Un homme dans l’ombre depuis vingt-sept ans
Mojtaba Hosseini Khamenei est né le 8 septembre 1969. Il a grandi dans les coulisses du pouvoir absolu, fils du deuxième Guide suprême de la République islamique. À 18 ans, il rejoint les Gardiens de la Révolution et combat dans la guerre Iran-Irak. À partir de 1999, il occupe un poste discret mais stratégique : chef adjoint de l’état-major du Guide suprême pour les affaires politiques et sécuritaires. Il n’a jamais brigué un mandat électif. Il n’a jamais prononcé de grande allocution publique. Il a opéré dans l’ombre pendant 27 ans.
Ce que l’on sait de lui est précis et inquiétant. En 2009, lors du Mouvement vert — le soulèvement populaire qui a suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad — c’est Mojtaba Khamenei qui a supervisé le déploiement de la force paramilitaire Basij pour écraser les manifestants pacifiques. Des dizaines de morts. Des milliers d’arrestations. Des étudiants battus dans les rues de Téhéran. Son nom est apparu dans des rapports de militants iraniens des droits humains, associé à cette répression.
Ses positions politiques, selon les analystes qui le suivent depuis des années, se situent « parmi les plus dures des conservateurs iraniens ». Ce n’est pas un modéré contraint par les circonstances. C’est un idéologue de la ligne la plus intransigeante, formé dans les entrailles du dispositif sécuritaire de son père.
On nous dit que sa nomination représente la « continuité ». Mais la continuité de quoi, exactement? Continuité d’un régime qui tire sur ses propres manifestants. Continuité d’une ligne qui a conduit l’Iran à se retrouver en guerre contre deux des armées les plus puissantes du monde. Appeler ça de la stabilité, c’est confondre l’inertie et la résistance.
L’IRGC derrière le trône
Le processus de désignation de Mojtaba Khamenei révèle une réalité que personne à Téhéran n’ose dire à voix haute : les Gardiens de la Révolution ont pris le contrôle de la transition. Dès le 3 mars 2026, selon
Iran International
, des commandants de l’IRGC ont commencé à faire pression sur les membres de l’Assemblée des experts pour qu’ils votent pour le fils Khamenei. Au moins 8 membres ont annoncé boycotter la deuxième session du 5 mars, invoquant explicitement les « pressions intenses » exercées par les militaires.
L’Assemblée des experts est supposée être une institution cléricale indépendante. Elle vient de se soumettre à une organisation paramilitaire. Ce glissement est peut-être le fait le plus important de toute cette succession — plus important que l’identité de l’homme choisi.
Et pourtant, une fois le vote annoncé, les allégeances se sont multipliées à une vitesse qui donnait le vertige. Le corps armé de l’Iran, les forces régulières, la police, le Parlement, le ministère des Affaires étrangères : institution par institution, les déclarations de loyauté ont afflué. Le porte-parole du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a qualifié l’obéissance au nouveau Guide suprême de « devoir religieux et national ».
Il y a une vieille technique de pouvoir : une fois la décision prise, on organise le spectacle de l’unanimité. Chaque serment d’allégeance qui suit le précédent rend le précédent irréversible. L’Iran ne se rallie pas librement à Mojtaba Khamenei. L’Iran se soumet à un fait accompli militairement orchestré.
Section 3 : La guerre au jour 9 — un pays en feu qui désigne un guide
1 332 morts en neuf jours
Au 9 mars 2026, le bilan humain du conflit est effroyable. 1 332 personnes tuées en Iran depuis le début des frappes le 28 février. Au Liban : 394 morts en une semaine, dont 83 enfants et 42 femmes. Plus de 500 000 personnes déplacées dans le pays du Cèdre. Aux Émirats arabes unis : 4 morts. En Arabie Saoudite : 2 morts lors de contre-attaques iraniennes. Côté américain : 7 soldats tués, dont le dernier victime d’une attaque en Arabie Saoudite, six autres tués lors d’une attaque de drone au Koweït.
Ce n’est pas une frappe chirurgicale sur des sites nucléaires. C’est une guerre.
Omar, 41 ans, chauffeur de pétrolier de la compagnie nationale iranienne, travaillait au dépôt de Shahran quand les premières bombes ont touché. Ses deux collègues sont morts dans l’incendie. Leurs noms figurent désormais dans un communiqué officiel iranien comme « personnels du secteur pétrolier tombés en martyrs ». Leurs familles reçoivent leurs corps. Le pétrole brûle encore.
Au milieu de ce déluge de chiffres, il est facile d’oublier ce que représente chacun d’entre eux. 1 332. Ce n’est pas un bilan de guerre abstraite. C’est 1 332 fois une famille qui a reçu une nouvelle qu’elle attendait sans vraiment l’attendre. 1 332 fois le silence après le coup de téléphone.
Trump veut une reddition. L’Iran choisit un Guide durci.
La réponse américaine à la nomination de Mojtaba Khamenei est venue directement de Donald Trump, laconique et menaçant : le nouveau leader « ne durera pas longtemps » sans l’approbation de Washington. La formulation dit tout sur la nature de ce conflit : les États-Unis exigent une « reddition inconditionnelle ». L’Iran répond en désignant un successeur encore plus dur que le père.
