L’homme de l’ombre sort de l’ombre
Mojtaba Khamenei a 56 ans. Il est le deuxième fils d’Ali Khamenei, né en 1969 à Mashhad, ville sainte du chiisme dans le nord-est de l’Iran. Il a grandi pendant que son père construisait la République islamique. Il a fréquenté le lycée d’élite Alavi. Il a rejoint les Gardiens de la Révolution pendant les dernières années de la guerre Iran-Irak, où il a tissé des liens avec les hommes qui deviendraient les piliers de l’appareil sécuritaire iranien. Puis il a étudié la théologie à Qom, sous la tutelle de clercs ultraconservateurs.
Son rang clérical est celui de « hujjat al-Islam » — un rang intermédiaire, bien en dessous de celui d’ayatollah. Il n’a jamais occupé de fonction officielle. Jamais été élu. Jamais prononcé un discours public majeur. Un analyste l’a décrit comme « une quantité inconnue — un type qu’on voit sur les photos, dans les réunions, toujours en arrière-plan ». Et pourtant, cet homme en arrière-plan contrôlait les rouages réels du pouvoir iranien depuis deux décennies. Il était le « portier » de son père — celui par qui passaient toutes les décisions, tous les rendez-vous, toutes les nominations.
Un homme sans visage public. Sans discours. Sans mandat. Sans même le rang religieux approprié. Et le voilà Guide suprême de 88 millions d’Iraniens. Pas par la volonté du peuple. Par la volonté des Gardiens de la Révolution. L’Iran de 2026 a remplacé un guide par un fantôme.
Le réseau Mojtaba — pouvoir, argent, répression
Le département du Trésor américain a sanctionné Mojtaba Khamenei en 2019, sous la première présidence de Trump. L’accusation était précise : Mojtaba « représentait le Guide suprême à titre officiel malgré le fait de n’avoir jamais été élu ou nommé à un poste gouvernemental ». Le Trésor américain ajoutait que le Guide suprême avait « délégué une partie de ses responsabilités de leadership à son fils ». Traduction : Mojtaba dirigeait déjà. Son père signait.
Le Trésor a aussi documenté sa collaboration avec le commandant des Gardiens de la Révolution et la Force de résistance Basij — la milice paramilitaire spécialisée dans la répression intérieure et l’écrasement de la dissidence politique. C’est Mojtaba qui aurait orchestré la montée au pouvoir du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2005. C’est Mojtaba qui est soupçonné d’avoir manipulé la réélection contestée d’Ahmadinejad en 2009 — celle qui a provoqué le Mouvement vert, les manifestations massives, la répression sanglante. L’ancien président du Parlement Mehdi Karroubi l’a accusé publiquement, dans des lettres au Guide suprême, d’ingérence électorale. Karroubi a ensuite été placé en résidence surveillée en 2011. Il y est resté 14 ans. Sans procès.
Sanctionné par Washington. Accusé de manipulation électorale. Lié à la répression des manifestants. Architecte de l’ombre du régime de son père. Voilà le curriculum vitae du nouveau Guide suprême de l’Iran. Et voilà pourquoi les manifestants de 2009 scandaient dans les rues de Téhéran : « Mort à Mojtaba, pour que tu ne deviennes jamais le prochain Guide. »
La succession dynastique — quand la révolution dévore ses propres principes
Le Shah renversé, la dynastie restaurée
La Révolution islamique de 1979 a renversé le Shah Mohammad Reza Pahlavi — un monarque héréditaire dont le père avait fondé la dynastie Pahlavi. Le reproche fondamental était simple : le pouvoir héréditaire est illégitime. Le peuple doit choisir ses dirigeants. Les clercs les plus qualifiés doivent guider la nation. Quarante-sept ans plus tard, le fils du Guide suprême hérite du poste de son père. La Révolution qui a détruit une dynastie en a créé une autre. La République islamique, fondée sur le rejet du pouvoir dynastique, vient d’installer un héritier sur le trône.
