : entre colère froide et retenue calculée
Fidan appelle Araghchi : la diplomatie du fil du rasoir
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan décroche son téléphone. Au bout du fil, son homologue iranien Abbas Araghchi — le même qui, le 25 février, parlait d’une « opportunité historique » pour un accord nucléaire. Le même qui négociait à Genève trois jours avant que les bombes ne tombent sur Téhéran.
Fidan proteste. Formellement. Il « souligne la nécessité de la désescalade » et « met en garde contre les incidents qui risquent d’élargir le conflit régional ». Le langage diplomatique est mesuré. Mais le message est clair : ne recommencez pas. Ankara convoque également l’ambassadeur iranien pour lui signifier la même chose en face.
Hakan Fidan a été chef du renseignement turc pendant onze ans avant de devenir ministre des Affaires étrangères. C’est un homme qui sait peser chaque mot. Quand il dit « désescalade », il faut entendre : nous avons les moyens de répondre, et vous le savez. Quand il dit « prévenir les incidents similaires », il faut lire : le prochain missile ne sera pas seulement intercepté.
Erdogan parle à la nation : « Nous ne laissons rien au hasard »
Le soir même, le président Recep Tayyip Erdogan s’adresse à la nation. Ses mots sont choisis avec la précision d’un chirurgien : « Nous prenons toutes les précautions nécessaires en consultation avec nos alliés de l’OTAN. » Puis : « Nous devons constamment augmenter nos capacités de dissuasion. » Et enfin : « En ces temps difficiles, nous ne laissons absolument rien au hasard concernant la sécurité de nos frontières et de notre espace aérien. »
La Turquie « se réserve le droit de répondre à tout acte hostile » dirigé contre son territoire. En langage diplomatique turc, c’est un avertissement de niveau maximal. Erdogan ne menace pas. Il constate. Il prend acte. Et il laisse la menace planer — plus efficace que n’importe quelle déclaration belliqueuse.
L'Article 5 : le fantôme qui hante la Méditerranée
Pete Hegseth dit non — mais la question reste ouverte
L’Article 5 du Traité de l’Atlantique Nord est le cœur nucléaire de l’Alliance. « Une attaque armée contre l’un des membres sera considérée comme une attaque contre tous. » Invoqué une seule fois dans l’histoire — après le 11 septembre 2001. Depuis, chaque incident impliquant un membre de l’OTAN soulève la même question : est-ce que cette fois, c’est le seuil?
Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth coupe court : il n’y a « aucune indication » que l’interception du missile déclenchera l’Article 5. Washington ne veut pas que la Turquie transforme cet incident en casus belli de l’OTAN. Ankara, de son côté, n’est « pas susceptible d’invoquer l’article pour l’instant », selon les analystes — ses messages de retenue le confirment.
L’Article 5, c’est le fusil de Tchekhov de la géopolitique. Il est là, accroché au mur, depuis 1949. Tout le monde le voit. Tout le monde sait qu’il peut partir. Et c’est précisément parce qu’il n’a presque jamais été utilisé qu’il reste si puissant. Chaque missile qui frôle un membre de l’OTAN pose la même question : est-ce que c’est LE missile qui change tout?
La zone grise : entre incident et acte de guerre
Le problème de l’Article 5, c’est qu’il ne définit pas précisément ce qui constitue une « attaque armée ». Un missile qui traverse l’espace aérien d’un membre? Des débris qui tombent sur son territoire? Un missile qui visait un autre pays mais qui dévie? La zone grise est immense. Et c’est dans cette zone grise que les guerres non déclarées prospèrent.
Et pourtant, il y a un fait incontestable : des débris d’un système d’armes sont tombés sur le sol turc. Un missile balistique a pénétré l’espace aérien d’un membre de l’Alliance. L’OTAN a dû tirer pour protéger un de ses membres. Ce n’est pas un exercice. Ce n’est pas une simulation. C’est la réalité de mars 2026.
L'OTAN tire pour la première fois : ce que ça change
De la dissuasion à l’action
Depuis sa création en 1949, l’OTAN est un système de dissuasion. Son pouvoir repose sur une promesse : si vous nous attaquez, nous répondrons ensemble. Cette promesse n’a été testée qu’une seule fois — après le 11 septembre, et c’était contre un groupe terroriste, pas contre un État. Les systèmes de défense antimissile de l’Alliance ont été déployés, modernisés, testés. Mais ils n’avaient jamais tiré dans le cadre d’un conflit étatique réel.
