Ce que les brochures commerciales ne disent pas
Sur le papier, PJSC Acron est un géant de l’agriculture mondiale. L’entreprise se présente comme un producteur d’engrais minéraux parmi les plus importants de la planète. Sa gamme officielle comprend des engrais azotés, de l’urée, des engrais complexes NPK et des mélanges en vrac. Le complexe de Veliky Novgorod constitue le site principal de production, flanqué d’une usine sœur à Dorogobuzh dans la région de Smolensk — celle-là même qui aurait aussi été ciblée en décembre. La flotte logistique d’Acron compte plus de 1 700 wagons ferroviaires pour acheminer ses produits à travers la Russie et vers les marchés d’exportation. L’infrastructure est colossale. La capacité de production est immense. Et c’est précisément ce qui pose problème.
Quand un pays en guerre produit 6 millions de tonnes de produits chimiques par an dans une usine qui fabrique du nitrate d’ammonium, prétendre que c’est uniquement pour faire pousser du blé relève au minimum de la naïveté. Au maximum, de la complicité.
Le double-usage qui change tout
Voici ce que les rapports de défense disent et que les brochures commerciales taisent. Acron produit annuellement plus de 2 millions de tonnes de nitrate d’ammonium. Ce composé chimique est un engrais azoté standard pour l’agriculture. Il est aussi une matière première clé dans la fabrication d’explosifs industriels et militaires. Le nitrate d’ammonium entre dans la composition de la poudre à canon, de l’ammonite et de divers mélanges détonants utilisés par les forces armées russes. L’usine produit également de l’acide nitrique, composant essentiel dans la fabrication du RDX et du TNT — deux explosifs militaires qui se retrouvent dans les obus, les missiles et les bombes larguées sur les villes ukrainiennes. Et pourtant, sur les marchés financiers internationaux, Acron continue d’être classée comme une simple entreprise agricole.
L'ombre de Vyacheslav Kantor — un oligarque sous sanctions
Le philanthrope qui finance la machine de guerre
Vyacheslav Kantor n’est pas n’importe qui. Le bénéficiaire ultime du groupe Acron est un oligarque russe qui a bâti son empire sur cette usine chimique héritée de l’époque soviétique à Veliky Novgorod. En avril 2022, quelques semaines après le début de l’invasion russe à grande échelle, l’Union européenne et le Royaume-Uni l’ont placé sous sanctions internationales en raison de son rôle significatif comme actionnaire et bénéficiaire d’Acron et de ses liens présumés avec le leadership russe. Ce que les documents du Dossier Center appellent un oligarque de la zone grise. Kantor s’était pourtant construit une réputation internationale de philanthrope, servant comme président du Congrès juif européen de 2007 à 2022.
L’histoire de Kantor illustre parfaitement la façon dont les oligarques russes opèrent : une main qui distribue la philanthropie, l’autre qui alimente une machine de guerre. La vertu publique comme couverture du profit de sang.
Le jeu de chaises musicales des sanctions
Quand les sanctions ont frappé, Acron a tenté de se distancer de Kantor. Près de 50 % de ses parts ont été transférées à une gestion fiduciaire par trois entreprises qui ne lui étaient pas formellement associées, tandis que l’oligarque conservait 45 % des actions. Un tour de passe-passe juridique qui ne trompe personne. Les parts changent de mains sur le papier. L’argent continue de couler dans la même direction. Les profits générés par la production chimique — y compris celle qui alimente les explosifs — continuent d’enrichir les mêmes personnes. Et pourtant, en 2025, Kantor a été retiré des listes de sanctions de l’Union européenne et de la Suisse. Il a même été réélu président du Congrès juif européen pour un cinquième mandat. Les sanctions occidentales, cette arme fatale censée mettre la Russie à genoux, ont la mémoire courte quand il s’agit de milliardaires bien connectés.
Le nitrate d'ammonium — de Beyrouth aux tranchées du Donbass
Un composé chimique qui a déjà ravagé une capitale
Le nitrate d’ammonium n’est pas un produit chimique anodin. Le monde entier l’a appris le 4 août 2020, quand 2 750 tonnes de cette substance stockées au port de Beyrouth ont explosé, tuant plus de 220 personnes, blessant 7 000 autres et dévastant des quartiers entiers de la capitale libanaise. L’onde de choc a été ressentie à 250 kilomètres de distance. L’explosion a laissé un cratère de 124 mètres de diamètre et 43 mètres de profondeur. L’usine Acron de Veliky Novgorod produit chaque année plus de 2 millions de tonnes de ce même composé. Soit l’équivalent de 727 Beyrouth. Chaque année. L’usine représente à elle seule environ 10 % de la production russe de nitrate d’ammonium.
