L’offensive de printemps que Moscou préparait dans l’ombre
L’ISW révèle un élément crucial : les VDV — les forces aéroportées russes, l’élite du dispositif militaire — avaient déjà été redéployées vers le sud de l’Ukraine en janvier 2026. Avant même que les contre-attaques ukrainiennes ne commencent. Cela signifie que le commandement militaire russe planifiait activement une exploitation des succès tactiques obtenus dans la direction de Houliaipolé pour le printemps et l’été 2026.
L’objectif probable : percer les fortifications défensives ukrainiennes — ce que l’on appelle la Fortress Belt, la ceinture de forteresses que l’Ukraine a patiemment construite. Une percée dans cette zone aurait pu changer la dynamique de toute la campagne dans le sud. Elle aurait offert à Moscou un accès vers des territoires plus profonds, plus stratégiques, plus difficiles à reprendre.
Le spoiler ukrainien
Mais l’Ukraine n’a pas attendu. Les contre-attaques de février 2026 ont fait exactement ce qu’elles devaient faire : désorganiser les préparatifs russes et générer ce que les analystes appellent des effets de perturbation — des spoiling effects — contre l’offensive anticipée. En clair : quand vous forcez l’ennemi à utiliser ses réserves offensives pour défendre, il ne peut plus attaquer.
Le président Volodymyr Zelensky a confirmé dans une interview au Corriere della Sera, publiée le 3 mars, que les forces de défense ukrainiennes avaient reconquis 460 kilomètres carrés depuis le début de 2026. Dans la direction de Zaporizhzhia, les troupes ukrainiennes ont avancé de 9,5 kilomètres en une semaine — effaçant près de la moitié des gains que la Russie avait mis des mois à obtenir.
Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans cette mécanique. La Russie a passé des semaines à préparer une offensive de printemps. L’Ukraine a passé des semaines à la démanteler avant même qu’elle ne commence. Ce n’est pas de la chance. C’est du renseignement, de la planification et du courage.
Le dilemme impossible du commandement russe
Quand attaquer partout revient à défendre nulle part
L’ISW pose un diagnostic qui devrait alarmer les stratèges du Kremlin — s’il en reste qui osent dire la vérité à Vladimir Poutine. Le commandement militaire russe fait face à des dilemmes concurrents en tentant de mener des efforts offensifs simultanés sur plusieurs secteurs, le tout encore compliqué par les contre-offensives ukrainiennes.
Le redéploiement du 68e Corps d’armée depuis l’oblast de Donetsk vers les oblasts de Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia illustre parfaitement ce piège. Chaque unité envoyée dans le sud est une unité retirée de Pokrovsk. Chaque renforcement défensif dans le sud est un affaiblissement offensif dans le Donbas. La couverture est trop courte. Le lit est trop grand.
L’arithmétique qui ne pardonne pas
Les chiffres racontent une histoire impitoyable. Selon les données ukrainiennes confirmées par des sources OSINT, la Russie perd entre 35 000 et 40 000 soldats par mois depuis fin 2025. En janvier 2026, ce sont 31 700 soldats russes qui ont été éliminés. Le recrutement russe, lui, plafonne à environ 34 000 recrues par mois. Le calcul est simple : la Russie perd plus d’hommes qu’elle n’en recrute. Et pourtant, le Kremlin continue de prétendre que tout va selon le plan.
En 2025, la Russie a perdu environ 415 000 soldats — tués ou blessés. Une moyenne de 35 000 par mois. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Chaque unité retirée de Pokrovsk pour être envoyée dans le sud arrive déjà épuisée, sous-effectif, avec des conscrits qui n’ont parfois que quelques semaines de formation. L’élite des VDV elle-même n’est plus l’élite qu’elle était.
Quand on déplace des pièces sur l’échiquier non pas parce qu’on a un plan, mais parce qu’on n’a plus le choix, on ne joue plus aux échecs. On joue à la survie. Et la Russie, sur ce front sud, joue à la survie.
