Trois ans d’efforts russes, une semaine de résultats iraniens
Vladimir Poutine a passé trois ans à essayer de fissurer le soutien occidental à l’Ukraine. Chantage énergétique. Désinformation. Menaces nucléaires. Fatigue de guerre cultivée patiemment dans les opinions publiques. Trois ans de travail méthodique pour convaincre l’Occident que soutenir l’Ukraine coûtait trop cher.
L’Iran a accompli la même chose en une semaine.
Pas par la diplomatie. Pas par la propagande. Par le simple fait de forcer les États-Unis à dépenser en trois jours ce qu’ils avaient rationné pendant trois ans à l’Ukraine. Le Moyen-Orient est redevenu la priorité. Et quand le Moyen-Orient est la priorité, l’Ukraine passe au second plan. C’est mathématique. Les stocks ne sont pas infinis. Les budgets non plus.
Poutine a dû regarder cette semaine avec un sourire qu’il n’a même pas eu besoin de cacher. Tout ce qu’il n’a pas réussi à faire en trois ans, l’escalade au Moyen-Orient l’a fait pour lui. Gratuitement.
Le piège se referme
Et ce n’est pas un accident. C’est un mécanisme. Chaque intercepteur Patriot tiré au-dessus du Moyen-Orient est un intercepteur qui ne protégera pas Kharkiv. Chaque milliard dépensé en 72 heures est un milliard qui ne sera pas voté pour l’Ukraine. Et pendant que les yeux du monde se tournent vers le Golfe, les bombes planantes russes continuent de tomber sur des villes ukrainiennes sans que personne ne regarde.
328 bombes guidées en un jour : le record que personne ne couvre
L’escalade dans le silence
328 bombes planantes. En un seul jour. Le 6 mars 2026. Un record absolu depuis le début de l’invasion. 73 frappes aériennes. 243 bombes guidées larguées dans la seule journée de combat. Et 8 168 drones kamikazes lancés sur les positions ukrainiennes. Huit mille cent soixante-huit.
Pendant que les chaînes d’information en continu diffusaient les interceptions spectaculaires au-dessus du Moyen-Orient, l’Ukraine encaissait la journée la plus intense de sa guerre. 148 affrontements sur la ligne de front. Les secteurs de Pokrovsk et Kostiantynivka ont subi respectivement 24 et 23 assauts. 3 447 bombardements d’artillerie, dont 105 salves de lance-roquettes multiples.
On pourrait croire que 8 168 drones kamikazes en un jour mériteraient au moins un bandeau d’alerte en bas d’écran. Mais non. Le Moyen-Orient avait pris toute la place. Et c’est exactement comme ça que fonctionne la hiérarchie de l’attention mondiale.
Le prix de l’invisibilité
L’Ukraine ne se bat plus seulement contre la Russie. Elle se bat contre l’oubli. Contre le glissement progressif d’une guerre qui dure trop longtemps pour les cycles d’attention des médias occidentaux. 328 bombes en un jour, et le monde regarde ailleurs. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est pire. C’est de la normalisation.
Le scandale belge : 30 F-16 promis, zéro livré
Trois ans de promesses creuses
2023. La Belgique rejoint la coalition F-16 avec un engagement solennel : 30 chasseurs F-16 seront transférés à l’Ukraine. L’annonce fait les gros titres. Les poignées de main sont chaleureuses. Les communiqués de presse sont optimistes.
Mars 2026. Zéro F-16 livré. Pas un seul.
L’ancienne ministre de la Défense Ludivine Dedonder avait évoqué 2025. Le ministère des Affaires étrangères avait même avancé fin 2024, dans un élan d’optimisme qui ferait presque sourire rétrospectivement. Chaque échéance est passée. Chaque promesse s’est évaporée. Et chaque fois, une nouvelle excuse a remplacé la précédente.
Imaginez un instant que ce soit l’inverse. Imaginez que l’Ukraine ait promis 30 systèmes de défense à un allié de l’OTAN. Et qu’elle n’en ait livré aucun en trois ans. On appellerait ça une trahison. Quand c’est la Belgique, on appelle ça un « délai administratif ».