L’Assemblée des Experts — le corps de 88 clercs chargé d’élire le Guide suprême — a voté la désignation de Mojtaba le 8 mars 2026, à peine huit jours après l’assassinat de son père. Le membre de l’Assemblée Heidari Alekasir a déclaré que le corps « n’a pas hésité une minute ». Et pourtant, les coulisses racontent une autre histoire. Dès le 3 mars, les commandants des Gardiens de la Révolution ont exercé des pressions directes sur les membres de l’Assemblée pour qu’ils votent Mojtaba. Ce n’était pas une élection. C’était une investiture orchestrée par l’appareil militaire.
Le Shah a été renversé parce qu’il avait hérité du pouvoir de son père. Mojtaba hérite du pouvoir de son père. L’ironie est si épaisse qu’elle en devient tragique. Et 88 millions d’Iraniens regardent une dynastie remplacer une autre — sans avoir eu le droit de voter. Ni en 1979. Ni en 2026.
Ce que Khamenei père ne voulait pas
Le paradoxe le plus cruel de cette succession est que Ali Khamenei lui-même s’y opposait. Selon Reuters, une source proche du bureau du Guide suprême avait confié en 2024 que Khamenei « ne voulait pas assister à un retour au pouvoir héréditaire, que de nombreux Iraniens considèrent comme une trahison de la Révolution de 1979 ». Le père ne voulait pas que le fils prenne sa place. Les Gardiens de la Révolution l’ont décidé autrement. Parce que Mojtaba est, selon un spécialiste de l’Iran, « celui qui était le plus proche des Gardiens » parmi tous les candidats possibles. Le fils le plus connecté. Le plus malléable. Le plus redevable.
Le président iranien Masoud Pezeshkian a qualifié la nomination de « nouvelle ère de dignité et de force ». Le président du Parlement Ghalibaf a déclaré que suivre Mojtaba était un « devoir religieux et national ». Les forces armées ont immédiatement prêté allégeance. L’unanimité est suspecte. Elle sent la contrainte. Dans un pays bombardé, en pleine guerre, personne n’ose contester le choix de l’armée. Et pourtant, ce choix contredit le dernier souhait de l’homme qu’ils prétendent tous honorer.
Ali Khamenei ne voulait pas de succession dynastique. Les Gardiens de la Révolution l’ont imposée quand même. Le père est mort sous les bombes américaines. Sa volonté est morte sous la pression des généraux iraniens. L’ironie ne s’arrête jamais dans la République islamique.
L'empire immobilier du nouveau Guide — 400 millions d'euros en Europe
Des propriétés de luxe à Londres, Majorque et Francfort
Pendant que le peuple iranien vivait sous les sanctions internationales, pendant que l’inflation dévorait les salaires et que les manifestants étaient abattus dans les rues, Mojtaba Khamenei bâtissait un empire immobilier à travers l’Europe. Selon le Financial Times et Euronews, un réseau de propriétés de luxe évalué à environ 400 millions d’euros est lié à Mojtaba via des intermédiaires et des sociétés-écrans. Aucun bien n’apparaît directement à son nom. Le portefeuille comprend des propriétés de luxe à Londres — dont deux surplombant l’ambassade d’Israël — une villa à Dubaï, des hôtels haut de gamme à Francfort et à Majorque, un complexe de golf en Espagne, un hôtel de ski en Autriche.
Le financement a été acheminé principalement par les revenus du pétrole iranien, via des institutions financières au Royaume-Uni, en Suisse, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis. Les sociétés-écrans sont enregistrées au Luxembourg, à Saint-Kitts-et-Nevis, en Autriche, en Allemagne et en Espagne. L’intermédiaire principal, Ali Ansari, a été sanctionné par le Royaume-Uni en octobre 2025. Et pourtant, les propriétés sont toujours là. L’argent du pétrole iranien — l’argent du peuple — finance des hôtels de luxe en Europe pendant que les hôpitaux de Téhéran manquent de médicaments.
Des hôtels à Majorque. Des propriétés de luxe à Londres. Un golf en Espagne. Voilà comment le nouveau Guide suprême de l’Iran a investi l’argent du pétrole de son peuple — pendant que ce même peuple mourait sous les sanctions, sous la répression, et maintenant sous les bombes. Le Guide suprême prêche l’austérité révolutionnaire. Il investit dans l’immobilier européen.