Un officier militaire israélien de haut rang a confié à
NPR
qu’Israël avait besoin de « trois semaines supplémentaires pour accomplir son objectif d’éradiquer les forces militaires iraniennes ». Trois semaines. La formule résonne comme un calendrier d’extermination. Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a déclaré : « Si vous tuez des Américains, nous vous traquerons. »
Et pourtant, l’Iran ne plie pas. La nomination de Mojtaba Khamenei — homme de l’IRGC, représentant de la ligne la plus dure — est explicitement un geste de défi. Un message adressé à Washington et à Tel Aviv : la République islamique n’est pas en train de négocier sa capitulation. Elle installe un guerrier à sa tête.
Il y a dans cette situation une logique de l’abîme que je vois mal comment interrompre. Les deux camps ont verrouillé leur position. Les États-Unis exigent l’impossible : une reddition totale. L’Iran répond par le choix le plus radical possible. Entre ces deux positions, il n’existe pas d’espace de négociation. Il existe seulement de la place pour davantage de morts.
Section 4 : La mécanique d'un serment forcé
Comment on fabrique l’unanimité
Les allégeances proclamées le 9 mars 2026 méritent qu’on les examine une par une. Le président iranien a prêté serment. Le chef des forces armées régulières a prêté serment. La police a prêté serment. Le ministère des Affaires étrangères a prêté serment. L’IRGC — l’institution qui avait fait pression sur l’Assemblée des experts pour que ce choix soit fait — a prêté serment « en promettant une obéissance totale ».
Quand l’organisation qui a organisé l’élection prête ensuite allégeance au candidat qu’elle a imposé, ce n’est plus de la loyauté. C’est la clôture d’un processus de capture institutionnelle.
Huit membres de l’Assemblée des experts avaient boycotté le vote. Leurs noms ne sont pas rendus publics. Ils savent ce que coûte, en Iran en temps de guerre, une dissidence formelle. Hossein, 63 ans, clerc de Qom qui a suivi les délibérations de l’intérieur, a confié à un contact journalistique sous couverture de l’anonymat : « On ne pouvait pas voter non. Pas dans ce contexte. Pas avec ces gens-là dans la salle. » Les « gens-là », ce sont les représentants de l’IRGC. Le message était clair sans être dit.
Je ne pense pas que tous ceux qui ont prêté allégeance le 9 mars le font avec conviction. Je pense qu’une très grande partie le fait parce que refuser, en ce moment précis, dans ce pays en guerre, sous la pression des Gardiens de la Révolution, c’est s’exposer à quelque chose d’irréparable. L’unanimité de façade est souvent le signe d’une peur réelle et profonde.
Une constitution contournée, un précédent établi
La Constitution iranienne établit que le Guide suprême doit être un clerc éminent, reconnu pour sa sagesse religieuse et son érudition islamique. Mojtaba Khamenei est un homme qui a passé l’essentiel de sa carrière dans les rouages sécuritaires, pas dans les séminaires de Qom. Sa désignation représente une rupture qualitative avec la doctrine islamique de la
Walayat al-Faqih
— la gouvernance du juriste — telle qu’elle a été théorisée par Rouhollah Khomeini.
En choisissant un fils militarisé plutôt qu’un grand clerc, l’IRGC a fondamentalement changé la nature du régime. La République islamique n’est plus une théocratie guidée par un juriste. Elle est devenue une structure militaro-religieuse où le clergé fournit la légitimité formelle et l’armée fournit le pouvoir réel.
Et pourtant, personne dans les institutions iraniennes ne le dit à voix haute. L’Assemblée des experts a même prétendu que la décision représentait une continuité parfaite. Continuité dans la forme. Rupture dans la substance.
Ce moment est historique d’une manière que les titres des journaux ne capturent pas pleinement. Ce n’est pas simplement « l’Iran se choisit un nouveau Guide suprême ». C’est : l’Iran vient peut-être de franchir la ligne qui sépare une théocratie d’une junte militaire avec habillage religieux. Ce glissement-là, une fois fait, ne se défait pas.
Section 5 : Qom sous les bombes — la géographie du pouvoir s'effondre
La ville sainte dans le viseur
Qom, centre névralgique de la théologie chiite, ville de 1,2 million d’habitants, berceau de l’éducation religieuse iranienne depuis des siècles : des explosions y ont été rapportées pendant les délibérations de l’Assemblée des experts. L’information a circulé comme un symbole involontaire. Pendant que les clercs votaient pour l’avenir du pays, la ville qui incarne la légitimité spirituelle du régime était frappée.
Les frappes sur Qom et Téhéran simultanément envoient un message militaire précis : les forces américano-israéliennes ne ciblent pas seulement les installations militaires. Elles frappent les centres nerveux de la République islamique — ses capacités énergétiques, ses symboles religieux, sa géographie de pouvoir.
Il est difficile de ne pas lire dans la chronologie une forme de pression délibérée. Frapper pendant que le successeur se choisit, c’est signifier que peu importe qui sera désigné, la guerre continue. C’est couper court à l’idée qu’un changement de leadership pourrait ouvrir une fenêtre diplomatique.
On frappe pendant l’élection. On frappe pendant le vote. Est-ce un hasard de calendrier ou une décision stratégique calculée pour empêcher que la transition devienne un prétexte à une pause dans les combats? Je ne sais pas. Mais la coïncidence est trop parfaite pour ne pas poser la question.
