Anatomie d’une mise à mort chirurgicale
La frégate Admiral Essen est un navire de classe Admiral Grigorovich. 3 860 tonnes en charge complète. 124,8 mètres de long. Vitesse maximale : 30 noeuds. Armement principal : huit missiles de croisière Kalibr — les mêmes missiles qui s’abattent sur les infrastructures civiles ukrainiennes depuis février 2022.
Ce n’est pas la première fois que l’Admiral Essen encaisse un coup. Le 2 avril 2022, il avait déjà été touché à Sébastopol par des missiles Neptune. Mais cette fois, la frappe a été dévastatrice. La superstructure centrale a été percée. Le système de guerre électronique TK-25 est hors service. Les radars de conduite de tir MR-90 Orekh sont endommagés. Le radar de surveillance Fregat-M2M ne fonctionne plus. Les lanceurs de leurres PK-10 ont détoné sous l’impact.
Selon des sources du SBU confirmées par des analystes OSINT, la frégate Admiral Essen ne peut plus tirer de missiles Kalibr.
Quand un navire de guerre ne peut plus tirer, ce n’est plus un navire de guerre. C’est une cible flottante de 3 860 tonnes qui attend la prochaine frappe. Et la prochaine frappe viendra.
Huit missiles Kalibr de moins dans l’arsenal de la terreur
Chaque missile Kalibr tiré depuis l’Admiral Essen pouvait parcourir plus de 250 kilomètres le long d’une trajectoire complexe. Chaque missile pouvait frapper un hôpital, une école, un immeuble résidentiel. La frégate a participé à des dizaines de salves contre des cibles civiles ukrainiennes depuis le début de l’invasion.
Neutraliser l’Admiral Essen, ce n’est pas seulement endommager un navire. C’est retirer huit tubes lance-missiles de l’équation. C’est des vies ukrainiennes sauvées. Des immeubles qui resteront debout. Des enfants qui dormiront ce soir sans que le ciel leur tombe sur la tête.
Valentin Pikul : le dragueur qui ne draguera plus
Un navire auxiliaire devenu symbole
Le Valentin Pikul est un dragueur de mines. Sa mission : nettoyer les eaux pour que les navires de combat puissent manoeuvrer en sécurité. Sans dragueur, la flotte navigue à l’aveugle dans des eaux potentiellement minées.
La frappe du 2 mars a sérieusement endommagé le navire. Le SBU a confirmé les dégâts. Et derrière ce fait technique se cache une réalité stratégique que peu de commentateurs soulignent : la Russie ne peut pas remplacer ce navire. Pas rapidement. Pas dans les conditions actuelles de sanctions et de pression sur l’industrie navale russe.
Quand on perd un dragueur de mines, on ne perd pas seulement un bateau. On perd la capacité de protéger tous les autres. C’est le maillon faible qui fait s’effondrer toute la chaîne.
Le Yeysk et le Kasimov : deux navires anti-sous-marins neutralisés
Les navires Yeysk et Kasimov sont des patrouilleurs anti-sous-marins. Leur rôle : détecter et neutraliser les menaces sous-marines. Ils ont tous les deux subi des dommages graves lors de la même frappe.
L’ironie est brutale. Ces navires sont conçus pour chasser les drones sous-marins. Et ils ont été frappés par des drones aériens. La marine russe se préparait à la mauvaise guerre. Elle regardait sous l’eau pendant que la menace venait du ciel.
Le cimetière de la mer Noire : l'inventaire des pertes
Plus de 26 navires détruits ou endommagés
Depuis février 2022, l’Ukraine a coulé, endommagé ou neutralisé plus de 26 navires de la flotte russe de la mer Noire. Ce chiffre est sans précédent dans l’histoire navale moderne.
La liste est un catalogue de l’humiliation. Le croiseur Moskva — navire amiral de la flotte — coulé le 14 avril 2022 par deux missiles Neptune ukrainiens. Il a fallu quatre ans à la Russie pour admettre officiellement que l’Ukraine l’avait coulé. Quatre ans de déni officiel. Le navire d’assaut amphibie Saratov, détruit à Berdiansk en mars 2022. Le Tsezar Kunikov, coulé en février 2024 au large de la Crimée. Le Novocherkassk, détruit par une frappe de missile de croisière en décembre 2023.
Et en décembre 2025, un drone sous-marin Sea Baby a neutralisé un sous-marin de classe Kilo — le Varshavyanka — directement au quai de Novorossiysk.