Le contraste qui accuse
D’un côté, Mojtaba Khamenei possède un portefeuille immobilier de 400 millions d’euros en Europe. De l’autre côté, le salaire minimum en Iran est d’environ 200 dollars par mois. L’inflation dépasse les 40 %. Le rial a perdu 90 % de sa valeur en dix ans. Les médicaments manquent dans les hôpitaux. Les retraités fouillent les poubelles pour manger. Et l’homme qui dirige ce pays possède des hôtels dans les stations balnéaires européennes.
Ce n’est pas un scandale financier. C’est le portrait moral d’un régime. Un régime qui prêche le sacrifice au peuple et qui investit dans le luxe à l’étranger. Un régime qui envoie ses jeunes mourir dans les guerres par procuration au Liban, en Syrie, au Yémen — et qui place l’argent du pétrole dans des paradis fiscaux. Un régime qui parle de résistance à l’Occident et qui achète des propriétés avec vue sur l’ambassade d’Israël à Londres. La Révolution islamique avait promis la justice. Elle a livré des hôtels de golf pour les fils du Guide.
Mojtaba possède des propriétés de luxe dans cinq pays européens. Le peuple iranien fouille les poubelles pour manger. Si vous cherchez la définition d’une théocratie corrompue, ne cherchez plus. Elle se calcule en mètres carrés de propriétés londoniennes.
Ce que Trump a dit — et ce que ça signifie
Le président américain qui veut choisir le Guide suprême de l’Iran
La réaction de Donald Trump à la nomination de Mojtaba a été aussi prévisible que stupéfiante. Dans un entretien exclusif avec Axios, Trump a déclaré : « Le fils de Khamenei est inacceptable pour moi » et l’a qualifié de « lightweight » — un poids léger. Puis il a ajouté cette phrase qui résume toute la doctrine américaine sur l’Iran : « Je dois être impliqué dans la nomination, comme avec Delcy au Venezuela. » Le président des États-Unis veut choisir le Guide suprême de l’Iran. Comme s’il s’agissait d’un poste de direction dans une entreprise américaine.
Quand Fox and Friends lui a demandé sa réaction après l’annonce officielle, Trump a dit : « Je ne suis pas content. » Le sénateur Lindsey Graham est allé plus loin, prédisant que Mojtaba « connaîtrait le même sort que son père ». En clair : les États-Unis se réservent le droit d’assassiner le nouveau Guide suprême comme ils ont assassiné l’ancien. La ligne entre la guerre contre un régime et la guerre contre un peuple n’a jamais été aussi mince.
Trump veut être « impliqué » dans le choix du leader iranien. Comme au Venezuela. Comme si les 88 millions d’Iraniens étaient des employés d’une filiale américaine. Quand un président se croit en droit de choisir les dirigeants d’un pays souverain, ce n’est plus de la géopolitique. C’est de l’impérialisme assumé.
Entre Moscou et Washington — le piège de Mojtaba
Mojtaba se retrouve pris entre deux puissances qui prétendent décider de son sort. D’un côté, Poutine qui le félicite et promet un « soutien indéfectible » — mais qui n’a rien fait pour empêcher l’assassinat de son père. De l’autre, Trump qui le qualifie d’« inacceptable » et menace de l’éliminer. La Chine, troisième acteur majeur, s’est opposée à tout ciblage du nouveau Guide mais n’a offert aucune garantie concrète de protection.
Le nouveau Guide suprême est un homme cerné. Son armée de l’air a été détruite en 48 heures par l’opération Epic Fury. Sa marine a été coulée dans le golfe Persique. Ses stocks de missiles balistiques sont réduits de 86 %. Ses alliés envoient des télégrammes. Ses ennemis envoient des bombes. Et le peuple qu’il est censé diriger oscillait déjà entre la résignation et la révolte avant même que les frappes ne commencent.