Pokrovsk : le front qu'on déshabille
19 attaques en une journée — et pourtant, on retire des troupes
Le secteur de Pokrovsk reste l’un des plus actifs de toute la ligne de front. Le 7 mars, les forces russes ont lancé 19 attaques dans cette direction, visant Nouveau Donbas, Rodinske, Novooleksandrivka, Kotline, Udachne, Novomikolaivka, Novopidgorodne, Nikanorivka, Shevchenko, Pokrovsk et Gryshyne. Dix-neuf assauts. Sur un front dont on vient de retirer des unités entières.
À Gryshyne, les combats sont intenses. L’ennemi tente d’avancer vers le nord et le nord-ouest, élargissant sa zone de pénétration. La défense ukrainienne tient, mais la pression est réelle. Et pourtant, c’est précisément de ce secteur que le commandement russe a choisi de retirer le 68e Corps d’armée.
Le paradoxe de Serhiivka
Plus au sud de Pokrovsk, les forces russes poussent vers Serhiivka, près de la frontière administrative de l’oblast de Dnipropetrovsk. La zone grise s’élargit. L’ennemi sonde les défenses, cherche des failles. Mais la consolidation sur de nouvelles positions ne se produit pas encore. C’est le symptôme d’une force étirée au-delà de ses capacités : capable de presser, incapable de tenir.
Ce paradoxe est au coeur du dilemme russe. Pokrovsk est un objectif stratégique majeur — la ville est un noeud logistique crucial pour l’Ukraine. L’abandonner serait un cadeau stratégique pour Moscou. Et pourtant, c’est précisément de ce front que la Russie retire ses forces pour les envoyer dans le sud. Ce n’est plus une stratégie. C’est du triage.
Dix-neuf attaques en un jour sur un front qu’on déshabille. C’est comme jeter des allumettes dans un feu qu’on éteint avec l’autre main. La Russie ne combat plus une guerre. Elle combat l’arithmétique. Et l’arithmétique gagne toujours.
Kharkiv sous les bombes : 10 morts, dont deux enfants
Le missile qui a tué une institutrice et son fils
Dans la nuit du 6 au 7 mars 2026, la Russie a lancé un barrage massif contre l’Ukraine : 480 drones et 29 missiles. La cible officielle : les infrastructures énergétiques et les voies ferrées. La cible réelle : les civils.
À Kharkiv, un missile balistique a frappé un immeuble résidentiel de cinq étages. L’entrée entière s’est effondrée — du premier au cinquième étage. Dix personnes ont été tuées. Parmi elles, une institutrice d’école primaire et son fils, élève de deuxième année. Une fille de 13 ans et sa mère. Seize autres personnes ont été blessées. Dix-neuf immeubles résidentiels endommagés.
L’Izdeliye-30 et la pénurie de Patriot
Le bureau du procureur régional de Kharkiv a ouvert une enquête pour crimes de guerre. Les conclusions préliminaires indiquent que la Russie a utilisé un missile Izdeliye-30 — un missile de croisière de nouvelle génération. La défense aérienne ukrainienne a abattu 453 drones et 19 missiles. Mais 9 missiles et 26 drones ont atteint leurs cibles, frappant 22 sites à travers le pays.
L’ISW note un détail technique qui en dit long : ce barrage contenait une proportion de missiles balistiques plus élevée que la moyenne. Ce n’est pas un hasard. La Russie exploite la pénurie de systèmes Patriot de l’Ukraine — les seuls capables d’intercepter efficacement les missiles balistiques. Quand vos alliés vous promettent des systèmes de défense antiaérienne et que les livraisons prennent des mois, ce sont des instituteurs et des enfants qui paient la facture.
Elle s’appelait probablement Marina, ou Olga, ou Natalia. Elle corrigeait des cahiers la veille. Son fils avait un cartable et des rêves de deuxième année. Le lendemain matin, un missile balistique a transformé leur immeuble en tombeau. Voilà ce que signifie concrètement une « pénurie de systèmes Patriot ».