Les chiffres ont cette capacité redoutable de rendre concret ce qui semblait abstrait. Deux millions de tonnes de nitrate d’ammonium par an. Ce n’est pas une statistique. C’est un arsenal.
De l’engrais au champ de bataille en une seule formule chimique
La transformation du nitrate d’ammonium en explosif militaire n’a rien de complexe. Le processus est connu depuis plus d’un siècle. Mélangé au fioul dans les proportions adéquates, le nitrate d’ammonium devient de l’ANFO — un explosif bon marché et dévastateur utilisé aussi bien dans les mines que dans les engins explosifs improvisés. Sous sa forme industrielle militaire, il entre dans la composition de l’ammonite, un explosif standard des forces armées russes. L’acide nitrique produit par Acron sert quant à lui de précurseur chimique dans la synthèse du RDX — l’hexogène — et du TNT, deux explosifs qui composent les charges militaires des obus d’artillerie, des missiles balistiques Iskander et des bombes planantes qui frappent Kharkiv, Kherson et Odessa quotidiennement. Chaque tonne produite à Veliky Novgorod a le potentiel de se retrouver dans un obus tiré sur un immeuble ukrainien.
La stratégie ukrainienne des frappes profondes — un changement de paradigme
Frapper la source plutôt que le symptôme
L’Ukraine a compris quelque chose que ses alliés occidentaux ont mis du temps à accepter. Détruire un obus au front est utile. Détruire l’usine qui fabrique la matière première de cet obus est stratégique. Depuis 2025, les forces de défense ukrainiennes ont systématiquement élargi leur doctrine de frappes profondes. Les cibles ne sont plus seulement les dépôts de munitions ou les bases aériennes. Elles incluent désormais les installations industrielles qui alimentent la machine de guerre russe en matières premières. Le 21 février 2026, l’Ukraine a frappé l’usine de missiles de Votkinsk à plus de 1 400 kilomètres de ses frontières avec des missiles de croisière Flamingo FP-5 de fabrication ukrainienne. Cette usine produit les Iskander, les missiles balistiques intercontinentaux et les Kinzhal. La frappe sur Acron s’inscrit dans cette même logique stratégique : remonter la chaîne de production jusqu’à la source.
On ne gagne pas une guerre en interceptant les missiles un par un. On la gagne en détruisant les usines qui les fabriquent. L’Ukraine l’a compris. Et chaque frappe profonde réussie rapproche un peu plus la fin de cette capacité russe à produire de la mort en série.
L’évolution technologique qui rend tout possible
La capacité ukrainienne de frapper aussi loin à l’intérieur de la Russie repose sur une révolution technologique silencieuse. Veliky Novgorod se trouve à plus de 600 kilomètres de la frontière ukrainienne. Atteindre cette cible nécessite des drones à longue portée capables de naviguer à travers les défenses aériennes russes, d’éviter la détection radar et de frapper avec précision. En décembre 2025, la Russie avait rapporté avoir abattu 287 drones ukrainiens en une seule nuit — l’un des totaux nocturnes les plus élevés depuis le début de la guerre. Les quatre aéroports de Moscou avaient dû suspendre leurs opérations. Quelque 200 vols avaient été annulés ou retardés. L’aéroport Pulkovo de Saint-Pétersbourg avait dû absorber le trafic redirigé. Quand les drones forcent la capitale russe à fermer son espace aérien, ce n’est plus un incident. C’est un rapport de force qui a changé.
Les mensonges des gouverneurs — l'art russe de minimiser
Quand les dégâts insignifiants ferment des ateliers
La réaction officielle russe aux frappes de décembre constitue un cas d’école de propagande par minimisation. Le gouverneur Dronov avait qualifié les dégâts d’insignifiants, tout en mentionnant un blessé. Le gouverneur de Smolensk avait affirmé qu’aucune infrastructure n’avait été détruite. Le maire de Moscou avait confirmé que des équipes d’urgence travaillaient sur les sites de débris mais rapporté zéro victime. Et pourtant, dans les jours qui ont suivi, les rapports ont confirmé que plusieurs ateliers de l’usine Acron avaient été mis à l’arrêt. L’installation endommagée représentait environ 10 % de la production russe de nitrate d’ammonium. Des dégâts insignifiants qui amputent 10 % de la production nationale d’un composant d’explosifs militaires. Le double langage russe a ceci de fascinant qu’il se dément systématiquement par ses propres conséquences.
