Une offensive que personne n’attendait
Le 29 janvier 2026, dans la direction d’Oleksandrivka, à la jonction des oblasts de Dnipropetrovsk et de Zaporizhzhia, quelque chose a changé. Les Forces d’assaut aéroporté — les DShV, l’élite de l’armée ukrainienne — ont lancé une opération qui allait réécrire la dynamique du front sud. Pas de grande annonce. Pas de conférence de presse. Juste des soldats qui avancent dans la nuit, reprennent un village, sécurisent une position, avancent encore.
Le 13 février, les premières contre-attaques locales deviennent visibles sur les cartes de l’ISW. Le 16 février, le commandant en chef Oleksandr Syrsky se rend personnellement sur l’axe d’Oleksandrivka. Un général en chef qui visite le front, ça veut dire une chose : ce qui se passe là-bas compte.
Quand les généraux se déplacent, ce n’est jamais pour rien. Syrsky sur l’axe d’Oleksandrivka, c’était le signal. Pas celui d’une visite protocolaire. Celui d’un commandant qui sent que la fenêtre est ouverte — et qui refuse de la laisser se refermer.
Huit villages, 300 kilomètres carrés
Le 22 février 2026, les DShV confirment officiellement l’opération. Les chiffres sont là : plus de 300 km² repris. Huit localités libérées. Jusqu’à 50 engagements par jour sur le front sud. Ce n’est pas une contre-offensive au sens classique du terme. C’est quelque chose de plus chirurgical, de plus intelligent, de plus adapté à la réalité du champ de bataille de 2026.
Le lendemain, Syrsky précise : depuis fin janvier, les Forces de défense ont repris le contrôle de 400 km² et de huit localités dans la direction d’Oleksandrivka. Le chiffre a été contesté par certains analystes — l’ISW évaluait à environ 169 km² les gains confirmés au 21 février. Mais même en prenant l’estimation la plus conservatrice, le fait reste : l’Ukraine avance. Et la Russie recule.
Les chiffres qui tuent : anatomie d'un effondrement russe
La courbe descendante de Moscou
Mettons les chiffres en perspective. Le groupe de surveillance Deep State, reconnu pour la rigueur de ses analyses cartographiques, a publié le 1er mars 2026 un bilan qui devrait faire réfléchir tous ceux qui croient encore à l’invincibilité de l’armée russe :
Novembre 2025 : 630 km² conquis par la Russie. Décembre 2025 : 244 km². Janvier 2026 : 245 km². Février 2026 : 126 km².
En trois mois, les gains russes ont été divisés par cinq. 126 km² en février, c’est le chiffre le plus bas depuis juillet 2024. Et pourtant, le nombre d’opérations d’assaut russes n’a pratiquement pas baissé : seulement 4 % de réduction par rapport à janvier. L’armée russe lance autant d’attaques. Elle gagne cinq fois moins de terrain.
630 en novembre. 126 en février. La courbe ne ment pas. Elle raconte l’histoire d’une armée qui s’épuise, qui saigne, qui envoie toujours plus d’hommes pour toujours moins de résultat. Le modèle offensif russe — l’infanterie en masse, les vagues humaines, la quantité contre la qualité — frappe un mur. Et ce mur s’appelle la réalité.
Le coût par kilomètre carré
Voici le chiffre que Moscou ne veut pas entendre. Les pertes russes s’élèvent à environ 35 000 hommes par mois — tués, blessés, disparus. En février 2026, pour 126 km² gagnés, cela représente environ 278 soldats russes mis hors combat pour chaque kilomètre carré conquis. En novembre, quand la Russie avançait à 630 km² par mois, le ratio était d’environ 56 soldats par km². Le coût par kilomètre a été multiplié par cinq.
Ce n’est pas un ralentissement. C’est un effondrement du rendement militaire. L’armée russe paie cinq fois plus cher pour cinq fois moins de terrain. Et la raison est simple : les drones ukrainiens. Le champ de bataille de 2026 est dominé par les drones FPV, les drones de reconnaissance, les munitions rôdeuses. Chaque colonne russe qui avance est repérée. Chaque concentration de troupes est frappée. Chaque véhicule blindé est une cible.
