Du 28 février au 9 mars, dix jours de spirale
Tout a commencé le 28 février 2026. Les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes contre l’Iran, tuant l’ayatollah Ali Khamenei et déclenchant une spirale d’escalade que personne ne semble capable d’arrêter. L’Iran, en réponse, a ciblé les actifs américains stationnés dans les pays du Golfe, considérant ces nations comme des complices de l’agression pour avoir hébergé des bases militaires américaines sur leur sol. Une heure à peine après le début de la guerre, le Qatar et d’autres pays du Golfe ont été attaqués, selon les mots du Premier ministre qatarien, Sheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani. Une heure. Le temps de comprendre que la guerre avait commencé. Le temps de ne rien pouvoir faire.
La plupart de ces pays avaient passé des années à construire des canaux diplomatiques avec Téhéran. Le Qatar jouait le rôle de médiateur. L’Arabie saoudite avait normalisé ses relations avec l’Iran en 2023 sous médiation chinoise. Tout cela balayé en trente-six heures de missiles balistiques et de drones kamikazes. La diplomatie est un château de cartes. Il suffit d’un missile pour que tout s’effondre.
La logique de représailles qui dévore tout sur son passage
Du point de vue de Téhéran, la logique est implacable. Les frappes américano-israéliennes du 28 février n’auraient pas été possibles sans les bases militaires américaines hébergées par les monarchies du Golfe. La base aérienne d’Al Udeid au Qatar. La Cinquième Flotte à Bahreïn. Les installations américaines au Koweït, aux Émirats, en Arabie saoudite. Pour l’Iran, ces pays ne sont pas des spectateurs innocents. Ils sont des plateformes d’agression. Des complices. Et donc, des cibles. Et pourtant, la plupart de ces monarchies n’ont même pas été prévenues des frappes. Elles ont appris en même temps que le reste du monde que leurs alliés américains venaient de déclencher une guerre depuis leurs bases. On les a exposées sans les consulter. On a utilisé leurs territoires comme rampes de lancement sans leur demander la permission. Et maintenant, les représailles tombent sur elles.
Les blessures de Bahreïn, un petit royaume sous le feu
Trente-deux civils, dont des enfants, à Sitra
Sitra, une zone au sud de Manama, la capitale du Bahreïn. Un drone iranien frappe une zone résidentielle. Trente-deux citoyens bahreïnis sont blessés, dont des enfants. Les images diffusées par les médias d’État montrent des façades éventrées, des vitres soufflées, des débris éparpillés dans des rues où des familles dormaient quelques heures plus tôt. Le Bahreïn est un archipel minuscule de 786 kilomètres carrés, moins que la moitié de l’île de Montréal. 1,5 million de personnes y vivent. Et il abrite le quartier général de la Cinquième Flotte de la marine américaine, la force navale qui contrôle le Golfe persique. Dans un autre quartier, un drone endommage une usine de dessalement, la première attaque iranienne contre ce type d’infrastructure civile en neuf jours de conflit. L’eau potable comme cible. On mesure le degré de cynisme stratégique.
Un enfant blessé à Sitra ne comprend pas la géopolitique. Il ne sait pas ce qu’est une frappe de représailles. Il sait que le plafond s’est effondré, que sa mère crie, et que le monde d’avant n’existe plus. Voilà ce que les stratèges appellent des dommages collatéraux. Des enfants. Des dommages collatéraux. Il faudrait forcer chaque général, chaque ministre de la Défense, chaque président qui ordonne une frappe à regarder ces enfants dans les yeux et à leur expliquer pourquoi leur sang est un prix acceptable.
Bapco en flammes, l’unique raffinerie du pays réduite au silence
La raffinerie Bapco d’Al-Ma’ameer, l’unique raffinerie de pétrole du Bahreïn, a pris feu après une frappe iranienne. Les images satellites et les vidéos sur les réseaux sociaux montrent une épaisse fumée noire s’élevant de la zone industrielle. La compagnie a déclaré un cas de force majeure sur ses livraisons de pétrole, invoquant le conflit régional et l’attaque directe sur son complexe de raffinage. Cette installation, vieille de quatre-vingt-dix ans, venait d’être modernisée pour atteindre une capacité de 380 000 barils par jour. Des années de modernisation. Des milliards de dollars investis. Et quelques drones kamikazes suffisent pour tout remettre en question. Bapco a confirmé pouvoir répondre à la demande domestique, mais les exportations sont suspendues. Le Bahreïn n’est plus un exportateur de pétrole. Il est devenu un pays en guerre dont l’économie vient d’être décapitée par un missile qu’il n’a pas provoqué.