La riposte ukrainienne : ATACMS sur la base de Shahed
Frapper le serpent dans son nid
Pendant que Moscou bombardait des immeubles civils, l’Ukraine choisissait ses cibles avec une précision chirurgicale. Le matin du 7 mars, les forces de défense ukrainiennes ont frappé un site de stockage, de préparation et de lancement de drones Shahed près de l’aéroport international de Donetsk occupé.
Les armes utilisées : des missiles américains ATACMS et des missiles franco-britanniques SCALP (Storm Shadow). La frappe a provoqué un incendie massif et des détonations secondaires — signe que les explosifs stockés et les drones chargés en carburant ont été touchés. L’état-major ukrainien a publié la vidéo de la frappe.
La logique stratégique de la contre-frappe
Ce n’est pas une coïncidence si cette frappe a eu lieu le même jour qu’un barrage massif de 480 drones. L’Ukraine ne se contente pas d’intercepter les Shahed dans le ciel. Elle frappe les sites d’où ils partent. C’est une logique implacable : chaque base de lancement détruite, c’est des dizaines de frappes futures empêchées. Chaque drone calciné au sol, c’est un immeuble qui ne s’effondrera pas.
Au-delà de Donetsk, les forces ukrainiennes ont également détruit un point de contrôle de drones russes près de Dibrova dans la région de Louhansk et un poste d’observation et de commandement dans le secteur de Krouhljakivka dans la région de Kharkiv. L’Ukraine mène une campagne systématique contre l’infrastructure de frappe russe.
La Russie lance 480 drones en une nuit. L’Ukraine répond en détruisant l’endroit d’où ils décollent. C’est la différence fondamentale entre deux façons de faire la guerre : l’une vise des immeubles d’habitation, l’autre vise des installations militaires. Et c’est la Russie qui prétend être en légitime défense.
Borova : le front silencieux où l'Ukraine avance
Une avancée qui passe sous le radar
Pendant que les projecteurs sont braqués sur Pokrovsk, Zaporizhzhia et les frappes sur Kharkiv, l’ISW signale un développement que peu de médias ont relevé : les forces ukrainiennes ont récemment avancé près de Borova, dans la direction de Kharkiv.
Borova est un secteur où les forces russes avaient tenté de progresser au cours des dernières semaines. Le fait que l’Ukraine y avance maintenant illustre un schéma récurrent : là où la Russie a retiré des ressources pour renforcer d’autres secteurs, l’Ukraine exploite les failles. C’est le jeu du chat et de la souris à l’échelle d’un front de plus de 1 000 kilomètres.
Le front comme un organisme vivant
La ligne de front ukrainienne n’est pas une ligne statique sur une carte. C’est un organisme vivant, qui respire, qui réagit. Quand la Russie concentre ses forces à un endroit, une vulnérabilité apparaît ailleurs. Quand elle redéploie ses VDV vers le sud, Borova devient prenable. Quand elle envoie le 68e Corps d’armée vers Houliaipolé, Pokrovsk perd de sa pression.
C’est la malédiction de toute armée qui tente de tenir un front trop long avec des effectifs insuffisants. Napoléon l’a appris en Russie. Hitler l’a appris à Stalingrad. Et la Russie de Poutine est en train de l’apprendre en Ukraine.
L’avancée près de Borova est presque invisible dans le torrent d’informations quotidiennes. Et pourtant, elle raconte exactement la même histoire que le redéploiement du 68e Corps ou la destruction de la base de Shahed : une armée russe qui ne peut plus être partout à la fois, face à une armée ukrainienne qui choisit où et quand frapper.
Le Caffa : un navire, du blé volé, et l'impunité en haute mer
96 mètres de crime flottant
Le 6 mars 2026, les autorités suédoises ont intercepté le Caffa, un cargo de 96 mètres, au large de Trelleborg, dans le sud de la Suède. L’opération a mobilisé les forces spéciales de la police suédoise, des unités aériennes et les garde-côtes nationaux. Le navire, parti de Casablanca au Maroc le 24 février, faisait route vers Saint-Pétersbourg.