La première fois depuis 2023 : ce que ça signifie vraiment
Un retournement historique
Le 2 mars 2026, le commandant en chef Syrsky a prononcé une phrase que plus personne n’espérait entendre : « En février, les Forces de défense de l’Ukraine ont repris plus de territoire que l’ennemi n’en a conquis. » La dernière fois que cela s’était produit, c’était pendant la contre-offensive de l’été 2023. Avant l’opération de Koursk. Avant la chute d’Avdiivka. Avant des mois de reculs lents, de villages perdus, de lignes de défense qui plient.
Et pourtant. Février 2026 n’est pas un miracle. Ce n’est pas un retournement spectaculaire à la Kharkiv. C’est quelque chose de plus profond, de plus durable, de plus significatif : c’est la preuve que le modèle offensif russe est en train de mourir. Que l’infanterie en masse, les assauts frontaux, les vagues humaines atteignent leurs limites structurelles. Que l’armée la plus nombreuse ne gagne pas toujours contre l’armée la plus intelligente.
La contre-offensive de 2023, c’étaient des divisions entières lancées contre des lignes fortifiées. Des chars, de l’artillerie lourde, des pertes massives pour des gains disputés. Février 2026, c’est autre chose. C’est une armée qui a appris. Qui frappe avec des drones là où il y avait des chars. Qui avance là où l’ennemi ne regarde pas. Qui gagne avec l’intelligence ce qu’elle ne peut plus gagner avec le nombre.
ISW : des gains qui changent la donne
L’Institute for the Study of War confirme l’ampleur du phénomène. Selon ses évaluations, les forces ukrainiennes ont libéré environ 200 km² dans les directions de Novopavlivka, Oleksandrivka et Hulyaipole, tout en perdant environ 35 km² ailleurs, pour un gain net de 165 km² sur le seul mois de février. L’ISW note aussi que ces contre-attaques localisées ont perturbé les préparatifs russes pour une offensive de printemps-été 2026, forçant Moscou à stabiliser ses positions défensives avant de pouvoir relancer toute opération majeure.
C’est là que le génie tactique apparaît. L’Ukraine n’a pas simplement repris du terrain. Elle a désorganisé les plans de l’ennemi. En frappant là où la Russie ne s’y attendait pas — dans le sud, loin des axes principaux du Donbas — Kyiv a forcé Moscou à redéployer des forces, à colmater des brèches, à abandonner le tempo offensif qui était censé être sa grande force.
Le prix du sang : 1,2 million de pertes russes
Des chiffres que Staline n’aurait pas acceptés
En janvier 2026, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a publié un rapport qui a fait l’effet d’une bombe. Depuis le 24 février 2022, les forces russes ont subi environ 1,2 million de pertes — tués, blessés et disparus. Dont environ 325 000 tués. C’est cinq fois plus que le total de toutes les guerres menées par la Russie et l’Union soviétique depuis la Seconde Guerre mondiale combinées. Afghanistan. Deux guerres de Tchétchénie. Géorgie. Syrie. Tout cela réuni ne représente qu’un cinquième des pertes subies en Ukraine.
Et pourtant, Moscou continue. 35 000 pertes par mois. Chaque mois. Sans faiblir dans le rythme d’attaque. Mais en faiblissant dans le résultat. Parce que la Russie ne recrute que 30 000 à 35 000 soldats contractuels par mois. Pour la première fois depuis trois mois consécutifs, les pertes dépassent le recrutement. L’armée russe rétrécit. Lentement, mais mathématiquement.
1,2 million. Ce chiffre devrait être gravé sur chaque table de négociation. Chaque proposition de « paix » qui ne mentionne pas ce prix devrait être rejetée. Parce que derrière ce chiffre, il y a des familles russes qui ne reverront jamais leur fils, leur mari, leur père. Et un régime qui les envoie mourir en silence, sans mobilisation générale, sans deuil national, sans même la dignité de compter ses morts.
La crise du recrutement
Le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Budanov, a révélé que la Russie vise à recruter 409 000 nouveaux soldats en 2026. C’est un chiffre astronomique. Et il dit une chose : Moscou sait qu’elle saigne. Le Kremlin a récemment fait adopter une législation permettant au ministère de la Défense de puiser dans une réserve de mobilisation de 2 millions d’hommes. Sans l’appeler mobilisation, bien sûr. Parce que le mot « mobilisation » en Russie, c’est le mot qui fait fuir des centaines de milliers de jeunes aux frontières.