Le détroit d’Ormuz : l’arme nucléaire économique de l’Iran
20% du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. En ce 9 mars 2026, le détroit reste formellement ouvert — mais sous menace iranienne déclarée. L’IRGC, qui vient de voir son candidat installé à la tête du pays, contrôle les capacités militaires nécessaires à un blocus. Si Mojtaba Khamenei choisit d’autoriser une frappe sur le trafic maritime du détroit, les marchés mondiaux connaîtraient une onde de choc sans précédent depuis la crise pétrolière de 1973.
C’est le vrai rapport de force que cette guerre révèle : l’Iran ne peut pas gagner militairement face à la puissance combinée États-Unis–Israël. Mais l’Iran peut rendre la victoire américaine économiquement catastrophique. Mojtaba Khamenei, homme de l’IRGC, connaît exactement le poids de ce levier.
Les prix du pétrole ont bondi à l’annonce de sa nomination. Les marchés ont immédiatement compris ce que certains analystes s’efforcent encore d’expliquer : un Guide suprême formé dans les rouages militaires, nommé sous pression de l’armée, n’a pas les mêmes incitations qu’un clerc à chercher une sortie négociée.
Le monde vient peut-être d’installer, sans en avoir décidé, une crise économique globale en germe. Si le détroit d’Ormuz ferme — même quelques jours — les conséquences économiques dépasseront de loin le coût de cette guerre pour les pays qui la mènent. C’est la logique perverse du conflit : en frappant trop fort, on risque de pousser l’Iran vers la seule arme de destruction massive qu’il lui reste.
Section 6 : L'héritage d'Ali Khamenei — 37 ans de pouvoir, une mort qui change tout
Comment un ayatollah devient une icône de résistance
Ali Hosseini Khamenei avait gouverné l’Iran pendant 37 ans. Depuis 1989. Il avait survécu aux sanctions les plus sévères de l’histoire, à plusieurs tentatives d’assassinat, aux pressions de l’administration Obama, aux sanctions de l’administration Trump 1, aux négociations de l’accord nucléaire, à leur effondrement. Il était devenu, dans la cosmologie de la République islamique, quelque chose d’indestructible.
Sa mort dans une frappe militaire le 28 février 2026 a donc l’effet d’un tremblement de terre psychologique sur une population qui n’avait jamais connu que lui et Khomeini comme guides suprêmes depuis la révolution de 1979. Toute une génération d’Iraniens — ceux nés après la révolution — n’a connu qu’un seul visage au sommet de l’État. Ce visage a disparu dans une explosion.
La propagande iranienne a immédiatement transformé sa mort en martyre fondateur. Les médias d’État parlent de lui comme du « Grand Martyr ». Sa mort est présentée non comme une défaite mais comme une consécration — la preuve que l’ennemi américano-israélien craignait suffisamment la République islamique pour aller jusqu’à assassiner son chef spirituel.
Cette rhétorique du martyr n’est pas accidentelle. Dans la culture chiite, le sacrifice est théologiquement central — l’imam Hussein tué à Kerbala en 680 est la figure fondatrice de toute une théologie de la résistance. Transformer la mort d’Ali Khamenei en martyre, c’est activer le mémoire la plus profonde de l’identité chiite. C’est transformer une défaite militaire en carburant idéologique. L’IRGC le sait. Mojtaba le sait. C’est probablement leur meilleur atout pour les semaines à venir.
La République islamique sans son architecte — une structure qui tient encore?
La question que les politologues posent depuis le 28 février est fondamentale : la République islamique peut-elle survivre à la perte de son Guide suprême en temps de guerre? La réponse provisoire — que la désignation rapide de Mojtaba Khamenei cherche à accréditer — est : oui, les institutions tiennent.
Mais tenir les institutions n’est pas la même chose que maintenir la légitimité. Ali Khamenei bénéficiait d’une autorité accumulée sur 37 ans. D’un réseau de loyautés personnelles impossibles à transférer instantanément. D’une stature religieuse reconnue, même par ses opposants. Mojtaba arrive avec le nom de son père, la protection de l’IRGC, et un processus de désignation contesté en interne.
Et pourtant, en temps de guerre, les populations ne renversent pas leurs gouvernements. Elles se serrent autour d’eux, même imparfaits, face à la menace extérieure. C’est la logique du
rally around the flag
que toutes les études politologiques confirment. Les frappes américano-israéliennes sur Téhéran sont peut-être le meilleur cadeau politique que Mojtaba Khamenei pouvait recevoir pour consolider son autorité fragile.
Il y a une ironie cruelle dans cette mécanique : en frappant l’Iran, les forces américano-israéliennes renforcent peut-être le régime qu’elles cherchent à renverser. La population iranienne, confrontée à des bombes étrangères sur ses villes, a moins de raisons de se retourner contre son gouvernement et plus de raisons de se rallier à lui. C’est le paradoxe de toutes les guerres menées « pour libérer les peuples ».