Quand un gouverneur russe dit que les dégâts sont insignifiants, il faut comprendre exactement l’inverse. C’est devenu un réflexe pavlovien du système Poutine : plus le langage officiel minimise, plus la réalité est grave.
La géographie du déni russe
Le schéma se répète à chaque frappe ukrainienne sur le territoire russe. Étape 1 : les autorités locales confirment des explosions et activent les systèmes de défense aérienne. Étape 2 : elles annoncent avoir abattu la quasi-totalité des drones. Étape 3 : elles minimisent les dégâts. Étape 4 : des images satellites et des témoins oculaires révèlent l’ampleur réelle des destructions. Cette chorégraphie du déni est devenue si prévisible qu’elle constitue en elle-même un indicateur fiable de l’efficacité des frappes. Plus la Russie minimise, plus la frappe a fait mal. Les habitants de Veliky Novgorod, eux, ne se fient pas aux communiqués officiels. Ils regardent les colonnes de fumée monter depuis le complexe industriel et comprennent ce que le Kremlin refuse d’admettre : l’Ukraine peut frapper n’importe où en Russie, n’importe quand.
L'attaque de décembre — la répétition générale
287 drones en une nuit — l’essaim qui paralyse Moscou
La nuit du 10 au 11 décembre 2025 restera dans les annales militaires comme l’une des plus massives opérations de drones de l’histoire de la guerre. Les forces russes ont rapporté avoir abattu 287 drones ukrainiens — un des totaux nocturnes les plus élevés depuis le début du conflit. 32 drones visaient Moscou directement. 40 autres ciblaient la région moscovite. Les quatre aéroports de la capitale russe — Cheremetievo, Domodedovo, Vnoukovo et Joukovski — ont suspendu leurs opérations simultanément. 200 vols ont été annulés ou retardés. Des millions de passagers se sont retrouvés bloqués. Pendant que Moscou gérait le chaos aérien, les drones ont atteint leurs cibles industrielles plus au nord. Acron à Veliky Novgorod. PAO Dorogobuzh dans la région de Smolensk. Deux filiales du même groupe chimique. Deux sources de matières premières militaires.
287 drones en une nuit. Il y a deux ans, ce chiffre aurait semblé inimaginable pour un pays qui défendait son existence avec des fusils de chasse civils reconvertis. Aujourd’hui, c’est devenu une capacité de frappe qui force la première puissance nucléaire d’Europe à fermer ses aéroports.
Les combattants derrière la frappe — le 1er Centre UAV et l’unité GRAF
L’attribution de la frappe de décembre est venue directement de l’état-major ukrainien. Les Forces des systèmes sans pilote — une branche militaire créée spécifiquement pour coordonner les opérations de drones — ont confirmé que la frappe avait été menée par le 1er Centre UAV en coordination avec l’unité GRAF. Ces unités spécialisées représentent l’évolution d’une force armée qui a fait de la guerre asymétrique par drones sa signature doctrinale. Le groupe OSINT Exilenova+ a documenté l’opération avec des images géolocalisées, confirmant les impacts sur le site d’Acron. La transparence ukrainienne sur ses opérations contraste violemment avec le rideau de fumée russe. L’Ukraine revendique, documente, prouve. La Russie nie, minimise, ment.
Les implications pour l'effort de guerre russe
10 % de la production nationale d’explosifs en péril
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’usine Acron de Veliky Novgorod représente environ 10 % de la production russe de nitrate d’ammonium. Chaque tonne de nitrate d’ammonium qui ne sort pas de cette usine est une tonne de matière première en moins pour les lignes de production d’explosifs militaires. L’ammonite utilisée dans les charges d’obus. Le RDX des détonateurs. Le TNT des têtes de missiles. La Russie tire actuellement entre 3 000 et 5 000 obus d’artillerie par jour sur les lignes de front ukrainiennes. Chaque obus nécessite des explosifs. Chaque kilogramme d’explosif nécessite des matières premières chimiques. Frapper Acron, c’est frapper la chaîne d’approvisionnement à sa racine. Pas au front où les stocks sont déjà constitués. À la source où ils sont fabriqués.