Poutine félicite. Trump menace. La Chine observe. Et Mojtaba est seul dans un bunker à Téhéran, blessé selon les renseignements israéliens, à la tête d’un pays dont l’armée n’existe plus. C’est le portrait d’un leader qui n’a pas choisi de diriger — et qui dirige quand même un pays en train de tomber.
L'alliance Russie-Iran — ce que révèle le silence des canons russes
Les drones contre les mots — un échange qui ne sera jamais équitable
Depuis 2022, l’Iran a fourni à la Russie des milliers de drones Shahed-136. Ces drones ont tué des civils ukrainiens à Kharkiv, à Odessa, à Kyiv. L’Iran a aussi livré des centaines de missiles balistiques qui ont frappé des immeubles résidentiels, des hôpitaux, des écoles en Ukraine. L’Iran a transféré le savoir-faire technique qui a permis à la Russie de produire ses propres drones kamikazes sur le sol russe. Chaque nuit, des Iraniens meurent en Ukraine — pas physiquement, mais par les armes qu’ils ont fabriquées, les technologies qu’ils ont partagées, les missiles qu’ils ont livrés.
Et quand l’Iran a été attaqué — quand les bombes anti-bunker américaines ont tué le Guide suprême, sa femme, sa belle-fille et son petit-fils — la Russie a offert des mots. Pas des systèmes de défense aérienne. Pas des chasseurs. Pas de renseignements militaires qui auraient pu sauver la famille Khamenei. Des mots. « Soutien indéfectible. » « Partenaire fiable. » « Solidarité. » L’Iran a donné du sang — le sang des Ukrainiens tués par ses drones. La Russie a donné de l’encre.
L’Iran a envoyé des drones à Moscou. Moscou a envoyé un télégramme à Téhéran. Voilà la définition exacte de cette alliance. D’un côté, des armes qui tuent. De l’autre, des mots qui ne protègent personne. L’échange ne sera jamais équitable. Et le peuple iranien paie la facture des deux côtés.
Ce que Poutine calcule derrière les condoléances
Le télégramme de Poutine n’est pas un geste de compassion. C’est un calcul stratégique en trois dimensions. Premièrement, Poutine veut s’assurer que Mojtaba, jeune et inexpérimenté, restera dépendant de Moscou. Un Guide suprême acculé, en guerre, sans défense aérienne, a besoin d’alliés — même de ceux qui n’envoient que des télégrammes. Deuxièmement, Poutine veut que les drones continuent à couler vers la Russie, que les missiles continuent à alimenter l’arsenal russe. Troisièmement, la guerre en Iran sert objectivement les intérêts russes : elle draine les ressources américaines, fait monter les prix du pétrole — ce qui enrichit Moscou — et détourne l’attention internationale de l’Ukraine.
Poutine ne pleure pas la mort de l’ayatollah Khamenei. Il calcule. Et dans son calcul, un Iran affaibli mais dépendant vaut mieux qu’un Iran fort et autonome. Un Mojtaba sans options vaut mieux qu’un Guide suprême qui pourrait choisir de négocier directement avec Washington et de couper les liens avec Moscou. Le télégramme de félicitations est une laisse diplomatique. Et Mojtaba vient de la passer autour de son propre cou en acceptant le « soutien » russe.
Poutine ne félicite pas. Il recrute. Chaque mot de ce télégramme est une clause d’un contrat non écrit. Je te soutiens diplomatiquement, tu me fournis militairement. Le père avait signé ce contrat en 2022. Le fils est en train de l’hériter — avec le sang, l’encre, et les ruines qui vont avec.
Les implications pour l'Ukraine — un allié de Moscou sous les bombes
Moins de drones Shahed pour tuer des Ukrainiens
La destruction de l’infrastructure militaire iranienne a des conséquences directes pour la guerre en Ukraine. Si les usines iraniennes de drones sont endommagées ou détruites, la capacité de l’Iran à fournir des Shahed à la Russie diminue. Si les routes d’approvisionnement en composants sont perturbées par les sanctions renforcées et les frappes, la production conjointe russo-iranienne sera ralentie. Chaque usine de drones détruite en Iran est potentiellement un immeuble qui ne sera pas détruit en Ukraine.