L'Arabie saoudite dans la ligne de mire
Deux morts à Al-Kharj, la normalisation en cendres
Le 8 mars 2026, un projectile est tombé dans une zone résidentielle du gouvernorat d’Al-Kharj, en Arabie saoudite. Deux personnes ont été tuées. Douze ont été blessées. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a publié un communiqué d’une sécheresse diplomatique révélatrice : une condamnation catégorique des agressions iraniennes répréhensibles qui ne peuvent être acceptées ni justifiées. Chaque mot pèse. Catégorique. Répréhensible. Injustifiable. Le royaume qui avait reconstruit des ponts diplomatiques avec l’Iran après des années de tensions se retrouve à enterrer ses citoyens sous des décombres iraniens. Il y a deux ans, Riyad et Téhéran signaient un accord de normalisation sous l’égide de Pékin. Les diplomates parlaient de nouvelle ère. Les analystes célébraient la maturité régionale. Aujourd’hui, des familles saoudiennes pleurent leurs morts.
La diplomatie est un palais de verre. Les missiles ne font pas la différence entre un accord de paix et un mur porteur. Trois ans de normalisation. Des centaines de réunions. Des dizaines de communiqués conjoints. Et un seul projectile sur Al-Kharj pour réduire tout cela en poussière. On ne négocie pas avec un pays dont les missiles tombent sur vos villes. On survit. Ou on ne survit pas.
Shaybah et Ras Tanura, les joyaux pétroliers sous la menace
Le champ pétrolier de Shaybah, opéré par Aramco dans le Rub al-Khali, le désert du quart vide, a subi au moins quatre tentatives de frappe par drones en quelques heures. C’est la quatrième tentative de frappe sur cette installation majeure en un laps de temps très court. Les systèmes de défense saoudiens ont intercepté les quatre drones. L’Arabie saoudite a également signalé un incendie à sa raffinerie de Ras Tanura après l’impact de drones iraniens entrants. Ras Tanura est l’un des plus grands terminaux pétroliers du monde. Une frappe réussie sur cette installation pourrait retirer des millions de barils du marché mondial en quelques heures. Et pourtant, les défenses ne sont pas infaillibles. En septembre 2019, des drones et missiles houthis avaient frappé les installations d’Abqaïq et Khurais, coupant temporairement la moitié de la production saoudienne. L’Iran envoie un message limpide : si nous tombons, votre pétrole tombe avec nous.
Les Émirats, le Qatar, le Koweït, personne n'est épargné
Dubaï sous les débris, Fujairah en flammes
Les Émirats arabes unis ont recensé quatre morts et 112 blessés au 8 mars 2026. Le ministère de la Défense émirati a détaillé l’ampleur des interceptions avec une précision militaire qui trahit l’ampleur de la menace : 165 missiles balistiques, 2 missiles de croisière, 541 drones neutralisés. Malgré ce taux d’interception remarquable, les 35 drones qui ont percé les défenses ont causé des dommages réels. Des aéroports touchés. Des hôtels de luxe à Dubaï endommagés. À Fujairah, un incendie s’est déclaré dans la zone industrielle pétrolière après la chute de débris. Fujairah est le deuxième plus grand centre de soutage maritime au monde. Sa neutralisation, même partielle, redessine les routes du commerce pétrolier mondial.
Dubaï vendait le rêve de l’invulnérabilité. Des tours plus hautes que les nuages. Des îles artificielles sculptées dans la mer. Des centres commerciaux climatisés pendant que le désert brûlait à quarante degrés. Et puis un drone Shahed à quelques milliers de dollars a rappelé que la physique ne négocie avec personne. Que le verre se brise. Que le béton s’effrite. Que la richesse ne protège de rien quand les missiles traversent le ciel.