Le 4 mars 2026, la dissuasion est devenue action. Les systèmes antimissile de l’OTAN ont fait exactement ce pour quoi ils ont été conçus : détecter, suivre, intercepter et détruire un missile balistique ennemi avant qu’il n’atteigne le territoire d’un membre. Le système a fonctionné. Et pourtant, ce succès technique est aussi un échec stratégique : il signifie que la situation a dégénéré au point où l’OTAN a dû tirer.
Quand un système de défense fonctionne parfaitement, c’est une victoire technologique. Mais c’est aussi la preuve que la diplomatie a échoué. Le meilleur missile intercepté est celui qui n’a jamais été tiré. Le 4 mars, les ingénieurs de l’OTAN ont réussi. Les diplomates de la planète ont échoué.
Le test grandeur nature que personne ne voulait
Pour les stratèges de l’Alliance, l’interception du missile iranien est un cas d’école. Les données recueillies — vitesse du missile, angle d’approche, temps de réaction, efficacité de l’intercepteur — valent des milliards en renseignement militaire. Ce que des décennies de simulations n’avaient pas pu valider, un seul tir iranien vient de le prouver : les défenses antimissile de l’OTAN fonctionnent contre un missile balistique réel, en conditions de combat réelles.
Mais ce test a un coût. Il normalise l’idée qu’un membre de l’OTAN peut être visé — directement ou par ricochet — par un missile balistique. Il crée un précédent où l’Alliance intercepte sans riposter. Et il pose une question que Moscou, Pékin et Pyongyang analysent certainement en ce moment même : quel est le seuil exact au-delà duquel l’OTAN passe de la défense à l’offensive?
Dörtyol : quand les débris tombent sur les vivants
Une ville turque sous les fragments d’un conflit qui n’est pas le sien
Dörtyol. Province de Hatay. Côte méditerranéenne orientale de la Turquie. Une ville d’environ 80 000 habitants. Des oliviers. Des agrumes. La mer à quelques kilomètres. Le genre d’endroit où les gens vivent leur vie — loin des calculs géostratégiques de Téhéran, de Washington et de Tel-Aviv.
Le 4 mars, des fragments métalliques tombent du ciel. Les débris de l’intercepteur qui vient de sauver la ville — peut-être le pays — d’un missile balistique. Pas de victimes. Pas de blessés. Un miracle statistique. Mais les habitants de Dörtyol savent désormais quelque chose que la plupart des citoyens de l’OTAN ignorent encore : la guerre ne respecte pas les frontières qu’on trace sur les cartes.
Les fragments qui sont tombés sur Dörtyol appartenaient à l’intercepteur, pas au missile. C’est la différence entre être sauvé et être frappé. Mais pour les habitants qui ont entendu l’explosion, qui ont vu les débris, qui ont compris que quelque chose venait de se passer au-dessus de leurs têtes — cette distinction technique ne change rien à la peur.
Hatay : la province qui connaît déjà la catastrophe
Hatay. La province qui a été dévastée par les séismes du 6 février 2023. Plus de 50 000 morts dans le sud-est de la Turquie. Antakya, la capitale provinciale, rasée à 80%. Trois ans plus tard, la reconstruction n’est pas terminée. Et maintenant, des débris de missiles tombent du ciel. Les habitants de Hatay n’ont pas besoin qu’on leur explique ce que signifie la vulnérabilité. Ils la vivent.
La Turquie entre deux feux : allié de l'OTAN, voisin de l'Iran
Le funambulisme d’Ankara
La Turquie est dans une position que personne ne lui envie. Membre de l’OTAN depuis 1952. Voisine directe de l’Iran — 534 kilomètres de frontière commune. Partenaire commercial de Téhéran. Hébergeuse de bases américaines — dont la base d’Incirlik, l’une des plus importantes de l’US Air Force en dehors du territoire américain. Ankara doit simultanément protéger ses citoyens, honorer ses engagements envers l’Alliance, et ne pas provoquer un voisin qui tire des missiles balistiques.