Mais il serait naïf de surestimer l’impact. La Russie a déjà internalisé une grande partie de la production. Les lignes d’assemblage en Russie utilisent des composants importés via la Chine et d’autres canaux. La technologie de base a été transférée. Les ingénieurs russes ont appris. Même si l’Iran cessait totalement de fournir des composants, la Russie pourrait maintenir une production réduite pendant des mois. L’impact sera marginal à court terme, plus significatif si la guerre en Iran se prolonge et détruit les capacités industrielles iraniennes de manière permanente.
L’Iran en guerre, c’est potentiellement moins de drones pour la Russie, donc moins de civils ukrainiens tués chaque nuit. C’est peut-être la seule bonne nouvelle dans cette catastrophe. Mais c’est aussi la preuve que la souffrance de 88 millions d’Iraniens est devenue une simple variable dans un calcul stratégique qui les dépasse infiniment.
Le message involontaire aux « alliés » de Moscou
Le télégramme de Poutine contient un message que Moscou n’a pas voulu envoyer. Ce message est destiné à tous les pays qui envisagent une alliance stratégique avec la Russie. L’Iran a été l’allié le plus utile de Moscou depuis 2022. Il a fourni des armes, du renseignement, du soutien politique, des missiles. Et quand l’Iran a été attaqué par la plus grande puissance militaire du monde, la Russie a envoyé un télégramme. Pas des armes. Pas des soldats. Pas un bouclier antimissile. Un télégramme.
Les pays qui observent — la Corée du Nord, le Myanmar, le Venezuela, les divers « partenaires stratégiques » que Moscou cultive à travers le monde — prennent note. L’alliance avec la Russie n’offre pas de garantie de sécurité. Elle offre des mots. Des vetos à l’ONU. Des cérémonies diplomatiques. Des exercices militaires conjoints. Mais quand les bombes tombent, vous êtes seul. La Russie ne viendra pas. Parce qu’elle ne peut pas — embourbée en Ukraine, ses ressources épuisées. Et parce qu’elle ne veut pas — défier directement les États-Unis est un risque que Poutine n’est pas prêt à prendre pour un « allié ».
La leçon de l’Iran est brutale mais claire. L’alliance avec Moscou vaut un télégramme. Pas un missile de défense. Pas un soldat. Pas un avion. Un télégramme. La prochaine fois qu’un pays envisage un partenariat stratégique avec la Russie, il devrait relire ces deux mots — « soutien indéfectible » — et regarder les ruines de Téhéran.
L'héritage empoisonné — un pays en ruines cherche un capitaine
Ce que Mojtaba reçoit en héritage
Mojtaba Khamenei hérite d’un pays en guerre. L’armée de l’air iranienne a été détruite en 48 heures. La marine a été coulée dans le golfe Persique. Les installations de missiles balistiques sont démantelées. L’infrastructure économique — raffineries, centrales électriques, ports — est sévèrement endommagée. Les pertes civiles se comptent en milliers. La coalition américano-israélienne n’a pas terminé ses opérations. Et les alliés de l’Iran — Hezbollah, les Houthis — sont eux-mêmes en difficulté, frappés par des campagnes militaires parallèles.
En plus de la guerre, Mojtaba hérite d’une économie sous sanctions depuis plus de quarante ans. D’une population qui manifestait pour la liberté avant même les bombes — le mouvement Femme, Vie, Liberté de 2022 n’a pas été oublié. D’un appareil sécuritaire qui concentre le vrai pouvoir et qui attend des contreparties pour son soutien. D’un programme nucléaire qui est la cible principale des frappes. Et de la colère sourde d’un peuple qui sait que cette guerre est le résultat direct des décisions prises par son père — les provocations, les proxys, le programme nucléaire, l’alliance avec la Russie.
Mojtaba hérite d’un trône qui brûle. Son père a laissé un pays en guerre, une armée détruite, une économie dévastée, et une population qui oscillait entre la résignation et la révolte bien avant que la première bombe ne tombe. Être Guide suprême de l’Iran en mars 2026, ce n’est pas un honneur. C’est une sentence.