La guerre se gagne rarement sur la ligne de front. Elle se gagne dans les usines, les laboratoires, les chaînes logistiques. L’Ukraine l’a compris avec une lucidité stratégique que même ses alliés les mieux armés n’avaient pas anticipée.
L’effet domino sur la production militaire russe
L’impact d’une réduction de la capacité de production d’Acron ne se limite pas au nitrate d’ammonium. L’usine produit également de l’ammoniaque, de l’urée et de l’acide nitrique en quantités industrielles. L’ammoniaque est un précurseur dans la fabrication de nombreux produits chimiques militaires. L’acide nitrique est indispensable à la synthèse du RDX et du TNT. Si les frappes de mars 2026 ont endommagé les mêmes installations qu’en décembre — celles qui avaient à peine eu le temps d’être réparées — l’effet cumulatif pourrait être considérable. Réparer une ligne de production chimique prend des semaines. Être frappé à nouveau avant la fin des réparations transforme une interruption temporaire en dégradation structurelle. C’est la stratégie de l’usure industrielle.
La guerre chimique des engrais — un paradoxe mondial
Comment le monde continue d’acheter les produits d’Acron
Voici le paradoxe que personne ne veut affronter. Acron est sous sanctions partielles. Son bénéficiaire principal a été sanctionné puis désanctionné. Mais les engrais ont été largement exemptés des sanctions occidentales contre la Russie — officiellement pour protéger la sécurité alimentaire mondiale. Le résultat est absurde. Le même composé chimique qui aide à faire pousser du blé en Afrique aide aussi à fabriquer les explosifs qui détruisent les champs de blé en Ukraine — le grenier de l’Europe. Le nitrate d’ammonium russe voyage dans les mêmes wagons ferroviaires vers les ports d’exportation et vers les usines d’armement. La distinction entre usage civil et usage militaire est une fiction comptable. Sur le terrain, il n’y a qu’une seule molécule. Et elle sert les deux usages.
On exempte les engrais russes des sanctions pour nourrir le monde. Pendant ce temps, les mêmes usines qui produisent ces engrais fabriquent les explosifs qui tuent des Ukrainiens. Le cynisme a rarement atteint un tel niveau de sophistication comptable.
La sécurité alimentaire comme bouclier du complexe militaro-industriel
La Russie a parfaitement compris comment instrumentaliser la sécurité alimentaire mondiale comme bouclier pour son industrie chimique militaire. En maintenant la pression sur les marchés céréaliers — notamment par le blocage intermittent des exportations de blé ukrainien via la mer Noire — Moscou crée les conditions dans lesquelles le monde a besoin des engrais russes. Plus la crise alimentaire s’aggrave, plus les gouvernements occidentaux hésitent à sanctionner les producteurs d’engrais. C’est un cercle vicieux orchestré avec une précision machiavélique. La Russie détruit les capacités agricoles ukrainiennes, aggrave la crise alimentaire mondiale, puis se rend indispensable comme fournisseur d’engrais pour résoudre la crise qu’elle a elle-même créée. Et pourtant, les capitales occidentales continuent de jouer le jeu.
Veliky Novgorod — la ville qui vit dans l'ombre de l'usine
Quand les civils russes deviennent les premiers témoins
Veliky Novgorod est une ville historique de quelque 220 000 habitants, l’une des plus anciennes cités de Russie, berceau de la démocratie médiévale russe avec sa veche — son assemblée populaire. Aujourd’hui, ses habitants se réveillent au son des explosions. Ce sont eux qui documentent les frappes sur les réseaux sociaux avant que les autorités n’aient le temps de calibrer leur propagande. Ce sont leurs vidéos qui montrent les colonnes de fumée au-dessus d’Acron. Ce sont leurs témoignages que les groupes OSINT utilisent pour géolocaliser les impacts. Les résidents de Veliky Novgorod vivent avec une usine chimique massive dans leur voisinage immédiat — une usine qui est devenue une cible militaire légitime en raison de sa contribution à l’effort de guerre russe.