Un pays sans marine propre a détruit le tiers de la flotte de la deuxième puissance navale autoproclamée du monde. Avec des drones. Des drones fabriqués dans des garages et des ateliers. David n’a même pas eu besoin d’une fronde. Il a utilisé un jouet télécommandé.
La spirale de la mort navale
Les analystes de 19FortyFive décrivent la situation de la flotte russe comme une spirale de la mort. Le terme n’est pas exagéré. Chaque navire perdu augmente la vulnérabilité des navires restants. Moins de navires signifie moins de couverture anti-aérienne. Moins de couverture signifie plus de frappes réussies. Plus de frappes signifie moins de navires.
La boucle est implacable. Et la Russie ne peut pas la briser. Ses chantiers navals sont sous sanctions. Ses composants électroniques sont introuvables. La construction d’une frégate prend des années. La destruction par drone prend des minutes.
Novorossiysk : anatomie du dernier bastion
Un port qui n’a jamais été conçu pour ça
Novorossiysk est le plus grand port commercial de Russie. Par lui transitent le pétrole, le blé, les métaux, les matières premières qui alimentent l’économie de guerre de Moscou. Le terminal pétrolier de Sheskharis est l’un des points névralgiques de l’exportation d’hydrocarbures russes.
La Russie a investi massivement dans la transformation du port en base navale. Les travaux, commencés en 2005, ont été achevés en 2022 — un mois avant l’invasion. Nouveaux quais. Installations sous-marines. Quartier général. Bâtiments d’entraînement. Stockage spécialisé. Tout était prêt pour accueillir le gros de la flotte sous-marine de la mer Noire.
Et pourtant. Tout ce béton, tout cet acier, toute cette planification n’a pas empêché des drones de la taille d’un jet-ski de transformer le port en zone de guerre.
La Russie a dépensé des milliards pour construire une forteresse navale. L’Ukraine a dépensé des millions pour la rendre inhabitable. Le ratio coût-efficacité est si déséquilibré qu’il en devient presque comique. Presque.
Le piège du double usage
Novorossiysk est à la fois port militaire et port commercial. Cette dualité, censée être un avantage, est devenue un cauchemar stratégique. Quand les drones ukrainiens frappent les installations militaires, ils touchent aussi les infrastructures pétrolières. Six des sept bras de chargement du terminal Sheskharis ont été endommagés lors de la frappe du 2 mars.
Chaque frappe sur Novorossiysk fait double mal : elle affaiblit la flotte et elle coupe le robinet pétrolier. L’Ukraine ne vise pas seulement les navires. Elle vise le portefeuille qui finance la guerre.
Le S-500 sacrifié : le prix du désespoir
Un radar de 200 millions de dollars perdu en Crimée
Le renseignement militaire ukrainien a diffusé une vidéo montrant la destruction d’un radar 98L6 Yenisei en Crimée. Les analystes OSINT ont corrigé l’identification initiale : ce n’était pas un composant du système S-400. C’était un élément du S-500 — le système de défense antimissile le plus avancé de Russie, conçu pour intercepter des missiles balistiques intercontinentaux.
Le S-500 est l’arme de dernier recours de la défense aérienne russe. Son radar 98L6 Yenisei est une pièce rare, produite en quantités limitées. Et Moscou a décidé de l’envoyer en Crimée pour combler les trous laissés par les dizaines de radars détruits par les frappes de drones ukrainiens au cours de l’année écoulée.
Imaginez. Vous avez un système conçu pour arrêter des missiles nucléaires intercontinentaux. Et vous l’envoyez en Crimée pour essayer — essayer — de contrer des drones qui coûtent le prix d’une voiture d’occasion. Ce n’est pas de la stratégie. C’est de la panique.
La Russie comble ses trous avec de l’or
Le déploiement du S-500 en Crimée révèle deux réalités que Moscou préférerait cacher. Premièrement : la Russie a perdu tellement de systèmes de défense aérienne en Crimée qu’elle doit puiser dans ses réserves stratégiques — celles destinées à protéger Moscou elle-même contre une attaque nucléaire. Deuxièmement : même ses systèmes les plus avancés ne sont pas à l’abri.
Le radar 98L6 Yenisei avait déjà été ciblé en août 2025. Cette première attaque avait causé des dégâts minimes — la tête du drone avait explosé à proximité sans toucher directement la cible. Mais les Ukrainiens ont appris. Ils sont revenus. Et cette fois, ils n’ont pas raté.