Escalade ou survie — le dilemme existentiel
Le nouveau Guide suprême fait face à un choix binaire. Continuer la guerre — avec quoi? Les stocks de missiles sont réduits de 86 %. Les drones restent une capacité résiduelle mais insuffisante contre la supériorité aérienne totale de la coalition. Continuer la guerre, c’est la destruction de ce qui reste de l’Iran en tant qu’État fonctionnel. Ou chercher une sortie. Un cessez-le-feu. Des négociations. Des concessions.
Mais sur quoi négocier? Le programme nucléaire — la raison d’être stratégique du régime? Les proxys régionaux — Hezbollah, les Houthis — qui sont la projection de puissance de l’Iran? Le rôle même du Guide suprême, que les États-Unis considèrent comme le cœur du problème? Négocier, c’est potentiellement signer la fin de la République islamique telle qu’elle existe depuis 1979. Et Mojtaba, fils de l’homme qui l’a façonnée pendant 37 ans, n’est probablement pas celui qui la démantelera. Son père a choisi l’escalade. Son père est mort. La question est simple : le fils a-t-il appris? Ou va-t-il répéter la même erreur fatale?
Escalade ou survie. Voilà le choix de Mojtaba — dans un pays bombardé, avec une armée fantôme, face à la plus grande puissance militaire de l’histoire humaine. Un choix que personne ne devrait avoir à faire. Un choix que son père lui a légué en mourant sous les bombes qu’il a lui-même provoquées.
Le danger nucléaire — la dernière carte d'un régime acculé
Ce qui reste du programme — et ce qui pourrait en sortir
L’Iran de Mojtaba sera un pays plus faible, plus isolé, plus dépendant de la Russie et de la Chine. Mais il sera aussi un pays plus dangereux. Un régime acculé, dirigé par un leader sans légitimité populaire, avec un appareil sécuritaire omnipotent, est un régime capable de prendre des décisions irrationnelles. Le programme nucléaire — s’il en reste quelque chose après les frappes — pourrait devenir la dernière carte de Mojtaba. L’arme ultime d’un homme qui n’a plus rien à perdre.
Les installations nucléaires souterraines de Fordow et de Natanz étaient parmi les cibles prioritaires de l’opération Epic Fury. Mais la profondeur de ces bunkers — certains enfouis à plus de 80 mètres sous la roche — signifie que la destruction complète n’est pas certaine. Si Mojtaba dispose encore d’uranium enrichi à un niveau proche de la qualité militaire — l’Iran était à 84 % d’enrichissement avant les frappes, le seuil militaire étant de 90 % — la tentation de franchir le dernier pas sera immense. Un test nucléaire iranien changerait l’équation stratégique mondiale du jour au lendemain.
Un régime acculé avec un programme nucléaire possiblement intact. Un leader sans légitimité qui a besoin d’une victoire spectaculaire pour justifier son pouvoir. Voilà le scénario qui devrait empêcher le monde de dormir. Et voilà pourquoi le télégramme de Poutine n’est pas juste un geste diplomatique — c’est une pièce dans un jeu qui pourrait se terminer par un champignon nucléaire.
Le scénario du désespoir
L’analyste d’Al Jazeera Ali Hashem a décrit Mojtaba comme un « leader confrontationnel » sans modération. Un homme formé par les Gardiens de la Révolution, forgé dans la répression et l’ombre, qui n’a jamais connu le compromis politique. Si les frappes continuent, si le régime se sent menacé dans son existence même, si Mojtaba considère qu’il n’a plus rien à perdre — alors le spectre d’une décision irréversible se rapproche.
La communauté internationale a passé vingt ans à essayer d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. L’accord de Vienne de 2015 était censé être la solution. Trump l’a détruit en 2018. Les négociations de relance ont échoué. Les sanctions ont renforcé les extrémistes au lieu de les affaiblir. Et maintenant, un régime bombardé, dirigé par un homme qui n’a pas de sortie politique, contrôle potentiellement les matériaux nécessaires à une bombe. L’ironie tragique : la guerre censée empêcher l’Iran d’avoir la bombe pourrait être exactement ce qui le pousse à la construire.