L’art de l’excuse institutionnelle
Le général Geert De Decker, commandant de la Force aérienne belge, a trouvé la parade parfaite. Sa déclaration mérite d’être citée : la Belgique n’aurait jamais promis de dates fixes pour la livraison des F-16 à l’Ukraine. Jamais. Malgré les annonces publiques. Malgré les échéances communiquées aux médias. Malgré les engagements pris devant les alliés.
Quand on dit « fin 2024 », comprendre : aucune date fixe. Quand on dit « 2025 », comprendre : aucun engagement ferme. Les mots ne veulent plus rien dire. Et c’est exactement le but.
Canons rotatifs : quand les pilotes ukrainiens volent à mains nues
Le détail que personne ne veut entendre
Il y a un détail dans cette affaire des F-16 qui résume tout. Un détail si absurde qu’il faudrait l’inventer si ce n’était pas documenté. Des pilotes ukrainiens formés sur F-16 ont dû voler avec leurs canons rotatifs comme seul armement. Faute de missiles.
Des canons rotatifs. Sur un chasseur de quatrième génération. En 2026. Face à des Su-34 russes qui larguent des bombes planantes à 70 kilomètres de distance.
C’est comme envoyer un chirurgien en salle d’opération avec un canif. On lui a donné la formation. On lui a montré le bloc opératoire. On lui a dit « bonne chance ». Et on a gardé les scalpels au fond d’un placard en attendant que les formulaires soient remplis.
Ces pilotes risquent leur vie chaque jour dans des appareils qu’on a volontairement sous-armés. Ce n’est pas un problème logistique. C’est un choix moral. Et ce choix dit tout ce qu’il faut savoir sur la sincérité de notre soutien.
L’excuse du « manque de pilotes »
La Belgique a même avancé que l’Ukraine aurait elle-même demandé un délai pour cause de manque de pilotes. L’argument est d’une élégance cynique remarquable. Vous ne livrez pas les avions. Vous ralentissez la formation. Et ensuite, vous invoquez le manque de pilotes formés pour justifier de ne pas livrer les avions. La boucle est parfaite. Auto-réalisatrice. Imparable.
Le Merops : la technologie parfaite envoyée au mauvais endroit
Un système pensé pour l’Ukraine, déployé au Moyen-Orient
Le Merops. Retenez ce nom. C’est un système anti-drone autonome développé par Perennial Autonomy, entreprise soutenue par l’ancien PDG de Google Eric Schmidt. Il utilise des drones pour intercepter d’autres drones. Il fonctionne grâce à l’intelligence artificielle. Il peut naviguer même quand les communications satellite et électroniques sont brouillées. Il identifie ses cibles avant de les engager. Et il tient dans un pickup.
Surtout, il est bon marché. Face à des drones kamikazes qui coûtent moins de 50 000 dollars, tirer un missile à plusieurs centaines de milliers de dollars est une aberration économique. Le représentant Jim Himes l’a dit clairement : « C’est vraiment, vraiment cher de détruire un drone bon marché. »
Un système conçu pour neutraliser exactement le type de menace que l’Ukraine affronte — 8 168 drones kamikazes en un seul jour — et on l’envoie au Moyen-Orient. L’ironie serait savoureuse si elle ne coûtait pas des vies ukrainiennes chaque heure.
La logique inversée de la défense occidentale
Le Merops a d’abord été déployé en Pologne et en Roumanie en novembre, après que des drones russes ont violé l’espace aérien de l’OTAN à plusieurs reprises. Il a fait ses preuves dans des opérations de combat ukrainiennes. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a lui-même reconnu son efficacité.
Et pourtant. Le système part au Moyen-Orient. Pas en Ukraine. Un système testé en conditions de combat ukrainiennes, prouvé efficace contre les drones que la Russie lance par milliers, est retiré de l’équation ukrainienne pour être envoyé dans une autre zone de conflit.
Lever les sanctions sur le pétrole russe : la capitulation finale
Quand la guerre finance la guerre
Comme si le tableau n’était pas assez sombre, une autre nouvelle est tombée cette semaine. Les États-Unis envisagent de lever les sanctions sur le pétrole russe. Le chef du Trésor américain a évoqué la nécessité de combler la pénurie mondiale de pétrole provoquée par les tensions au Moyen-Orient.
Résumé : l’escalade au Moyen-Orient consomme les stocks de missiles destinés à l’Ukraine. L’escalade au Moyen-Orient perturbe les marchés pétroliers. Et pour compenser cette perturbation, on envisage de lever les sanctions qui étranglent l’économie de guerre russe. Chaque maillon de cette chaîne profite à Moscou.