Et pourtant. La Russie ne peut pas remplacer ce radar. Pas facilement. Pas rapidement. La production est limitée. Les composants sont rares. Et chaque radar perdu en Crimée est un radar de moins pour protéger les sites stratégiques du territoire russe.
La révolution des drones navals
Le Sea Baby : l’arme qui a tout changé
En octobre 2025, le SBU a dévoilé la nouvelle génération du drone naval Sea Baby. Les chiffres donnent le vertige. Portée : 1 500 kilomètres, contre 1 000 pour la version précédente. Charge utile : 2 000 kilogrammes. Système de ciblage assisté par intelligence artificielle. Capacité de lancer des drones aériens d’attaque depuis la surface de l’eau. Lance-roquettes multiples. Tourelles de mitrailleuses stabilisées. Système d’autodestruction multicouche pour empêcher la capture.
Ce n’est plus un bateau piégé. C’est un navire de guerre autonome. La révolution est complète.
L’Ukraine n’avait pas de marine. Alors elle en a inventé une. Pas avec des frégates et des destroyers. Avec des drones qui coûtent une fraction du prix et qui frappent avec une précision que les amiraux russes n’avaient pas anticipée. L’avenir de la guerre navale ne se construit pas dans les chantiers navals. Il se construit dans des ateliers de startups.
De l’arme jetable à la flotte robotisée
L’évolution est spectaculaire. Les premiers drones navals ukrainiens étaient des embarcations suicides — des jet-skis chargés d’explosifs lancés vers une cible. La nouvelle génération est réutilisable. Les Sea Baby opèrent désormais en escadrons de 10 à 20 unités, avec une répartition des tâches : reconnaissance, assaut direct, guerre électronique, leurre.
Le SBU parle déjà de vendre ces systèmes à des partenaires internationaux. L’Ukraine n’est plus seulement un utilisateur innovant. Elle est devenue un exportateur potentiel de technologie navale de rupture. Un pays en guerre qui invente le futur de la guerre navale en temps réel.
La mer Noire n'appartient plus à Moscou
Le contrôle effectif a changé de mains
Il y a trois ans, la flotte russe de la mer Noire imposait un blocus sur les ports ukrainiens. Les exportations de céréales étaient bloquées. Le monde entier craignait une crise alimentaire. La marine russe dominait chaque kilomètre carré de ces eaux.
Aujourd’hui, les navires de guerre russes ne sortent pratiquement plus du port. Le corridor céréalier ukrainien fonctionne. Les navires commerciaux transitent. La Russie a perdu le contrôle effectif de la mer Noire sans qu’un seul navire de guerre occidental n’ait tiré un coup de feu.
Relisez cette phrase. Un pays sans marine a brisé un blocus naval imposé par une superpuissance nucléaire. Sans alliés sur l’eau. Sans sous-marins. Sans destroyers. Avec des drones et du courage. Les manuels de guerre navale vont devoir être réécrits.
Le précédent qui terrifie les amiraux du monde entier
Les analystes du US Naval Institute ont publié une étude en septembre 2025 intitulée « Les échecs russes en mer Noire sont des leçons pour la mer de Chine méridionale ». Le message est limpide et alarmant. Ce que l’Ukraine fait à la Russie en mer Noire, n’importe quel pays doté de drones navals pourrait le faire à n’importe quelle marine conventionnelle.
Les porte-avions de 12 milliards de dollars. Les destroyers de 2 milliards. Les sous-marins nucléaires de 5 milliards. Tous vulnérables à des essaims de drones qui coûtent quelques centaines de milliers de dollars pièce.
Et pourtant. Les grandes marines du monde continuent de construire des mastodontes. La leçon de la mer Noire est là, écrite dans l’acier tordu et les coques percées. Mais les complexes militaro-industriels préfèrent les contrats de milliards aux vérités de millions.
La stratégie ukrainienne : le patient qui saigne
Une guerre d’attrition navale asymétrique
L’Ukraine ne cherche pas à couler la flotte russe d’un seul coup. Elle la saigne. Méthodiquement. Un navire à la fois. Un radar à la fois. Un quai de chargement pétrolier à la fois.