Vingt ans de diplomatie pour empêcher la bombe iranienne. Un accord détruit par Trump. Des sanctions qui ont radicalisé le régime. Et maintenant, des bombes qui pourraient pousser un leader acculé à franchir la dernière ligne rouge. La guerre contre la prolifération nucléaire est peut-être en train de créer exactement ce qu’elle voulait empêcher.
Le peuple iranien — les oubliés de toutes les équations
Ceux que personne ne mentionne dans les télégrammes
Fatimeh, 34 ans, infirmière à l’hôpital Imam Khomeini de Téhéran. Elle travaillait quand les premières frappes ont touché la capitale. Les blessés affluaient. Les médicaments manquaient — ils manquaient déjà avant la guerre à cause des sanctions. L’électricité a été coupée. Les générateurs ont tenu quatre heures puis se sont éteints. Fatimeh a continué dans le noir. Le télégramme de Poutine ne mentionne pas Fatimeh. Le discours de Trump ne mentionne pas Fatimeh. Les calculs stratégiques de tous ces hommes puissants ne mentionnent jamais les infirmières qui travaillent dans le noir pendant que les dirigeants échangent des télégrammes.
Le peuple iranien est absent de toutes les équations. Absent du calcul de Poutine, qui voit l’Iran comme un fournisseur de drones. Absent du calcul de Trump, qui voit l’Iran comme un problème à éliminer. Absent du calcul de Mojtaba, qui voit l’Iran comme un trône à conserver. 88 millions de personnes réduites à une variable dans un jeu géopolitique qui les dépasse. Des gens qui veulent la paix, qui veulent la liberté, qui veulent simplement vivre — et qui sont piégés entre un régime qui les opprime et des bombes qui les tuent.
88 millions de personnes. Des infirmières qui travaillent dans le noir. Des mères qui cherchent leurs enfants sous les décombres. Des étudiants qui rêvaient de liberté et qui vivent sous les bombes. Personne ne leur a demandé s’ils voulaient cette guerre. Personne ne leur a demandé s’ils voulaient Mojtaba. Personne ne leur demande jamais rien. Et c’est eux qui meurent.
Le mouvement Femme, Vie, Liberté — toujours vivant sous les ruines
En septembre 2022, Mahsa Jina Amini, 22 ans, est morte après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour un voile mal ajusté. Sa mort a déclenché le mouvement Femme, Vie, Liberté — le plus grand soulèvement populaire en Iran depuis la Révolution de 1979. Des centaines de manifestants ont été tués. Des milliers emprisonnés. Le mouvement a été écrasé par la force brute des Gardiens de la Révolution et de la milice Basij — la même Basij avec laquelle Mojtaba entretenait des liens étroits.
Ce mouvement n’a pas disparu. Il couve. Sous les décombres de la guerre, sous la peur des bombes, sous le contrôle des Gardiens, la colère du peuple iranien est toujours là. Et le choix de Mojtaba — un homme lié à la répression, sanctionné pour son rôle dans l’écrasement de la dissidence — garantit que cette colère ne fera que grandir. Le régime a choisi la continuité dans un moment qui exigeait le changement. C’est la définition d’un régime qui ne survivra pas à long terme.
Mahsa Amini est morte parce que son voile était mal ajusté. Le mouvement qu’elle a inspiré vit encore. Et l’homme qui vient d’être nommé Guide suprême est celui-là même qui a supervisé la répression de ce mouvement. L’Iran de Mojtaba ne sera pas seulement en guerre contre l’Amérique et Israël. Il sera en guerre contre son propre peuple. Et cette guerre-là, aucun télégramme de Poutine ne pourra la gagner.