Le Caffa figure sur la liste de sanctions ukrainienne. Selon les renseignements ukrainiens, en juillet 2025, il avait chargé du blé volé dans le port occupé de Sébastopol, en Crimée. Pour masquer ses activités, il avait changé son pavillon russe pour un pavillon guinéen à l’été 2025. À bord : 11 membres d’équipage, dont 10 citoyens russes. Un membre d’équipage a été arrêté, soupçonné de violations du code maritime et d’utilisation de documents falsifiés.
La flotte fantôme et l’économie de guerre
Le Caffa fait partie de ce qu’on appelle la flotte fantôme russe — un réseau de navires sous faux pavillons qui permettent à Moscou de contourner les sanctions internationales. Ces navires transportent du pétrole russe, du blé volé dans les territoires ukrainiens occupés, et d’autres marchandises qui financent directement la machine de guerre du Kremlin.
La saisie par la Suède est une première. C’est la première fois qu’un pays européen intercepte physiquement un navire de la flotte fantôme transportant du blé présumé volé. Et pourtant, cette flotte opère depuis des années. Des centaines de navires. Des milliards de dollars. La question n’est pas pourquoi la Suède a agi. La question est : pourquoi elle est la première?
Du blé. Volé dans les champs d’un pays en guerre. Chargé dans un port occupé. Transporté sous faux pavillon. Par un équipage russe. Vers Saint-Pétersbourg. Et pendant des années, personne n’a rien arrêté. La Suède vient de prouver que c’est possible. Maintenant, la question s’adresse à tous les autres.
La Fortress Belt : la ligne que Moscou veut briser
Ce que la Russie visait vraiment au printemps
L’évaluation de l’ISW révèle l’objectif stratégique que la Russie avait en tête pour le printemps-été 2026 : la Fortress Belt. Ce terme désigne le système de fortifications défensives que l’Ukraine a construit dans le sud, une série de tranchées, bunkers, champs de mines et positions renforcées conçues pour empêcher toute percée russe majeure.
Le déploiement précoce des VDV en janvier — avant les contre-attaques ukrainiennes — suggère que Moscou prévoyait d’utiliser ses meilleures troupes pour percer cette ceinture défensive. C’est exactement ce type d’opération que les forces aéroportées sont censées mener : des assauts concentrés sur des points fortifiés, exploitant la vitesse et la puissance de choc.
Le plan déjoué
Mais les contre-attaques de février ont changé la donne. Au lieu d’utiliser les VDV pour attaquer la Fortress Belt, le commandement russe est maintenant forcé de les utiliser pour défendre le terrain perdu. C’est un retournement complet de la mission. Des troupes d’assaut transformées en troupes de garnison. Des unités offensives reconverties en unités défensives.
L’Ukraine a reconquis jusqu’à 300 kilomètres carrés dans la seule contre-offensive du sud, selon les Forces d’assaut aériennes ukrainiennes, qui ont officiellement révélé l’opération et la récupération de huit localités. La Russie avait passé des mois à gagner ce territoire centimètre par centimètre. L’Ukraine l’a repris en quelques semaines.
La Fortress Belt existe parce que l’Ukraine sait que cette guerre est une guerre de position. Moscou voulait la briser au printemps. L’Ukraine ne s’est pas contentée de la défendre. Elle est sortie de derrière ses murs et a frappé. C’est la différence entre attendre l’orage et aller au-devant de lui.
Le coût humain : une hémorragie que rien n'arrête
Les chiffres que le Kremlin ne publie pas
La Russie a perdu 415 000 soldats en 2025. Tués ou blessés. 35 000 par mois en moyenne. En décembre 2025, le président Zelensky a confirmé avec des preuves vidéo l’élimination de 35 000 soldats russes pour le seul mois de décembre. 30 000 en novembre. 26 000 en octobre. La tendance est à la hausse.