Zelensky lui-même l’a souligné dans son entrevue au Corriere della Sera : « La croissance de l’armée russe s’est arrêtée. Les pertes égalent les nouvelles recrues. » L’équilibre précaire dans lequel se trouve l’armée russe est sans précédent dans l’histoire militaire moderne. Une armée qui perd autant qu’elle recrute n’avance pas. Elle survit.
L'arme secrète : les drones qui changent tout
Le champ de bataille de 2026
Si l’Ukraine reprend du terrain malgré une infériorité numérique persistante, c’est grâce à une révolution technologique qui a transformé la guerre. Zelensky l’a dit clairement : « Nous essayons d’être forts, en produisant des ressources techniques et davantage de drones » pour compenser le désavantage démographique.
Le champ de bataille ukrainien de 2026 n’a plus rien à voir avec celui de 2022. Chaque mètre carré est surveillé par des drones de reconnaissance. Chaque mouvement de troupes russes est détecté, géolocalisé, transmis en temps réel aux unités de frappe. Les drones FPV — ces petits engins kamikazes à quelques centaines de dollars — pulvérisent des véhicules blindés valant des millions. Les munitions rôdeuses patrouillent au-dessus du champ de bataille, attendant la cible parfaite.
La guerre de 2026 ne ressemble à rien de ce que les manuels militaires décrivent. C’est David contre Goliath, sauf que David a des drones, de l’intelligence artificielle et la motivation de défendre sa terre. Et Goliath, avec son million de soldats, découvre que la masse ne suffit plus quand chaque homme qui avance est un point lumineux sur un écran, quelque part dans un sous-sol ukrainien, avec un opérateur qui attend le bon moment pour appuyer sur le bouton.
Le modèle russe brisé
L’infanterie en masse — le modèle offensif russe depuis le début de la guerre — frappe un mur structurel. Les vagues humaines fonctionnaient quand les défenseurs n’avaient que des fusils et de l’artillerie. Elles ne fonctionnent plus quand chaque soldat russe qui sort de sa tranchée est visible depuis le ciel, traqué par un drone, frappé avant d’avoir parcouru cent mètres.
Le CSIS l’a documenté dans son rapport de janvier 2026 : l’avancée russe la plus rapide en 2025 — sur l’axe de Pokrovsk — a progressé à une moyenne de 70 mètres par jour. Soixante-dix mètres. C’est plus lent que la bataille de la Somme en 1916. Plus lent que les pires offensives de la Première Guerre mondiale. Et pourtant, c’était le meilleur résultat russe. En février 2026, même ce rythme pathétique a ralenti.
L'année 2025 en perspective : beaucoup de bruit pour 1 %
4 300 km² — et alors?
Les propagandistes russes ont célébré 2025 comme l’année de la grande avancée. Et les chiffres bruts semblent leur donner raison : environ 4 300 km² conquis selon Deep State, les plus grands gains territoriaux depuis la première année de l’invasion. Poutine lui-même a revendiqué 5 000 km².
Mais remettons cela en perspective. L’Ukraine fait 603 500 km². 4 300 km², c’est 0,7 % du territoire. Moins de 1 %. En un an entier. Avec 1,2 million de pertes cumulées. Avec un budget de guerre qui dévore l’économie russe. Avec des centaines de milliards de dollars en sanctions.
Quand quelqu’un vous dit que la Russie « gagne » en Ukraine, demandez-lui combien. 0,7 %. Voilà combien. Moins d’un pour cent du territoire, en échange de 325 000 morts. C’est le ratio d’une victoire qui ressemble étrangement à une défaite. Et en février 2026, même ce maigre progrès s’est inversé.
20 % d’occupation, 80 % de résistance
Au quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle, le 24 février 2026, la Russie occupe environ 20 % du territoire ukrainien — incluant la Crimée, annexée en 2014. Mais les lignes de front bougent à peine. Depuis 2023, la Russie a gagné moins de 1,5 % de territoire supplémentaire. Trois ans d’efforts pour 1,5 %.