Doha frappée, le gaz naturel liquéfié paralysé
Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, a subi des frappes sur ses installations de Mesaieed et de Ras Laffan. La production de GNL a été interrompue. QatarEnergy a déclaré un cas de force majeure, suivant l’exemple de Bapco. Le ministre qatarien de l’Énergie a averti que tous les exportateurs du Golfe suivraient dans les jours à venir. Le Premier ministre qatarien a décrit les attaques comme un profond sentiment de trahison de la part du leadership iranien. Ses mots exacts méritent d’être pesés : nous continuerons de parler aux Iraniens, nous continuerons de chercher la désescalade. Mais comment médier quand vos propres installations gazières brûlent? Le Qatar était le médiateur. Celui qui parlait encore à Téhéran quand plus personne ne le faisait. Et ses installations ont été frappées comme celles de tous les autres. La médiation n’offre aucune immunité. Le Koweït, de son côté, a également déclaré la force majeure après des réductions de production forcées. En moins de dix jours, trois des plus importants producteurs d’hydrocarbures de la planète ont activé cette clause juridique.
Le prix du baril, le prix du sang
Au-delà de cent dollars, l’économie mondiale retient son souffle
Le Brent a franchi la barre des 114 dollars le baril le lundi 9 mars, en hausse de 60 pour cent depuis le début des hostilités le 28 février. Certaines estimations ont brièvement placé le cours proche des 120 dollars. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique a averti que les frappes continues sur les infrastructures énergétiques iraniennes pourraient propulser les prix au-delà de 200 dollars le baril. Ce n’est pas une menace en l’air. C’est une arithmétique froide. Le Golfe persique produit environ un tiers du pétrole mondial. Quand ses raffineries brûlent, quand ses terminaux ferment, quand ses navires restent à quai sous force majeure, chaque consommateur sur la planète paie la facture. À la pompe. Dans les factures d’énergie. Dans le prix du pain. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 pour cent du pétrole mondial, est devenu une zone de guerre. Les assureurs maritimes ont suspendu la couverture pour les navires transitant par la zone.
Le président Trump a qualifié la hausse des prix du pétrole de petit prix à payer pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Facile à dire quand on ne fait pas le plein soi-même. Pour les familles américaines, européennes, asiatiques qui voient leur pouvoir d’achat fondre à chaque passage à la pompe, ce petit prix ressemble étrangement à un gouffre. Mais les présidents ne font pas le plein. Ils font des déclarations.
Force majeure en cascade, l’approvisionnement mondial se fissure
Bapco au Bahreïn. QatarEnergy au Qatar. Le Koweït qui emboîte le pas. L’espace aérien du Golfe est fermé. Les routes maritimes sont sous menace constante. Ce n’est plus une crise régionale. C’est un séisme énergétique mondial dont les répliques se feront sentir pendant des mois, peut-être des années. L’Europe, qui dépend du GNL qatarien depuis qu’elle s’est sevrée du gaz russe, se retrouve face à un deuxième choc énergétique en quatre ans. L’Asie, premier consommateur de pétrole du Golfe, voit ses coûts d’importation exploser. L’asymétrie de cette guerre est saisissante. L’Iran dépense quelques dizaines de milliers de dollars par drone Shahed. Chaque missile Patriot tiré pour l’intercepter coûte entre trois et six millions de dollars. L’Iran saigne ses adversaires financièrement même quand ses projectiles sont abattus.
Mojtaba Khamenei, le fils qui hérite de la guerre
Un successeur désigné sous les bombes
Le 9 mars 2026, au dixième jour de la guerre, l’Iran a nommé Mojtaba Khamenei comme successeur de son père, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février dans les frappes américano-israéliennes. Le fils hérite d’un pays en guerre, d’une économie sous sanctions, d’infrastructures bombardées, et d’un appareil militaire engagé sur sept fronts simultanés. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a immédiatement averti que le nouveau guide suprême deviendrait une cible. Donald Trump a insisté pour dire qu’il aurait dû avoir son mot à dire dans le choix du successeur. Il a déclaré au Times of Israel que la décision de mettre fin aux hostilités serait mutuelle avec Netanyahu.
On assassine le père et on exige de choisir le fils. Il y a dans cette logique impériale quelque chose qui dépasse la politique pour toucher au délire. Depuis quand l’agresseur décide du successeur de sa victime? Depuis quand le pays qui lance les bombes exige un droit de regard sur la reconstruction de ce qu’il a détruit? La réponse est simple. Depuis toujours. C’est le privilège des empires. Ils détruisent et ils nomment.