Poutine n’a même plus besoin de stratégie. Il lui suffit de regarder ses adversaires démanteler eux-mêmes, brique par brique, l’architecture de sanctions qu’ils avaient mis trois ans à construire. Le Moyen-Orient fait le travail pour lui.
L’arithmétique de la trahison
Chaque baril de pétrole russe vendu sur le marché mondial finance des missiles. Des drones Shahed. Des bombes planantes. Des salaires de soldats. Lever les sanctions, c’est remplir directement les caisses qui achètent les armes qui tuent des Ukrainiens. C’est financer la machine de guerre qu’on prétend vouloir arrêter.
Et pourtant, c’est présenté comme une nécessité économique. Une mesure pragmatique. Un ajustement de marché. Les mots sont choisis pour anesthésier. Pour transformer une capitulation stratégique en décision technique.
L'Ukraine frappe encore : ATACMS et SCALP sur les stocks de Shahed
La riposte dans l’ombre
Pendant que le monde compte les intercepteurs Patriot tirés au Moyen-Orient, l’Ukraine se bat avec ce qu’elle a. Et ce qu’elle fait avec ses moyens limités devrait faire honte à tous ceux qui invoquent les contraintes logistiques pour justifier leur inaction.
Cette semaine, les forces ukrainiennes ont frappé un site de stockage de drones Shahed dans la région de Donetsk avec des missiles ATACMS et SCALP. Les mêmes drones Shahed qui sont lancés par milliers chaque jour. Les mêmes drones que le système Merops — envoyé au Moyen-Orient — était conçu pour neutraliser.
L’Ukraine ne se contente pas de subir. Elle frappe les stocks à la source, avec une précision chirurgicale, en utilisant au compte-gouttes les missiles que ses alliés lui fournissent au compte-gouttes. Et pendant qu’elle fait la guerre avec des miettes, 800 intercepteurs Patriot s’envolent en trois jours à des milliers de kilomètres.
L’efficacité née de la pénurie
Il y a quelque chose de douloureux dans cette efficacité forcée. L’Ukraine ne gaspille rien. Chaque missile ATACMS, chaque SCALP, chaque munition de précision est utilisée avec une exactitude que la surabondance ne produira jamais. Quand vous n’avez que trois balles, vous ne ratez pas votre cible.
300 prisonniers libérés : la vie au milieu de l'arithmétique
Des visages derrière les statistiques
300 prisonniers de guerre ukrainiens. Plus 2 civils. Libérés cette semaine dans un échange. Derrière chaque chiffre, un visage. Derrière chaque visage, des mois — parfois des années — de captivité. De conditions que les rapports internationaux décrivent avec des mots que les standards MSN ne me permettent pas de reproduire ici.
302 personnes qui retrouvent leur famille. 302 personnes qui reviennent d’un endroit dont on ne revient pas indemne. Pendant que le monde débat de stocks de missiles et de prix du pétrole, ces 302 personnes réapprennent à dormir sans avoir peur.
C’est peut-être ça, la mesure la plus juste de cette guerre. Pas les 800 missiles Patriot tirés au Moyen-Orient. Pas les 328 bombes planantes en un jour. Pas les milliards dépensés ou économisés. 302 personnes qui rentrent chez elles. C’est tout. Et c’est déjà immense.
Le coût humain de l’attente
Chaque jour de retard dans la livraison d’un F-16, chaque intercepteur Patriot envoyé ailleurs, chaque hésitation diplomatique se traduit en vies. Pas en statistiques. En vies. En soldats capturés parce que la couverture aérienne n’était pas là. En civils tués parce que le système de défense manquait d’intercepteurs.
1 272 360 pertes russes depuis le début de l’invasion. Un chiffre tellement massif qu’il en devient abstrait. Et de l’autre côté, des pertes ukrainiennes que Kyiv ne communique plus depuis longtemps. Parce que les chiffres sont devenus une arme. Et que cette arme-là, au moins, ne dépend pas des livraisons occidentales.
La hiérarchie des vies : le miroir qu'on refuse de regarder
Le test moral de l’Occident
Toute cette semaine tient dans une seule question. Une question que personne ne pose parce que la réponse est insupportable : existe-t-il une hiérarchie des vies dans la politique de défense occidentale?