Et pourtant, c’est sur ces 1,5 % que repose tout le récit du Kremlin. Toute la propagande. Tous les discours de victoire. Retirez ce 1,5 % de la conversation, et il ne reste qu’une guerre d’usure dans laquelle la Russie perd des hommes à un rythme insoutenable, pour des gains qui ne changent rien à l’équation stratégique.
Zelensky parle : entre réalisme et détermination
Les mots d’un président en guerre
Dans son entrevue au Corriere della Sera, Zelensky n’a pas joué au triomphaliste. « Depuis le début de l’année, nous avons repris 460 kilomètres carrés », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je ne vais pas entrer dans trop de détails. » La retenue est calculée. On ne révèle pas les secrets opérationnels en pleine offensive. Mais le message est limpide : l’Ukraine ne recule plus. L’Ukraine avance.
Le président ukrainien a aussi livré une analyse stratégique remarquablement lucide de la situation russe : « La croissance de l’armée russe s’est arrêtée. Les pertes égalent les nouvelles recrues. » Cette phrase, prononcée calmement, sans emphase, contient une vérité dévastatrice. Une armée dont les pertes égalent le recrutement est une armée en stagnation. Et une armée en stagnation dans une guerre d’usure est une armée qui, mathématiquement, perd.
Zelensky ne fanfaronne pas. Il constate. Et dans cette retenue, dans ce refus de célébrer trop vite, il y a quelque chose de profondément vrai. Parce que 460 km² repris, c’est bien. Mais la guerre continue. Les gens meurent toujours. Et la victoire, si elle vient, ne sera pas un feu d’artifice. Ce sera un long, patient, douloureux retour à la maison.
La question de la paix
Zelensky a réaffirmé que l’Ukraine « désire le dialogue et la paix ». Mais une paix qui ne soit pas une capitulation déguisée. Une paix qui ne récompense pas l’agresseur. Les négociations, parrainées par les États-Unis, piétinent sur la question territoriale. Moscou exige que l’Ukraine cède le reste de la région de Donetsk. Kyiv refuse de céder un centimètre de plus.
Et les 460 km² repris depuis janvier donnent à Zelensky un argument qu’il n’avait plus depuis longtemps : l’Ukraine peut reprendre du territoire. La carte peut bouger dans l’autre sens. Négocier depuis une position de force, même relative, change tout le calcul.
L'offensive de printemps russe : le plan que l'Ukraine a déjà saboté
Les préparatifs avortés
Moscou préparait une offensive de printemps-été 2026. Les renseignements le confirmaient. Les mouvements de troupes le montraient. Les préparations d’artillerie dans la direction de Sloviansk avaient déjà commencé fin février, selon des soldats ukrainiens sur le terrain. Le commandement russe déployait des renforts dans la direction de Sloviansk et intensifiait les attaques, y compris avec des tactiques d’assaut d’infanterie hautement attritionistes.
Mais l’opération d’Oleksandrivka a tout chamboulé. En frappant dans le sud, l’Ukraine a forcé la Russie à redéployer des unités, à stabiliser ses lignes défensives avant de pouvoir relancer toute action offensive. L’ISW l’a dit clairement : les contre-attaques ukrainiennes ont « perturbé les préparatifs russes » pour l’offensive planifiée.
C’est peut-être la leçon la plus importante de février 2026. L’Ukraine n’a pas seulement repris du terrain. Elle a volé du temps. Chaque jour où la Russie doit colmater une brèche dans le sud est un jour où elle ne peut pas lancer son offensive dans l’est. Et dans une guerre d’usure, le temps est la seule ressource qui ne se recrute pas.
La Forteresse Belt en danger
L’objectif russe déclaré pour 2026 reste la prise des quatre régions que Moscou prétend avoir annexées : Donetsk, Louhansk, Zaporizhzhia et Kherson. En réalité, la Russie ne contrôle qu’environ un cinquième de la région de Donetsk et des portions incomplètes des trois autres. La « Fortress Belt » — la ligne de fortifications ukrainienne qui protège les villes clés du Donbas — tient toujours.
Et maintenant, avec les gains ukrainiens dans le sud, Moscou doit défendre sur plusieurs axes simultanément. L’avantage numérique russe — sa seule vraie carte — est dilué. Dispersé. Étiré sur un front qu’une armée même de plusieurs centaines de milliers d’hommes ne peut couvrir efficacement.