Erdogan a d’ailleurs condamné les frappes américano-israéliennes sur l’Iran. La Foundation for Defense of Democracies note qu’Ankara a pris fait et cause pour la « survie du régime de Téhéran ». Et pourtant, c’est ce même régime qui vient d’envoyer — intentionnellement ou non — un missile balistique vers l’espace aérien turc. La Turquie condamne ceux qui frappent l’Iran. Et l’Iran tire des missiles vers la Turquie.
Erdogan marche sur un fil. D’un côté, l’OTAN. De l’autre, l’Iran. En dessous, le vide. Et le fil tremble à chaque missile qui traverse la région. La question n’est pas de savoir s’il va tomber. C’est de savoir de quel côté.
Les bases américaines en Turquie : cibles ou boucliers?
La base d’Incirlik abrite des armes nucléaires américaines — un des secrets les plus mal gardés de l’Alliance. La base de Kürecik héberge un radar AN/TPY-2 de détection de missiles balistiques. Ces installations sont à la fois la raison pour laquelle la Turquie est protégée par l’OTAN et la raison pour laquelle elle pourrait être ciblée.
Jusqu’ici, l’Iran a évité de viser les installations américaines en Turquie. C’était une ligne rouge implicite. Le missile du 4 mars — qu’il ait visé la Turquie, Chypre, ou qu’il ait été tiré par des « forces isolées » — suggère que cette ligne rouge s’efface. Et quand les lignes rouges disparaissent, les guerres s’élargissent.
Le contexte : cinq jours qui ont changé le Moyen-Orient
Du 28 février au 4 mars : chronologie d’un embrasement
28 février — Les États-Unis et Israël lancent des frappes massives coordonnées contre l’Iran. Opération Roaring Lion. Opération Epic Fury. Le Guide suprême Ali Khamenei est tué. Des installations nucléaires sont frappées. Le monde bascule.
1er mars — L’Iran riposte. Missiles balistiques et drones vers Israël et les bases américaines dans le Golfe. Un drone Shahed frappe la piste d’Akrotiri à Chypre. Le Royaume-Uni est touché pour la première fois. La France annonce l’envoi de systèmes anti-drones à Chypre.
2 mars — La femme de Khamenei décède des suites de ses blessures. L’Iran est décapité. Les Gardiens de la Révolution projettent la défiance. Le détroit d’Ormuz est menacé.
3 mars — Pete Hegseth déclare que les États-Unis « ne font que commencer ». Un sous-marin américain coule un navire iranien. L’ambassade américaine à Dubaï est touchée.
4 mars — Un missile balistique iranien fonce vers la Turquie. L’OTAN l’abat. Pour la première fois.
Cinq jours. Cinq escalades. Chaque jour repousse une frontière que personne ne pensait franchissable. Le 28 février, c’était l’Iran. Le 1er mars, Chypre. Le 4 mars, la Turquie. La géographie de cette guerre s’étend comme une tache d’encre sur la carte. Et personne ne sait où elle s’arrêtera.
L’effondrement de la diplomatie
Le 26 février — deux jours avant les frappes — des négociations indirectes avaient lieu à Genève. Le 25 février, le ministre iranien Abbas Araghchi parlait d’une « opportunité historique » pour un accord nucléaire. Quarante-huit heures plus tard, les bombes tombaient sur Téhéran. L’opportunité historique s’est transformée en guerre ouverte.
Et pourtant, le 4 mars, c’est le même Araghchi que Fidan appelle pour protester contre le missile. Le même diplomate qui négociait la paix il y a une semaine reçoit maintenant des protestations parce que son pays tire des missiles vers un voisin. La diplomatie n’est pas morte. Elle agonise. Elle parle encore, mais personne n’écoute.
Les implications stratégiques : trois scénarios pour l'après
Scénario 1 : L’incident isolé — le meilleur des cas
Le missile a été tiré par des « forces isolées ». L’Iran présente des excuses. La Turquie accepte l’explication. L’OTAN renforce ses défenses en Méditerranée orientale. L’incident est classé comme un accident de guerre. Tout le monde respire. Jusqu’au prochain missile.
Ce scénario est le plus probable à court terme. Mais il est aussi le plus dangereux à long terme. Parce qu’il normalise l’idée qu’un missile balistique peut foncer vers un pays de l’OTAN sans conséquences. Parce qu’il crée un précédent où l’on accepte l’explication du « ce n’était pas intentionnel ». Et parce que chaque incident isolé qui passe sans réponse rend le suivant plus probable.