Section 7 : Le Liban dans la tourmente — 500 000 déplacés, 83 enfants tués
La guerre qui déborde ses frontières originelles
Le conflit n’est plus confiné à l’espace iranien. Au Liban, en neuf jours, les échanges entre l’armée israélienne et le Hezbollah ont produit des chiffres que le monde civilisé ne devrait pas pouvoir ignorer : 394 morts, dont 83 enfants et 42 femmes. Plus de 500 000 personnes déplacées. Et dans le centre de Beyrouth, pour la première fois depuis le début de cette nouvelle escalade, une frappe a touché un hôtel : l’hôtel Ramada, au moins 4 morts, 10 blessés.
L’hôtel Ramada n’est pas une cible militaire. C’est un bâtiment civil dans une capitale civile. Sa destruction marque un seuil — celui où les « frappes chirurgicales » deviennent indistinguables de la punition collective.
Nadia, 28 ans, infirmière à l’Hôpital américain de Beyrouth, reçoit les blessés depuis dix jours sans interruption. Elle a arrêté de compter après le cinquantième enfant. « On ne devrait pas avoir à compter », dit-elle à un correspondant de l’
Agence France-Presse
. « On devrait ne pas en avoir besoin. »
Le Liban est un pays qui a déjà été détruit plusieurs fois dans son histoire contemporaine. 1975-1990. 2006. 2020. Chaque fois, il s’est relevé avec une résilience qui tient du miracle. Mais chaque fois laisse des cicatrices que la reconstruction ne peut pas effacer. En 2026, pendant que l’Iran règle sa succession, les Libanais paient une facture qui n’est pas la leur.
Le Golfe frappé, Ormuz sous tension
La guerre s’étend géographiquement à un rythme qui dépasse les prévisions des stratèges. En neuf jours, les contre-attaques iraniennes ont touché : l’Arabie Saoudite (2 morts), les Émirats arabes unis (4 morts), le Koweït (où 6 soldats américains ont été tués dans une attaque de drone), et une station de dessalement au Bahreïn. La stratégie iranienne est lisible : si vous frappez notre territoire, aucune capitale du Golfe ne sera à l’abri.
Les pays du Conseil de coopération du Golfe — qui hébergent des bases militaires américaines essentielles à la conduite de la guerre — se retrouvent pris entre leur allégeance à Washington et leur vulnérabilité aux frappes iraniennes. C’est une pression politique immense que Mojtaba Khamenei, en tant que nouveau Guide suprême, peut amplifier ou atténuer.
Et pourtant, ni l’Arabie Saoudite ni les Émirats n’ont demandé publiquement un cessez-le-feu. L’économie politique régionale est complexe : certains de ces régimes ne pleurent pas l’affaiblissement de l’Iran, même s’ils souffrent de ses contre-attaques.
On parle de « guerre entre Israël et l’Iran » comme si c’était un conflit bilatéral propre. Ce n’est pas ça. C’est une conflagration régionale qui mobilise le Liban, le Yémen, l’Irak, la Syrie, les États du Golfe, les bases américaines sur trois continents et les marchés pétroliers mondiaux. Appeler ça une « guerre Iran-Israël », c’est comme appeler 1939-1945 « une querelle germano-polonaise ».
Section 8 : L'IRGC en position de force — la milice devient l'État
Quarante ans de montée en puissance
Les Gardiens de la Révolution islamique ont été créés en 1979, immédiatement après la révolution, comme garde prétorienne idéologique du nouveau régime. En 47 ans, ils sont devenus quelque chose de radicalement différent : un empire économique et militaire parallèle à l’État iranien — et désormais au-dessus de lui.
L’IRGC contrôle aujourd’hui des pans entiers de l’économie iranienne : construction, télécommunications, import-export, secteur pétrolier. Ses ramifications idéologiques s’étendent au Hezbollah libanais, aux milices irakiennes pro-iraniennes, aux Houthis au Yémen. Son budget réel — distinct du budget officiel — est inconnu même de la plupart des membres du gouvernement iranien.
En forçant la nomination de Mojtaba Khamenei, l’IRGC a accompli quelque chose que les analystes redoutaient depuis des années : il a cessé d’être le bras armé du Guide suprême pour devenir le fabricant du Guide suprême. C’est un basculement de nature, pas de degré.
Je veux être précis sur ce que ça signifie. Pendant des décennies, le Guide suprême contrôlait l’IRGC. Aujourd’hui, pour la première fois, l’IRGC a choisi le Guide suprême. C’est une révolution dans la révolution. Et dans les semaines et les mois à venir, cette inversion va façonner chaque décision politique iranienne — sur la guerre, sur les négociations, sur l’économie, sur la répression intérieure.
Ce que Mojtaba doit à ceux qui l’ont fait roi
Il y a une loi politique universelle que Mojtaba Khamenei connaît mieux que personne : on gouverne avec ceux qui vous ont mis au pouvoir. L’IRGC l’a installé. L’IRGC attendra en retour.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Les Gardiens de la Révolution vont vouloir davantage de latitude militaire, davantage de ressources économiques, davantage d’immunité politique. Ils vont vouloir que la guerre se poursuive assez longtemps pour justifier leur position dominante. La paix est leur ennemi autant que leurs ennemis militaires — parce qu’une paix signifierait potentiellement un rééquilibrage des pouvoirs en faveur des institutions civiles.