En février 2026, selon le Telegraph, la Russie perdait 40 000 hommes par mois depuis novembre. Son recrutement : environ 35 000 recrues mensuelles. L’écart est de 5 000 à 9 000 hommes par mois. En janvier 2026, la Russie a perdu 31 700 soldats — soit 9 000 de plus qu’elle n’en a recruté ce mois-là.
L’équation impossible
Cet écart entre pertes et recrutement a des conséquences opérationnelles directes. Les unités envoyées au front arrivent avec des effectifs incomplets. Les conscrits ont parfois quelques semaines de formation — là où les soldats qu’ils remplacent en avaient des mois, voire des années. La qualité des troupes se dégrade mécaniquement.
Le 68e Corps d’armée redéployé vers le sud n’est pas le 68e Corps de 2022. Il a été reconstitué, complété avec des recrues fraîches, dilué dans sa compétence. Et c’est ce corps affaibli qu’on envoie faire face à des forces ukrainiennes galvanisées par leurs succès de février. L’issue n’est pas difficile à prévoir.
Chaque mois, la Russie envoie 35 000 hommes vers le front. Chaque mois, 40 000 n’en reviennent pas. On peut ignorer cette arithmétique. On peut la nier. On peut la censurer. Mais on ne peut pas la vaincre. Et cette arithmétique, plus que tout missile ou toute stratégie, est en train de décider de l’issue de cette guerre.
Contre-attaques ou contre-offensive : ce que les mots révèlent
La nuance qui change tout
Les analystes militaires ukrainiens insistent : dans la direction de Zaporizhzhia, les forces de défense ne mènent pas une contre-offensive. Elles conduisent des contre-attaques pour égaliser la ligne de front, fermer les zones vulnérables et préparer une défense stable. La distinction est importante. Une contre-offensive vise à reprendre du territoire massivement. Des contre-attaques visent à améliorer ses positions et à désorganiser l’ennemi.
Mais le résultat, lui, parle de lui-même : 460 kilomètres carrés reconquis. Huit localités libérées. Le premier gain net territorial pour l’Ukraine depuis la contre-offensive de 2023. Si ce sont de simples contre-attaques, elles sont remarquablement efficaces.
La leçon de 2023 bien apprise
L’Ukraine a tiré les leçons de la contre-offensive de 2023, dont les résultats avaient été en deçà des attentes. Pas de grandes annonces. Pas de percées spectaculaires promises à la presse. Des opérations ciblées, locales, qui exploitent les faiblesses spécifiques du dispositif russe. Des gains qui s’accumulent. 300 kilomètres carrés ici. 160 là. 9,5 kilomètres d’avancée en une semaine dans un secteur que la Russie avait mis deux mois à gagner.
C’est une guerre de patience. Et l’Ukraine apprend la patience mieux que quiconque.
L’Ukraine ne parle pas de contre-offensive. Elle parle de contre-attaques. Et pourtant, 460 kilomètres carrés ont changé de mains. Peut-être que le secret n’est pas dans les mots qu’on utilise, mais dans les résultats qu’on obtient quand on arrête de promettre et qu’on commence à faire.
Ce que le rapport ISW du 7 mars raconte vraiment
Au-delà des cartes et des flèches
Un rapport ISW n’est pas un article d’opinion. C’est un document analytique, factuel, méthodique. Mais quand on lit entre les lignes du rapport du 7 mars 2026, le message est d’une clarté aveuglante : la Russie est en train de perdre l’initiative stratégique dans le sud de l’Ukraine.
Le redéploiement des VDV en janvier, suivi du redéploiement du 68e Corps d’armée en mars, n’est pas un signe de force. C’est un signe de réaction. La Russie ne dicte plus le tempo. Elle réagit aux mouvements ukrainiens. Elle colmate. Elle bouche les trous. Elle éteint des feux.
Les cinq signaux d’alarme
Premier signal : le redéploiement latéral d’unités depuis un front offensif actif. Deuxième signal : l’utilisation d’unités d’élite en mode défensif. Troisième signal : l’incapacité à maintenir des efforts offensifs simultanés sur plusieurs fronts. Quatrième signal : des pertes qui dépassent le recrutement. Cinquième signal : le recours croissant aux frappes massives sur les civils comme substitut à des progrès sur le terrain.