Poutine félicite, le monde se polarise en blocs de survie
Vladimir Poutine a été parmi les premiers à féliciter le nouveau guide suprême iranien. Ce geste n’est pas protocolaire. Il est stratégique. La Russie voit dans ce conflit une opportunité de consolider son axe avec Téhéran, d’affaiblir l’influence américaine au Moyen-Orient, et de détourner l’attention de son propre conflit en Ukraine. Le monde ne se divise plus en blocs idéologiques. Il se divise en blocs de survie. Ceux qui frappent et ceux qui encaissent. Ceux qui vendent des armes et ceux qui les reçoivent. Les monarchies du Golfe découvrent qu’elles sont du côté des cibles. Les États-Unis comptent leur septième soldat mort depuis le 28 février. Le Département d’État a ordonné le départ du personnel non essentiel de son ambassade en Arabie saoudite, quelques jours après qu’un drone a touché l’ambassade américaine elle-même.
Le Liban, front collatéral, prix maximal
Trois cent quatre-vingt-dix morts et un pays qui s’effondre encore
Le Liban paie le prix le plus lourd de tous les fronts secondaires. Depuis le 28 février, au moins 390 personnes ont été tuées et plus de mille blessées. Le Hezbollah a attaqué Israël en réponse aux frappes sur l’Iran, déclenchant une riposte israélienne dévastatrice. Israël a frappé un hôtel de Beyrouth ciblant cinq commandants de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution. Quinze hélicoptères ont traversé la frontière syrienne pour débarquer des troupes israéliennes dans l’est du Liban. Le Hezbollah a signalé des affrontements féroces à Nabi Chit. Le Liban, ce pays déjà brisé par des décennies de crises économiques, d’explosions, de corruption, absorbe une nouvelle guerre qu’il n’a ni choisie ni provoquée.
Le Liban meurt encore. Comme en 1982. Comme en 2006. Comme toujours. Terrain de jeu des puissances régionales, champ de bataille des guerres des autres, cimetière des espoirs d’un peuple qui ne demandait qu’à vivre. Trois cent quatre-vingt-dix morts en dix jours. Et le monde compte le prix du baril.
Israël encaisse, Israël frappe, le cycle sans fin
Israël a subi plus de dix morts et près de deux mille blessés sous les missiles iraniens. Les systèmes Iron Dome et Arrow ont intercepté la majorité des projectiles, mais le volume des tirs iraniens a submergé certains secteurs de défense. Le 8 mars, Israël a bombardé des installations pétrolières iraniennes pour la première fois dans ce conflit, franchissant un nouveau seuil d’escalade. Chaque frappe appelle une riposte. Chaque riposte une escalade. Chaque escalade de nouvelles victimes civiles dans des pays qui n’avaient rien demandé. Le cycle se nourrit de lui-même. Personne ne sait comment l’arrêter. Personne ne semble vouloir essayer.
La faillite de la défense antimissile comme doctrine de sécurité
Intercepter ne suffit plus quand l’attaquant a le volume
Ali Bakir, chercheur à l’Université du Qatar, a posé le diagnostic avec une précision chirurgicale : les systèmes de défense aérienne du Golfe peuvent intercepter, mais pas à grande échelle ni à faible coût. Les attaques de saturation restent une préoccupation sérieuse. Voilà la vérité que des centaines de milliards de dollars en systèmes Patriot, THAAD et intercepteurs de dernière génération ne peuvent masquer. La défense antimissile est un mur de sable face à un adversaire capable de lancer des centaines de projectiles simultanément. Le coût de l’interception est exponentiellement supérieur au coût de l’attaque. Un drone Shahed coûte entre vingt et cinquante mille dollars. Le missile Patriot qui l’abat en vaut trois à six millions. L’Iran gagne l’équation économique même quand il perd l’échange militaire.
Les monarchies du Golfe ont dépensé des centaines de milliards en armement occidental. Les systèmes les plus sophistiqués que l’argent puisse acheter. Des Patriot. Des THAAD. Des F-35. Et elles découvrent que l’ennemi n’a pas besoin de sophistication. Il a besoin de volume. Mille drones à vingt mille dollars chacun coûtent vingt millions. Un seul système THAAD en coûte deux milliards. Le calcul est cruel. Et il est irréversible.