La stratégie est brillante dans sa simplicité. Chaque frappe force la Russie à dépenser des ressources disproportionnées en défense. Chaque navire endommagé mobilise des équipes de réparation qui manquent déjà de pièces détachées. Chaque radar détruit oblige Moscou à puiser dans ses réserves stratégiques. Le ratio d’échange est dévastateur : un drone de quelques centaines de milliers de dollars contre un navire de plusieurs centaines de millions.
La Russie perd cette guerre navale non pas parce qu’elle manque de navires — quoique, ça aussi — mais parce que chaque navire qu’elle perd lui coûte infiniment plus que l’arme qui l’a détruit. C’est la définition même de l’insoutenabilité.
Frapper le portefeuille en même temps que la flotte
L’attaque du 2 mars sur Novorossiysk illustre la double logique ukrainienne. Les drones ne visaient pas seulement les navires. Ils visaient le terminal pétrolier de Sheskharis. Six des sept bras de chargement hors service. Des millions de dollars de revenus pétroliers bloqués. Le pétrole qui ne coule plus, ce sont des armes qui ne seront pas achetées. Des missiles qui ne seront pas fabriqués. Des soldats qui ne seront pas payés.
Novorossiysk est le point de convergence parfait : base navale et artère économique. Chaque frappe fait double dommage. L’Ukraine l’a compris. Et elle frappe. Encore. Et encore.
Les leçons que personne ne veut entendre
La fin de la guerre navale conventionnelle
Ce qui se passe en mer Noire n’est pas un accident. C’est un changement de paradigme. La guerre navale conventionnelle — celle des cuirassés, des porte-avions, des flottes massives — est en train de mourir. Et elle meurt de la même manière que la cavalerie est morte face aux mitrailleuses en 1914.
La mer Noire est le laboratoire de cette transformation. Chaque frappe de drone ukrainien est une donnée expérimentale. Chaque navire coulé est une preuve de concept. Les marines du monde entier regardent. Certaines comprennent. La plupart détournent le regard.
Les amiraux qui commandent des flottes de surface massives feraient bien de regarder ce qui se passe à Novorossiysk. Non pas comme un fait divers lointain, mais comme un aperçu de leur propre avenir. L’océan n’est plus un sanctuaire. Il est devenu un terrain de chasse.
L’asymétrie comme doctrine
L’Ukraine a prouvé qu’on n’a pas besoin d’une marine pour gagner une guerre navale. On a besoin d’innovation, de courage, et d’une volonté de réécrire les règles. Les Sea Baby avec leur IA embarquée, leurs essaims coordonnés, leurs capacités de reconnaissance autonome — c’est la réponse du XXIe siècle aux flottes du XXe.
Le US Naval Institute l’a reconnu dans ses Proceedings de mai 2025 : l’Ukraine a construit une marine technologique, étape par étape, en pleine guerre. « Step by Step, Ukraine Built a Technological Navy », titre l’article. Chaque mot compte.
Ce que Moscou ne peut pas remplacer
L’industrie navale russe sous perfusion
La Russie ne peut pas remplacer ses pertes. C’est le fait central que toute l’analyse géostratégique sur la mer Noire doit intégrer. Les chantiers navals russes sont sous sanctions occidentales. Les composants électroniques nécessaires aux systèmes de combat sont introuvables sur les marchés auxquels Moscou a encore accès. La construction d’une frégate de classe Admiral Grigorovich prend trois à cinq ans dans des conditions normales.
Les conditions ne sont pas normales.
Le chantier naval de Yantar à Kaliningrad, qui a construit l’Admiral Essen, fonctionne au ralenti. Les pièces détachées sont rationnées. Les turbines à gaz ukrainiennes — oui, ukrainiennes — qui propulsaient les frégates russes ne sont évidemment plus disponibles depuis 2014.
Voilà l’ironie ultime. Les navires que la Russie a utilisés pour attaquer l’Ukraine étaient propulsés par des turbines fabriquées en Ukraine. Quand Kyiv a coupé les livraisons en 2014, Moscou n’a jamais réussi à produire un remplacement fiable. L’empire ne pouvait même pas faire flotter ses navires sans l’aide de sa victime.
Le déficit qui ne se comble pas
Chaque radar S-500 perdu en Crimée est un radar de moins pour protéger Moscou. Chaque système Pantsir détruit est un système de moins sur le front terrestre. Chaque frégate neutralisée est une plateforme de missiles de moins pour terroriser les civils ukrainiens.