Scénario 2 : L’escalade contrôlée — le chemin étroit
La Turquie invoque l’Article 4 du Traité de l’OTAN — des consultations, pas l’Article 5. L’Alliance renforce massivement ses systèmes de défense antimissile en Méditerranée orientale. La Turquie déploie ses propres batteries de défense le long de sa frontière sud. Le message est envoyé sans escalade militaire directe : nous sommes prêts.
Ce scénario suppose que toutes les parties — Washington, Ankara, Téhéran, Bruxelles — agissent rationnellement. Or, dans une guerre où le Guide suprême a été assassiné, où des missiles traversent des frontières sans coordination apparente, et où le secrétaire à la Défense américain dit que son pays « ne fait que commencer », la rationalité est une hypothèse fragile.
La rationalité est le premier mort de chaque guerre. On croit que les acteurs calculent, pèsent, mesurent. Puis un missile dévie. Un drone frappe une piste qu’il ne devait pas frapper. Un commandant local tire sans ordres. Et la mécanique de l’escalade fait le reste. Ce n’est pas la volonté qui déclenche les grandes guerres. C’est l’accident.
Scénario 3 : L’engrenage — le cauchemar
Un deuxième missile touche la Turquie. Cette fois, il y a des victimes. Ankara invoque l’Article 5. L’OTAN entre en guerre contre l’Iran. La Russie et la Chine — qui ont déjà condamné les frappes sur l’Iran — réagissent. Le conflit régional devient global. Le détroit d’Ormuz est fermé. Le pétrole à 200 dollars le baril. L’économie mondiale en chute libre.
Ce scénario est le moins probable. Mais il n’est plus impensable. Il y a une semaine, l’assassinat du Guide suprême iranien était impensable. L’attaque d’une base britannique à Chypre était impensable. Un missile iranien fonçant vers la Turquie était impensable. L’impensable est devenu le quotidien de mars 2026.
Ce que personne ne dit : l'OTAN comme bouclier et comme cible
Le paradoxe de la protection
L’interception du missile iranien prouve que les systèmes de défense de l’OTAN fonctionnent. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise : elle prouve aussi que ces systèmes sont nécessaires. Que des membres de l’Alliance sont désormais dans la zone de tir d’un conflit auquel ils n’ont pas choisi de participer.
La Turquie n’a pas frappé l’Iran. La Turquie a condamné les frappes américano-israéliennes. Et pourtant, c’est la Turquie qui reçoit un missile balistique. Le message pour les autres membres de l’OTAN — la Grèce, l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie — tous riverains de la Méditerranée orientale ou de la mer Noire — est limpide : être membre de l’Alliance ne vous met pas à l’abri. Ça fait de vous une cible.
Il y a un paradoxe cruel dans ce qui s’est passé le 4 mars. La Turquie est protégée PARCE QU’elle est membre de l’OTAN — les systèmes antimissile l’ont sauvée. Mais elle est menacée PARCE QU’elle est membre de l’OTAN — les bases américaines sur son sol font d’elle une cible. La protection et la menace viennent du même endroit. Et ce paradoxe, les 85 millions de Turcs le vivent dans leur chair.
Le signal pour Moscou et Pékin
Si l’Iran — un pays dont l’infrastructure militaire est en train d’être systématiquement détruite — peut envoyer un missile balistique vers un membre de l’OTAN, que peut faire la Russie avec son arsenal? Que peut faire la Chine? L’interception réussie du 4 mars rassure sur les capacités techniques de l’Alliance. Mais elle révèle aussi ses limites stratégiques : l’OTAN peut intercepter, mais elle ne peut pas empêcher le tir.
Moscou observe. Pékin prend des notes. Et quelque part dans un bureau du Kremlin, un stratège se demande : si l’OTAN n’a pas riposté quand un missile iranien a foncé vers la Turquie, à quel moment exactement l’Alliance ripostera-t-elle?
Conclusion : Le missile qui a changé les règles
Un monde d’avant et un monde d’après
Le 4 mars 2026 restera dans les manuels d’histoire militaire. Pas pour le nombre de victimes — il n’y en a eu aucune. Pas pour les dégâts — des fragments métalliques dans un champ de Dörtyol. Mais pour ce que cet événement révèle et ce qu’il inaugure.