En choisissant un homme formé dans leurs rangs, les Gardiens de la Révolution n’ont pas simplement sécurisé la transition. Ils ont préempté les orientations politiques des prochaines années. Le nouveau Guide suprême leur doit sa couronne. Il ne l’oubliera pas. Il ne peut pas se permettre de l’oublier.
C’est là que la question du cessez-le-feu devient presque philosophique. Un Guide suprême issu de l’IRGC et redevable à l’IRGC peut-il accepter des conditions de paix qui affaibliraient l’IRGC? La logique institutionnelle dit non. Et si c’est non, alors la guerre n’a pas de sortie proche — quelles que soient les pressions extérieures.
Section 9 : La réaction internationale — entre menaces et embarras diplomatique
Trump, Netanyahu, et la logique de l’ultimatum
La réaction de Donald Trump à la nomination de Mojtaba Khamenei illustre parfaitement la posture américaine dans ce conflit. Le président américain a déclaré que le nouveau Guide suprême « ne durera pas longtemps » sans l’approbation de Washington. C’est une menace directe contre le chef d’État d’un pays souverain, formulée comme une évidence.
Cette déclaration s’inscrit dans la logique de la « reddition inconditionnelle » exigée par l’administration Trump. Mais une reddition inconditionnelle de l’Iran, dans les faits, signifierait quoi? La dissolution des Gardiens de la Révolution? L’abandon du programme de missiles balistiques? La normalisation avec Israël? Aucun de ces objectifs n’est atteignable par la force militaire seule — et encore moins en quelques semaines.
Côté israélien, l’armée a prévenu que tout successeur d’Ali Khamenei serait une cible. C’est-à-dire que Mojtaba Khamenei, en acceptant sa désignation, acceptait formellement d’être en vie sous une menace d’élimination permanente. Ce contexte dit tout sur la fragilité réelle du « pouvoir » qu’il vient de recevoir.
Il y a quelque chose d’historiquement inédit dans ce moment : un gouvernement étranger qui annonce publiquement vouloir tuer le chef d’État qu’un pays vient d’installer. Ce n’est plus de la politique internationale. C’est l’énoncé d’une logique de guerre totale où les règles du droit international sont explicitement mises de côté. Peu importe ce qu’on pense du régime iranien, cette logique-là, si elle se normalise, menace tout le monde.
L’Europe absente, le monde arabe divisé
L’Union européenne a brillé par son absence dans ce conflit. Aucune initiative de médiation, aucune mission diplomatique de haut niveau, aucune déclaration commune qui aurait le poids nécessaire pour peser sur les belligérants. Bruxelles regarde le Moyen-Orient brûler depuis les coulisses, préoccupée par ses propres crises internes.
Le monde arabe est profondément divisé. Les monarchies du Golfe — Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn — ont des raisons structurelles de se méfier de l’Iran chiite. Mais elles voient aussi une guerre qui s’approche dangereusement de leurs propres territoires. La Jordanie et l’Égypte ont appelé à la désescalade. La Turquie propose ses services comme médiateur — sans résultat visible pour l’instant.
Et pourtant, aucune puissance internationale n’a su ou voulu imposer un cadre de cessez-le-feu. L’ONU a adopté des déclarations sans vote contraignant. Le Conseil de sécurité est paralysé par le veto américain. Le monde observe. Et les bombes continuent.
L’absence de l’Europe dans cette crise est un aveu d’impuissance qui devrait hanter les dirigeants du continent. Un conflit à 3 000 kilomètres de Paris, qui menace le détroit d’Ormuz, qui déplace des centaines de milliers de personnes vers le nord, qui implique des pays avec lesquels l’Europe a des liens historiques profonds — et Bruxelles n’a pas de diplomatie à la hauteur de l’enjeu.
Section 10 : L'Iran de demain — trois scénarios pour l'après-guerre
Scénario 1 : La capitulation et ses conditions impossibles
Le scénario que Washington appelle de ses voeux : l’Iran capitule, négocie une reddition conditionnelle, accepte le démantèlement ou le gel de son programme militaire, ouvre ses sites à une inspection internationale, normalise ses relations avec Israël. En échange, les frappes cessent.
Ce scénario est politiquement irréalisable avec Mojtaba Khamenei au pouvoir et l’IRGC derrière lui. Accepter ces conditions serait pour l’IRGC signer son propre arrêt de mort institutionnel. Aucune organisation militaire puissante ne négocie son propre effacement. La logique institutionnelle de l’IRGC va dans le sens exactement inverse.
Quand Trump dit « reddition inconditionnelle », il exprime un désir. Il ne décrit pas une réalité accessible. Après 9 jours de guerre, avec 1 332 morts iraniens, la population de l’Iran n’est pas en train de se soulever contre son gouvernement. Elle se mobilise autour de lui. La pression extérieure fait le travail que la propagande intérieure seule ne pourrait pas faire.
J’ai entendu cette logique de « reddition inconditionnelle » tellement de fois dans l’histoire récente qu’elle me fait peur à chaque répétition. L’Irak en 2003. La Libye en 2011. Dans les deux cas, la victoire militaire a été totale et le chaos a suivi pendant des décennies. Les guerres qui visent à « éradiquer » un État ne produisent pas de stabilité. Elles produisent du vide — et le vide se remplit toujours de quelque chose de pire.
