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Chronique : Kharkiv, 7 mars — une fille de 13 ans sous les décombres, et le monde qui scrolle
Crédit: Adobe Stock

L’âge de l’innocence fracassée

Treize ans. On ne sait presque rien d’elle encore. Pas son prénom public. Pas sa photo. Pas le nom de son école. On sait qu’elle avait treize ans. On sait qu’elle vivait dans cet immeuble. On sait qu’un missile balistique russe l’a ensevelie sous des tonnes de béton armé. C’est tout. Et c’est déjà trop. Treize ans, c’est l’âge où l’on découvre qu’on peut être quelqu’un. Où l’on écrit son nom en majuscules sur la couverture de ses cahiers. Où l’on rêve d’un futur qu’on commence à peine à imaginer. Elle n’aura pas ce futur. Le missile Izdeliye-30 en a décidé autrement.

À Kharkiv, les enfants connaissent le bruit des sirènes d’alerte aérienne avant de connaître les paroles de leur chanson préférée. Ils savent descendre au sous-sol en moins de deux minutes. Ils savent s’allonger au sol quand le sol tremble. Mais contre un missile balistique qui frappe sans avertissement, il n’y a pas de protocole. Il n’y a pas de temps. Il y a le silence d’avant. Et le silence d’après. Entre les deux, une fraction de seconde qui efface une vie entière.

Les autres enfants — ceux qui ont survécu

Parmi les dix blessés, trois sont des enfants. Six ans. Onze ans. Dix-sept ans. Des âges qui dessinent une enfance complète, de la maternelle à la fin du lycée. Le gamin de six ans ne comprend probablement pas encore ce qui s’est passé. La fille de dix-sept ans comprend trop bien. L’enfant de onze ans est entre les deux, dans cette zone grise où la terreur se mêle à la confusion. Les hôpitaux de Kharkiv les ont pris en charge. Les médecins soignent les blessures visibles. Pour les autres, celles qui ne saignent pas, il faudra des années.

Et pourtant, demain matin, si les sirènes le permettent, d’autres enfants de Kharkiv iront à l’école. Ils passeront peut-être devant les ruines de cet immeuble. Ils verront les rubans de sécurité, les fleurs déposées au sol, la poussière qui refuse de retomber. Ils accéléreront le pas. Ils ne diront rien. Parce qu’à Kharkiv, les enfants ont appris à ne rien dire.

Un enfant de six ans dans un hôpital de Kharkiv. Un enfant de six ans qui a survécu à un missile balistique. Dans quel monde cette phrase est-elle devenue normale?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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