Ces cinq signaux, pris ensemble, dessinent un tableau stratégique que le Kremlin ne peut pas maquiller éternellement. La Russie mène encore des offensives. Elle gagne encore du terrain par endroits. Mais le rapport de forces évolue. Et il évolue dans une direction que Moscou n’avait pas prévue.
Cinq signaux. Cinq fissures dans la façade d’invincibilité que le Kremlin a construite pour son peuple et pour le monde. Aucun de ces signaux, pris isolément, ne serait décisif. Mais ensemble, ils racontent une seule et même histoire : la Russie ne gagne plus cette guerre. Elle la survit.
Ce qui vient : le printemps que Moscou redoute
Le calendrier retourné
Il y a trois mois, les analystes occidentaux redoutaient une offensive russe de printemps. La fonte des neiges, le sol sec, la mobilité retrouvée des blindés — tout semblait favoriser une poussée massive de Moscou. Aujourd’hui, le 7 mars 2026, le calendrier s’est retourné. C’est la Russie qui redoute le printemps.
Les contre-attaques ukrainiennes de février ont démontré que l’Ukraine peut frapper là où on ne l’attend pas. Le redéploiement forcé des troupes russes crée des vulnérabilités nouvelles. Les pertes insoutenables érodent la capacité de combat. Et les armes occidentales — ATACMS, SCALP, les futurs systèmes Patriot promis — continuent d’arriver, même si trop lentement.
La question de la durée
Tout dépend maintenant de deux variables : la capacité de l’Ukraine à maintenir la pression dans le sud tout en défendant Pokrovsk, et la volonté de l’Occident de fournir les armes nécessaires à temps. Le rapport ISW du 7 mars montre que l’Ukraine fait sa part. La question est de savoir si ses alliés feront la leur.
Car il ne faut pas se leurrer. Les 460 kilomètres carrés reconquis sont un succès. Mais la Russie occupe encore des dizaines de milliers de kilomètres carrés de territoire ukrainien. La guerre est loin d’être finie. Et chaque jour qui passe sans livraison de Patriot, c’est un immeuble de Kharkiv qui risque de s’effondrer sur une institutrice et son fils.
Le printemps arrive. Et pour la première fois depuis longtemps, c’est Moscou qui le redoute. Pas parce que l’Ukraine est invincible. Mais parce que l’Ukraine est imprévisible, tenace et intelligente. Et parce que l’arithmétique, cette alliée silencieuse, travaille chaque jour un peu plus contre la Russie.
Le verdict : une guerre qui bascule dans le silence
Ce que personne ne dit à voix haute
Ce rapport ISW du 7 mars 2026 ne contient aucune déclaration fracassante. Aucun titre viral. Aucune phrase destinée à faire le tour des réseaux sociaux. Et c’est précisément pour cela qu’il est important. Les guerres ne basculent pas dans le fracas. Elles basculent dans le silence. Dans un redéploiement qu’un analyste OSINT repère sur une carte satellite. Dans un corps d’armée qui change de direction. Dans un écart statistique entre pertes et recrutement.
La Russie ne va pas s’effondrer demain. Elle a encore des réserves, encore des missiles, encore de la chair à canon. Mais le mécanisme est enclenché. Un mécanisme que le Kremlin ne peut pas inverser sans admettre l’inadmissible : que cette guerre, qu’il pensait gagner en trois jours, est en train de le consumer.
Le choix qui reste
L’Ukraine a prouvé trois choses ce mois de février-mars 2026. Premièrement, qu’elle peut reprendre du territoire. Deuxièmement, qu’elle peut désorganiser les plans offensifs russes. Troisièmement, qu’elle peut frapper les infrastructures de frappe de l’ennemi avec une précision que la Russie ne peut pas égaler contre des cibles militaires.