La Russie ne perd pas seulement des navires. Elle perd sa capacité de projection de force en mer Noire. Elle perd sa défense aérienne en Crimée. Elle perd ses revenus pétroliers à Novorossiysk. Et elle perd tout cela simultanément, face à un adversaire qui dépense cent fois moins pour chaque coup porté.
L'avenir écrit dans les eaux noires
Ce qui vient ensuite
L’état-major ukrainien ne va pas s’arrêter. Les capacités de frappe s’améliorent à chaque cycle. Les drones deviennent plus rapides, plus précis, plus difficiles à intercepter. Les essaims deviennent plus grands. L’intelligence artificielle embarquée devient plus sophistiquée.
Le SBU a déclaré sans ambiguïté : « Il n’y a pas de zones sûres pour les installations militaires russes. » Ce n’est pas une menace en l’air. C’est un constat opérationnel vérifié à chaque frappe.
Il reste combien de navires opérationnels dans la flotte de la mer Noire? La question elle-même est devenue absurde. Le vrai décompte n’est plus celui des navires qui restent. C’est celui des navires qui osent encore sortir du port. Et ce nombre tend vers zéro.
La Crimée, trou noir de la défense russe
La perte du radar S-500 en Crimée cristallise toute la situation. La Russie a envoyé son système le plus avancé — conçu pour intercepter des missiles nucléaires — pour essayer de protéger une péninsule qu’elle contrôle de moins en moins. Et ce système a été détruit.
La Crimée est devenue un trou noir pour les ressources militaires russes. Tout ce qui y est envoyé finit endommagé ou détruit. Mais Moscou ne peut pas abandonner la Crimée — c’est le joyau symbolique de l’annexion de 2014. Alors la Russie continue d’y envoyer du matériel. Et l’Ukraine continue de le détruire.
Et pourtant. Moscou persiste. Parce que reconnaître que la Crimée est indéfendable, c’est reconnaître que toute la guerre repose sur un mensonge stratégique.
Le vrai bilan : ce que la mer Noire raconte du reste
Un miroir de la guerre terrestre
Ce qui se passe en mer Noire est un microcosme de toute la guerre. La même arrogance initiale. La même sous-estimation de l’adversaire. La même incapacité à s’adapter. Les mêmes pertes irremplaçables. La même fuite en avant.
Sur terre, la Russie sacrifie des centaines de milliers d’hommes pour avancer de quelques kilomètres. En mer, elle sacrifie des navires irremplaçables pour maintenir l’illusion d’une présence navale. Le schéma est identique. Le résultat sera identique.
La flotte de la mer Noire est le miroir le plus fidèle de la machine de guerre russe. Elle montre ce qui arrive quand la brutalité rencontre l’intelligence. Quand la masse rencontre la précision. Quand le XXe siècle rencontre le XXIe. Le résultat est toujours le même. L’avenir gagne.
La question que personne ne pose
À quel moment la Russie admettra-t-elle qu’elle a perdu la mer Noire? Pas militairement — les faits sont là. Mais politiquement. À quel moment le Kremlin reconnaîtra-t-il que sa flotte de la mer Noire n’est plus qu’une collection de cibles embouteillées dans un port qui brûle?
La réponse, probablement : jamais. Parce que reconnaître la défaite navale, c’est reconnaître que l’Ukraine — le pays que Poutine ne considère même pas comme un État légitime — a infligé à la Russie la plus grande humiliation navale depuis Tsushima en 1905.
Tsushima 2.0 : l'histoire qui bégaie
1905 : quand le Japon a humilié l’empire russe
En 1905, la flotte russe de la Baltique a traversé la moitié du globe pour affronter la marine impériale japonaise dans le détroit de Tsushima. Le résultat : 21 navires russes coulés. 4 830 marins tués. 6 106 capturés. La Russie a perdu les deux tiers de sa flotte en deux jours. L’humiliation a contribué à déclencher la révolution de 1905.
En 2026, la mer Noire rejoue le même scénario. Pas en deux jours — en quatre ans. Pas face à une grande puissance navale — face à un pays qui n’avait pas de marine. L’humiliation est différente dans sa forme. Elle est identique dans sa substance. Et elle est plus profonde.
L’histoire ne se répète pas exactement. Mais elle rime. Et la rime entre Tsushima et la mer Noire est si parfaite qu’elle en devient glaçante. Deux fois en un siècle, la Russie a perdu une flotte entière par arrogance. La première fois, elle a déclenché une révolution. La deuxième fois, le monde regarde en silence.