Le verdict — un télégramme, un trône, et la fin d'une illusion
Ce que ce moment révèle sur notre époque
Un président américain qui assassine un Guide suprême et veut choisir son successeur. Un président russe qui félicite un orphelin de guerre et lui demande de continuer à fournir des drones. Un fils qui hérite du trône de son père dans un régime qui a été fondé pour détruire les trônes héréditaires. Un peuple qui n’a jamais eu le droit de voter pour son dirigeant — ni sous le Shah, ni sous les ayatollahs. Voilà le portrait de mars 2026. Voilà ce que notre époque produit : des empires qui se disputent les ruines d’un pays en flammes, et des télégrammes qui disent « soutien indéfectible » pendant que les civils meurent.
Le télégramme de Poutine à Mojtaba Khamenei n’est pas un événement mineur. C’est le résumé d’un monde où les alliances ne protègent pas, où les révolutions créent des dynasties, où les guerres contre la prolifération nucléaire produisent de la prolifération, et où 88 millions de personnes sont une virgule dans un calcul entre puissances. C’est le portrait d’un ordre mondial qui a cessé de fonctionner — s’il a jamais fonctionné.
Un télégramme de félicitations envoyé à un homme dont la famille vient d’être tuée par les bombes d’un autre homme qui veut choisir le prochain leader de son pays. Si vous cherchez une image qui résume l’absurdité tragique de la géopolitique en 2026, la voilà. Deux mots — soutien indéfectible — écrits à l’encre sur un monde en feu.
Ce qui reste quand les télégrammes sont oubliés
Les télégrammes seront oubliés. Les discours de Trump seront oubliés. Les analyses géopolitiques seront archivées. Ce qui restera, c’est la réalité brute : un peuple bombardé, un régime illégitime, un leader non élu, des alliances qui ne valent rien quand les bombes tombent. Ce qui restera, c’est la question fondamentale que personne ne pose : à quel moment a-t-on accepté qu’un président puisse assassiner un chef d’État et choisir son successeur? À quel moment a-t-on accepté que la « solidarité » entre nations se résume à un télégramme?
Mojtaba Khamenei est le troisième Guide suprême de l’Iran. Il pourrait être le dernier. Pas parce que les bombes américaines le tueront — même si cette possibilité est réelle. Mais parce que le système qu’il incarne — théocratie héréditaire, alliance avec la Russie, confrontation avec l’Occident, répression du peuple — est un système qui a atteint ses limites. Et quand un système atteint ses limites, ce ne sont pas les télégrammes qui le sauvent. Ce ne sont pas les drones qui le protègent. Ce n’est pas le pouvoir hérité qui lui donne de la légitimité. C’est le peuple. Et le peuple iranien, en 2026, n’a pas choisi Mojtaba. Il ne l’a jamais choisi.
C’est peut-être ça, la vérité finale de cette histoire. Ni les télégrammes de Poutine, ni les bombes de Trump, ni le trône hérité de Mojtaba ne décideront de l’avenir de l’Iran. Ce sont les 88 millions d’Iraniens qui décideront — quand ils auront enfin le droit de parler. Et ce jour viendra. Parce qu’il vient toujours.
Signé Maxime Marquette
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Slain ayatollah’s son Mojtaba Khamenei named Iran’s next supreme leader (9 mars 2026)
Al Jazeera — Iran names Mojtaba Khamenei as new supreme leader after father’s killing (8 mars 2026)
Anadolu Agency — Putin congratulates Mojtaba Khamenei on becoming Iran’s new supreme leader (9 mars 2026)
NPR — What to know about Mojtaba Khamenei, Iran’s new supreme leader (9 mars 2026)
Sources secondaires
Axios — Exclusive: Trump says he must be involved in picking Iran’s next leader (5 mars 2026)
CBS News — Trump says he’s « not happy » about Iran’s new supreme leader, Mojtaba Khamenei (9 mars 2026)
Euronews — Iran succession: Mojtaba Khamenei linked to luxury European property network (7 mars 2026)
The Hill — Russia’s Vladimir Putin offers Iran’s new Supreme Leader Mojtaba Khamenei ‘unwavering support’ (9 mars 2026)
Ukrainska Pravda — Putin congratulates Mojtaba Khamenei on becoming Iran’s Supreme Leader (9 mars 2026)
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