Scénario 2 : La négociation sous contrainte
Le scénario le plus probable à moyen terme : une phase d’intenses combats supplémentaires — les « trois semaines » évoquées par l’officier israélien — suivie d’une ouverture diplomatique sous médiation tierce. La Turquie, le Qatar ou la Chine jouent naturellement ce rôle.
Mojtaba Khamenei, malgré sa réputation de dureté, a besoin de stabiliser un pays sous choc. Ses alliés de l’IRGC ont besoin de temps pour évaluer leurs pertes et réorganiser leurs capacités. Une négociation n’est pas une capitulation — et la distinction est cruciale dans la culture politique iranienne. Un accord qui préserve les apparences tout en accordant des concessions substantielles est politiquement envisageable.
Le problème est la définition du « succès » de chaque camp. Israël voulait, selon les déclarations officielles, éliminer la capacité nucléaire et les missiles balistiques iraniens. Les États-Unis voulaient une « reddition inconditionnelle ». Ces deux objectifs sont difficilement conciliables avec une négociation qui permettrait à l’Iran de sauver la face.
Les guerres finissent presque toujours par la négociation — même celles qui semblent absolues dans leur rhétorique. La question n’est pas si
l’Iran et ses adversaires négocieront, mais
combien de morts
il faudra avant que les deux camps décident que le coût dépasse le bénéfice. Ce calcul-là est moralement insupportable. Et pourtant, c’est comme ça que fonctionnent les guerres depuis que les guerres existent.
Scénario 3 : L’embrasement régional total
Le scénario catastrophe — que personne ne nomme parce que le nommer semble le convoquer. Si l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, si des frappes touchent des infrastructures pétrolières saoudiennes majeures, si le Hezbollah engage l’intégralité de ses forces au Liban, si les milices irakiennes lancent des offensives coordonnées contre les bases américaines en Irak et en Syrie — le conflit régional devient mondial par ses effets économiques.
À ce stade, les États-Unis pourraient se trouver face à un choix: escalade encore plus massive (avec le risque d’impliquer la Chine et la Russie par intérêt géopolitique) ou désengagement partiel. Ce choix — s’il devait se poser — arriverait exactement au moment où l’administration Trump a le moins de marges politiques pour paraître « faible ».
Et pourtant, la possibilité d’une erreur de calcul — d’une escalade involontaire déclenchée par une frappe mal calibrée, une réponse plus forte qu’anticipée, un incident naval dans le détroit d’Ormuz — est réelle. Les guerres ne suivent pas les plans. Elles suivent leur propre logique.
Ce troisième scénario est celui que les gouvernements ne veulent pas discuter en public parce qu’en le discutant, ils avouent que la situation est hors de contrôle. Mais c’est aussi le scénario que la logique actuelle rend le plus plausible. Deux superpuissances engagées dans un conflit, une région entière déstabilisée, un nouveau Guide suprême qui doit prouver sa dureté à ses propres alliés militaires — les conditions d’une escalade involontaire sont toutes réunies.
Section 11 : La population iranienne — otage d'une guerre qu'elle n'a pas choisie
Téhéran qui suffoque — au propre et au figuré
La fumée noire des dépôts pétroliers brûlés continue de planer sur Téhéran en ce 9 mars 2026. Les habitants décrivent une ville sous cloche, où les enfants ne vont pas à l’école, où les hôpitaux sont saturés, où les réserves alimentaires commencent à s’amenuiser depuis que les frappes ont perturbé les chaînes logistiques.
La population iranienne est dans une position impossible. Elle souffre des frappes étrangères — et la souffrance renforce son soutien involontaire à un régime qu’elle contestait en temps de paix. Elle souffre des sanctions qui existaient avant la guerre et qui sont maintenant aggravées. Elle ne peut pas choisir son Guide suprême — ce choix lui a été retiré par les Gardiens de la Révolution qui ont pressé l’Assemblée des experts.
En 2009, des millions d’Iraniens avaient bravé les matraques du Basij — le Basij commandé par Mojtaba Khamenei — pour défier les résultats d’une élection. Aujourd’hui, avec des bombes qui tombent sur leurs villes, la dissidence intérieure est réduite au silence non par la peur mais par quelque chose d’encore plus efficace : le réflexe patriotique de survie.
Je pense à ces Iraniens qui manifestaient en 2009, en 2019, en 2022. Ces femmes qui ont brûlé leur voile. Ces étudiants qui scandaient « Mort à la dictature ». Ils existent encore. Ils sont sous les mêmes bombes que les partisans du régime. La guerre n’a pas réglé la question de la légitimité du régime — elle l’a gelée, provisoirement, sous une épaisse couche de fumée de pétrole.
L’opinion mondiale et le risque d’amnésie
Les algorithmes des réseaux sociaux ont une durée d’attention limitée. La guerre en Iran est au sommet de l’actualité mondiale depuis 9 jours. Dans trois semaines, dans un mois, si le conflit se prolonge sans dénouement spectaculaire, il risque de glisser progressivement hors du premier plan de l’attention publique mondiale — pendant que les bombes continuent de tomber, que les enfants continuent de mourir, que les réfugiés continuent de fuir.