Les habitants de Veliky Novgorod ne sont pas en guerre. Mais la guerre est venue à eux, parce que leur ville abrite une usine qui transforme des engrais en explosifs. Ils sont, sans l’avoir choisi, les témoins directs de la stratégie ukrainienne qui frappe au cœur de la machine de guerre russe.
Le risque chimique que personne ne mentionne
Il y a une question que ni les autorités russes, ni les médias occidentaux, ni les analystes militaires ne posent assez fort. Que se passe-t-il quand des drones frappent une usine qui stocke et produit des millions de tonnes de produits chimiques en plein cœur d’une ville? Le nitrate d’ammonium est stable dans des conditions normales. Mais il devient instable quand il est exposé à une chaleur intense ou à un choc — exactement les conditions créées par une frappe de drone. L’ammoniaque est un gaz toxique à forte concentration. L’acide nitrique produit des vapeurs dangereuses quand il est chauffé. Les incendies dans une usine chimique ne sont pas des incendies ordinaires. Les fumées peuvent contenir des substances toxiques que les habitants de Veliky Novgorod respirent pendant que leurs gouverneurs parlent de dégâts insignifiants.
La doctrine du marteau-pilon — frapper encore et encore
La répétition comme stratégie de destruction industrielle
La frappe du 9 mars 2026 sur Acron n’est pas un événement. C’est un chapitre dans une stratégie de long terme. L’Ukraine a démontré qu’elle pouvait frapper la même cible à intervalles réguliers, suffisamment rapprochés pour empêcher la reconstitution complète des capacités de production. Décembre 2025 : première frappe, arrêt de plusieurs ateliers. Mars 2026 : deuxième frappe, avant que les réparations ne soient terminées. Si le rythme se maintient, l’Ukraine pourrait frapper à nouveau en juin. Puis en septembre. Chaque frappe empêche la pleine récupération. Chaque frappe détruit du matériel qui vient d’être remplacé. Chaque frappe force la Russie à consacrer des ressources à la défense aérienne d’une usine plutôt qu’au front. C’est la stratégie de l’attrition inversée. L’Ukraine use la Russie non pas sur le champ de bataille, mais dans ses propres usines.
La patience stratégique ukrainienne est peut-être son arme la plus sous-estimée. Frapper une fois, c’est un raid. Frapper deux fois la même cible en trois mois, c’est une doctrine. Frapper trois fois, c’est un arrêt de mort industriel.
Les leçons de Votkinsk — la portée n’est plus une limite
L’attaque ukrainienne contre l’usine de missiles de Votkinsk le 21 février 2026 a repoussé les limites de ce qui semblait possible. 1 400 kilomètres de portée. Des missiles de croisière FP-5 Flamingo de conception et fabrication ukrainiennes. L’usine qui produit les Iskander, les missiles nucléaires intercontinentaux et les Kinzhal hypersoniques — frappée par le pays que ces missiles visent. Veliky Novgorod est à 600 kilomètres de la frontière ukrainienne. Votkinsk est à 1 400 kilomètres. Si l’Ukraine peut atteindre Votkinsk, elle peut atteindre n’importe quelle usine en Russie européenne. Aucune installation industrielle russe contribuant à l’effort de guerre n’est plus à l’abri. La géographie qui protégeait la Russie — sa profondeur stratégique — ne la protège plus.
Ce que cette frappe dit du futur de la guerre
L’asymétrie industrielle comme nouvelle forme de combat
La guerre en Ukraine est en train de réécrire les manuels de stratégie militaire. Un pays de 44 millions d’habitants utilise des drones à quelques milliers de dollars pièce pour détruire des installations industrielles valant des milliards sur le territoire d’une puissance nucléaire de 144 millions d’habitants. Le rapport coût-efficacité est dévastateur pour la Russie. Un drone qui atteint Acron coûte une fraction de ce que coûte la réparation d’une ligne de production chimique. La défense aérienne nécessaire pour protéger des centaines d’installations industrielles dispersées sur un territoire immense mobilise des ressources qui manquent au front. L’Ukraine force la Russie à choisir : protéger ses usines ou protéger ses lignes de front. Un choix qu’aucun état-major ne veut avoir à faire.
La leçon d’Acron dépasse largement le cadre de la guerre en Ukraine. Elle dit quelque chose sur la vulnérabilité de toute puissance industrielle face à des essaims de drones bon marché. Si la Russie ne peut pas protéger ses usines d’engrais, qui le peut?