Les faits répondent d’eux-mêmes. 800 intercepteurs en trois jours pour le Moyen-Orient. Des années d’attente pour l’Ukraine. Le système Merops envoyé au Golfe, pas à Kharkiv. Les F-16 belges dans leurs hangars, pas sur le front. Les sanctions russes sur le point d’être levées pour compenser les conséquences d’une crise qui n’a rien à voir avec l’Ukraine.
On peut raconter toutes les histoires qu’on veut sur la solidarité occidentale. On peut multiplier les déclarations de soutien, les poignées de main devant les caméras, les promesses solennelles dans les sommets internationaux. Les chiffres, eux, ne mentent pas. 800 contre zéro. Trois jours contre trois ans. C’est la seule comparaison qui compte.
Le précédent dangereux
Ce que cette semaine établit, c’est un précédent. La preuve que les moyens existent. Que les stocks peuvent être mobilisés. Que la logistique peut être accélérée. Que l’argent peut être trouvé. Tout ce qu’on a dit impossible pour l’Ukraine pendant trois ans s’est révélé possible en trois jours pour une autre région.
Et pourtant, personne n’en tire la conclusion logique. Personne ne dit : si on peut le faire là-bas, on peut le faire ici. Le silence sur cette évidence est la preuve la plus accablante de toutes.
Le « délai de quelques mois » : anatomie d'un mensonge institutionnel
Comment transformer l’inaction en processus
La Belgique parle d’un « délai de quelques mois » dû à l’étalement des paiements sous le contrat. Quelques mois. On notera l’élasticité sémantique du mot « quelques ». De fin 2024 à mars 2026, il s’est écoulé quinze mois. Quinze, c’est toujours « quelques », techniquement.
Le décommissionnement complet des F-16 belges est prévu pour fin 2028, dans le cadre de la transition vers les F-35. Ce qui signifie que la Belgique prévoit de garder ses F-16 encore deux ans et demi avant de s’en défaire. Des avions qu’elle a promis à l’Ukraine il y a trois ans. Des avions dont l’Ukraine a besoin maintenant. Des avions qui restent dans des hangars belges pendant que des pilotes ukrainiens volent avec des canons rotatifs.
Il y a un mot pour ça. Ce n’est pas « retard ». Ce n’est pas « délai ». Ce n’est pas « contrainte logistique ». C’est une promesse non tenue. Point. Et une promesse non tenue en temps de guerre, quand des gens meurent chaque jour en attendant ce qu’on leur a promis, ça porte un nom plus lourd que « retard ».
Le vocabulaire de la lâcheté
« Étalement des paiements. » « Priorités opérationnelles. » « Engagements OTAN. » « Transition vers les F-35. » Chaque mot est choisi pour transformer l’inaction en processus. Pour donner l’impression que quelque chose avance quand rien ne bouge. Pour remplacer la responsabilité par la bureaucratie.
Pendant ce temps, 328 bombes planantes par jour. 8 168 drones kamikazes. 148 affrontements sur la ligne de front. Le vocabulaire administratif belge et la réalité du front ukrainien coexistent dans le même univers temporel. Mais pas dans le même univers moral.
Pokrovsk, Kostiantynivka : les batailles que personne ne nomme
24 assauts en un jour sur un seul secteur
Pokrovsk. 24 tentatives d’assaut russes en une seule journée. Près de Shakhove, Rodynske, Hryshyne. Des noms que personne ne connaît en Occident. Des villages qui n’apparaîtront jamais dans un bandeau d’information. Des endroits où des soldats ukrainiens tiennent des positions sous un déluge de feu que la plupart des armées du monde n’ont jamais expérimenté.
Kostiantynivka. 23 attaques réparties sur 9 localités. Huliaipole: 19 assauts russes. Sloviansk: 9 avancées ennemies repoussées. Lyman: 8 attaques. Kupiansk: 5. Sud de la Slobozhanshchyna: 5 tentatives de percée.
Ces soldats se battent sans les F-16 qu’on leur a promis. Sans les intercepteurs Patriot qu’on tire par centaines au Moyen-Orient. Sans le système Merops qu’on envoie dans le Golfe. Avec ce qu’ils ont. Et ce qu’ils ont, manifestement, ne figure pas en haut de la liste des priorités de ceux qui prétendent les soutenir.