Ce que personne ne dit : la guerre des mathématiques
L’équation impossible de Poutine
Voici l’équation que Vladimir Poutine refuse de regarder en face. Pertes : 35 000 par mois, en hausse. Recrutement : 30 000 à 35 000 par mois, au maximum de la capacité sans mobilisation générale. Résultat net : zéro. Ou négatif. Depuis trois mois consécutifs, la Russie perd plus de soldats qu’elle n’en recrute. L’armée russe rétrécit.
Pour compenser, le Kremlin doit recruter 409 000 soldats en 2026. C’est 34 000 par mois. Pile le nombre qu’il perd. C’est une course de hamster. Moscou court aussi vite qu’il peut pour rester au même endroit. Et en février, même cette course ne suffit plus : l’Ukraine avance.
Poutine a un problème que ni les discours ni la propagande ne peuvent résoudre. C’est un problème de mathématiques. Et les mathématiques, contrairement aux sondages russes, ne se truquent pas. Quand les pertes dépassent le recrutement, quand les gains territoriaux s’effondrent, quand l’ennemi reprend du terrain pour la première fois en trois ans — les chiffres parlent. Et ce qu’ils disent, c’est que le modèle russe est en train de se briser.
La mobilisation fantôme
Poutine refuse le mot « mobilisation ». En septembre 2022, quand il avait décrété une « mobilisation partielle », des centaines de milliers de Russes avaient fui le pays. Le trauma est encore frais. Alors le Kremlin joue avec les mots. « Mobilisation de réserve. » « Contrat volontaire. » « Service patriotique. » Tout sauf le mot qui fait peur.
Mais la législation récente parle d’elle-même. Le ministère de la Défense a désormais accès à une réserve de 2 millions d’hommes. Sans vote parlementaire. Sans débat public. Sans même un décret présidentiel visible. C’est une mobilisation silencieuse. Une mobilisation qui n’ose pas dire son nom. Et c’est peut-être le signe le plus clair que Moscou sait que la situation est critique.
Février 2026 dans l'histoire de cette guerre
Les tournants invisibles
Les guerres ne se gagnent pas toujours dans les batailles spectaculaires. Parfois, le tournant est silencieux. Imperceptible. Un mois où les courbes se croisent. Un moment où l’élan change de camp sans que personne ne tire un coup de canon historique.
Février 2026 pourrait être ce moment. Pas parce que l’Ukraine a remporté une victoire décisive. L’ISW a raison de noter que ces « contre-attaques localisées » ne constituent pas une « contre-offensive à grande échelle ». Mais parce que, pour la première fois en trente mois, la dynamique s’est inversée. L’Ukraine gagne plus qu’elle ne perd. La Russie perd plus qu’elle ne gagne. Et surtout, le coût pour Moscou de chaque kilomètre carré devient insoutenable.
On cherche toujours le moment précis où une guerre bascule. Stalingrad. El-Alamein. Midway. Peut-être que février 2026 n’est pas ce moment. Mais peut-être que, dans dix ans, quand les historiens retraceront la chute du modèle offensif russe, ils pointeront ce mois-là. Ce mois où la courbe s’est inversée. Ce mois où 460 km² ont changé de mains dans l’autre direction. Et où le monde a commencé à comprendre que la Russie ne pouvait pas gagner cette guerre par la force brute.
Ce qui vient ensuite
Le printemps 2026 sera déterminant. La Russie va tenter de relancer son offensive. Les renforts affluent vers la direction de Sloviansk. Les préparations d’artillerie sont en cours. Moscou n’a pas renoncé. Et Moscou a encore des hommes à envoyer, même si chaque envoi coûte plus cher que le précédent.
Mais l’Ukraine a prouvé quelque chose en février. Que la défense peut devenir offense. Que les drones peuvent compenser le nombre. Que l’intelligence peut vaincre la masse. Et surtout, que la carte peut bouger dans les deux directions. Ceux qui négocient la paix devraient en prendre note.