Le spectre de la contre-attaque du Golfe
Ryan Bohl, analyste au RANE Network, a averti que les États du Golfe pourraient lancer des contre-attaques si les frappes iraniennes se poursuivent. Tous les États du CCG se sont réservé le droit de riposter. Les ministres des Affaires étrangères du CCG ont publié une déclaration commune le 1er mars, qualifiant les attaques iraniennes d’odieuses. Si les monarchies du Golfe entrent activement dans le conflit, ce n’est plus une guerre régionale. C’est un embrasement continental. L’Arabie saoudite possède une force aérienne considérable. Les Émirats disposent de capacités offensives testées au Yémen. Le risque d’une escalade totale n’est plus théorique. Il est imminent.
La question nucléaire, le fantôme qui justifie tout
L’AIEA et la zone grise de l’enrichissement
Le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi, a déclaré que si l’Iran continue d’enrichir de l’uranium à des niveaux élevés, il n’existe actuellement aucune preuve d’un programme systématique et continu de production d’une arme nucléaire. Cette phrase est un chef-d’oeuvre d’ambiguïté diplomatique. Aucune preuve d’un programme systématique. Ce qui ne signifie pas aucune activité. Ce qui ne signifie pas aucune capacité. Ce qui signifie que l’organisme international compétent n’a pas trouvé de preuve formelle du programme qui a servi de justification à cette guerre.
Les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre pour éliminer une menace nucléaire dont l’AIEA dit qu’elle n’a pas de preuves systématiques. On a tué un guide suprême. Plongé sept nations dans le chaos. Fait flamber le pétrole à 120 dollars. Tué plus de mille deux cents civils iraniens et des centaines de Libanais. Pour neutraliser une menace qui reste, selon l’organisme international compétent, non confirmée. À quel moment la cure devient-elle pire que la maladie? Cette question, personne à Washington ni à Tel-Aviv ne veut y répondre.
Le paradoxe de la guerre préventive qui crée ce qu’elle prétend empêcher
La guerre préventive repose sur un postulat fondamental : agir maintenant pour empêcher un danger futur plus grand. Mais si le danger futur est hypothétique et que le danger présent est certain, le calcul s’inverse. L’Iran n’avait pas de bombe nucléaire le 28 février. Il avait un programme d’enrichissement qui inquiétait. Dix jours plus tard, 1 255 Iraniens sont morts sous les bombes américano-israéliennes. Près de 400 personnes sont mortes au Liban. Des dizaines de civils ont été tués ou blessés dans le Golfe. Le pétrole a bondi de 60 pour cent. L’Iran frappe sept pays qui ne l’avaient pas attaqué. Et si le régime iranien survit à cette guerre, quelle sera sa première priorité? Développer l’arme nucléaire pour que plus personne n’ose le frapper à nouveau. La guerre préventive pourrait avoir créé exactement ce qu’elle prétendait empêcher.
Ce que cette guerre dit de notre époque
La fin de l’illusion de la sécurité par l’argent
Les monarchies du Golfe ont investi des centaines de milliards de dollars dans leurs forces armées. L’Arabie saoudite est le premier importateur d’armes au monde. Les Émirats possèdent l’une des forces aériennes les plus modernes du Moyen-Orient. Le Qatar a commandé des Rafale, des Typhoon, des F-15. Le Bahreïn héberge la Cinquième Flotte américaine. Et quand les drones et les missiles ont commencé à pleuvoir, toutes ces acquisitions militaires n’ont pas empêché les raffineries de brûler, les civils d’être blessés, les économies de vaciller. La sécurité ne s’achète pas au catalogue. Elle se construit par la diplomatie, la dissuasion crédible, et la capacité à ne pas se retrouver pris au milieu d’une guerre que d’autres ont déclenchée.
Voici la leçon la plus amère de ce conflit pour les monarchies du Golfe. Elles ont cru que l’argent les protégerait. Que les contrats d’armement valaient des polices d’assurance. Que l’alliance avec Washington était un bouclier impénétrable. Elles découvrent que l’argent achète des armes, pas la paix. Que les alliances servent les intérêts du plus fort. Et que la géographie est un destin qu’aucun gratte-ciel, aussi haut soit-il, ne peut surplomber.