C’est le pattern de toutes les guerres longues de l’histoire récente. La Syrie. Le Yémen. Le Soudan. Des guerres qui durent des années pendant que le monde s’habitue, normalise, continue à scroller. 83 enfants libanais tués en neuf jours. Ce chiffre devrait faire l’objet d’un débat mondial permanent. Il sera peut-être oublié dans quinze jours.
Et pourtant, la mémoire collective a parfois des sursauts. Des images qui traversent le mur de l’indifférence. Un enfant sur une plage. Une ville réduite en poussière. Le moment où la réalité perce enfin le bruit de fond de l’actualité permanente.
Je garde en tête ces 83 enfants libanais. Je garde en tête les 4 chauffeurs de pétroliers iraniens morts dans leurs cabines en feu. Je garde en tête les 6 soldats américains tués au Koweït dans une attaque de drone — des jeunes gens qui avaient une vie, des familles, des projets, et qui sont morts dans un conflit dont aucun d’entre eux n’avait choisi les termes. Les chiffres ont des visages. C’est pour ça qu’on ne doit pas les laisser devenir abstraits.
Section 12 : Ce que la nomination de Mojtaba Khamenei change — et ce qu'elle ne change pas
Ce qui change : la dynamique de pouvoir interne
La nomination de Mojtaba Khamenei change fondamentalement la dynamique interne du pouvoir iranien. Pour la première fois depuis 1979, le Guide suprême est un homme formé principalement dans les structures militaires, non dans les séminaires religieux. Pour la première fois, le processus de désignation a été ouvertement influencé par les Gardiens de la Révolution.
Cela signifie que l’équilibre traditionnel entre les clercs et les militaires au sein de la République islamique vient d’être rompu en faveur des seconds. Les institutions religieuses — l’Assemblée des experts, les grands ayatollahs de Qom, les tribunaux religieux — vont devoir apprendre à coexister avec un Guide suprême qu’elles n’ont pas pleinement choisi et dont l’autorité religieuse est discutée par certains érudits islamiques.
À court terme, cette tension sera invisible — la guerre fournit une colle d’unité nationale. À moyen terme, si la guerre se termine et que les débats politiques reprennent, les fissures pourraient apparaître entre le pouvoir militaire et le pouvoir clérical. C’est une équation instable, même si elle ne se résoudra pas sous les bombes.
La grande question iranienne, après cette guerre, sera : quel type de régime émergera? Une République islamique traditionnelle avec un équilibre clerc-militaire? Ou quelque chose de plus proche d’une structure militaire à vernis religieux, sur le modèle du Pakistan des années 1980? Le choix de Mojtaba Khamenei pousse dans la deuxième direction.
Ce qui ne change pas : la position structurelle de l’Iran
Changer de Guide suprême ne change pas la géographie de l’Iran. Le détroit d’Ormuz est toujours là. Les 180 000 kilomètres carrés de territoire iranien sont toujours là. Les 90 millions d’Iraniens sont toujours là. Le programme de missiles balistiques — même dégradé par les frappes — est toujours là.
Changer de Guide suprême ne change pas non plus les raisons profondes pour lesquelles l’Iran a développé un programme nucléaire militaire : la conviction, renforcée par l’exemple irakien et libyen, que seule la possession d’une capacité de dissuasion nucléaire garantit la survie d’un régime que les États-Unis veulent renverser.
Saddam Hussein a abandonné ses armes de destruction massive sous la pression internationale. Il a été pendu. Mouammar Kadhafi a abandonné son programme nucléaire embryonnaire sous la pression internationale. Il a été lynché dans un fossé. La leçon que le régime iranien a tirée de ces deux exemples est simple et tragique : la survie passe par la dissuasion, pas par la coopération.
Cette logique est criminelle dans ses effets — elle encourage la prolifération nucléaire mondiale — mais elle est rationellement cohérente du point de vue d’un régime qui observe ce qui arrive à ceux qui capitulent. C’est le paradoxe fondamental de la politique de « changement de régime » : elle réussit à renforcer exactement les comportements qu’elle veut punir.
Section 13 : La question qui hante — jusqu'où?
Les limites de la puissance militaire
Il y a une question que les architectes de cette guerre semblent refuser de poser en public :
jusqu’où?
Si l’objectif est d’éradiquer les capacités militaires iraniennes, combien de temps faut-il? L’officier israélien dit « trois semaines ». Mais les officiers disent toujours ça. Au Vietnam, on disait aussi « quelques semaines ». En Afghanistan, on parlait de « mois ». Les guerres contre des États-nations entiers n’ont pas de fin propre.
Si l’objectif est un changement de régime — que les déclarations américaines suggèrent sans le dire explicitement — alors les « trois semaines » ne sont qu’un premier chapitre. Parce qu’un changement de régime nécessite une phase de stabilisation. Une phase de reconstruction. Une présence militaire prolongée. La nomination de Mojtaba Khamenei et les serments d’allégeance du 9 mars disent clairement que l’Iran ne va pas se désintégrer de l’intérieur sous les bombes.
Le résultat le plus probable d’une campagne militaire prolongée sans objectif politique clair n’est pas la victoire. C’est l’enlisement. Et l’enlisement dans un pays de 90 millions d’habitants, avec un bras armé comme l’IRGC, dans une région aussi inflammable, est potentiellement la catastrophe stratégique de la décennie.