La guerre des petits villages
Shakhove. Rodynske. Hryshyne. Pleshchiivka. Des points sur une carte que 99 % de la planète ne saurait placer. Des endroits où la guerre se mesure en mètres gagnés ou perdus. Où chaque maison est un point d’appui. Où chaque cave est un abri. Où chaque nuit pourrait être la dernière.
Et quelque part dans un hangar en Belgique, un F-16 attend sa révision budgétaire.
L'équation impossible : protéger tout le monde avec des stocks pour un seul
Le mensonge des stocks infinis
Voici l’équation que personne ne veut poser sur la table. Les stocks mondiaux d’intercepteurs Patriot et SM-6 sont finis. La capacité de production est limitée. Raytheon ne peut pas produire des missiles plus vite que la physique et les chaînes d’approvisionnement le permettent.
Quand vous en tirez 800 en trois jours au Moyen-Orient, ces 800 n’existent plus. Pour personne. Ni pour l’Ukraine. Ni pour la défense de l’Europe. Ni pour les alliés asiatiques qui regardent la Chine avec une inquiétude croissante. Le calcul est brutal. Et il n’admet pas de solution diplomatique.
On ne peut pas promettre de protéger tout le monde quand les stocks permettent d’en protéger un seul. On ne peut pas être la superpuissance garante de l’ordre mondial quand 72 heures de conflit au Moyen-Orient vident les réserves de trois ans. Ce n’est pas une question de volonté politique. C’est une question d’arithmétique. Et l’arithmétique n’a pas d’alliés.
La faillite du modèle et le prix de l’évidence
Ce que cette semaine révèle, au-delà de l’Ukraine, au-delà du Moyen-Orient, c’est la faillite d’un modèle. Le modèle occidental de défense repose sur l’idée que les guerres sont rares, courtes et localisées. Que les stocks sont suffisants pour un conflit à la fois. Que la dissuasion fonctionne assez bien pour que les missiles restent dans leurs silos.
Faisons le calcul que les communiqués officiels évitent soigneusement. Un intercepteur Patriot PAC-3 coûte environ 4 millions de dollars. Un SM-6, environ 4,3 millions. Même en prenant une moyenne basse de 1 million par intercepteur — ce qui est extrêmement conservateur — 800 missiles représentent 800 millions de dollars. En trois jours. À la moyenne haute : 3,2 milliards de dollars. En soixante-douze heures. C’est plus que certains paquets d’aide à l’Ukraine qui ont nécessité des mois de débat au Congrès. Des mois de négociations. Des mois de blocage partisan. Pour des montants inférieurs à ce qui vient d’être dépensé en un week-end.
Mars 2026 démontre la vérité brutale. Deux théâtres d’opérations simultanés. Des stocks qui fondent. Des promesses impossibles à tenir. Et une machine industrielle de défense qui n’a jamais été conçue pour ce tempo. Le budget annuel de l’aide militaire américaine à l’Ukraine fait l’objet de batailles politiques féroces. Chaque milliard est scruté, débattu, conditionné. Et en trois jours, sans débat, sans vote, sans opposition, l’équivalent de plusieurs paquets d’aide ukrainiens part en fumée au-dessus du Moyen-Orient. La différence n’est pas financière. Elle est politique. Elle est morale. Elle est existentielle.
La leçon de mars 2026 : ce que cette semaine dit de nous
Le miroir que personne ne veut regarder
Cette semaine n’est pas une anomalie. C’est un révélateur. Un miroir tendu à l’Occident tout entier. Nous avons passé trois ans à dire à l’Ukraine que nous étions à ses côtés. Que notre soutien était indéfectible. Que les valeurs démocratiques n’avaient pas de prix.
Et puis cette semaine est arrivée. Et le prix est apparu. 800 missiles. Trois jours. Pour quelqu’un d’autre.
L’Ukraine n’a pas perdu le soutien occidental. Elle n’a jamais vraiment eu la totalité de ce soutien. Elle a eu des promesses. Des engagements conditionnels. Des livraisons au compte-gouttes. Des F-16 sans missiles. Des systèmes Patriot en quantité insuffisante. Et maintenant, la preuve que les moyens existaient — mais pour quelqu’un d’autre.