Il révèle qu’un conflit entre deux pays — ou trois, si on compte Israël — peut aspirer des nations entières dans sa spirale. Il révèle que les frontières ne protègent plus. Il révèle que la neutralité d’un pays voisin ne suffit pas quand les missiles traversent des continents. Il inaugure une ère où l’OTAN ne sera plus jamais un bouclier théorique. L’Alliance a tiré. Le précédent existe.
La question qui reste
À Dörtyol, les habitants ont ramassé les débris. À Ankara, les diplomates ont passé leurs coups de fil. À Bruxelles, les stratèges de l’OTAN ont mis à jour leurs protocoles. À Téhéran, quelqu’un — un commandant, un général, une « force isolée » — sait qu’il a failli déclencher la plus grande guerre depuis 1945.
Et la question qui hante tout le monde, des chancelleries européennes aux foyers turcs, en passant par les salles de situation du Pentagone et du Kremlin, est d’une simplicité terrifiante : et le prochain missile?
Un missile balistique a traversé trois pays et a été détruit au-dessus d’un quatrième. Aucune victime. Aucun blessé. Un succès technique parfait. Et pourtant, tout le monde sait que quelque chose vient de se briser — quelque chose qu’aucun système antimissile ne pourra réparer. L’illusion que cette guerre avait des frontières. L’illusion que l’OTAN pouvait rester spectatrice. L’illusion que le pire ne pouvait pas arriver. Des débris de métal dans un champ de Dörtyol. Et des certitudes en miettes dans les capitales du monde.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une analyse rédigée par Maxime Marquette, chroniqueur indépendant. Je ne suis pas journaliste — je ne suis membre d’aucun ordre professionnel ni soumis aux obligations déontologiques qui encadrent la profession de journaliste. Mon travail relève de la chronique d’opinion et de l’analyse éditoriale. Les faits rapportés sont vérifiés à partir de sources ouvertes. Les interprétations, mises en perspective et jugements de valeur sont les miens et n’engagent que moi.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur des sources ouvertes provenant de médias internationaux reconnus : Kyiv Independent, Al Jazeera, Bloomberg, Al-Monitor, France 24, Anadolu Agency, Washington Post, Middle East Eye, CBS News, The Hill, Time et CNN. Les déclarations officielles du ministère turc de la Défense, du président Erdogan et du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth sont citées directement. Les analyses stratégiques proviennent du Council on Foreign Relations et de Chatham House.
Nature de l’analyse
Ce texte combine faits vérifiés et analyse personnelle. Les scénarios prospectifs présentés dans la dernière partie relèvent de la spéculation informée et non de la prédiction. Le chroniqueur assume une posture éditoriale claire : il considère que l’escalade militaire au Moyen-Orient représente un danger existentiel pour la stabilité mondiale et que l’implication croissante de pays tiers — y compris des membres de l’OTAN — dans ce conflit constitue un tournant historique qui mérite d’être analysé avec lucidité et sans complaisance.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — NATO intercepts Iranian missile heading toward Turkey in first such incident
Anadolu Agency — Ballistic munition from Iran neutralized by NATO over Turkish airspace: Ministry
Al Jazeera — NATO defences destroy missile fired from Iran over Mediterranean: Turkiye
Bloomberg — NATO Shoots Down Iranian Ballistic Missile Headed for Turkey
Washington Post — Live updates: NATO shoots down Iran’s missile heading toward Turkey
Türkiye Today — Türkiye protests Iranian ballistic missile incident to Tehran in direct phone call
Sources secondaires
Al-Monitor — Turkey intercepts Iran-fired ballistic munition
Middle East Eye — ‘Isolated’ Iranian forces suspected of firing missile towards Turkey
The Hill — NATO shoots down Iranian missile headed toward Turkey’s airspace
Time — British Base Hit in Cyprus, Drones Downed as Iran War Widens
France 24 — ‘Too risky’ for Iran to hit Turkey over US assets: analysts
CNN — Everything we know on the fifth day of the US and Israel’s war with Iran
CBS News — Live Updates: Hegseth says U.S. « just getting started » in Iran war
Foundation for Defense of Democracies — Backing the Tehran Regime’s Survival, Turkey Condemns U.S. Strikes on Iran
Chatham House — US and Israel attack Iran: Early analysis from Chatham House experts
USNI News — NATO Shoots Down Iranian Missile Headed for Turkey
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.