Le précédent qui inquiète tous les complexes militaro-industriels
Chaque armée du monde observe ce qui se passe à Veliky Novgorod avec une attention fébrile. Si des drones autonomes à longue portée peuvent frapper des installations chimiques à 600 kilomètres de la frontière, que signifie cela pour la sécurité de toutes les installations industrielles stratégiques dans le monde? Les raffineries. Les usines d’armement. Les centrales électriques. Les ports. L’infrastructure critique de chaque nation industrialisée est potentiellement vulnérable à ce type d’attaque. La guerre en Ukraine ne se contente pas de redessiner les frontières de l’Europe de l’Est. Elle redessine les règles de la guerre industrielle pour les décennies à venir.
Conclusion : Les fumées de Veliky Novgorod portent un message
Ce que l’Ukraine est en train de prouver
Les explosions du 9 mars 2026 à l’usine Acron de Veliky Novgorod ne sont pas un fait divers de guerre. Elles sont la démonstration d’une doctrine militaire qui arrive à maturité. L’Ukraine ne se contente plus de défendre son territoire. Elle démantèle, méthodiquement, la capacité russe à produire les munitions qui la détruisent. De l’usine de missiles de Votkinsk à l’usine chimique d’Acron, des dépôts pétroliers de Krasnodar aux raffineries de Russie centrale, chaque frappe affaiblit le complexe militaro-industriel russe un peu plus. La fumée noire qui s’élève au-dessus de Veliky Novgorod porte un message que le Kremlin ne peut plus ignorer.
Et c’est peut-être ça, la vérité que les colonnes de fumée de Veliky Novgorod écrivent dans le ciel russe : la Russie peut bombarder l’Ukraine tous les jours, mais elle ne peut plus empêcher l’Ukraine de frapper au cœur même de sa machine de guerre. La profondeur stratégique russe, ce mythe fondateur de sa puissance militaire, n’existe plus.
L’engrais, la bombe et la vérité
L’usine Acron continuera probablement à produire. Les réparations seront lancées. Les gouverneurs parleront de dégâts insignifiants. Kantor ou ses fondés de pouvoir veilleront à ce que les dividendes continuent de couler. Les wagons ferroviaires reprendront leur va-et-vient entre l’usine et les clients — civils et militaires. Mais quelque chose a changé. L’Ukraine a démontré qu’elle pouvait revenir. Encore. Et encore. Jusqu’à ce que la capacité de cette usine à alimenter la machine de guerre russe soit réduite à un niveau qui compte. Jusqu’à ce que chaque tonne de nitrate d’ammonium qui sort de Veliky Novgorod coûte plus cher à protéger qu’elle ne rapporte. Le calcul est simple. Le message est clair. Et les explosions de ce matin du 9 mars l’ont écrit en lettres de feu.
Signé Maxime Marquette
Sources
Les sources ci-dessous constituent le socle factuel de cette analyse. Chaque affirmation vérifiable renvoie à une source documentée et accessible publiquement.
Sources primaires
Militarnyi — Explosions Reported at Acron Chemical Plant in Veliky Novgorod, 9 mars 2026
Militarnyi — Drone Attack Hits Major Russian Chemical Plant in Veliky Novgorod, décembre 2025
Kyiv Independent — Explosions near Veliky Novgorod chemical plant as Russia reports mass drone attack, décembre 2025
The Moscow Times — Overnight Ukrainian Drone Attacks Target Chemical Plants, Disrupt Moscow Airports, 11 décembre 2025
UNITED24 Media — Drone Strike Sparks Massive Blaze at Russian Dual-Use Giant Chemical Plant, décembre 2025
Ukrinform — Drones attack Acron fertilizer plant in Russia, décembre 2025
Sources secondaires
The Washington Post — Ukraine strikes a key industrial site deep inside Russia, 21 février 2026
OpenSanctions — Viatcheslav Moshe Kantor — Sanctions profile
Polixis — EU General Court Rules on Vyacheslav Kantor’s Challenge to Sanctions
Atlantic Council — After Ukraine’s innovative airbase attacks, nowhere in Russia is safe
CSIS — Ukraine’s Drone Swarms Are Destroying Russian Nuclear Bombers
Ukrainska Pravda — Drones attack chemical plant in Russia’s Veliky Novgorod, sparking fire, 11 décembre 2025
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