Le Golfe entre le marteau et l’enclume, sans sortie visible
Riposter contre l’Iran risque d’entraîner les monarchies dans un conflit total. Ne pas riposter les fait paraître faibles devant leurs populations. Demander de l’aide aux États-Unis renforce la dépendance envers un allié qui les a exposées sans les consulter. Chercher un accord avec l’Iran paraît naïf quand les missiles tombent encore. Il n’y a pas de bonne option. Il n’y a que des mauvaises options de différentes intensités. Et chaque heure qui passe rapproche les pires scénarios.
Ce qui reste quand la fumée retombe
Un ordre régional en cendres, un monde qui a changé
L’ordre régional qui prévalait depuis les années 1990 dans le Golfe persique, basé sur la présence militaire américaine, la dissuasion par procuration et les pétrodollars comme garants de stabilité, est mort le 28 février 2026. Il a été enterré le 9 mars sous une pluie de missiles balistiques et de drones kamikazes. Ce qui le remplacera n’est pas encore visible. Mais ce qui est déjà clair, c’est que les monarchies du Golfe ne pourront plus jamais prétendre être des zones de stabilité tant qu’elles hébergeront des bases militaires d’une puissance capable de déclencher une guerre régionale sans les consulter. La sécurité par délégation a prouvé ses limites. Les limites, ce sont les trente-deux blessés de Sitra. Les deux morts d’Al-Kharj. Les quatre morts émiratis. Les centaines de victimes du Liban. Des êtres humains. Pas des statistiques. Des visages.
Il reste des raffineries en feu. Des familles endeuillées. Des enfants blessés dans des quartiers résidentiels qui n’avaient rien à voir avec la guerre. Des cours du pétrole qui affolent les marchés mondiaux. Des diplomates qui parlent de désescalade pendant que les missiles continuent de traverser le ciel. Et cette question, lancinante, que personne ne pose à voix haute parce que la réponse fait trop mal : qui a décidé que ces vies-là valaient moins que l’objectif stratégique de quelqu’un d’autre? Qui a décidé que Bahreïn, le Qatar, les Émirats, l’Arabie saoudite étaient des dommages acceptables? Personne ne leur a demandé. On ne demande jamais aux cibles leur avis. On les frappe. Et après, on appelle ça de la géopolitique.
Le dixième jour, et certainement pas le dernier
Le 9 mars 2026 est le dixième jour d’une guerre qui n’a ni plan de sortie ni mécanisme de cessez-le-feu. L’Iran a un nouveau guide suprême qui n’a aucun intérêt à paraître faible. Israël continue de frapper. Les États-Unis comptent leurs morts. Les monarchies du Golfe comptent leurs blessés et leurs raffineries en flammes. Le Liban compte ses cadavres. Et le monde compte les dollars au baril. Il reste une certitude. Ce n’est pas le dixième jour d’une guerre de dix jours. C’est le dixième jour d’une guerre dont personne ne connaît la fin. Et c’est peut-être ça, la vérité la plus terrifiante de toutes. Pas les missiles. Pas les drones. Pas le pétrole à 120 dollars. Mais l’absence totale de plan pour que ça s’arrête.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Reprehensible: New wave of Iranian missiles, drones target Gulf nations, 9 mars 2026
Al Jazeera — Iranian missiles intercepted over Saudi Arabia, Qatar, UAE, Bahrain, 7 mars 2026
Al Jazeera — Iran fires more missiles, drones across Gulf region amid US-Israeli attacks, 5 mars 2026
Département d’État américain — Joint Statement on Iran’s Missile and Drone Attacks in the Region, mars 2026
Ministère des Affaires étrangères des EAU — Joint Statement Condemning Iran’s Missile and Drone Attacks, 2 mars 2026
Sources secondaires
Breaking Defense — Nightmare scenario for GCC countries as Iran unloads drones and missiles, mars 2026
Euronews — Bapco declares force majeure as Iran sets Bahrain’s only refinery ablaze, 9 mars 2026
CNBC — Iran names Khamenei’s son Mojtaba as new supreme leader, 8 mars 2026
Defense Security Monitor — Iranian Missile, Drone Strikes Target Gulf Countries, 2 mars 2026
OilPrice.com — Oil prices surge as Iran conflict threatens Middle East supply, mars 2026
Gulf News — US-Israel war on Iran day 10: Oil prices surge as Iran names Mojtaba Khamenei, 9 mars 2026
Wikipedia — 2026 Iranian strikes on the United Arab Emirates, mise à jour continue
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