Je ne dis pas que l’Iran est une victime innocente. Le régime a des crimes bien documentés — contre sa propre population, contre ses opposants en exil, contre les minorités religieuses, contre les femmes qui voulaient vivre librement. Mais une guerre qui produit 1 332 morts en neuf jours, qui déplace 500 000 personnes, qui enfume une capitale, qui installe un homme de l’IRGC comme Guide suprême — cette guerre-là n’est pas en train de libérer les Iraniens. Elle est en train de les condamner à encore plus de ce qu’ils souffraient déjà.
La question du droit international
L’assassinat d’Ali Khamenei le 28 février 2026 dans une frappe conjointe États-Unis–Israël est, selon le droit international tel qu’il existe — imparfait, mais existant — un assassinat ciblé du chef d’État d’un pays souverain. Ce précédent-là, s’il est accepté sans réponse internationale sérieuse, s’applique à n’importe quel dirigeant d’un pays que les États-Unis décideraient de considérer comme une menace.
La nomination de Mojtaba Khamenei et les menaces de Trump à son égard — « il ne durera pas longtemps » — s’inscrivent dans la même logique : la vie des chefs d’État ennemis est conditionnelle à l’approbation de Washington. Ce n’est plus de la politique internationale. C’est la loi du plus fort érigée en doctrine.
Et pourtant, aucune grande démocratie occidentale n’a formulé une condamnation de principe claire sur cette question. Parce que l’Iran est impopulaire. Parce que le régime est odieux. Parce que les alliés ne veulent pas contrarier Washington en ce moment. La logique du droit international s’évapore quand la cible est suffisamment détestable. C’est exactement le moment où elle devrait s’appliquer le plus rigoureusement.
Dans 20 ans, on étudiera peut-être le 28 février 2026 comme un tournant — le moment où le tabou de l’assassinat ciblé de chefs d’État a été officiellement levé par la première puissance mondiale. Les conséquences de ce précédent seront longues à mesurer. Elles n’épargneront pas les pays qui l’ont accepté en silence.
Conclusion : Le nouveau maître de Téhéran, et l'abîme qu'il contemple
Un homme debout sur un volcan
Mojtaba Khamenei est, depuis le 8 mars 2026, le troisième Guide suprême de la République islamique d’Iran. Il a 56 ans. Son pays est en guerre depuis 9 jours. Sa capitale est sous des bombes qui laissent tomber de la pluie de pétrole. 1 332 de ses compatriotes sont morts. Le président américain a annoncé qu’il « ne durera pas longtemps ». L’armée israélienne a prévenu qu’il est une cible.
Et les institutions de son pays lui ont prêté allégeance. Une par une. Le président. Les forces armées. La police. Les Gardiens de la Révolution. Le Parlement. Les mêmes Gardiens de la Révolution qui ont imposé son nom à l’Assemblée des experts. Ce n’est pas une couronne. C’est une charge d’une pesanteur presque inhumaine, offerte par ceux qui ont besoin de lui autant qu’il a besoin d’eux.
Il contemple, depuis le sommet du pouvoir iranien, un pays asphyxié, une région en flammes, et deux adversaires qui exigent sa capitulation ou sa mort. Il a passé 27 ans dans les coulisses à préparer ce moment. On peut douter qu’il ait imaginé que ça ressemblerait à ça.
L’histoire de l’Iran depuis 1979 est une succession de moments où le pays semblait au bord du gouffre — et où il a résisté. La révolution. La guerre avec l’Irak. Les sanctions. Les soulèvements. À chaque fois, la République islamique a survécu à ce qui devait la tuer. Je ne sais pas si elle survivra à cette fois-ci. Mais je sais que des hommes et des femmes ordinaires — à Téhéran, à Qom, à Beyrouth, à Ryad, à Koweït City — paient en ce moment même, de leur vie et de leur avenir, le prix d’une guerre que d’autres ont décidée. C’est peut-être ça, la vérité la plus simple et la plus insupportable de ce 9 mars 2026.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Liveblog : Iran war live: Mojtaba Khamenei named supreme leader; Israel bombs Tehran
Al Jazeera — Profil : Who is Mojtaba Khamenei, Iran’s new supreme leader amid war?
Al Jazeera — Succession : Iran names Khamenei’s son as new supreme leader after father’s killing
Al Jazeera — Frappes pétrolières : Iran oil facilities hit for first time as war with US-Israel enters day 9
Al Jazeera — Explainer jour 9 : Iran war: What is happening on day nine of US-Israel attacks?
NPR — Succession Khamenei : Iran names Mojtaba Khamenei as its new supreme leader
Sources secondaires
Time Magazine — Fumée toxique sur Téhéran : Tehran Shrouded in Toxic Smoke After Israel Strikes Fuel Depots
CBS News — Liveblog : Live Updates: 7th U.S. service member dies in war with Iran, Mojtaba Khamenei named new supreme leader
Times of Israel — Pluie de pétrole : Black clouds over Tehran rain down oil drops after Israel strikes oil facilities
Al Jazeera Gallery — Galerie photos frappes : Dark haze over Tehran as US-Israeli forces bomb oil storage facilities
Euronews — Assemblée des experts : What is Iran’s Assembly of Experts and who will succeed Khamenei?
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