Les leçons que Moscou refuse d’apprendre
Après Tsushima, la Russie a reconstruit sa marine. Il a fallu des décennies. Après la mer Noire, la reconstruction sera encore plus difficile. Les sanctions sont là. La technologie a changé. Les drones ne vont pas disparaître — ils vont se multiplier.
La grande différence entre 1905 et 2026 : à Tsushima, la Russie a au moins eu le courage d’envoyer sa flotte au combat. En mer Noire, ses navires n’osent même plus sortir du port. Ce n’est pas une défaite navale. C’est une capitulation navale au ralenti.
Ce qui reste quand les navires coulent
Le résidu d’une guerre navale sans précédent
Novorossiysk brûle. Les navires rouillent. Les marins meurent. Et quelque part sur la côte ukrainienne, des ingénieurs programment le prochain essaim de drones.
La flotte russe de la mer Noire n’a plus nulle part où se cacher. Ce n’est pas une métaphore. C’est une réalité géographique, stratégique et technologique. Sébastopol est devenu trop dangereux. Novorossiysk est devenu trop dangereux. Il n’y a pas de troisième port.
Le SBU l’a dit : il n’y a pas de zones sûres. Et chaque mois qui passe prouve qu’ils avaient raison.
Et c’est peut-être ça, la vérité finale de cette guerre navale. Pas les chiffres. Pas les noms de navires. Pas les spécifications techniques. Mais cette réalité simple et brutale : un pays qu’on voulait rayer de la carte a retourné l’océan contre son agresseur. Et l’agresseur n’a plus nulle part où fuir.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce texte est une chronique d’opinion, pas un reportage factuel neutre. L’auteur, Maxime Marquette, est chroniqueur — pas journaliste. Il n’est membre d’aucun ordre professionnel de journalistes et n’est pas soumis aux obligations de neutralité qui s’y rattachent. Ce texte assume une perspective pro-ukrainienne dans le contexte d’une guerre d’agression menée par la Russie, telle que qualifiée par les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies.
Méthodologie et sources
Les faits rapportés proviennent de sources ouvertes : médias ukrainiens et internationaux reconnus, analyses OSINT, publications d’instituts de défense, déclarations officielles du SBU et de l’état-major ukrainien. Les chiffres de pertes navales russes sont corroborés par plusieurs sources indépendantes. Les spécifications techniques des navires et systèmes d’armes proviennent de bases de données militaires accessibles au public. Certaines informations provenant de sources ukrainiennes n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Nature de l’analyse
Les interprétations stratégiques, les projections et les jugements de valeur exprimés dans ce texte engagent uniquement leur auteur. Ils s’appuient sur les faits vérifiables cités en sources mais reflètent une lecture subjective de la situation. Le lecteur est invité à consulter les sources et à former son propre jugement. Ce texte a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle Claude (Anthropic) comme outil d’écriture.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Ukraine hit 4 Russian ships, killed 3 sailors in March 2 attack on Black Sea port, SBU source says
Kyiv Independent — Ukraine’s General Staff confirms damage to two Russian Black Sea Fleet ships in Novorossiysk
Defence-UA — Ukrainian Strike on Novorossiysk: Admiral Essen Frigate, Valentin Pikul Minesweeper, Two More Russian Vessels Damaged
Euromaidan Press — Russia’s frigate Admiral Essen can no longer fire Kalibr missiles after Ukrainian strike, SBU sources confirm
Sources secondaires
Maritime Executive — Ukrainian Strike on Novorossiysk Also Damaged Russian Warships
Euromaidan Press — Ukraine hits five Russian warships, S-300, Pantsir, and six oil berths in one Novorossiysk night raid
Ukrinform — Ukraine’s forces hit Russian minesweeper, two warships in Novorossiysk port attack
19FortyFive — Black Sea Retreat: The Russian Navy Is Stuck in a ‘Death Spiral’ Collapse
US Naval Institute Proceedings — Russia’s Black Sea Failures Are Lessons for the South China Sea
US Naval Institute Proceedings — Step by Step, Ukraine Built a Technological Navy
Euronews — Ukraine unveils upgraded ‘Sea Baby’ drone it says can strike anywhere in the Black Sea
Ukrainska Pravda — Ukrainian strike damages Russian vessels and oil facilities in Novorossiysk
Atlantic Council — Ukraine is shaping the future of drone warfare at sea as well as on land
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.