Ce n’est pas l’Ukraine qui devrait avoir honte. Ce n’est pas Zelensky qui devrait baisser les yeux en présentant ces chiffres. C’est nous. C’est l’Occident collectif qui devrait se regarder dans le miroir de ces 800 missiles et se demander : quand avons-nous décidé que la vie d’un Ukrainien valait moins qu’un intercepteur?
Ce qui reste après les chiffres
Les chiffres passeront. Les gros titres changeront. Le Moyen-Orient occupera les écrans pendant quelques semaines, puis autre chose prendra le relais. C’est le cycle médiatique. C’est la mécanique de l’oubli.
Mais à Pokrovsk, les obus continueront de tomber. À Kostiantynivka, les assauts continueront. Les pilotes ukrainiens continueront de voler avec des canons rotatifs en attendant des missiles qui ne viennent pas. Et dans un hangar en Belgique, un F-16 continuera d’attendre une date de livraison que personne n’a jamais fixée.
Et c'est peut-être ça, la vérité finale
Le constat qui restera
800 contre zéro. Trois jours contre trois ans. Le Moyen-Orient contre l’Ukraine. Les chiffres ne mentent pas. Les discours, si.
Ce que cette semaine a démontré, c’est que le problème n’a jamais été les stocks. N’a jamais été la logistique. N’a jamais été la production industrielle. Le problème, depuis le début, c’est la volonté. Et la volonté est sélective. Elle a une géographie. Elle a des préférences. Elle a un prix — que certains peuples paient en vies pendant que d’autres le paient en dollars.
Il y a trois ans, l’Ukraine a cru aux promesses de l’Occident. Cette semaine, elle a vu ces promesses s’envoler — littéralement — au-dessus d’un autre continent. 800 missiles. En trois jours. Et c’est peut-être ça, la leçon la plus cruelle de cette guerre : on ne choisit pas ses alliés. Ce sont eux qui choisissent quand ils le sont vraiment.
Pour ceux qui tiennent encore
À Pokrovsk, un soldat ukrainien se prépare pour le 25e assaut de la journée. Il n’a pas de F-16 au-dessus de lui. Pas d’intercepteur Patriot pour protéger sa position. Pas de système Merops contre les drones qui arrivent par milliers.
Il a ses armes. Ses camarades. Et la conviction que ce qu’il défend mérite d’être défendu — même quand ceux qui ont promis de l’aider regardent ailleurs.
Surtout quand ils regardent ailleurs.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique, pas un article de presse factuel. Il exprime le point de vue personnel de Maxime Marquette, chroniqueur indépendant. L’auteur n’est pas journaliste et ne prétend pas à la neutralité journalistique. Cette chronique adopte une perspective critique envers la disparité du soutien occidental entre l’Ukraine et le Moyen-Orient, et dénonce les promesses non tenues des alliés européens.
Méthodologie et sources
Les faits présentés proviennent de sources ouvertes vérifiables : Kyiv Independent, Defence-ua, Ukrinform, Military Times. Les chiffres sur les coûts des intercepteurs sont basés sur les estimations publiques du Département de la Défense américain et de sources industrielles. Les déclarations des responsables belges et des officiels américains sont documentées et vérifiables. Le chroniqueur s’engage à corriger toute erreur factuelle portée à sa connaissance.
Nature de l’analyse
Les interprétations, comparaisons et conclusions tirées des faits relèvent de l’analyse éditoriale et de l’opinion du chroniqueur. Elles ne représentent pas une vérité absolue mais une lecture argumentée de l’actualité. Le lecteur est invité à consulter les sources citées pour se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Plus de 800 missiles Patriot utilisés au Moyen-Orient en 3 jours, plus qu’en Ukraine depuis 2022, selon Zelensky
Defence-ua — La Belgique a promis 30 F-16 à l’Ukraine mais n’en a livré aucun en trois ans
Sources secondaires
Kyiv Independent — Les États-Unis envisagent de lever les sanctions sur le pétrole russe pour combler la pénurie mondiale
Military Times — Les États-Unis envoient le système anti-drone Merops au Moyen-Orient après utilisation réussie en Ukraine
Kyiv Independent — L’Ukraine frappe un stockage de drones Shahed dans le Donetsk avec des missiles SCALP et ATACMS
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