Il reste un choix. Pas celui de l’Ukraine — elle a fait le sien depuis longtemps. Celui de l’Occident. Fournir les armes maintenant ou les promettre encore. Accélérer les livraisons de Patriot ou accepter que chaque retard se paie en vies civiles. Ce n’est plus une question de si. C’est une question de quand.
Et c’est peut-être ça, la leçon la plus amère de ce rapport technique du 7 mars. La Russie est vulnérable. L’Ukraine est capable. Et la seule variable qui reste, c’est nous. Notre volonté. Nos livraisons. Notre courage politique. L’Ukraine fait la guerre. Nous, on hésite encore à l’aider à la gagner.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
ISW / Critical Threats — Russian Offensive Campaign Assessment, March 7, 2026 : https://www.kyivpost.com/post/71469
Kyiv Independent — Ukraine hits Russian Shahed-type drone storage in Donetsk with SCALP, ATACMS missiles : https://kyivindependent.com/ukraine-hits-russian-shahed-type-drone-storage-in-donetsk-with-scalp-atacms-missiles-military-says/
Al Jazeera — Russia kills 10 in Kharkiv strike including children with new missile : https://www.aljazeera.com/news/2026/3/7/russia-kills-10-in-kharkiv-strike-including-children-using-new-missile
UNITED24 Media — Ukrainian Counteroffensive Breaks Russian Lines, Reclaims 460Km2 : https://united24media.com/latest-news/ukrainian-counteroffensive-breaks-russian-lines-reclaims-460km2-as-moscow-bleeds-35000-troops-a-month-16441
The Moscow Times — Swedish Coast Guard Seizes Cargo Ship Bound for St. Petersburg : https://www.themoscowtimes.com/2026/03/07/swedish-coast-guard-seizes-cargo-ship-bound-for-st-petersburg-a92149
Sources secondaires
NBC News — Russia hits Ukraine with drones, missiles, kills at least 10 in Kharkiv : https://www.nbcnews.com/world/ukraine/russia-hits-ukraine-drones-missiles-kills-least-seven-kharkiv-rcna262213
PBS News — Russian missile hits apartment building in Ukraine’s Kharkiv killing at least 10 : https://www.pbs.org/newshour/amp/world/russian-missile-hits-apartment-building-in-ukraines-kharkiv-killing-at-least-10
Washington Times — At least 8 killed in Ukraine’s Kharkiv as Russian missile hits apartment building : https://www.washingtontimes.com/news/2026/mar/7/ukraine-least-8-killed-kharkiv-russian-missile-hits-apartment/
Euronews — Ukraine is ramping up its counteroffensive regaining territories from Russian troops : https://www.euronews.com/2026/02/17/ukraine-is-ramping-up-its-counteroffensive-regaining-territories-from-russian-troops
Euromaidan Press — Russia spent two months advancing in Zaporizhzhia Oblast, Ukraine clawed back up to 9.5 km in a week : https://euromaidanpress.com/2026/02/16/russia-spent-two-months-advancing-in-zaporizhzhia-oblast-ukraine-clawed-back-up-to-9-5-km-in-a-week/
UNITED24 Media — Russia Lost 31,700 Troops in First Month of 2026 : https://united24media.com/latest-news/russia-lost-31700-troops-in-first-month-of-2026-9000-more-than-it-recruited-15750
UNITED24 Media — Swedish Special Forces Intercept Shadow Fleet Ship Carrying Grain From Occupied Ukraine : https://united24media.com/latest-news/swedish-special-forces-intercept-shadow-fleet-ship-carrying-grain-from-occupied-ukraine-16608
The Local (Sweden) — Sweden seizes false-flagged ship with suspected stolen Ukrainian grain : https://www.thelocal.se/20260307/sweden-seizes-false-flagged-ship-with-suspected-stolen-ukrainian-grain
NV Ukraine — Russia redeploys elite airborne, naval infantry south after Ukraine counteroffensive : https://english.nv.ua/nation/russia-redeploys-elite-airborne-naval-infantry-south-after-ukraine-counteroffensive-isw-50589923.html
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