Conclusion : La carte ne ment jamais
Le silence des chiffres
460 km². Ce n’est pas un slogan. C’est un fait. 126 km² de gains russes en février, le plus bas depuis huit mois. C’est un fait aussi. 1,2 million de pertes russes depuis le début de l’invasion. Un fait. Des pertes qui dépassent le recrutement depuis trois mois. Un fait.
Les faits ne négocient pas. Ils ne font pas de propagande. Ils ne vont pas sur les plateaux télévisés russes pour annoncer des victoires imaginaires. Ils sont là, dans les chiffres, dans les cartes, dans le sang versé. Et en février 2026, les faits disent que l’Ukraine tient. Que l’Ukraine reprend. Que l’Ukraine résiste.
Ce qui reste après les chiffres
Derrière les 460 km², il y a des villages. Des maisons. Des routes de terre battue. Des champs qui ne sont plus minés. Des civils qui pourront peut-être, un jour, rentrer chez eux. C’est ça, la vraie signification de ces chiffres. Pas un score sur une carte. Des vies qui reprennent. Un pays qui refuse de mourir.
Maintenant, vous savez. Vous savez que la Russie avance de moins en moins pour un prix de plus en plus élevé. Vous savez que l’Ukraine reprend du terrain pour la première fois depuis 2023. Vous savez que les mathématiques de cette guerre sont en train de changer. La question, maintenant, ce n’est pas si l’Ukraine peut tenir. C’est combien de temps le monde va encore regarder sans comprendre que l’Ukraine est en train de montrer comment on se bat pour exister.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, pas un reportage factuel neutre. Maxime Marquette est un chroniqueur indépendant, pas un journaliste au sens professionnel du terme. Il n’est membre d’aucun ordre professionnel de journalistes et ne prétend pas à la neutralité. Sa position éditoriale est pro-ukrainienne et anti-invasion russe, fondée sur le droit international, la Charte des Nations unies et le principe de souveraineté territoriale.
Méthodologie et sources
Les données territoriales proviennent de l’Institute for the Study of War (ISW), du groupe de surveillance Deep State et des déclarations officielles de l’état-major ukrainien. Les chiffres de pertes russes proviennent du CSIS, de l’état-major ukrainien et d’estimations occidentales. Les citations de Zelensky proviennent de son entrevue publiée au Corriere della Sera le 3 mars 2026. Comme dans tout conflit, les chiffres exacts sont sujets à débat et les estimations peuvent varier selon les sources.
Nature de l’analyse
Cette chronique combine faits vérifiés et analyse personnelle. Les opinions exprimées, les interprétations et les projections sont celles de l’auteur. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires et à former son propre jugement. Les données ISW et Deep State divergent parfois des chiffres officiels ukrainiens, ce qui est normal dans le brouillard de guerre.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Chart of the week: Russia lost more territory than it gained for the first time since 2023
Kyiv Independent — Ukraine captured more territory than it lost to Russia over February 2026, Syrskyi says
Kyiv Post — Ukraine recaptures territory net for the first time since 2023
Interfax-Ukraine — Zelensky: Since year start, we have recaptured 460 sq km
Corriere della Sera — Entrevue avec Volodymyr Zelensky, publiée le 3 mars 2026
Sources secondaires
Euromaidan Press — 126 km² in February, 245 in January, 630 last November — Russia’s gains drop while attacks hold steady
Euromaidan Press — Ukraine’s Air Assault Forces reveal southern operation that reclaimed 300+ km² and eight settlements
CNN — Russia’s 1.2 million casualties in Ukraine dwarf all its conflicts since World War II
Kyiv Independent — Russia aims to recruit over 400,000 soldiers in 2026, Budanov says
Kyiv Independent — Russia captured over 4,300 square kilometers of Ukraine in 2025, DeepState reports
Fortune — Four years after Russia invaded Ukraine, nearly 2 million soldiers are dead, wounded or missing
CSIS — Russia’s Grinding War in Ukraine: Massive Losses and Tiny Gains for a Declining Power
Ukrainska Pravda — Armed Forces of Ukraine regained control over 400 sq km and eight villages in Ukraine’s south
Kyiv Post — Syrsky Says Up to 400 Sq. Km Liberated in Southern Breakthrough, but Extent of Gains Under Scrutiny
Carnegie Endowment — Does Russia Have Enough Soldiers to Keep Waging War Against Ukraine?
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.